‹ La Bataille de la Frontière (Août 1914), BrieyChapitre 52 sur 56 · ANNEXE XII · texte numérisé non relu

ANNEXE XII

RAPPORT DU COMMANDEMENT DU 3e GROUPE DE DIVISIONS DE: RÉSERVE SUR LA BATAILLE d'ÉTAIN

Compte-rendu sommaire de la bataille d'Etain.

(24-25 août)

Dès le matin du 24 août, le général commandant le 3e groupede divisions de réserve avait reçu la mission suivante :

Le 6e corps ayant dû à la suite du combat du 23 se replier sur le front Arrancy, Nouillon-Pont, ne reprendra l'offensive qu'ultérieurement. Afin de la lui permettre, les 54e et 67e divisions de réserve se maintiendront défensivement sur leur front de la veille, Spincourt-Gouraincourt, la 72e D. R. devra se trouver en mesure de parer à toute attaque ennemie débouchant delà région Conflans-Briey.

En conséquence, tandis que les 54e et 67e D. R. s'organisaient sur le front précité, la brigade disponible de la 72e était transportée, vers 8 h. 30, dans la région au nord de Frcmezey, l'autrebrigade de cette division continuant à tenir le front Etain, Warcq, Gussainville, qu'elle occupait la veille.

C est dans ces conditions que s'engagea la bataille sur l'Othain de Nouillon-Pont à Dommary, caractérisée du côté allemand par une violente canonnade d'artillerie lourde qui ne s'arrêta pas de la journée et qui n'entama d'ailleurs en rien la résistancede nos troupes.

Vers midi, le général P. Durand fut avisé de l'ordre allemand saisi sur une automobile ; en même" temps il était invité par un ■ordre du commandant de l'armée de Lorraine à appuyer l'offensive qu'allait prononcer en ce moment la 3e Armée au nord de Nouillon-Pont. Le général décida aussitôt de passer à l'offensive générale avec les divisions de réserve mises à sa disposition par l'ordre du commandant de l'armée de Lorraine (54e, 67e, 72e et aussi 75e).

Les 54e et 67e D. R. recevant ordre d'attaquer sur le front Rechicourt-Bouligny appuyées ultérieurement en échelon à •droite par la 75e D. R. qui, venant de la région Manheulles, attaquerait par Boinville et Buzy dans la direction générale de Condrecourt.

La 56e D. R. recevait également l'invitation d'assurer la ■sûreté du mouvement sur le flanc droit.

A partir de ce moment, la 54e D. R. au nord appuyant l'offensive du 6e corps sur Saint-Pierrevillers, débouchait résolument de Spincourt et malgré le feu intense de l'artillerie de gros calibre «ennemie parvenait jusqu'à mi-chemin de Rechicourt (18 heures).

Malheureusement à sa droite, la 67e D. R. vigoureusement attaquée de front et aussi de flanc par les forces ennemies qui avaient occupé les bois de Saulx, était obligée (vers 19 heures), après une résistance acharnée et malgré l'appui d'un régiment -de la 72e, de se replier sur Amel,, découvrant ainsi le flanc sud de la 54e. Dans ces conditions cette dernière était obligée ,à la ►tombée de la nuit, de se retirer sur Spincourt et de repasser l'Othain pour reprendre ses positions au matin.

Au centre l'ennemi (XXXIIIe D. R.) avait pu progresser sur le plateau de Rouvres, d'où il canonnait depuis 14 heures avec son artillerie de gros calibre les villages d'Etain et de Warcq, défendus par des éléments de la 72e.

Au sud, les 75e et 56e D. R. atteignaient seulement, vers 18 heures, la vallée de l'Orne à Boinville, Buzy, Olley, Puxe.

La nuit arrêta le combat et, vers 20 heures, le général P. Durand donnait aux troupes l'ordre de coucher sur leurs positions «et de reprendre l'offensive le lendemain, dès l'aube, à 4 heures.

Deuxième journée.

Pour la journée du 25, la 56e D. R. qui, jusque-là, recevait directement ses ordres du commandant de l'Armée de Lorraine était également mise à la disposition du général Paul Durand r tandis que la 54e était rattachée au 6e corps, à la droite duquel elle opérait en liaison.

En outre, après entente entre le commandant de l'Armée de Lorraine et le gouverneur de Verdun, une nouvelle réserve était constituée au groupe de Division de réserve à l'aide de deux régiments actifs (165e et 166e) de la place, amenés (vu l'urgence) en partie par voie ferrée à la station d'Eix-Abaucourt et dirigés,, dès leur arrivée, dans la région d'Herméville.

Au point du jour l'attaque des divisions de réserve reprenait sur toute la ligne suivant l'ordre de la veille au soir et en conformité avec l'ordre téléphonique adressé dès l'aube par la 3e Armée.

La 72e D. R. prise à partie dès le début par une artillerie lourde très supérieure ne put déboucher de la région Etain- Foameix et fut bientôt obligée de commencer à se replier sur le front Fromezey-Herméville. Mais vers 10 heures elle fut renforcée sur l'ordre du général Durand par le 166e actif et, peu après, sur l'initiative des officiers de son État-Major, par le deuxième régiment actif (165e) de la place de Verdun. Dès lors, la situation changeait totalement et sous l'énergique impulsion de ses chefs, la 72e D. R. passait résolument à une offensive que rien n'arrêtait plus.

A sa droite, les 75e et 56e D.R. avaient franchi l'Orne de Boinville à Jeandelizé pour attaquer les hauteurs de la rive nord. Le débouché de la 75e D. R. fut très difficile. Les régiments de première ligne accueillis à la sortie de Boinville, Darmont, Buzy par un feu violent de mitrailleuses et une véritable pluie de projectiles de gros calibres, subirent des pertes sérieuses (notamment au 240e) et durent se replier au sud de l'Orne.

Seul le 42e colonial parvenait à se maintenir vaillamment dans Saint- Jean-les-Buzy, en liaison avec la gauche de la 56e

D. R. à Olley. Cette dernière division (la 56e), dès 8 heures du matin, avait assuré ses débouchés au delà de l'Orne par l'occupation du bois Saint- Jean et d'Olley, et pris sa direction sur ses premiers objectifs d'attaque : les Bois communaux, la ferme Neuvron et Thumereville, se couvrant vers Conflans par 2 bataillons de chasseurs à pied.

Bien que son artillerie ait franchi la voie ferrée, appuyant de très près son infanterie et causant de grands ravages dans celle de l'ennemi, le mouvement de la division fut un peu ralenti au milieu de la journée par suite du repli de la 75e D. R. qui la découvrait sur sa gauche.

Quoiqu'il en soit, les progrès de la 56e D. R., à 14 heuresi étaient suffisants pour que, à 15 heures, le général Durand put ordonner à toutes les divisions de réserve la reprise de l'offensive générale au nord de l'Orne, sur le front Rouvres, Bechamps, Mouaville, de façon à couper la retraite de l'ennemi vers l'est.

Le mouvement fut couronné d'un plein succès : à 18 heures, la 72e D. R. atteignait presque Rouvres par les carrières de Béhaut et Rosaferme, son artillerie à 220 mètres, à l'endroit où venait de tomber glorieusement en tête de son régiment, le colonel Jacquot, commandant le 156e. Au centre, le 42e colonial et d'autres fractions de la 75e D. R. occupaient Aucourt, tandis qu'à la droite la 56e D. R., appuyée par toute son artillerie avec un ordre et un entrain remarquables, occupait Bechamp et Mouaville, et progressait jusqu'à la ferme Marjolaine sur la route d'Etain à Fleville.

Partout l'ennemi se retirait en désordre, laissant entre nos mains des prisonniers et des armes (400 prisonniers à la 56e D. R..).

Telle était la situation locale des divisions de réserve vers 18 h. 30, 19 heures, lorsque les toucha l'ordre de l'Armée de Lorraine qui les faisait se replier au sud de l'Orne pour, de là, gagner en une ou deux étapes les positions défensives sur les Hauts-de-Meuse {Ordre général d' opérations n° 14 de V Armée de Lorraine).

Cet ordre reçut immédiatement un commencement d'exécution sans être inquiété par l'ennemi qui continuait sa retraite vers le Nord.

Page 1