‹ La Bataille de la Frontière (Août 1914), BrieyChapitre 26 sur 56 · CET ORDRE SUBIT UN RETARD DE 48 HEURES · texte numérisé non relu

CET ORDRE SUBIT UN RETARD DE 48 HEURES

Si l'on se reporte, en effet, au numéro de sortie de cet ordre par le 3e bureau du G. Q. G. : n° 1603, on remarque que ce numéro vise non les pièces sorties le 19 août, mais celles du 21 août, après 10 heures. Or, le général Maunoury a affirmé qu'il était arrivé au G. Q. G. le 21 août, entre 10 heures et 11 heures ; on

(]) La 3e armée avait pour le commandement le nom d'armée de Verdun, la 2e celui d'armée de Nancy.

(a) De même une circulaire que le général Jofîre avait prise et adressée à la suite d'observations tactiques du général RufTey sur le combat de Mangiennes, fut envoyée par le G. Q. G. à toutes les arme es, sauf à la 3e, et le général Ruffey a pu dire, dans sa déposition, que le G. Q. G. n'en avait tenu aucun compte dans son rapport pour cette raison que son armée avait été la seule à ne pas recevoir l'instruction qui l'avait sanctionné.

aurait ainsi l'explication du retard dans l'envoi : assurément, pour le lancer, on attendit la présence et l'acceptation du général Maunoury.

Cela, toutefois, n'explique pas cette négligence singulière que le G. Q. G., ayant décidé le 19 août de constituer cette armée de Lorraine, prélevée pour partie sur la 3e armée, n'ait pas sur-lechamp avisé le commandant de cette armée, alors précisément qu'il lui envoyait un ordre d'offensive et qu'il ne pouvait ignorer que celui-ci, dans son ordre de bataille, faisait état de deux de ces divisions qu'il lui retirait.

Quoi qu'il en soit, autant qu'une certitude, d'après les pièces mises à ma disposition, peut être acquise, il apparaît que l'ordre constitutif de l'armée de Lorraine, établi le 19 août, ne fut envoyé que le 21 août après 10 heures.

Le registre de la 2e armée au surplus précise l'heure à laquelle cette pièce fut reçue par les unités destinataires ; cet ordre particulier n° 14, portant la date du 19 août, a le timbre de réception du 21 août, 22 heures (l).

De même, le journal d'opérations du commandement du 3e groupe de divisions de réserve mentionne seulement à la date du 22 août la constitution de l'armée de Lorraine sous le commandement du général Maunoury — et de fait, tous les ordres du 20 et du 21 août aux éléments de réserve mis, à la date du 19 août, sous le commandement du général Maunoury sont, d'après les minutes mêmes enregistrées aux entrées de la 3e armée, donnés par le général Paul Durand au titre de commandant de la subdivision d'armée : le dernier de ces ordres est du 21 août

(*) 2e Armée, 3e Bureau, n° 1825, page folio 40.

Remarquons que ce 21 août à 22 heures, la 2e armée était, après l'échec de Morhange du 21 août, en mouvement de repli sur le Grand- Couronné ; le général de Castelnau menait à ce moment l'opération la plus délicate. Mais on ne s'explique pas que son état-major n'ait pas compris l'importance de la constitution de cette armée qui sa reliait à l'aile gauche de la 2e armée et ne l'en ait pas averti.

20 h. 45 et vise les opérations pour le 22 août des 54e, 67e, 72% 56e et 55e divisions de réserve.

Il apparaît donc nettement, d'après les pièces mises à notre disposition, que ce ne fut au plus, tôt que le 21 août dans la nuit (x) que l'ordre constitutif de l'armée de Lorraine, en date du 19, parvint aux unités intéressées : je constate le fait, je ne l'apprécie pas.

Or, le 21 août, la 3e armée avait commencé sa marche offensive ; le général Ruffey avait quitté son quartier général de Verdun, avec son état-major, pour prendre à Marville son poste decommandement, en vue de la grande bataille qui devait s'engager le 22, aux premières heures du jour.

L'ordre particulier n° 14, s'il fut remis à la 3e armée, ne serait donc parvenu qu'en pleine bataille, alors que les dispositions de combat étaient prises... Jusqu'à preuve contraire, l'affirmation, •du général Ruffey qu'il n'a jamais été avisé officiellement de la. création de l'armée de Lorraine, semble vérifiée.

(') Le départ de la pièce dut se faire vraisemblablement le 21 août^ vers onze heures D'après les informations personnelles que j'ai recueillies, le retard si considérable apporté à sa transmission, peuts'expliquer du fait qu'au début de la guerre, dans les états-majors et même au Grand Quartier général, les agents de liaison étaient en nombre très insuffisant et que les moyens de communications laissaient fort à désirer : il n'était pas exceptionnel qu'une communication officielle, comme celle-là — suivant la filière administrative — mît vingt-quatre heures pour atteindre son destinataire.

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