LUI EST NÉCESSAIRE POUR SES ARMEMENTS
De fait, en 191 3, redisons-le une fois de plus, sur 50 millions et demi de tonnes de minerai que consommait la métallurgie allemande, 28 millions et demi provenaient de la Lorraine annexée et du Luxembourg, et, sur les 14 millions demandés à l'étranger, 4 millions environ étaient en provenance de Briey.
L'extraction de ce minerai lorrain était concentrée sur la frontière même, dans un rayon d'une trentaine de kilomètres. Le bassin lorrain annexé n'était en effet exploité que du Luxembourg jusqu'au sud de la rivière d'Orne ; le reste était gardé comme réserve. La partie exploitée s'étendait de la frontière
aux coteaux de la Moselle ; le point le plus éloigné était .à 12 ou 13 kilomètres, les plus rapprochés de 2 à 5 kilomètres ; les mines où se relevaient les plus fortes extractions se trouvaient sur la frontière même.
Ainsi, en défendant ce coin de notre frontière, nous eussions pu tenir sous le canon et rendre inutilisables ces mines d'où l'Allemagne tirait les deux tiers de son minerai.
C'était certainement là le défaut de la cuirasse de l'Allemagne.
Comme on le voit, le problème de Briey est double : gardant étroitement sur ce point notre frontière, nous tenions sous le canon les mines de fer, d'où les Allemands tiraient la quasi totalité du minerai de fer nécessaire à leur métallurgie — perdant la région de Briey, nous perdions, nous, non seulement la quasi totalité de notre production de minerai de fer, mais encore les trois quarts de notre production de fonte et plus de la moitié de notre production d'acier.
L'importance de cette région de Briey était double, économique et stratégique.
Le côté stratégique sera seul envisagé dans ce livre ; je laisse provisoirement le point de vue économique, qui se ramène à cette question : Comment le gouvernement de la République laissa-t-il se concentrer la quasi totalité de notre production minière et métallurgique, c'est-à-dire l'âme même de notre défense nationale, sur la frontière franco-allemande, sous le canon de Metz. L'examen d'un tel problème n'est autre, en effet, que l'histoire de la métallurgie française pendant un demi -siècle : ce sera l'objet d'un autre livre.
L'histoire d'une telle erreur doit être écrite : c'est l'une des plus terribles leçons de cette terrible guerre. L'enseignement n'en doit pas être perdu ; il faut, au contraire, qu'il soit incessamment rappelé puisqu 'aussi bien les conditions de notre victoire ou plus exactement de la paix qui nous fut faite, n'ont pas écarté le danger et semblent même le faire renaître.
Un point seulement doit être préalablement éclairci.
Il est acquis que dans les prévisions successives des plans de concentration, jamais n'entra la défense directe de ce coin, pourtant capital, de la frontière et que la région de Briey ne fut l'objet, à aucun moment, d'aucun projet de défense fixe, qu'elle demeura même en deçà du périmètre de la couverture.
Le pourquoi de cette énigme stratégique sera donné dans les chapitres suivants, ainsi que les raisons d'une négligence d'apparence si invraisemblable.
Il s'agit préalablement de reconnaître si PÊtat-Major soupçonna l'importance économique et, parce qu'économique, stratégique de cette partie de la frontière, et s'il fut exactement tenu au courant par les organes administratifs compétents d'une situation intéressant si étroitement la défense nationale.
Sut-il, en un mot, toute l'importance qu'avait pour la France, la région de Briey, siège principal et quasi unique de sa métallurgie ; sut-il surtout l'importance qu'avait pour l'Allemagne la région de Thionville, réserve minière quasi unique de sa métallurgie ?
La Commission de Briey a spécialement examiné la question. Aucun doute n'est possible : il y eut là une négligence et un désintéressement administratifs qui font frémir.
L'État, par son organe compétent, la Direction des mines, ne vit que très lentement et trop tard — en 191 3, à la veille de la guerre — le danger de cette concentration de notre force métallurgique dans la région de Briey, et rien de sérieux ne fut fait pour conjurer un tel péril.
Bien plus, cette direct'on des mines ne prévint pas l'Ëtat- Major de l'armée, pour qui l'affaire était d'une telle importance !
J'ai, personnellement, posé nettement la question aux deux anciens directeurs des mines intéressés.
A l'un, cette interrogation fut faite : « L'importance stratégique de cette frontière de Briey, d'où l'on tenait sous le canon la presque totalité des mines allemandes apparut-elle à la Direction des
mines ?» — « Cela ne nous apparaissait pas avec toute son importance, nous a répondu M. Charguéraud ; nous ne pensions pas tellement à des événements comme ceux qui se sont produits. On voulait prendre des précautions parce qu'on 6e disait qu'il ne faut pas risquer des choses semblables, mais on ne pensait pas à la conflagration aussi prochaine et on ne pensait pas à aller dire au Ministère de la Guerre : nous sommes dans une situation inquiétante. »
Avec l'autre, le dialogue fut le suivant :
M. Engeeand. — La métallurgie française était concentrée sur lafrontière, sous le canon de Metz, dans une situation extraordinairement dangereuse qui a dû vous frapper. Comment aucune mesure de défense n'a-t-elle pas été prise pour sauvegarder ce point essentiel ?
M. Weiss. — Ce n'était pas notre affaire. Je n'ai pas eu à intervenir,
M. Engemnd. — Vous n'avez pas appelé l'attention du ministre de la guerre sur la position du minerai allemand sur la frontière ? nous pouvions tenir sous notre canon les trois quarts du minerai de la métallurgie allemande.
M. Weiss. — Non, c'était une chose tellement évidente que je n'avais pas à intervenir. L'idée de l'Etat-Major était que le stock était suffisant pour faire la guerre.
M. Messimy, qui fut ministre de la Guerre en juillet-août 1914,, a fait à cette Commission de Briey la déclaration suivante :
« Jamais personne, ni dans la période angoissante qui a précédé la déclaration de guerre, ni dans les premiers jours qui ont suivi la mobilisation — le G. Q. G. est resté jusqu'au 5 août à Paris, accolé au ministère de la Guerre — jamais personne ne m'a, d'une façon quelconque, entretenu de la valeur du bassin de Briey, et, inversement, de la valeur du bassin de Thionville pour les Allemands.
« Mon sentiment très net est que cette question n'a jamais été examinée au ministère de la Guerre. Si elle a été examinéee au ministère des Travaux publics ■ — car dans la circonstance laresponsabilité des deux départements me paraît égale — je ne
crois pas que le ministère des Travaux publics ait signalé au ministère de la Guerre que la totalité de la fonte produite en France l'était par le bassin de Briey. »
Le général Pont, ancien chef du 3e bureau de l'Ëtat-Major, a bien déclaré que l'importance du bassin de Thionville au point de vue de la production métallurgique de l'Allemagne, avait été exposée, dès 1907, dans une notice sur la Lorraine publiée par le 2eme bureau de l'État -Major de l'armée. Je me suis reporté au document visé et n'y ai relevé que cette seule phrase (p. 24) : « Cette industrie du fer comprend, sur la rive gauche de la Moselle, 28 mines et 8 travaux au jour produisant 3.922.000 tonnes, soit 48 0/0 de la production totale de l'Allemagne. » Après avoir indiqué les principaux établissements métallurgiques de la Lorraine, le document ajoute que la production du fer en Lorraine est de 803.889 tonnes de fonte brute, dont 45 0/0 seulement sont travaillées dans le pays.
C'est à ces quelques vingt lignes, dans un livre de 550 pages, que se résument les indications fournies par le document signalé — indications au surplus périmées puisqu'en 191 3, ce n'était plus 3 millions 922.000 tonnes de minerai que l'Allemagne tirait de sa frontière lorraine, mais, compte non tenu du Luxembourg,. 21.136.000 ■ — soit les 3/4 de la production totale de l'Allemagne, — et la production de fonte, de 800.000 tonnes, était passée là à 2.358.000 tonnes.
Il apparaît donc bien que l'Ëtat-Major ne fut pas tenu au courant du développement foudroyant de la production minière et métallurgique sur cette frontière lorraine.
M. le général Pont, au surplus, l'a très loyalement reconnu. Je lui posai l'interrogation suivante :
« La direction des mines avait-elle appelé l'attention de l'Ëtat- Major sur l'importance de cette région de Thionville ? La Commission possède une note de M. Weiss, ancien directeur des mines au moment de la guerre, note par lui remise, le 26 mai 1916^ à la Commission de l'armée du Sénat et dont voici la conclusion t
« Si la région de Thionville était occupée par nos troupes, l'Alle- « magne serait réduite aux 7 millions de tonnes de minerais paumes « qu'elle tire de la Prusse ; toutes ses fabrications seraient arrêtées» « L'occupation de la région de Thionville mettrait immédiatement « fin à la guerre parce qu'elle priverait l'Allemagne de la presque « totalité du minerai qui lui est nécessaire pour ses armements. » Si une déclaration aussi catégorique avait été faite à l 'État-Major, -estimez-vous qu'elle eût pu modifier ses décisions ? »
M. le général Pont a répondu : « Je ne crois pas, sans pouvoir le certifier, qu'une telle déclaration ait été faite. Si elle avait été faite avec cette netteté, cette précision, si on avait pu apercevoir avec une telle évidence l'importance du bassin de Thionville, il est certain que cela aurait pu modifier dans une certaine mesure, sinon dans son ensemble, un problème qui se posait depuis Dunkerque jusqu'à Belfort. J'accorde très nettement qu'une donnée aussi nette et précise pouvait modifier l'orientation du pro* Même : il n'y a pas de doute sur ce point , c'est l'évidence même. »
y&kr
^^^^^^^MMM^^St^^^^
l ABANDON DE LA WOEVRE ET DE LA REGION DE BRIEY DANS LE PLAN DE DÉFENSE DE SERE DE RIVIÈRES
ON sait que, dans cette région de Briey, l'ancienne frontière de 1871 avait été tracée de façon à englober la presque totalité de notre métallurgie lorraine avec les mines de fer qui en dépendaient et celles estimées utilisables. Cette délimitation fut parfaitement arbitraire, et inspirée par la seule cupidité.
Toutefois, une pensée stratégique avait également motivé la prise de cette partie de la Lorraine. Bismarck ne voulait pas annexer Metz, ce fut de Moltke qui l'exigea pour cette raison dont on trouve l'aveu dans la lettre fameuse de Guillaume Ier à. l'impératrice Eugénie : « Les cessions de territoires exigées n'ont d'autre but que de reculer le point de départ des armées françaises qui, à l'avenir, viendront nous attaquer. »
La possession de Metz et de son territoire combinée avec l'angle rentrant de la frontière à Longwy faisait plus et constituait pour l'Allemagne une base offensive contre la France, — à tout le moins une barrière redoutable qui, immobilisant une partie des forces françaises, facilitait aux armées allemandes une manœuvre débordante par la Belgique, et devait obliger la
France à surveiller étroitement sa frontière du Nord et par là à diviser ses forces.
Il s'ensuivit que le renforcement des défenses de Metz fut l'objet constant de la politique stratégique allemande.
En même temps qu'ils développaient leur réseau de chemins de fer sur la frontière belge et qu'ils y multipliaient, pour des raisons exclusivement militaires, les quais de débarquement, reliant ainsi les champs de bataille belges aux champs de bataille lorrains, les Allemands assuraient de plus en plus contre une agression française les 140 kilomètres de la frontière commune, spécialement par le système défensif Metz-Thionville.
De 1893 à 1901 105 millions, de 1901 à 191 1 335 millions furent consacrés à ces fortifications. Metz devint un immense camp retranché dont le périmètre fut étendu de 25 à 90 kilomètres ; 23 forts — ceinture sans égale — en même temps qu'ils défendaient la région de Thionville, tenaient sous leurs feux celle de Briey. L'Alsace fut également mise en état de défense, et la plaine du Rhin solidement barrée. Ces fortifications de la Lorraine et de l'Alsace valaient à l'Allemagne une armée de plus de 100.000 hommes. « Cette situation, — écrivait en 191 1 le général Herment, le clairvoyant défenseur de notre frontière du Nord, — entrave très fortement toute offensive française, et elle permet de lui tenir tête avec des troupes de campagne inférieures en nombre, en utilisant pour la défense de ces positions des divisions de réserve (1). »
Le traité de Francfort obligeait donc la France à établir sa frontière militaire en deçà de sa frontière politique et nous condamnait à une stricte défensive. C'est dans cet esprit que fut conçue la frontière du général Séré de Rivières.
Il est superflu d'en décrire tout le dispositif (2) ; il sied seule-
(x) L'état des forteresses lelges et sa répercussion sur la défense dô notre frontière du Nord (Lavauzelle, 1913).
(2) Voir dans notre livre : Le secret de la froniièrel le chapitre ier du livre Ier : a La frontière refaite. »
ment de le considérer quant au secteur de Briey qui nous occupe.
A l'est, deux grandes digues défensives : Tune constituée par les Côtes de Moselle, l'autre par les Hauts-de-Meuse, avec comme musoirs Belfort et Epinal, Toul et Verdun. Entre ces deux digues, la grande trouée de Charmes. Au nord des Hautsde-Meuse, la trouée de Stenay.
L'objectif de Séré de Rivières était de canaliser vers ces trouées les attaques de l'ennemi à travers la Woëvre et la région de Nancy-Lunéville.
Le grave reproche fait à ce dispositif de notre frontière miliaire fut qu'il abandonnait sans combat, dès le début des hostilités, une partie, réduite sans doute, mais importante, du territoire lorrain : Nancy et la Woëvre.
Pour Nancy, le dommage était sensible. Son abandon fut la conséquence d'une intimidation allemande et de notre situation de vaincu. Il semble que, dans la pensée du général Séré de Rivières, cet abandon n'ait été que' provisoire, et sa mise en -état de défense reportée à des temps plus favorables (x).
Pour la Woëvre, le préjudice était moindre et d'ordre surtout sentimental, car, au moment où fut établi ce système défensif de é de Rivières, le bassin minier de Briey n'était pas découvert ; il ne le devait être que vingt ans plus tard.
« Un État, affirme von der Goltz, ne peut laisser envahir une province menacée, à moins qu'un intérêt militaire ne l'exige d'une façon absolue. » Cet intérêt militaire existait alors. Les Hauts-de-Meuse constituaient le bastion oriental de la France ; c'est sous son abri que s'opérait le principal de notre concentration sur la ligne Chaumont, Langres, Bar-le-Duc, Revigny, nte-Menehould.
Il fallait à cet effet commander les passages de la Meuse,
(') Voir dans le même livre le chapitre ïer du livre IIe : « La fronière de 1871 et l'esprit d'offensive. »
rendre le fleuve inaccessible à l'ennemi en tenant tous les ponts sous les feux des canons de ses forts ; aussi, à l'exception de ceux de Girouville et de Liouville, tous ces forts furent-ils établis sur le revers occidental des Hauts-de-Meuse, face à la Meuse, sans regard sur la frontière.
La plaine de Woëvre fut ainsi sacrifiée à la défense de la Meuse ; elle était alors, répétons-le, sans importance économique. Elle n'en prit une, mais considérable, qu'à partir de 1895, et son développement fut foudroyant. Sur ce glacis, stratégiquement abandonné, sous le canon de Metz, se concentra la presque totalité de notre métallurgie. Les pouvoirs publics, en France, se laissèrent surprendre et ne virent pas le péril d'un tel établissement. Mais, par une réciprocité importante, de l'autre côté de cette frontière, et sur cette frontière même se trouvaient les mines d'où la métallurgie allemande extrayait les trois quarts de son minerai. Ces mines étaient bien sous la protection des canons de Metz et de Thionville, n'aurait-on pas pu les mettre, par un système défensif approprié, sous le feu de nos canons à nous ?
Pouvait-on dans cette région de Briey opposer un ensemble défensif à celui de Metz-Thionville, faire pour ce coin de notre Lorraine minière ce que les Allemands avaient fait pour l'autre, — à tout le moins, et à défaut d'une défense fixe, y prendre pourune défense mobile des dispositions qui permissent de protéger efficacement cette région d'une importance si considérable ?
C'est là un premier point, et de singulière importance, à élucider.
LA CRAINTE d'une ATTAQUE BRUSQUEE DE METZ SUR LES HAUTS-DE- MEUSE, CAUSE DE L'ABANDON DE LA REGION DE BRIEY. L'ORGANI-
SATION DÉFENSIVE DES HAUTS-DE-MEUSE, SAUVEGARDE DE LA REGION DE BRIEY ; CE QUI FUT PROJETEj CE QUI FUT FAIT.
LE maréchal JofTre, sur ce premier point, a été nettement affirmatif :
« On ne pouvait, a-t-il déclaré à la Commission de Briey, songer à créer à Briey un camp retranché qui se fut trouvé dans le rayon d'action de Metz. Il n'était pas possible de défendre Briey soit par la fortification, soit par la couverture. » J Le général Pont a confirmé également cette déclaration catégorique :
« Etant donné la situation de Briey sur la frontière même et l'importance des troupes qu'il aurait fallu y mettre pour la défendre, on ne pouvait, sans courir de grands risques, défendre Briey sur la frontière et protéger en arrière Verdun et les Hautsde Meuse. » (x)
f1) Procès-verbaux de la Commission d'enquête sur le rôle et la situation de la métallurgie en France.
F. Engerand 2
l8 LA BATAILLE DE LA FRONTIÈRE
L'examen approfondi de la question, nous a pleinement convaincu que ce fut une raison exclusivement stratégique qui décida l'abandon de la plaine de la Woëvre, et que jamais,, comme l'avait supposé le général Malleterre (*), il n'entra dans la pensée du haut commandement, qui peut-être ignorait son importance, l'intention ni le souci de ménager le magnifique domaine métallurgique de Briey.
Tout au contraire, il était dans ses plans, qui reçurent, on le verra, un commencement d'exécution, non seulement de dégager cette région de Briey par la manœuvre, mais encore d'jr prendre rapidement position en vue d'y procéder à l'investissement de Metz.
Le problème de Briey ne fut envisagé par notre haut commandement qu'au point de vue stratégique, dans l'hypothèse d'une guerre de courte durée, avec la foi absolue dans la victoire et sans qu'ait même été envisagée la possibilité d'un revers.
Dans cette région tout fut subordonné à la défense des Hautsde-Meuse dont l'importance, au surplus, était considérable. Les défenses naturelles de la Woëvre, croyait-on et affirmait-on ,. c'est les Hauts-de-Meuse.
La Woëvre est un vaste quadrilatère, limité à l'est par l'ancienne frontière franco-allemande de 1871, fermé au sud par la ligne de la Moselle de Toul à Pompey, au nord par la frontière belge et luxembourgeoise de Longwy à Stenay, et, à l'ouest parune falaise haute de 80 à 100 mètres et d'une largeur variable de 8 à 15 kilomètres, les Hauts -de -Meuse, cinquième crête du> bassin géologique parisien, et dont les pentes tombent à pic, d'une part sur la plaine de Woëvre, et d'autre sur la vallée de la- Meuse.
Cette falaise est entaillée. de coulées profondes donnant passage aux routes conduisant de la Moselle à la Meuse ; elle s'af-
(2) Général Malleterre, De Verdun à Briey, [Temps du 31 jan^vier 1917).
faisse au nord et au sud et ces dépressions forment les trouées de Stenay et de Comme rcy. On a déjà vu que le général de Rivières avait fermé ces divers passages par des forts d'arrêt, tournés à l'exception de deux, vers la Meuse, c'est-à-dire vers l'ouest ; or, au début de la guerre l'orientation de ces forts n'avait pas été changée.
La possession des Hauts-de-Meuse était pour nous, au point de vue stratégique, une condition sine qua non, soit pour circuler librement par. voie de terre ou par voie de fer dans la vallée de la Meuse, soit pour déboucher en sécurité de cette vallée dans la plaine de Woèvre. Laisser l'ennemi s'emparer des Hauts-de-Meuse, c'était, en tout état de choses, risquer d'être cloués sur la rive gauche de la Meuse, abandonner toute prétention d'être réellement menaçant, et laisser à l'adversaire une liberté de manœuvre, d'autant plus redoutable qu'il pouvait ainsi, au début des hostilités, bouleverser la partie essentielle de notre concentration qui se faisait, à deux étapes de là, sur la ligne Revigny-Amagne, sur le versant occidental de l'Argonne.
Et, alors que le gros de nos débarquements s'exécutait là à 90 kilomètres de la frontière, la région Metz-Thionville, à 25 kilomètres des Hauts-de-Meuse, était non seulement un centre de garnison important, siège du XVIe corps allemand, mais encore et surtout le term'nus de cinq lignes de transports, puissamment outillées en ateliers de débarquement, et permettant aux troupes ainsi protégées de se détendre à l'ouest jusqu'à l'extrême frontière, et les mettant ainsi à une étape et quart des Hauts-de -Meuse. Metz-Thionville était donc une zone d'action offensive des plus menaçantes. La^ concentration de l'ennemi se trouvant, dans cette région, en avance sur la nôtre, la pensée de notre commandement fut qu'il ne nous laisserait pas dans ce secteur l'initiative des opérations et que par une attaque brusquée il chercherait à jeter le trouble dans nos opérations de concentration pendant la première phase de la période de couverture et peut-être même au delà.
La crainte d'une attaque brusquée du camp retranché de Metz sur Verdun devint ainsi la préoccupation incessante de notre commandement et la raison déterminante de sa négligence de la région de Briey. Le général Belin, sous-chef d'étatmajor en 1914, en a fait très nettement la déclaration à la Commission de Briey, déclaration qui fut, au surplus, confirmée par d'autres témoignages éminents.
L'ennemi, pensait-on, ne peut pas ignorer que, dans ce secteur, notre base principale de débarquement, tracée sur le versant oriental de l'Argonne, n'est pas à portée du front probable de notre déploiement, les Hauts-de-Meuse ; il peut et doit être tenté de profiter de l'avance que lui assure, dans la concentration et le déploiement, le système Metz-Thionville pour faire irruption sur les Hauts-de-Meuse avant que nous ne soyons en mesure de soutenir l'attaque et de passer à la riposte. Il le doit être d'autan», plus que, s'il réussit dans ses desseins, nous fixant derrière la Meuse, il devient libre de nous manœuvrer, puisque, franchissant la Meuse au nord et au sud de Verdun, il coupe au sud nos forces en deux tronçons en dominant la grande ligne de communications Paris-Avricourt, et au nord rejette notre aile gauche sur notre centre et s'ouvre un chemin sur Paris.
Cette pensée de notre état-major domine visiblement tout le problème stratégique de Briey ; Metz exerça sur lui une véritable hantise, qu'explique du reste l'importance de la menace.
Ce sentiment n'était pourtant pas partagé par tous : des généraux éminents avaient des opinions contraires.
Le général Sarrail a déclaré à la Commission de Briey qu'il avait toujours 'affirmé que les Allemands ne feraient pas d'attaque brusquée parce que trop méthodiques, et que c'était, au contraire, à nous de la faire, avec Thionville comme objectif, parce qu'alors nous changions tous leurs plans : « Du côté de Thionville, affirmait-il, il n'y avait qu'un seul fort occupé par un régiment d'infanterie et une batterie d'artillerie ; une attaque brusquée faite par une division pouvait donner des résultats...
L'offensive sur ThionvUle était infiniment préférable à l'offensive sur Morhange... nous aurions pu la monter dès le sixième jour des opérations. »
Sans aller aussi loin, car il était partisan d'une attitude expectative au début des hostilités (x), le général de Castelnau ne croyait pas, lui non plus, à une attaque brusquée sur les Hautsde-Meuse, il en voyait plutôt la menace du côté de Nancy, et, dans un mémoire établi en mai 191 4, il en donnait ainsi les raisons :
Dans leur ensemble, y déelarait-il, les Hauts-de-Meuse ne peuvent être enlevés que par une attaque de front ; un seul point de la falaise se prête à une attaque enveloppante, c'est le saillant de Vigneullesles-Hattonchatel, à 25 kilomètres de la frontière.
Pour agir contre ce saillant, l'ennemi ne dispose guère, le premiet jour de la mobilisation, que du XVIe corps et de la brigade bavaroise stationnée à Metz. Le VIIIe corps est trop loin pour intervenir utilement ; Trêves, sa garnison là plus rapprochée du point d'attaque, en ésf à 120 kilomètres ; et, d'ailleurs, en s'orientant sur Vigneulles,le VIIIe corps s'éloignerait considérablement de sa zone d'action naturelle et probable qui paraît être la région de Thionville ; en un mot, le VIIIe corps serait, dès le début, tout à fait délaissé. Quant au XXIe corps, sa garnison la plus rapprochée (Morhange) est à 70 kilomètres de Vigneulles ; d'autre part, son intervention en Woevre, au
i1) Le général de Castelnau a, devant la Commission de Briey, e.\posé ainsi cette nécessité de l'expectative au début des opérations :
' La concentration ne pouvait avoir, dans la situation où nous nous trouvions, qu'un caractère de simple prévision. Autant les Allemands pouvaient avoir des desseins fermes, autant le commandement français était obligé de faire simplement des prévisions, ce qui était une situation d'infériorité. ...La situation politique intérieure et extérieure de l'Allemagne était différente de la nôtre. Nous ne pouvions pas, nous ne devions pas être des agresseurs ; les Allemands devaient être les agresseurs ; ils avaient préparé dans le secret une mobilisation clandestine et il était dans leur plan de déchaîner brutalement la guerre, ce qui est une supériorité très grande. L'Allemagne avait la plus grande chance de bénéficier du privilège de l'initiative des opérations. »
début de la mobilisation, découvrirait la base de concentration entre Metz et Strasbourg, et laisserait les grands ateliers de débarquement de la Sarre à la merci d'une population hostile et des actions que ne manquerait pas de tenter le 20e corps français.
Vigneulles n'est donc menacé au début que par deux divisions et une brigade bavaroise. Pour faire face à ce danger, nous disposons des divisions de Saint-Mihiel et de Verdun, et aussi des portions mobiles des garnisons de Verdun et de Toul. Enfin, le 20e corps pourrait très utilement intervenir avec une partie de ses forces.
Dans ces conditions nous persistons à penser que, au début des hostilités, les Hauts-de-Meuse sont moins menacés que Nancy d'une action offensive de la couverture allemande.
Au surplus, concluait le général de Castelnau, il est peu probable que, pas plus dans le secteur de la Moselle que dans le secteur de la Meuse, l'ennemi engage ses troupes de couverture dans d'importantes opérations offensives au début même de la mobilisation....
Mais, à raison de la stricte mesure du délai nécessaire pour permettre à nos forces de couverture de parer l'attaque éventuelle des cinq divisions de Metz, le général de Castelnau demandait qu'on organisât une séneuse résistance des éléments stationnés en Woëvre ou dans la région de la Meuse.
La réorganisation et le renforcement défensifs des Hauts- de- Meuse étaient, en réalité, la clef du problème stratégique de la Woëvre, et la vraie sauvegarde du bassin de Briey. Puis qu'aussi bien c'était en prévision d'une attaque brusquée contre Verdun que la couverture avait été ramenée au pied des Hauts-de-Meuse, les chances de réussite d'une telle attaque étant diminuées par la constitution sur ces Hauts-de -Meuse d'un bastion défensif opposé au système défensif Metz-Thionville, l'ennemi devrait nécessairement abandonner l'idée déjà scabreuse en soi, d'une telle attaque brusquée, et notre couverture, sous cette puissante protection, eut, peut-être, pu être poussée plus avant...
Cette nécessité était depuis longtemps apparue ; elle avait été proclamée par les voix les plus autorisées, et pourtant quand la guerre nous surprit, la situation défensive des Hauts-de-Meuse était à peu près telle qu'en 1876 l'avait faite Séré de Rivières.
'Quelles sont donc les causes d'une telle négligence ?
Quand notre concentration fut rapprochée de la Meuse, les données du problème, solutionné par Séré de Rivières, se trouvèrent radicalement changées ; ce n'était plus les ponts de la Meuse, mais les routes de la Woëvre qu'il fallait interdire à l'ennemi.
« Si le problème s'était posé de la sorte, il y a trente ans — •écrivait en 191 1 le général Maitrot — Séré de Rivières eut fait tous les forts sur la crête orientale des Hauts-de -Meuse et les eût orientés vers l'est. » Et ce chef clairvoyant rapportait ce propos que lui tenait, en 1900, le futur généralissime Hagron, alors commandant du 6e corps, regardant des Hauts-de -Meuse ces plaines de la Woëvre : « Que ne puis-je transporter sur cette crête tous ces forts maintenant inutiles dans la vallée de la Meuse ; c'est là qu'ils devraient être, là, au-dessus de la Woëvre qu'ils domineraient et battraient de leurs feux » (l).
Il en eût coûté quelques millions, mais c'était en 1900 et le ministre de la Guerre venait de prononcer la condamnation du plan défensif de Séré de Rivières : tous les forts des Hauts-de - Meuse — Verdun et Toul exceptés — étaient proposés pour le -déclassement (2) ; le moment n'était pas indiqué pour demander leur reconstruction.
L'idée, pourtant, il faut le reconnaître, ne fut pas abandonnée ; le haut commandement en entrevit l'importance, mais il semble qu'il n'ait pas eu la volonté suffisante pour en imposer l'exécution.
Devant la Commissio 1 de Briey, le général de Castelnau a reconnu la nécessité du changemenc d'orientation du système défensif des Hauts -de -Meuse et affirmé que ce fut l'une des grandes préoccupations du commandement :
I1) Général Maitrot, Nos frontières de Vest et du nordt 1913. (2) Voir à ce sujet dans mon livre : Le Secret de la frontière, Char- €roi, le chapitre 11 du livre 1er : « La frontière défaite ».
« Pour que ces forts eussent vue sur la plaine de la Woèvre, — a-t-il déclaré — il fallait les déplacer et les porter sur l'arête des Hauts-de -Meuse... Notre pensée, c'était la nécessité de fortifier les Hauts-de-Meuse. On a fait des projets et on a commencé des organisations, dans l'année 191 4, si je ne me trompe. La décision avait été prise au Conseil supérieur de la guerre, en 191 3 je crois, dans la même séance où le Conseil supérieur s'est occupé de Nancy (*) : on avait fait le tracé des ouvrages qui devaient être créés au moment de la mobilisation sur les Hautsde-Meuse... Cela rentrait dans le plan général : en créant des fortifications sur les Hauts-de-Meuse on pouvait économiser des troupes sur ces terrains au profit d'autres terrains. J'étais d'avis qu'on créât des défenses nouvelles sur les Hauts-de-Meuse et en particulier sur les hauteurs d'Hattonchâtel. Le général Joffre aussi. »
La conception d'ensemble de cette organisation défensive des Hauts-de-Meuse est nettement exposée par le général de Castelnau dans le mémoire déjà cité.
Elle devait répondre à ces deux objectifs : empêcher l'ennemi de se rendre maître de ces hauteurs ; assurer à nos forces la liberté d'en déboucher offensivement vers l'est.
I1) Exactement le 13 avril 1913.
Le général Rufîey, qui avait la charge de la défense des Hauts-de- Meuse, a affirmé également avoir demandé de son côté cette organisation des Hauts-de-Meuse :
« J'avais demandé que l'armement des forts soit considérablement augmenté et reporté sur les Hauts-de-Meuse et que les forts de Troyo* et du camp des Romains soient déclassés. Les Hauts-de-Meuse aveo Verdun et Toul devaient devenir la région fortifiée Toul-Verdu», Cela eut coûté une vingtaine de millions. Mais on n'avait pas à construire de nouveaux forts, il y avait à traiter cette fortification comme celle de la guerre souterraine, avec fils de fer, beaucoup d'artillerie, de mitrailleuses... on aurait pu utiliser le matériel existant dans le» places de seconde ligne. Cela je l'ai préconisé. J'ai demande que le»forts soient mis en avant, sur les Hauts-dc-Meuse, face à l'est. »
Il fallait donc envisager la défense des Hauts-de-Meuse en tenant compte des particularités du terrain.
On trouve au pied des Hauts-de-Meuse soit des espaces de parcours relativement facile qui se prêtent à des actions offensives dans la direction de Test — soit des massifs boisés et à sol marécageux, insusceptibles d'être utilisés comme terrains de débouché.
Le saillant de Vigneulles-les-Hattonchâtel, les secteurs Haudiomont, Châtillon-les-Côtes, Ornes, Azannes, Damvillers, dont les vues sont aveuglées par des massifs forestiers importants, doivent être organisés en vue de la défense rapprochée.
Par contre, les secteurs Billy-sous-les-Côtes, Haudiomont et Châtillon-sous-les-Côtes, Ornes étaient susceptibles d'être aménagés en vue de l'appui à donner aux forces débouchant en Woëvre. Et de même, plus au nord,le point essentiel de Longuyon, faisceau des routes se dirigeant vers le nord sur Arlon par Longwy, vers l'est sur Thionville, vers le sud sur Etain, Conflans et Metz.
En outre, en prévision d'une violation par l'ennemi de la neutralité belge, obligeant nos troupes, au lieu de déboucher de Stenay et Montmédy vers l'est, à s'élever vers le nord-est dans la direction de Neufchâteau, il importait d'organiser solidement le terrain entre Damvillers et Montmédy pour qu'ainsi une puissante barrière protégeât le flanc droit des forces orientées contre toute action de l'ennemi venant des directions de Longuyon ou de Virton.
La plaine de Woëvre est close au sud par le cours de la Moselle, de Toul à Pompey. Ce coin a une importance stratégique particulière : des forces débouchant en Woëvre de cette base Toul, Pompey peuvent agir efficacement sur le flanc sud des troupes adverses engagées oflensivement de l'est vers l'ouest con:re les Hauts-de-Meuse. Le point qui assure ce débouché offensif est le plateau des Quatre -Vents ou de Saizerais. La création, là, d'un centre important de résistance est le complément de l'organisation défensive des Hâuts-de-Meuse.
a6 LA BATAILLE DE LA FRONTIÈRE -
« Le classement des travaux variés que comporte une telle organisation, concluait le général de Castelnau, doit être dominé par ce fait que les Hauts-de-Meuse sont, en moyenne, à une étape et demie de la frontière et que l'organisation des centres de résistance doit être parachevée avant toute attaque possible de l'ennemi. D'ailleurs tout ce qui sera déjà fait à la mobilisation ne sera plus à faire... » (*)
Le gouverneur de Verdun était, de par sa position même, la cheville ouvrière de cette réorganisation. Le 12 juin 191 2, le général Coutanceau était nommé à ce poste, qu'il occupa jusqu'au 20 janvier 191 6 ; ce fut donc lui qui eut à préparer le plan de défense de la place.
Le 12 décembre 191 2, le gouverneur de Verdun était invité à étudier un projet en vue de préparer un débouché offensif de Verdun dans la plaine de Woëvre et spécialement dans la région de Briey ; il s'agissait d'organiser deux positions distinctes en dehors du fort de la place : Ornes, Bezonvaux et Châtillon-sousles-Côtes, Haudiomont.
Estimant qu'il y avait trois positions vitales pour la place de Verdun — au nord la côte du Poivre et la côte de Samogneux, à l'ouest Sivry-la-Perche, au sud-est Haudiomont — le général Coutanceau avait aussitôt réclamé la création d'un fort sur chacune de ces positions.
(x) Ce fut une de nos grandes faiblesses ■ — et qui eut dû imposer plus de prudence à nos opérations initiales — que dans ce secteur de la Meuse, notre base de débarquement déjà sensiblement éloignée de la frontière, n'ait pas été plus abondamment pourvue d'antennes perpendiculaires, car autrement il eut été possible de pousser progressivement les débarquements jusque sur le versant oriental de l'Argonne, même jusqu'à la Meuse et d'accélérer ainsi l'arrivée de nos forces sur les Hauts-de-Meuse : ? L'unique antenne Sainte-Menehould-Verdun est absolument insuffisante et d'un rendement fort précaire, affirmait dans ce mémoire le général de Castelnau ; il conviendrait d'améliorer au plus tôt cette fâcheuse situation en prolongeant au moins jusqu'à ia Meuse la voie ferrée Vouziers-Apremont. » Rien ne fut fait à ce sujet.
« Le général Joffre — a témoigné devant la Commission de Briey le général Coutanceau — m'a dit qu'il ne voulait pas autoriser la création de nouveaux forts parce que la Commission 4es places-fortes avait décidé, en 1900, qu'on renforcerait les forts existants et qu'on ne ferait rien en dehors. »
Le gouverneur de Verdun fut seulement autorisé à faire des abris pour les troupes et les munitions et des emplacements ■de batteries, mais pas de tranchées.
Le 20 avril 191 3 — après la délibération du Conseil supérieur •de la guerre — en même temps qu'à Nancy le général Joffre se rendit à Verdun avec le ministre de la Guerre. Le général Coutanceau leur montra ses positions avancées et spécialement celle •d'Haudiomont, et, à défaut des forts qu'on lui refusait, il réclama, à l'effet de rendre intenables ces positions à l'ennemi, des tourelles avec des canons portant, au lieu de 7 kilomètres, à 15 kilomètres.
Le général Joffre approuva et, le 3 juillet 191 3, il autorisait la -création de telles tourelles aux forts de Moulainville, de Marre, «des bois Bourrus, aux Sartelles et à Génicourt : ainsi l'occupation des positions avancées de Verdun se serait trouvée remplacée par des tourelles tirant à grande distance.
Malheureusement, a rapporté le général Coutanceau, le général Joffre se heurta à l'opposition du Comité du Génie, « qui trouvait que les tourelles existantes suffisaient, qu'il était excessif de vouloir tirer à 15 kilomètres, qu'on ne verrait pas l'ennemi... »
« Le général Joffre, poursuit le général Coutanceau, a fait tout ce qu'il a pu pour vaincre cette opposition qui lui a fait perdre un temps précieux. »
Interrogé sur ce point, le maréchal Joffre a répondu n'avoir pas conservé le souvenir de ces faits : « La direction du génie, a-t-il seulement fait observer, ne demande pas mieux que de faire des travaux, mais il faut de l'argent... »
Interrogé par la Commission de Briey, le général Cheva-
lier, ancien directeur du génie, tout en rejetant sur la direction de l'artillerie l'opposition mise à l'installation de ces tourelles de 15 kilomètres, a déclaré que depuis 1909 la réfection des défenses des Hauts-de-Meuse avait été décidée et ébauchée, mais qu'au moment de la mobilisation ces travaux étaient toujours en cours d'exécution ; notamment l'autorisation de faire les travaux préparatoires de défense de Verdun — abris pour troupes et munitions, emplacements de batteries, etc. — ne vint qu'un mois avant la déclaration de guerre. « Nous n'avions pas eu assez d'argent », a-t-il conclu.
Et comme on lui en demandait la cause, le général Chevalier répondit :
« Toutes les années, nous demandions plus de crédits qu'il ne nous en était alloué, parce que nous avions un programme extrêmement considérable qui se chiffrait par des millions et des millions pour chaque place et qui devait, naturellement, dans l'intérêt de la défense nationale, être exécuté aussi rapidement que possible. Chaque année, nous nous efforcions d'obtenir des crédits plus élevés de façon à accélérer les travaux : une fois ceux-ci bien partis, on peut aller vite et absorber des crédits supplémentaires. Il est certain que je n'ai pas eu les crédits que je demandais ; par conséquent, j'avais déjà assez de peine à faire les travaux indispensables pour ces places, d'après le programme arrêté par le Conseil supérieur de la guerre, sans envisager d'autres travaux par ailleurs qui me paraissaient moins urgents. »
A cette demande : « Qui réduisait les crédits ? » le général Chevalier fît cette réponse : « C'est assez délicat, mais, d'ordinaire, c'était de la direction du Contrôle, qui était en rapports directs avec le Parlement et la Commission du budget, que nous venaient les ordres de réduction. »
Peut-être aussi une autre raison peut-elle être cherchée pour expliquer ces négligences. Le général Malleterre l'a signalée ainsi :
« Il courait un bruit dont nous n'avons jamais pu avoir la confirmation, d'après lequel, aussi bien du côté du Grand-Couronné de Nancy que de ce côté-là, il n'était pas possible d'élever un système défensif non pas seulement permanent ou semipermanent comme nos grandes forteresses de la Meuse ou de la Moselle, mais même un système préventif prévoyant l'emplacement de batteries, comme cela a été fait plus tard au Grand- Couronné, sous, le prétexte que, du côté de l'Allemagne, nous aurions été exposés à des observations diplomatiques et peutêtre même à des manœuvres d'intimidation. »
De son côté, M. François de Wendel a fait entendre la même note :
« Je crois pouvoir affirmer, d'après les contacts que j'ai eus avec les Allemands en divers circonstances, notamment au moment d'Agadir, qu'au premier coup de pioche donné dans le bassin de Briey, nous aurions eu un ultimatum. C'est une impression que je vous donne ; dès que nous posions une voie de mines, les Allemands posaient des questions et s'inquiétaient. »
Dans son intéressante déposition devant la Commission de Briey, M. Louis Marin, rapporteur général du budget, a fait connaître que les mêmes objections lui avaient été opposées pour l'établissement des défenses du Grand-Couronné de Nancy, qu'avec une ténacité inlassable il avait réclamées et qu'il put obtenir de la Commission du budget.
Là aussi on mettait perpétuellement en avant ces objections diplomatiques : clause secrète du traité de Francfort, observations du gouvernement allemand à l'occasion de travaux de défense annoncés ou commencés, etc. Ces objections étaient imprécises ; en 191 3, la Commission du budget en voulut voir le fond.
Elle reconnut vite qu'il n'y avait aucune clause secrète du traité de Francfort interdisant sur ces points de la Lorraine la mise en état de défense de la frontière, et on ne put lui montrer aucun télégramme enregistrant une observation ferme à ce sujet.
« Il n'y avait rien de déterminant — a conclu M. Louis Marin — ni dans les clauses annexes du traité de Francfort, ni dans de» observations fermes faites par l'Allemagne ; seule la crainte d'incidents a pu toujours être invoquée, mais sans fondement spécial. »
Il ne serait pas impossible que pour les Hauts-de-Meuse et Briey une telle crainte ait aussi entravé ces mesures de défense et motivé l'inaction et l'inertie administratives dont nous allons avoir maintenant à enregistrer les effets.
immmtwmmùmm&mté
A DEFAUT DE DEFENSE FIXE, LA PROTECTION DES HAUTS-DE-MEUSE EST DEMANDÉE A LA DEFENSE MOBILE. POSITIONS DE LA COUVER- TURE I LE RECUL DE 10 KILOMETRES, PRESCRIT LE 30 JUILLET 1914 PAR LE GOUVERNEMENT, n'eST POUR RIEN DANS L'ABANDON DE BRIEV.
EN définitive, la défense fixe des Hauts-de -Meuse avait été presque complètement sacrifiée ; on s'en remettait exclusivement à la défense mobile, aux troupes de couverture, et pourtant, au moment de la déclaration de guerre, on n'avait pu, pour faciliter leur travail, que procéder, dans la région d'x\premont et au sud de Verdun, à quelques déboisements et à des constructions d'ouvrages d'infanterie et de positions de batterie.
Pour notre commandement, la principale défense des Hautsde-Meuse c'était donc la couverture, et on s'explique, dans ces conditions, que ses positions en aient été rapprochées et, par suite, la région de Briey mise hors de sa protection. « Etant donnée la situation de Briey sur la frontière même et l'importance des troupes qu'il aurait fallu mettre pour la défendre — a déclaré le général Pont — on ne pouvait, sans courir de grands risques, défendre Briey sur la frontière et protéger en arrière Verdun et les Hauts-de -Meuse. » (2)
() Le général Vcrraux a présenté un autre point de vue à la Conv mission de Briey :
Le problème de la mise de la région minière et métallurgique de Briey hors de la zone de la couverture se trouve ainsi expliqué, et si nous tenons à apporter à ce sujet un supplément de preuve, c'est pour mettre définitivement fin à une légende qui avait fait grief de cet abandon du bassin de Briey, à ce qu'on a appelé le recul de 10 kilomètres, — cette mesure de haute sagesse politique prise, le 31 juillet 1914, par le gouvernement de M. René Viviani, aux fins de laisser sur la frontière une zone de quelques kilomètres entre nos troupes et celles de l'Allemagne et d'éviter ainsi de donner au gouvernement allemand les prétextes qu'il cherchait pour présenter à son peuple cette guerre, qu'il avait si longuement préméditée, comme provoquée par la France.
Rapprochant le fait de ce recul de la position sur la frontière des mines de Briey, cette légende put s'établir, grâce à l'obscurité dont étaient et sont toujours entourés les faits du début de la guerre.
Le premier, en mars 191 7, le général Verraux, qui commandait, en août 1914, l'une des divisions de couverture de Briey, avait montré l'inanité de cette imputation en faisant connaître les emplacements de couverture de sa division. J'avais, pour ma part, relevé aussitôt cette grave révélation, et souligné de mon
« Cela vient de l'organisation même de notre armée. Notre armée étant basée sur l'organisation des troupes de première ligne, et sur îes réserves de laquelle on ne comptait pas, devait fatalement recourir à une concentration en arrièrede tous les éléments de première ligne.
« Si, au contraire, notre système militaire avait tenu compte des réserves, les populations de la frontière auraient été organisées en réserves, constituées en régiments territoriaux, en régiments de miliciens — appelez-les comme vous voulez — qui auraient fait ces tranchées, dans lesquelles nous aurions pu résister à l'envahisseur.
« Si nous avions eu cette organisation territoriale de nos régions frontières, grâce aux réserves — les réserves ' on a bien été obligé d'y croire depuis ■ — on aurat pu, dès le premier jour, employer le régiment territorial de Briey, celui d'Audun-le-Roman et tant d'autres à creuser les retranchements nécessaires. Un ordre eût suffi pour qu'immédiatement la frontière fût tenue par nos troupes de réserve. »
côté l'inanité d'un tel grief (^.Dans la séance du 31 janvier 191 9, M. René Viviani protesta nettement contre une telle imputation, et la Chambre fit sienne sa protestation en décidant l'affichage de ses éloquentes paroles.
Cependant — si tenace est une légende — que l'on a pu voir celle-ci reparaître jusque dans le Mémoire du gouvernement français sur la fixation au Rhin de la frontière occidentale de l'Allemagne et l'occupation interalliée des ponts du fleuve (25 février I9i9).lly est ainsi affirmé que si la France fut privée en quelques heures, avant la déclaration de guerre, de 90 0/0 de sa production de minerai et de 86 0/0 de sa production de fonte, c'est « parce qu'elle avait éloigné ses troupes de la frontière pour éviter des incidents ».
Il convient donc de mettre définitivement fin à une telle erreur.
Non seulement, devant la Comm ssion de Briey, le général Verraux a renouvelé ses affirmations qui furent corroborées par le général Sarrail, chargé de la couverture des Hauts-de- Meuse, mais le maréchal JofTre a fait à ce sujet cette formelle et loyale déclaration :
« Il est exact que le plan 17, ainsi d'ailleurs que les plans précédents, laissaient la région de Briey en dehors de la zone occupée par les troupes de couverture.
« ...On ne pouvait pousser plus à l'est le dispositif de couverture et interdire ainsi, par ce dispositif, aux Allemands la prise de possession du bassin de Briey.
« La région minière de Briey, en effet, à cheval sur notre frontière de 1871, est au contact même de la place de Metz et sous le canon de ses forts. Le camp retranché de Metz, qui pénétrait comme un coin en terre française, favorisait incontestablement une offensive brusquée à objectifs limités.
(:) Correspondant, 10 avril 1917. La frontière du Nord et de l'Est : la frontière défaite.
(2) Rapport général de M. Louis Barthou sur le traité de paix conclu à Versailles, le 28 juin 1919. Annexes, p. 73.
F. Engerand 3
« Comme la couverture constituée par des éléments stationnés dans la région dès le temps de paix ne comprenait par ce fait même que des effectifs assez faibles, pousser la 1 igné de résistance plus avant que ne le prévoyait le plan 17, c'eût été l'établir dans le rayon d'action de Metz, courir, par conséquent, le grand risque de la faire écraser dans cette région et de rendre ainsi dès l'abord précaire notre concentration, que la couverture devait protéger.
« Comme en outre la défense de la région de Briey par des troupes actives était d'avance tournée par tout mouvement ennemi à travers le Luxembourg, le tracé même de notre frontière de 1871 rejetait sur les Hauts-de-Meuse la ligne de résistance de notre couverture.
J'ai pu, au reste, comme rapporteur de la Commission de Briey, avoir communication de l'instruction de couverture du plan 17, établie en avril 191 4 et je ne fais ici qu'en résumer les parties relatives aux 4e et 5e secteurs de la Woëvre méridionale (de Pont-à-Mousson à Conflans) et de la Woëvre septentrionale (de Conflans exclu à Givet), le premier assuré par le 6e corps et la 7e division de cavalerie, le second par le 2e corps et la 4e division de cavalerie.
La mission de couverture des troupes de la Woëvre méridionale est ainsi spécifiée :
« Pendant les cinq premiers jours couvrir les ateliers de débarquement de la vallée de la Meuse, entre Verdun et Commercy et s'opposer à toute attaque brusquée contre Toul et Verdun — et éventuellement soutenir les troupes du secteur de la Basse-Meurthe, sur la rive droite de la Meuse, en cas d'attaque par des forces débouchant de Metz. »
Le secteur de couverture était ainsi réparti :
Le quartier général à Vigneulles-les-Hattonchâtel; la 42e division entre Fresnes-en-Woëvre et Thillot-sous-les-Côtes avec détachement .vers Mouaville, Puxe et Sponville ; la 40e- division dans la région de Beaumont, Flirey, Domèvre-en-Haye avec détachement vers Thiaucourt et Pont-à-'Mousson ; la 12e division entre Vigneulles et Haudiocourt, avec l'artillerie de corps et les éléments non endivisionnés au nord de Saint-Mihiel ; la
-7e division de cavalerie dans la région d'Apremont-Bouconville.
Les antennes avancées étaient à Pont-à-Mousson, Thiaucourt, Sponville, Puxe, Mouaville et tenues par des bataillons de chasseurs à pied qui avaient pour consigne de se replier, en cas d'attaque ennemie.
Ces éléments avancés de la couverture se trouvaient donc à une distance variant de 6 à 22 kilomètres de la frontière en deçà de la région minière et métallurgique de Briey.
La couverture du secteur de la Woëvre septentrionale, assurée par le 2e corps et la 4e division de cavalerie, avait cette mission :
« Assurer la protection des ateliers de débarquement échelonnés sur la Meuse au nord de Verdun, et garantir le front occupé par la garnison de cette place contre un enveloppement par le nord. »
L'une des divisions était établie à Spincourt, avec observation de la région d'Audun-le-Roman et de Villers-la-Montagne jusqu'à la vallée de la Chiers ; l'autre à Ire-le-Sec, Marville, Dombras, Jametz avec observation de la région Briey exclu à Longwy inclus.
Il était spécifié que la 8e brigade occuperait les passages de la Meuse de Sedan, Mézières à Givet, et qu' « en cas de violation de la neutralité de la Belgique par l'Allemagne, elle sera mise, sur l'ordre du général commandant en chef, à la disposition du général commandant le corps de cavalerie ».
Et ladite instruction prévoyait ainsi les dispositions pour le cas de violation de la neutralité de la Belgique par l'Allemagne :
« Un corps de cavalerie, comprenant les ire, 3e et 5e divisions est rassemblé à Mézières, prêt à se porter au devant des colonnes ennemies qui violeraient la neutralité de la Belgique. Dans ce cas, le général commandant le corps de cavalerie exécuterait, sur l'ordre du général en chef, la mission indiquée <lans son pli blanc ; la 8e brigade d'infanterie, chargée de tenir
les passages de la Meuse à Sedan, Mézières et Givet, passerait sous ses ordres. »
Cette indication démontre clairement que notre haut commandement ne prévoyait la violation par l'Allemagne de la neutralité de la Belgique que par la rive droite de la Meuse.
Ces documents, joints à la déclaration du maréchal Joffrer sont, croyons-nous, de nature à briser définitivement la légende de la perte de la région de Briey, causée par le recul de 10 kilomètres.
Cette mesure qui affirma, d'une façon matérielle et pour ainsi dire plastique, la volonté de paix de la France et la volonté de guerre de l'Allemagne, n'eut donc aucun effet fâcheux sur le début des opérations de la guerre.
Le général en chef n'y fit aucune opposition ; la déposition de M. Messimy, alors ministre de la Guerre, est formelle :
C'est moi, a affirmé M. Messimy, qui ai proposé au Conseil des Ministres cette mesure dans le but d'empêcher tout contact, qu'il fallait éviter à tout prix, entre les troupes françaises et les troupes allemandes. Mais, cela n'avait pour effet que de replier nos lignes de sentinelles ; quant à nos groupes de couverture, ils n'ont pas bougé ; ils sont restés exactement au point où ils devaient être d'après les instructions du plan 17.
Au surplus, lorsque j'annonçai au général Jofîre la décision de reculer les troupes à 10 kilomètres, celui-ci répondit : « Cela n'a pas d'importance a condition que vous me laissiez ne pas appliquer cet ordre d'une façon stricte, la limite de 10 kilomètres sur certains points des Vosges serait extrêmement gênante. »
Je lui ai répondu : « Pourvu que la mesure soit appliquée d'une façon impérative dans son esprit, pourvu qu'il y ait 5 ou 6 kilomètres entre nos armées et les troupes allemandes, cela sufît. »
Donc le G. Q. G. a eu toute liberté pour établir sa ligne. Il existe, d'ailleurs, dans les archives, des documents nombreux indiquant les ordres donnés par le G. Q. G. aux troupes. Dans ces ordres vous verrez la ligne jalonnée par tels et tels villages, distants de 4 ou 5 kilomètres de la ligne frontière.
Au surplus l'interdiction ainsi donnée fut levée le 2 août à
gninuit, et l'on verra, par la suite, que ce m fut que le 5 août que les Allemands se présentèrent à Briey et que la région resta jusqu'au 15 août pour ainsi dire inoccupée...
Il reste à rechercher les causes de cet état de choses, et à relater le rôle de la 3e armée et de l'armée de Lorraine, à qui incombèrent la mission de reprendre le terrain précieux ainsi abandonné.
En résumé, le haut commandement, non avisé par les services compétents et ne se rendant peut-être pas exactement compte de l'importance économique sans égale de cette région de Briey, avait cru pouvoir en abandonner provisoirement la défense directe, qu'il jugeait impossible pour les raisons stratégiques que l'on vient d'exposer (*).
Escomptant une guerre courte (2), jouant sur le succès et ne
(*) M. le général Belin, sous-chef d'état-major au début de la gueire, & ainsi développé ce point de vue devant a Commission de Briey :
c On n'avait pas méconnu l'importance de Briey, mais on n'en faisait pas l'engagement unique et principal de la bataille. Il y a\ait quelque chose de plus important, c'était l'armée allemande.
« C'est contre cet objectif que le général commandant en chef a consacré toutes ses forces, et c'est en vue de l'offensive qu'il avait l'intention de mener et que, d'après ce qu'il escomptait, il avait beaucoup de chance de croire devoir se réaliser, qu'il a monté son plan en conséquence et successivement monté ses deux attaques sur les deux théâtres des opérations qui devaient converger vers le même point, d'abord en Alsace-Lorraine et ensuite sur le reste du front par l'engagement de toutes les forces françaises contre toute l'armée allemande. Il espérait à ce moment non pas la détruire, mais la battre et il en a été tout près...
« Voilà pourquoi le général en chef a pu envisager cette manœuvre, elle est à la base de notre enseignement militaire, elle nous a valu la dernière victoire ; elle avait les plus grandes chances de débarrasse» complètement les bassins de Briey et de Thionville ; peut-être même l'armée n'en aurait- elle pas eu besoin parce que dans ce cas l'armée allemande n'aurait pas tenu plus longtemps. »
(*) Le grand État-major partageait cette conviction sur une conclusion rapide de la guerre, voir le rapport de Ludendorf, en date du â9 mars 1913, sur le renforcement de l'armée allemande, in fine : « La
voulant pas prévoir le revers, il comptait dégager par le développement même de son plan d'opérations et libérer par la manœuvre cette réserve métallurgique de la France, persuadé qu'il était que l'interruption de cette production métallurgique n'aurait pas de conséquences sur une guerre qu'il estimait — comme l'enn-mi du reste — devoir être de brève durée.
préparation discrète de la mobilisation, et l'exécution rapide de notreconcentration stratégique nous assurent des avantages qu'il sera difficile aux armées des autres nations de réaliser dans la même mesure. Nous nous assurons donc ainsi les meilleures conditions pou» l'heureuse exécution de la surprise stratégique sur nos ennemis, la. conduite et l'achèvement rapides et violents de la campagne entrjfcprise. » (Livre Jaune, 1914. Tempsi 10 juin 1919).