B R I E Y CI
belges ; la 3e armée devait alors, de concert avec la 4e, participer à cette poussée, d'où l'on escomptait la décision.
A partir du 16 août, la mission de la 3e armée devient donc nettement offensive.
Le 15 août, à 15 h. 30, le général Joffre (*) adressait à la 3e armée une instruction particulière n° 9, lui exposant l'intérêt qu'il y aurait « à rapprocher de Metz une organisation fortifiée qui servirait d'embryon à l'investissement de la place » et, après lui avoir désigné les points où des « centres de résistance pourraient <être créés pour les divisions de réserve » et donné des conseils «ur la façon de procéder à ces travaux, l'instruction ajoutait in fine : « Il n'y a probablement sur le Iront sud-ouest de Metz <jue la 8e brigade bavaroise avec des troupes de réserve et de fendwehr, le XVIe corps serait groupé dans la région Briey- Auboué. »
Les vues du commandement, exprimées par cet ordre, devaient se confirmer dans la nuit du 15 et la matinée du 16.
Cette instruction du 15 montre que le commandement ne croit plus à des forces très sérieuses sur le front sud-ouest de Metz ; le lendemain, il constituait une subdivision d'armée pour procéder à l'investissement de la place.
Le 16 août à 14 h. 25 — c'est-à-dire après l'envoi de l'instruction n° 10 aux 4e et 5e armées (2) — le général en chef envoyait à la 3e armée un ordre particulier ne 11 et une instruction particulière n° 12 (3).
L'ordre particulier n° 11 dispose qu'en vue de permettre au général commandant la 3 e armée de concentrer plus particulièrement son attention sur les opérations offensives de son armée les éléments ayant une mission d'ordre défensif seront à partir du
[l) La minute de cette instruction est de la main du général Berthelot.
Voir ce te instr action page 81 supra.
(3) G. Q. G.x T. 3407, pièces~U6 et 147.
17 août midi placés sous le commandement du général Paul Durand qui continuera d'ailleurs à relever du général commandant la 3e armée.
Le commandement du général Paul Durand s'étendra sur le 3e groupe de divisions de réserve renforcé par la 67e division de réserve et sur les places de Toul et de Verdun. La mission de ce groupement de forces sera de « commencer l'investissement du front sud-ouest de Metz d'une manière très progressive et d'arrêter sur les positions établies entre Toul et Verdun toute tentative de l'ennemi visant la rupture de ce front ».
A la 3e armée l'instruction particulière n° 12 donne les ordres suivants : « Laissant face à Metz le groupement de forces aux ordres du général Paul Durand, s'établir sur le front Jametz- Ëtain, prête à déboucher en direction générale de Longwy avec ses 4e et 5e corps et deux divisions du 6e corps, la 3e division de ce corps laissée en garde flanc à droite, face à Conflans et à Briey. »
Le moindre défaut de ces deux ordres était de n'être point très explicites de la pensée du commandement et surtout d'établir dans une même armée deux commandements distincts, sans nettement les délimiter.
Le général Paul Durand, bien qu'investi du commandement d'une subdivision d'armée, continuant à relever du commandement du général Ruffey, celui-ci pouvait naturellement supposer que l'armée Durand restait à sa disposition à l'état de réserve générale et qu'il était libre de répartir ses éléments dans la mesure qu'il estimait suffisante pour remplir la mission défen» sive qui lui était dévolue et que lui, Ruffey, jugeait d'autant moins importante qu'il avait été averti, le 15 août, par le G. Q. G. de la faible densité et qualité des troupes de Metz.
Il semble résulter également de la déposition du général Ruffey (*) que le général Paul Durand ne comprit pas très bien
(') Voici ce qu'a dit à ce propos le général Ruffey devant la Com-
îe rôle qui lui était assigné ; il lui aurait, en effet, dit son ennui d'avoir, lui, ancien cavalier, à s'occuper de la défense de Toul et de Verdun, que cette responsabilité l'inquiétait, qu'il ne •connaissait rien à la défense des places... Le général RufTey le tranquillisa en lui déclarant que, tant qu'il resterait sous ses ordres, c'est lui qui répondrait des Hauts-de-Meuse et de la défense de Toul et de Verdun...
On saisit là l'origine d'un malentendu qui allait devenir tragique : RufTey considérait le groupement Paul Durand comme sa réserve générale, du fait que son chef restait sous son commandement.
Peut-être n'y eut-il, au fond, qu'une simple erreur de chancellerie ou une négligence d'état-major. Le détachement des éléments de réserve de la 3e armée et leur constitution en un groupement distinct bien que dépendant de cette 3e armée fut l'objet d'un ordre spécial, ordre particulier n° 17, signé JofTre et réd'gé par le général Berthelot. Cet ordre fut bien envoyé au général
mission de Bricv : « Vers le 18 ao\it, probablement, création de la subdivision d'armée Paul Durand, comprenant comme noyau mon ancien groupe de divisions de réserve renforcé par trois autres divisions débarquées dans la région de Verdun : 67e, 65e et 75e. Je ne me rappelle pas en avoir été avisé officiellement : c'est, je crois, Je général Paul Durand, qui m'en rend compte de vive voix et d'une manière assez originale, qui depuis m'a donné beaucoup à penser. 11 se présentàe à moi à mon quartier général et me dit qu'il est très «nnuyé parce que lui, ancien cavalier, a maintenant- à s occuper de la défense de Toul et de Verdun, et qu'il n'entend rien à la défense des places. 11 vient, en effet, d'être placé à la tête de la subdivision de la 3e armée , comprenant six divisions de réserve et les camps retranchés de Toul et de Verdun, dont il devient en grande partie responsable ; il est vrai que cette responsabilité est beaucoup diminuée parce qu'il reste sous mon commandement supérieur. Naïvement je îe tranquillise et lui affirme que sa responsabilité ne doit pas lui peser tant qu'il restera sous mes ordres ; je la revendique entièroment et je réponds des Hauts-de-Meuse et des places de Toul et de Verdun. Quand je lui cause, il a l'air préoccupé, il semble penser à autre chose et j'aurais dû voir que le motif invoqué n'était pas la vraie cause de sa visite. »
Paul Durand, mais on ne le retrouve pas dans le registre desentrées de la 3e armée ; on n'y voit seulement (folio 215) qu'un ordre général n° 19 du 17 août où le général Paul Durand « commandant la subdivision de la 3e armée dans la Woëvre » annonce ainsi au général RufTey sa prise de commandement :
« Par ordre du général en chef commandant les armées de l'Est, le général Paul Durand, tout en continuant à relever du commandant de la 3e armée, prend à partir du 17 août, midi, avec les droits de commandant d'armée Q), le commandement d'un nouveau groupe de forces comprenant le 3e groupe de divisions de réserve et la 67e division de réserve et qu'en outre les places de Toul et de Verdun, ainsi que les divisions de réserve y rattachées seront sous son autorité. »
Et le général Durand ajoutait dans la pièce destinée à la 3 e armée :
« La mission du groupement de forces du général Durand sera de commencer l'investissement du front sud-ouest de Metz d'une manière très progressive et d'arrêter sur les positions organisées entre Toul et Verdun toute tentative de l'ennemi visant la rupture de ce front. »
C'est vraisemblablement à cette pièce que le général Tanant, ancien chef du 3e bureau de l'état-major de la 3e armée, faisait allusion dans sa déposition, en déclarant que cet ordre du 16 août avait été transmis à l'état-major de la 3e armée ; il l'avait été en eftet, mais, semble-t-il, par le général Durand et non par le G. Q. G.
Celui-ci avait établi pour le général commandant la 3 e armée une instruction particulière n° 12, lui marquant l'établissement à donner à son armée en vue d'un prochain débouché offensif, et lui disant de « laisser seulement face à Metz le groupement de forces aux ordres de M. le général Paul Durand ».
{l) Dans l'ordre particulier du général Jofïre, il n'est pas dit que le général Durand aura « les droits de commandant d'armée ».
Cette pièce porte bien mention de l'envoi à la 3e armée de Tordre particulier n° 11 relatif au groupement Paul Durand,, mais il n'en existe aucune trace dans les registres de la 3e armée». Y eut-il une omission, une erreur de transmission ? Elle expliquerait alors l'ignorance où se serait trouvé le général Ruffey et la croyance où il fut que ces divisions de réserve étaient toujours sous ses ordres.
Et Ton en a la première preuve dans l'instruction personnelle et secrète n° 5 pour la journée du 18 août, adressée par le général Ruffey à la 3e armée, le 17 août à 16 heures.
Il y expose, d'après l'instruction particulière n° 12, la mission assignée à la 3e armée, s'établir sur le front Jametz-Étain prête à déboucher en direction générale de Longwy ; en conséquence les 4e et 5e corps prendront des dispositions leur permettant de déboucher, sur le même front, sur la rive droite de TOthain ; le 6e corps marchera en échelon en arrière et à droite des 4e et 5e corps ; une division du 6e corps, placée initialement en gardeflanc face à Conflans-Briey sera disposée de façon à parer à toute attaque débouchant sur le flanc de l'armée. Le commandant de la 3e armée ajoute : « Le groupement aux ordres du général Paul Durand a pour mission de contre-attaquer tout ce qui sortirait de Metz. » (3e Armée, Sorties).
Ce plan de bataille atteste que le général Ruffey croyant sous son commandement, et l'ayant en fait, le groupement Paul Durand, restreint la mission défensive qui a été attiibuée à celui-ci par le G. Q. G. et lui attribue une mission éventuellement offersive.
Le général Ruffey a d'ailleurs formellement déclaré devant la Commission de Briey qu'il avait révélé son plan de bataille au général Paul Durand : « Il savait que les 54e, 55e, 56e divisions de réserve (*) devaient venir former réserve générale derrière
(*) Il doit y avoir là une erreur dans les souvenirs du général Ruffey : dans tous les documents — et certains de sa main — il n'est question que des 54e et 67e divisions de réserve.
ma droite avec la 40e division et la division de cavalerie, les couvrant du côté de Metz pour envelopper la gauche ennemie, tandis que les autres divisions de réserve et celle de Verdun, avec l'artillerie lourde provenant de cette place, se tiendraient prêtes à annihiler tout ce qui sortirait de Metz pour attaquer à revers ma réserve générale. Je lui avais même dit, le 18, qu'une partie de ma réserve générale, 55e division de réserve et une partie de ma cavalerie, auraient pour mission de les aider en plaçant les adversaires dans une tenaille. »
On saisit là le malentendu. Le général Ruffey, ayant sous son commandement le groupement Paul Durand, en dispose selon ses vues propres et dans l'intérêt de la bataille qu'il va engager ; il estime que sa mission défensive peut être suffisamment remplie avec une partie de ses forces et il dispose du reste pour l'action offensive qui lui est assignée et pour laquelle il veut s'assurer son maximum de forces.
Or, le général Paul Durand a reçu du G Q. G. une mission -stricteme vt et exclusivement défensive ; il reste nonobstant sous le commandement du général Ruffey : il se trouve ainsi aux prises entre deux volontés et deux ordres opposés...
On a vu la modification qui se fit, le 18 août, dans les vues du haut commandement et qui motiva l'instruction particulière n° 13, organisant la 5e armée et les aimées anglaise et belge en prévision d'un mouvement débordant de l'ennemi par l'une et l'autre rive de la Meuse, mais toutefois au sud de Bruxelles (1).
La mission des 3e et 4e armées restait la même, mais, pour re îforcer la 5e a~mée, on avait retiré à la 3e armée le 18e corps ■qui lui avait été éventuellement réservé.
Préoccupé peut-ê re plus que de raison d'empêcher une rupture du front des Hauts-de-Meuse — puisqu'aussi bien il jugeait îe 15 août, de peu d'importance la défense mobile de Metz et que, le 20 août, il indiquait à ses commandants d'armée que les
(x) Voir cette instruction, page 36 supra.
corps d'armée ennemis n'étaient que de vingt (x) — le général en chef voulut renforcer encore les armées chargées de surveiller Metz et, le 19 août, il créait ce que l'on a appelé l'armée de Lorraine, c'est-à-dire la réunion sous le commandement du général Maunoury du groupe de divisions de réserve Paul Durand et d'autres divisions de réserve amenées sur le front des Hauts-de- Meuse .
Le général Maunoury a déclaré à la Commission de Briey qu'en 191 3 il avait été averti qu'il serait, en cas de guerre, appelé à commander une armée, qui aurait vraisemblablement pour
(*) Le bulletin des renseignements n° 12 de la 3e armée, du 17 août, 15 heures, publiait cet Ordre de bataille allemand tel que se le figure le Grand Quartier général, le 16 août :
« Du Nord au Sud :
« Deux armées de la Meuse (IXe, Xe, VIIe ; D. C : 2e et 9e. — XIe, IIIe, IVe ; D. C : 5e et Garde). Général von Bulow.
« Armée du Luxembourg belge (Garde, XIXe, XIIe ; D. C : 8e ?). Général von Heeringen.
« Armée du Luxembourg-Thioiwille (VIIIe, XVIIIe, XVIe ; D. C. : 6e et 2e Saxons). Général von Eichorn.
« Armée de Lorraine n° 6 (IIIe Bavarois, IIe Bavarois Ier Bavarois ; D. C. : 7e et Bavarois). Prince Rupprecht de Bavière.
« Année d'Alsace (XI IIe, XIVe, XVe (disparaît depuis trois jours). Prince Friedrich II de Bavière.
« Russie (Ier, XXe, XVIIe, IIe, Ve ; D. C. : 1er et 4e).
« Non reconnu : groupes de réserves. »
(T. 4174, G. Q. G., 3e armée, sorties).
Ainsi le 17 août, le G. Q. G., d'après ces indications données à la 3e armée, n'aurait cru qu'à la présence de 20 corps d'armée sur le front français — à moins qu'il ne faille voir dans ces renseignements le développement d'une politique que, devant la Commission, de i riey le général Berthelot a exposée ainsi : « Devant l'hésitation que certains éléments montraient à l'attaque, il y avait parfois utilité à leur dire : allez, vous avez devant vous moins de monde que vous ne croyez. Cela, c'était dans un but d'intérêt général et non pas d'intérêt particulier. Il est certain que dans une attaque il y a des troupes plus ou moins sacrifiées ; il faut tout de même qu'elles attaquent, même si elles ont affaire à des forces supérieures. Si on n'attaquait que quand on est sûr que l'ennemi est plus faible, on n'attaquerait pas souvent. 1»
F. Engerand 7
objet l'investissement de Metz ; à cet effet, un « papier rouge » lui avait été donné, mais il se demandait encore, au moment de sa déposition devant la Commission, si c'était une lettre de commandement ou un simple ordre de mobilisation, car le commandant en chef ne lui avait rien dit du rôle éventuel de son armée, non plus que de sa constitution. La guerre déclarée, le général Maunoury avait rejoint à Paris, et là le ministre de la Guerre l'avait envoyé inspecter un certain nombre de régions. Il existait pourtant au G. Q. G. un dossier concernant cette armée destinée au général Maunoury. Il semblerait dès lors que la place du commandant désigné de cette armée eût dû être au G. Q. G. ; il n'en fut rien, et peut-être pour les raisons qui en écartèrent le général Galliéni, bien que ce dernier fût le successeur éventuel, Y ad latus du général Joffre : « Il y avait tant à faire au G. Q. G., a déclaré le maréchal Joffre, qu'un ad latus eût été plutôt une gêne. » Aussi bien — et la déposition du général Berthelot, entre autres, en fait foi — les commandants d'armée parce que peut-être réservés sur les vues stratégiques et tactiques à la mode, n'étaient pas l'objet d'une très grande considération de la part des « jeunes » du G. Q. G. qui plus qu'à eux et par dessus eux s'adressaient de préférence à leurs étatsmajors.
Ce dut être le 18 août que fut décidée, au G. Q. G., la constitution de l'armée de Lorraine.
Le 19 août, à 10 h. 10, en effet, le général Belin, major général, téléphonait au général Ebener, chef d'état-major du ministre de la Guerre « comme suite au message téléphoné du 18 août (^ concernant le général Maunoury pour l'inviter à se rendre aussitôt que possible au G. Q. G. où il est constitué un dossier concernant le groupement dont il prendra le commandement, et le même jour, à 11 heures, le même général Belin
(*) Le message du 18 août ne se trouvait pas dans les documents qui furent mis à ma disposition.
désignait le général Guillemin, comme chef d'état-major de l'armée de Lorraine sous réserve de l'acceptation du général Maunoury (G. Q. G., T. 3407).
Le 19 août était établi l'ordre particulier n° 14 constitutif de l'armée de Lorraine (G. Q. G. Dossier de V armée de Lorraine).
Cette armée de Lorraine, placée sous les ordres du général Maunoury, était constituée par les troupes destinées à masquer tout d'abord la place de Metz à l'ouest et au sud, puis à poursuivre progressivement l'investissement du camp retranché.
Ces troupes avaient mission de préparer progressivement cet ' investissement du camp retranché de Metz, d'après les indications données respectivement aux commandants des 3e et 2e armées par l'instruction particulière n° 9 du 15 août (relative à l'investissement progressif de Metz) et par le télégramme en date du 18 août (x).
Cet investissement de Metz avait été et demeurait le grand objectif du commandement. Le mouvement débordant de l'aile droite ennemie en avait contrarié la réalisation en en distrayant nos 4e, 3e et 5e armées et en les aspirant vers le nord.
Mais, malgré tout, l'idée était restée, et son exécution devait être consécutive de l'offensive en direction de Sarrebrùck des 2e et ire armées ; celles-ci ayant tourné h place à l'est, l'investissement du front ouest et sud appartiendrait à l'armée de Lorraine ; mais sa mise en train était conditionnée par le succès de l'offensive de la 2e armée, qui, précisément, se déclenchait le 16 et qui ainsi était en cours au moment où le G. Q. G. constituait l'armée de Lorraine.
Aussi, en attendant l'issue de la bataille de la 2e armée, cette armée de Lorraine devait-elle rester strictement en position défensive : « Toutefois, ajoute l'ordre n° 14, pendant l'exécution des travaux (préparatoires à l'investissement), de fortes réserves
( ) Nous n'avons pas retrouvé ce télégramme dans les pièces qui nous ont été communiquées.
devront être maintenues sur les organisations défensives effectuées à l'est de Nancy et sur les Hauts-de-Meuse, de façon à garantir en tout état de cause l'inviolabilité des fronts organisésdans ces deux régions. » •
Investissement de Metz subordonné au succès de l'offensivede la 2e armée, et jusque-là et en cas d'insuccès, défense stricte du front Toul-Verdur, telle était, en définitive, la mission, de l'armée de Lorraine.
Pour cette mission, le général Maunoury disposait du 3e groupe de divisions de réserve, (54e, 55e, 56e,) primitivement affecté à la 3e armée, de la 67e division de réserve, qui venait d'arriver à Verdun, des places de Toul et de Verdun, sur lesquelles le général Maunoury aura les droits d'un commandant d'armée ; c'était, en somme, toute la subdivision d'armée Paul Durandqui se trouvait totalement détachée de la 3e armée, et un nota spécial précisait cette situation : « L'ordre particulier ~n° 11 en date du 16 août (constitutif de la subdivision d'armée Paul Du rand et le laissant sous le commandement du général Ruffey) est annulé, et la 3e armée n'aura plus à s'occuper des élémentsci-dessus que pour assurer par son directeur des Etapes et Services les ravitaillements et évacuations. »
La subdivision d'armée Paul Durand disparaissait ; elle avait duré 48 heures, et le général Paul Durand passait du commandement du général Ruffey sous le commandement du général Maunoury.
Le général Maunoury disposait encore des 65e et 75e divisions de réserve, qui devaient débarquer du 21 au 23 août dans la région Sorcy-Void , — et « ultérieurement » (c'est-à-dire dans le cas d'un succès de la 2e armée) du 2e groupe de divisions de réserve, rattaché à cette armée, ainsi que des 64e et 74e divisions de réserve, qui devaient également débarquer du 21 au 23 août dans la région Lunéville, Bayon, Dombasle.
Le 19 août, l'armée de Lorraine était donc constituée sur le papier. Sa constitution même était assez compliquée ; appelée à.
faire liaison entre la 3e et la 2e armée, il était, semble-t-il, indispensable que l'un et l'autre des commandants de ces armées fussent exactement et sur l'heure mis au courant de cette formation, et principalement le commandant de la 3e armée, puisqu'on lui retirait une partie de son armée et qu'il y avait une délimitation de commandement très délicate à établir.
Le général Ruffey a pourtant déclaré avec force devant la Commission de Briey que jamais il n'a connu la constitution de cette armée de Lorraine, et il a fait grief au général Maunoury, présent, affirma-t-il, à Verdun au lendemain de la date de constitution de ladite armée de Lorraine, soit le 20 août, de lui en avoir caché l'existence et la mission et de l'avoir, avec la connivence du général Paul Durand, tenu dans l'ignorance du détachement de cette subdivision Paul Durand qu'il considérait comme sa réserve générale et dont il avait disposé d'éléments pour son ordre de bataille du 22 (x).
(I) Le général Ruffey s'est exprimé ainsi devant la Commission , « La subdivision d'armée Paul Durand devient, quand ? je l'ignore: armée de Lorraine sous les ordres du général Maunoury. Je n'en suis pas avisé officiellement par le général Jofîre : le général Paul Durand oublie de me rendre compte, même verbalement, de sa mutation. Le général Maunoury, dont le quartier général est à Verdun, comme le mien, et qui est arrivé dans cette ville, le 19 août, me fait visite avec le général Paul Durand dans l'après-midi, et j'apprends qu'il a remplacé le général Paul Durand dont la subdivision d'armée est devenue, en changeant de chef, l'armée de Lorraine,mais ils se gardent bien par ordre probablement, de me dire que cette armée de Lorraine n'est plus sous mon commandement supérieur, qu'elle est devenue indépendante et que son chef a déjà l'ordre formel de ne pas me soutenir. Je les invite à déjeuner avec moi le lendemain matin... Le 20, avant, pendant et après déjeuner, nous causons amicalement et notre conversation roule sur la guerre, les projets de l'ennemi et les miens ■que connaissait très bien au moins le général Paul Durand depuis le 12 (?). Il savait que les 5.e, 55e et 56e D. R. devaient venir former réserve générale derrière ma droite avec la 40e division (Hache) et la division de cavalerie les couvrant du côté de Metz pour enveloppe^ la gauche ennemie, tandis que les autres divisions de réserve et cellc «le Verdun, avec de l'artillerie lourde provenant de cette place, se
Contrairement au général Ruffey, le général Maunoury (x) » affirmé que c'est le 19, au matin, en arrivant à Nantes, en tournée d'inspection, que lui fut remis un télégramme ministériel lui enjoignant de se rendre à la frontière : « Je suis certain de la date », a-t-il dit, et l'on a vu, en effet, que c'est le 19 août, à 10 heures, que le général Belin téléphona au général Ebener pour mander le général Maunoury.
Le général Maunoury ajoute qu'il partit immédiatement en automobile, il arriva à Paris dans la soirée, et se rendit surle-champ au ministère de la Guerre, où le ministre, M. Messimy,. lui donna rendez-vous pour le lendemain — « c'était le 20, j'en suis sûr », a-t-il ajouté (2) — et qu'il partit le 21 à 4 h. 30 du matin pour gagner Verdun, mais en passant par Vitry — siège du G. Q. G. — où il arriva à 10 ou 11 heures et où il passa une partie de l'après-midi. Le général Joffre l'avisa qu'il avait à
tiendraient prêts à annihiler tout ce qui sortirait de Metz pour attaquerà revers ma réserve générale. Je lui avais même dit, le 18, qu'une partie de ma réserve générale, 55e D. R. et une partie de ma cavalerie auraient pour mission de les aider en plaçant les adversaires dans une tenaille. Je ne pensais pas qu'à ce moment le général Maunoury était aussi bien informé que lui sur mes projets et qu'il avait reçu le 19 au soir l'ordre d'opérations de la 3e armée. Ni le général Paul Durand, ni le commandant de l'armée de Lorraine ne font d'objections et ils me laissent supposer que l'armée de Lorraine reste placée soui ma direction supérieure... »
(1) Le général Paul Durand étant mort depuis, son témoignage, qui' eût été décisif, a fait défaut.
(2) Cette affirmation du général Maunoury a été confirmée par legénéral Messimy, dans cette lettre que, le 12 août 1919, il m'adressait :
« 11 m'est, vous le comprendrez, absolument impossible de me souvenir, à cinq ans de distance, si c'est le 19 ou le 20 août que le général Maunoury a déjeuné chez moi. Mais, par contre, j'ai le souvenir tr.' s précis qu'il a, vers cette date, eu avec moi dans la matinée, un long entretien, suivi du déjeuner en question. Si, comme il vous est facile de le vérifier, l'ordre de se rendre à l'armée de Lorraine est du 19, il. est bien évident que c'est le 20 qu'il a séjourné à Paris. »
On vient de voir que l'ordre constitutif de l'armée de Lorraine es! du 19.
commander une armée et que « cette armée devait tout d'abord garantir contre une sortie de la garnison de Metz les troupes qui se trouvaient là, c'est-à-dire la droite de la 3e armée. »
Aux questions qui lui furent posées, le général Maunoury a déclaré qu'il croyait pouvoir déclarer qu'on ne lui avait rien dit de l'attaque en cours de la 2e armée sur Morhange, non plus que du mouvement offensif de la 3e armée. ■ — « Je n'ai pas su ce que l'armée du général de Castelnau avait à faire et j'ai su seulement par le général Ruffey ce qui se passait le 22. »
Ainsi, s'intercalant entre deux armées, le général Maunoury était tenu dans l 'ignorance des missions assignées à l'une et à l'autre !
Le général Maunoury affirme qu'il n'arriva à Verdun que le « 21 tard » et qu'il ne vit le général Ruffey à son quartier général que le 22 pour la première fois.
Le général Ruffey a maintenu avec force son affirmation.
Cette opposition de témoignages de deux chefs éminents a profondément ému ceux devant qui elle se produisit. La sincérité des deux témoins était évidente et la vivacité même que l'un apportait était la marque de la bonne foi.
Il était clair qu'il y avait assurément un malentendu, dont l'explication devait être cherchée dans les conditions extraordinaires où fut constituée l'armée de Lorraine et dans l'obscurité qui si longtemps fut faite sur son rôle.
Je me suis donné la tâche de reconnaître les raisons de ce malentendu ; voici l'explication que je m'en suis faite.
Le général Ruffey affirme qu'il ne fut jamais officiellement averti de la création de l'armée de Lorraine. L'examen des divers dossiers d'entrées et de sorties de la 3e armée pendant la période d'août 1914 corrobore cette affirmation de son ancien commandant.
Rien que, sur la minute de l'ordre particulier n° 14 une note marginale indique que le document fut envoyé au général Mau-
noury, à l'armée de Nancy, à l'armée de Verdun (*), au général Paul Durand, aux gouverneurs de Toul et de Verdun, etc., on ne trouve aucune trace de cet ordre dans les dossiers d'entrées de la 3e armée, alors qu'on le retrouve dans le registre d'entrées de la 2e armée, dans le journal de marche du 3e groupe de divisions de réserve du général Paul Durand (2).
Il semble bien que sur ce point l'affirmation du général RufTey soit vérifiée, qu'il ne fut pas avisé officiellement de cette création de l'armée de Lorraine, qui détachait pourtant de son commandement le groupe des divisions de réserve, à moins que l'ordre envoyé par le G. Q. G. à l'état-major de la 3e armée n'ait pas été remis à son destinaire.
Le général RufTey, justement surpris et irrité d'une telle négligence et qui eut les conséquences qu'on verra, a fait grief aux généraux Paul Durand et Maunoury de lui avoir pendant deux jours dissimulé et l'ordre et la mission qui leur étaient assignés.
Assurément le général RufTey a dû repérer ses souvenirs d'après la date du 19 août que porte l'ordre particulier n° 14 constitutif de l'armée de Lorraine, mais, et c'est là le point capital et l'explication vraisemblable du malentendu, l'envoi de