ORDRE GÉNÉRAL N
Une partie de nos armées se replient pour resserrer leurs dispositifs, reconstituer leurs effectifs et se préparer avec plus de chances de succès
. à l’offensive générale que je donnerai l’ordre de reprendre dans quelques jours.
Le salut du pays dépend du succès de cette offensive qui doit, en concordance avec la poussée de nos alliés russes, rompre les armées
. allemandes que nous avons déjà sérieusement entamées sur différents points.
Chacun doit être prévenu de cette situation et tendre toutes ses énergies pour la victoire finale.
Les précautions les plus minutieuses comme les mesures les plus draconiennes seront prises pour que le mouvement de repli s’effectue dans un ordre complet, afin d'éviter toute fatigue inutile. Les fuyards, s’il s’en trouve, seront pourchassés et passés par les armes. Les commandants d’armée feront donner des ordres aux dépôts pour que ceux-ci envoient d'urgence aux corps le nombre très largement calculé des hommes nécessaires pour compenser les pertes faites et celles à prévoir dans les prochaines journées. Il faut que les effectifs soient aussi complets que possible, les cadres reconstitués par des promotions et le moral de tous à hauteur de la nouvelle tâche pour la reprise du mouvement en avant qui nous donnera le succès définitif.
Il faut compléter ce document par cette instruction qui précise les conditions matérielles de la retraite :
2 septembre.
Pour faciliter la marche de repli et diminuer la fatigue des troupes : Préparer soigneusement les itinéraires par colonnes ;
ns
Ne air oe 4 Ë p %, 1!
Ne pas dépasser par colonne l’effectif d’une division en infanterie : Prendre des distances entre les principaux éléments de chaque colonne ; | Alléger l'infanterie de ses sacs au moyen de voitures réquisiti es. sur tout le parcours ; en avoir plus que moins ; PE: Cantonner sur les routes suivies ;
Pousser les parcs et convois assez loin en avant ; | x "3 Faire des dépôts de vivres sur les routes suivies ; AS Transporter les hommes fatigués. «ri
4° La note adressée, le 3 septembre, au ministre de la Guerre, et. reproduite ci-dessus (p. 18), indiquant les raisons pour lesquelles l'offensive générale a été légèrement retardée. Le but du général en chef est de préparer une offensive en liaison avec les Anglais et avec la garnison de Paris et d’en choisir la région de façon qu’en utilisant, sur certaines parties du front, les organisations préparées, on puisse s’assurer la supériorité numérique dans la zone choisie pour l'effort principal. |
On voit comment les idées s’enchaînent et comment les données du problème se précisant, la solution se dégage peu à peu. Il faut : a) que tous les corps, et notamment les deux derniers, soient en place ; b) que l’armée britannique ait assuré son concours ; €) que les forces mobilisées de Paris soient prêtes à garantir la supériorité numérique au point où doit se porter la manœuvre.
Nous en sommes là le 3 septembre. Reprenons chacune de ces conditions et voyons à quel moment elles se trouvent réalisées.
a) Les deux corps nouveaux qui, transportés du front est, doivent agir sur le front ouest et dont la présence est indispensable, sont le 45e et le 21e corps. Nous avons dit que le déplacement d’un troisième corps, le 4e, a été, en outre, antérieurement décidé : ce corps, enlevé à l’armée de Sarrail le 1 septembre, ne peut arriver à Paris avant le 4 septembre ; raisonnablement, on ne peut compter qu’il sera « en place » et en état de marcher à la bataille avant le 7 septembre au matin (1). 3
Le 21e corps ne peut encore quitter la ligne de la Mortagne : c’est seulement le 4 au soir que Dubail pourra s’en séparer. Transporté par voie ferrée à Joinville-Vassy, il est destiné à former, entre Montiérender et Longeville, une articulation indispensable. On ne peut se passer de lui, il faut attendre, au moins, qu’il soit à proximité du champ de bataille.
(1) Pour les transports en cours d'opération (T. C, O.) avant la Marne, voir : colonel LE HÉNAFrFr et capitaine Henri BORNECQUE, les Chemins de fer et la guerre, p. 35 et suiv.
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Quant au 15° corps, demandé le 4er br eu à l'armée de | Castelnau avec les forces restantes du 9% corps, il va faire mouvement sur Vaucouleurs, puis sur Gondrecourt et il ne sera en place que les 7 et 8 septembre.
b) La question du concours de French est une des plus difficiles à régler, On a dit les raisons qui portaient le général anglais à ne risquer, à aucun prix, l’armée qui lui avait été confiée : l’exposer à la destruction ou à l’encerclement, c'était, pour ainsi dire, réduire l'Angleterre à l’impuissance pour tout le cours de la guerre. French éprouvait donc les plus grands scrupules à engager à fond son armée et même à la laisser s’accrocher. A l’entrevue de Compiègne, Joffre avait obtenu de lui que l’armée britannique resterait en soutien à une journée en arrière de l’armée française ; mais c'était tout. On n’était même pas assuré d’une parfaite liaison. Joffre cherche, par tous les moyens, à peser sur les résolutions de French. Celui-ci est plein de bonne volonté et de bonne grâce, mais il hésite. On en appelle au gouvernement anglais. Lord Kitchener insiste auprès du maréchal French, le 3. French se laisse persuader peu à peu. D'abord, il admet que son armée puisse ne pas se replier au sud de la Seine, commeil en avait manifesté jusquelà lintention. Il est prêt à se porter vers l’est pour dégager la gauche de la 5° armée. Mais, dans la soirée du 3, il est repris de scrupules. Il donne, pour le 4, repos à ses troupes qui se tiendront prêtes à la retraite derrière la Seine.
Le 4 au matin, Joffre lui écrit : « Au cas où les armées allemandes poursuivraient leur mouvement vers le sud-sud-est, s’éloignant ainsi de la Seine et Paris, peut-être estimerez-vous comme moi que votre action pourrait s'exercer plus efficacement sur la rive droite de ce fleuve, entre Marne et Seine. Votre gauche, appuyée à la Marne, étayée par le camp retranché de Paris, serait couverte par la garnison mobile de la capitale, qui se portera à l’attaque dans la direction de l’est, par la rive gauche de la Marne. » A Melun, à Bray-sur-Seine, Gallieni, Maunoury, Franchet d’Esperey, Wilson, ainsi que nous allons le dire, se concertent. Joffre surtout redouble d'efforts. À 13 h. 30, le maréchal French entre décidément dans les vues du commandement français, maïs sous la réserve que les positions des corps britanniques seront prises face à l’est; l'armée pourra se porter ultérieurement en avant dans la méme direction. Joffre n’en a pas moins le sentiment qu'il a convaincu le maréchal. Rien que le mouvement indiqué assure Particulation entre Maunoury et Franchet d’Esperey. Il s'empare de cette promesse.
dant, il restait encore quelque hésitation à Melun. A & heures du soir, French faisait une enquête personnelle auprès le ses lieutenants. À ses questions, il était répondu « que les pes étaient exténuées, mais qu’elles pouvaient tenir tant - qu’elles ne seraient pas attaquées ». French concluait encore à la - retraite immédiate derrière la Seine. Le 5 septembre, à la pointe du . jour, les ordres sont encore donnés en vue de ce repli.
- Joffre s’en inquiète. Il informe aussitôt le gouvernement :
ee 5 septembre.
Le maréchal French m’a assuré que je pouvais compter sur une coopération énergique. Un point d'interrogation se pose néanmoins au sujet de l’armée anglaise. Le chef d’état-major à Melun a eu une entrevue avec le gouverneur militaire de Paris et le sous-chef d’état- -Mmajor avec le commandant de la 5 armée.
. Les conclusions de ces entrevues me paraissent quelque peu diver-
gentes ; mais j'ai pris des dispositions capables de s’accommoder de l’une
. ou l’autre des résolutions prises. Quoi qu’il en soit, la lutte qui va s’en-
- gager peut avoir des résultats décisifs, mais peut avoir aussi pour le pays, en cas d’échec, les conséquences les plus graves. Je suis décidé à
engager toutes nos troupes à fond et sans réserve pour conquérir la
à victoire.
… Ilest essentiel que l’armée anglaise fasse de même. Je compte que vous voudrez bien attirer par la voie diplomatique l'attention du maréchal sur l’importance décisive d’une offensive sans arrière-pensée.
. Si je pouvais donner des ordres à l’armée anglaise comme je donnerais
des ordres à une armée française disposée sur les mêmes emplacements,
- je passerais immédiatement à l'attaque.
L Ce sera seulement un peu plus tard, dans la matinée, après une nouvelle visite du général Joffre, que l’ordre de surseoir à la retraite arrivera dans les corps anglais; les dispositions seront prises alors pour la marche en avant, afin, dit le rapport officiel de
| French, « de remplir la brèche entre A 5e et la 6° armée ». Si done l'armée française eût continué de se replier, cette brèche agrandie, que von Kluck pressentait devant lui et à laquelle Joffre avait déjà paré en créant et en jetant là le 2e corps de cavalerie Conneau, se fût offerte à l’offensive de la Ire armée allemande. Or, Joffre ne pouvait, évidemment, livrer bataille qu’à la condition que son
articulation fût assurée.
c) La manœuvre dépendait, enfin, de l'intervention de la
‘a armée (armée Maunoury).
« Le général en chef, tout en ayant décidé la retraite vers le sud,
ne s'en est attaché que plus fortement à la conception d’une
LA BATAILLE a a MARNE
manœuvre de flanc, conception qui remonte, en fait, à la Pa tion de l’armée d'Amade. Elle est exprimée dans l'instruction générale du 25 août ; elle a donné lieu alors à la création de l’armée Maunoury. Le 27 août, le général Maunoury quitte le grand quartier général où il a été appelé. Il emporte une instruction où on lit ces lignes : « Le commandant de la 6° armée disposera ses forces de manière à pouvoir, dès que leur réunion sera complète, agir offensivement sur l’aile droite de lennemi.. La reprise de l’offensive commencerait par la 6° armée dans la direction générale du nord-est (1). » Rien n’est plus clair. Puisque l'ennemi tente un mouvement tournant, Joffre a pris ses mesures, dès le 27 août, pour en faire un mouvement tourné. À partir du 4 septembre, l’armée Maunoury s’est repliée dans le camp retranché de Paris, c’est donc du camp retranché de Paris que se déclenchera, maintenant, l'offensive, et ceci est encore précisé dans l’Instruction générale du 1 septembre : « Les troupes mobiles du camp retranché de Paris pourraient prendre part également à l’action générale. » C’est ici que s’affirme le rôle particulier du général Gallieni.
La vigilance de Gallieni.
Ce
Le gouverneur de Paris, général Gallieni, qui exerce dans le camp retranché les fonctions de commandant en chef de « l’armée de Paris », confirme cette manière de voir, du moins au point de vue statique, dans son « Ordre général n° 1 » du 1°" septembre :
Paris doit former le point d’appui de gauche des forces françaises qui se replient vers le sud... Le général Maunoury dirigera son mouvement de retraite de façon à venir occuper, dans la partie nord du camp rétranché, la région comprise entre la Marne et la grand’route de Paris- Senlis incluse. Il exercera le commandement dans cette même région.
En outre, la 45€ division était maintenue en réserve générale à la disposition du gouverneur (2).
Le gouverneur de Paris est de plus en plus préoccupé de ce rôle qui lui incombe de défendre la capitale contre une agression de l’armée allemande. A cet effet, il réclame, depuis le 25 août, des renforts importants en troupes actives, au moins trois corps
(1) Conférence de M. Millerand sur le maréchal Joffre dans la Revue hebdomadaire du 15 février 1919.
(2) La 45e division, qui arrivait d'Afrique, avait été envoyée à Paris par ordre du grand quartier général, le 29 août : « « Je prescris que la 45 division (3 d'Afrique) soit dirigée sur Paris. La garnison du camp retranché serait complétée, s’il y a lieu, par une partie de l’armée Lanrezac. »
| Sen Mare ic le ane croi allémand, à laquelle
Jense sans cesse le général Joffre, apparaît comme réalisable à bref
- mencent à arriver : le 4° corps pourra, sans doute, amener une de ses divisions le 4; la 45e division sera rendue, le 3 au matin, entre le Bourget et Paris. On surveille, de partout, avec une … anxiété où l'espoir commence à percer, tes mouvements de l’ennemi. Depuis le 31 août-1T septembre, on sait qu'il est en train de se regrouper sur l’est. On le suit, on le guette.
Les 1% et 2 septembre, le commandant Bourdeau envoie des avions (le camp retranché ne dispose que de neuf appareils) en reconnaissance au-dessus de la région Clermont-Creil-Compiègne. But général : « Ponts existants, colonnes, leur composition, leur - formation, leur force et surtout leur direction en marche avec … heures et observations. » Le soir du 2, à 10 heures, le général Maunoury télégraphie que la retraite de son armée s’est effectuée sans incident pour le corps de cavalerie et le 7€ corps à gauche et la . 55e division au centre ; seule, la 56e division a été inquiétée, mais on ne s’est pas laissé accrocher,
A la fin de la nuit du 2 au 3, un officier du service des renseigne- - ments, l'interprète Fréchet, attire l’attention du commandement sur un fait qui confirme les renseignements antérieurs au sujet du mouvement de conversion à l’est de l’armée von Kluck. Un 4 réfugié de la Somme qui a été, un moment, prisonnier des Allemands dans la région de Saint-Just-en-Chaussée, s’est évadé : on l’a interrogé ; il affirme avoir vu, dans cette localité, des troupes d'infanterie allemande allant vers la gauche, c’est-à-dire dans la . direction de l’est; il a vu des troupes prenant cette même direction … dans la région de Creil. Tandis que des groupes de cavaliers mar- chaïent vers le sud (c’est probablement la 4e division de cavalerie,
von Garnier, après le combat de Néry), deux fortes colonnes d’infanterie et d’artillerie marchaient tranversalement vers l’est.
Dans la matinée du 3, entre Beauvais et Creil, une brigade de cavalerie allemande s’est installée à Noailles, mais, plus au sud, on apprend, de Luzarches, que l’ennemi a. reçu l’ordre « d’évacuer ». Dans la journée, les reconnaissances par avions se multi-
. plient. À 5 heures du soir, un observateur survolant l'Oise entre Pontoise et Creil ne rencontre « ni un homme, ni un train ». Rien
. (1) Mémoires, p. 299.
«11 0e non plus entre Creil et Luzarches. Senlis brûle. À 6 heures du soir, …
à Étrépilly, des troupes sont rencontrées sur une longueur d’environ seize kilomètres avec le sud-est comme direction générale; à la vue de l’appareil, des troupes s’arrêtent et cherchent à se dissimuler le long de la Marne entre Germigny et Trilport.
Une reconnaissance en auto que commande l'interprète Fréchet est poussée vers Chambry, Lizy-sur-Ourcq et Meaux. Elle gagne Claye et s’approche de Penchard. Vers le nord et le nord-est, elle reconnaît plusieurs colonnes de fumée signalant le passage des troupes qui brûlent les villages : elle entre en contact avec des patrouilles allemandes près de Penchard. D'autre part, des réfugiés ont dit que des patrouilles avaient été vues le matin au Plessis-Belleville.
Dès 12 heures, le 3 septembre, le général Gallieni, qui a provoqué et suivi, avec une vigilance divinatrice, ces renseignements de sources diverses, commence à en tirer des conclusions. Il fait connaître que, d’une manière générale, « les forces allemandes qui se trouvent devant la 6° armée paraissent s’être orientées vers le sud-est. Un corps d'armée allemand s’est porté de Senlis vers le sud, mais n’a pas poursuivi sa marche sur Paris et paraît avoir obliqué vers le sud-est. De notre côté, ajoute-t-il, la 6€ armée s’est établie au nord-est du camp retranché, sur le front Mareil-en- France, Dammartin, Montgé ; l’armée anglaise est dans la région au sud de la Marne et du Petit Morin, de Coutevroult (ouest) jusqu’au delà de la Ferté-sous-Jouarre (est). La 6€ armée ne bougera pas, demain 4 septembre, elle renforcera son front par des travaux défensifs ». Une nouvelle note, à 15 heures, précise encore ces indications : « L’ennemi, poursuivant son large mouvement de conversion, continue de laisser le camp retranché de Paris sur sa droite et de marcher dans la direction du sud-est. »
Dans la soirée, le commandant Bourdeau, chef du service des renseignements, a porté l’ensemble des recoupements parvenus dans la journée au général Clergerie ; ils sont très nets : les directions des colonnes allemandes de la 17° armée s’infléchissent vers la Marne au sud-est (1). Le colonel Girodon, sous-chef d’état-major,
(1) C’est la conséquence de l’ordre n° 2220 cité plus haut, expédié par Moltke dans la nuit du 2 au 3 : sur la carte annexée à l’ouvrage de von Kluck, on observe très bien le changement de direction des corps. Entre le soir du 2 septembre, où le quartier général est à Compiègne, et le soir du 38, où il est à la Ferté-Milon, le IVe corps de réserve va de Creil à Rully-Montépilloy, le IT: corps de Pontarmé- Montaby à Ognes-Villers-Saint-Genest, le IVe corps de Brégy-Rosoy à Courcelles-Rougeville (sud de la Marne), le III corps de la Ferté-Mrlon-Autheuil à Citry-Nogent-l’Artaud (sud de la Marne), le IX® corps de Chézy (une division
dus conte
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voit immédiatement le parti que l’on peut tirer d’une telle situa- | tion : l’armée Maunoury se trouve précisément en présence de . l’occasion favorable cherchée depuis longtemps ; c’est l’heure d’at- . ftaquer l'ennemi. D’après un témoin, le général Clergerie dit len- - tement et gravement : « On va leur taper dans le flanc. » Et 1l entre chez le général Gallieni.
Dès lors, avec une attention passionnée, les renseignements sont demandés, obtenus et groupés. Le 3 septembre au soir, un ordre de reconnaissance du commandant Bourdeau pour la journée du 4 septembre pose nettement la questior :
Une colonne importante a été signalée aujourd’hui marchant de la région de Nanteuil sur Lizy-sur-Ourcq. (C’est la division de droite du … IVe corps actif qui, en effet, venue de Crépy, passa par Nanteuil, Ois- - sery, Marcilly, Étrépilly, Trocy, Lizy, Cocherel et la Ferté-sous-Jouarre.)
Il importe au plus haut point de savoir si la région du nord-nordest de Paris est évacuée et si l’armée qui marchait vers Paris se dirige tout entière vers l’Ourcq et au delà. Demain, 4 septembre, au point du jour, des reconnaissances aériennes seront envoyées dans les directions et avec les itinéraires suivants :
4° Route de Paris à Creil jusqu’à Chantilly, Senlis, Nanteuil-le-Hau-
douin, Étrépilly, Lizy-sur-Ourcq, Betz, Crépy-en-Valois, Senlis ;
2° Vallée de l'Oise jusqu’à Pont-Sainte-Maxence, Verberie, Béthan- - court, Villers-Cotterets, la Ferté-Milon, Neuilly-Saint-Front, Grisolles, Château-Thierry, descendre la vallée de la Marne jusqu’à Meaux et retour ;
3° Route de Paris à Compiègne, vallée de l’Aisne jusqu’à Soissons, retour par Villers-Cotterets et Crépy-en-Valois.
; Ces reconnaissances sont d’une #mportance capitale et leur résultat
peut permettre de décider de la situation. Le général gouverneur demande qu’elles soient faites avec la plus grande ponctualité et désire avoir des renseignements avant 10 heures du matin.
Cadet ei." dd ‘Er. D +0 Le id L'ÉLL be.
Bien entendu, le général en chef est mis au courant ponctuelle-
ment. À 9 heures, le 4, il ne reste aucun doute : « Des renseignements, tous concordants, il résulte que la [re armée allemande, abandonnant la marche dans la direction de Paris, se dirige vers le sud-est, sauf, peut-être, le IVe corps de réserve qui couvrirait le mouvement. » Et voici, maintenant, les renseignements identiques qui arrivent de l’armée anglaise : celle-ci, en effet, téléphone à 10 h. 25 du matin : « Le IVe corps de réserve allemand paraît rester à l’ouest. Mais les autres corps de la [re armée semblent
déjà au sud de la Marne le 2, et Oulchy-la- Ville (17- division) à Essises-Vifort sud de la Marne). Seul, le Ie corps de cavalerie von der Marwitz reste autour de Nanteuil-le- Haudouin.
db
avoir tourné vers le sud-est et avoir atteint, hier soir, la Marne entre Château-Thierry et Lizy-sur-Ourcq. »
L'armée anglaise ne tire, d’ailleurs, pour le moment, aucune conclusion. Le général Gallieni, au contraire, prend immédinté. : ment ses mesures. Le 4 septembre, à 9 heures, il prévient le général k Maunoury, qui est au Raincy : « En raison du mouvement des ; armées allemandes, qui paraissent glisser en avant de notre front dans la direction du sud-est, J'ai l'intention de porter votre armée en avant dans leur flanc, c’est-à-dire dans la direction de l'est, en liaison avec les troupes anglaises. Je vous indiquerai votre direction de marche dès que je connaîtrai celle de l’armée anglaise (c’est toujours là le point délicat). Mais prenez, dès maintenant, vos dispositions pour que vos troupes soient prêtes à marcher cet après-midi et à entamer demain (c’est-à-dire le 5) un mouvement général dans l’est du camp retranché. Poussez immédiatement des reconnaissances de cavalerie dans tout le secteur entre la route de Chantilly et la Marne. »
En même temps, il met la 45 division sous les ordres du général Maunoury et, de même, toute la cavalerie disponible, notamment deux escadrons de cuirassiers de Saint-Denis portés au Raïincy au lieu de Triel. On prépare le groupe des divisions de réserve Ebener, qui couvre le nœud de chemins de fer de Pontoise, pour flanquer vers le nord le mouvement éventuel de Maunoury ; une division cantonnera le 5 entre Attainville et Mareil-en-France, puis se portera vers Mesnil-Amelot, l’autre division restant sur l’Oise. On fait surveiller la cavalerie de von Kluck « afin qu’elle ne puisse nous prendre de flanc, pendant que nous ferons notre attaque contre les Allemands ». Tout cela, le 4.
Les résultats de la reconnaissance par avions ordonnée le matin arrivent et tombent sur un état-major haletant :
10 h. 45. — 2 groupes d'artillerie à Bouleurs (nord de Crécy).
10 h. 25. — 2 régiments d'infanterie à Sancy (nord-est de Crécy).
40 h. 35. — Une division d'infanterie et de l’artillerie à Prerre-Levée.
10 h. 45. — L'armée allemande franchit la Marne en trois colonnes, une à Citry (10 kilomètres au nord-est de la Ferté-sous-Jouarre), la seconde à Nogent-l Artaud se dirigeant du nord au sud (au moins deux corps d’armée en tout), la troisième à Charly (5 kilomètres plus à l’est). De l'artillerie canonne à Montfaucon, Roissy, Belleval.
11 heures. — Grisolles : 24 batteries allemandes en position de rassemblement.
41 h. 10. — Neuilly-Saint-Front : 2 régiments d'infanterie allemande en position de rassemblement.
11 h. 20. — La Ferté-Milon : 2 régiments d'infanterie allant en posi- . tion de rassemblement.
à D. armes (infanterie, une Aer environ) en marche sur la Ferté-
Se
er h. 40. — Russy (15 kilomètres ouest de Villers-Cotterets) : 3 esca- drons de cavalerie allemande rassemblés.
… 11h. 45. — Crépy-en-Valois : une colonne allemande d'infanterie - et un régiment se dirigeant sur Betz.
On a une claire vision de ce qui se passe dans le camp adverse ; et, dans le nôtre, tout est prêt.
Si, seulement, on était assuré du concours de l’armée anglaise ! Joffre a été avisé des directives données à l’armée de Paris, «cette à armée pouvant opérer, suivant les circonstances, au nord ou au » sud de la Marne ». A 13 heures, le général en chef répond à Gallieni + qu’il préfère l’opération par le sud de Lagny et il ajoute : « Voulez- . vous vous entendre avec maréchal commandant en chef armée . anglaise pour l'exécution de ce mouvement ? » Gallieni, accompagné de Maunoury, sans attendre cet ordre, est arrivé à 15 heures au collège de Melun; mais French est absent et l’on ne Pons rien préparer sans Pomebation du maréchal.
Joffre décide de livrer bataille,
Tandis que la vigilance de Gallieni permettait ainsi de recueillir ! les plus utiles précisions sur l’ennemi et d’assurer une distribution . judicieuse des troupes rassemblées dans le camp retranché de . Paris, sans parvenir toutefois à préparer l’opération de concert avec l’armée anglaise, la journée du 4 avait vu, dès le matin, surgir en d’autres points d’autres initiatives, toutes importantes au point . de vue de la décision à prendre, le grand quartier général les sus-
citant en vue de déterminer l'heure la plus favorable à la reprise
de l’offensive.
Tous les matins, les officiers de l'entourage direct du général Joffre, le colonel Gamelin, le commandant de Galbert, avaient l'habitude de se réunir dans le bureau du colonel Pont, ps ils suivaient sur la carte le cours des opérations. Ce matin-là, 4 sep-
tembre, un tracé qui se dégage des renseignements venus de toutes
. parts les impressionne vivement : les positions de l’armée de Paris, de l’armée britannique et de la 5° armée affectent la forme
aceentuée d’une poche enveloppant les forces allemandes lancées
à leur poursuite : l’idée d’une contre-offensive surgit naturellement
dans leur esprit, et ils en référent au général Joffre.
On discute. Le général Berthelot, qui tient à continuer la retraite
b8 LA BATAILLE DE LA MARNE
jusqu'au delà de la Seine, résiste. Joffre pèse le pour et le contre et,
finalement, conclut en disant : « Eh bien ! demandez à d’Esperey s’il est en état d'attaquer. »
Joffre sait, d’autre part, qu’il ne peut pas prendre une décision tant qu'il n’aura pas obtenu l’adhésion de French. Mais, s’il l’obtient, il ne laissera pas au maréchal le temps de se reprendre. Nous avons dit plus haut qu'il finit par obtenir l’assentiment de French, à 13 h. 30, et que celui-ci s'était engagé à faire entrer ses trois corps dans la manœuvre offensive.
Ce point capital acquis, restait à savoir ce que pensait le commandant de la 5° armée; car, pour réussir, le groupe entier des armées de gauche devait faire bloc. Le rôle joué par la 5° armée depuis Charleroi et Guise, soit dans les batailles, soit dans la retraite, ses pertes, ses fatigues, la situation qu’elle occupait, les succès qu’elle avait remportés, notamment à Guise, tout cela pesait d’un grand poids dans l’esprit du général Joffre. 11 savait qu'il pouvait compter sur le jugement et l’esprit de décision de Franchet d’Esperey : son observation était donc la sagesse même. « Demandez à d’Esperey s’il est en état d'attaquer. » A 12 h. 45, le télégramme suivant est, en conséquence, envoyé à Franchet d’'Esperey :
Circonstances sont telles qu’il pourrait être avantageux livrer badaille demain ou après-demain avec toutes forces de la 5° armée de concert avec armée anglaise et forces mobiles de Paris contre Fe et J1Ie armées allemandes.
Prière faire connaître si vous estimez votre armée en état de le faire avec chance de réussite.
Réponse immédiate.
Tandis que cette interrogation arrive à l’école de Sézanne, Franchet d’Esperey est en route pour Bray-sur-Seine. Joffre, qui l'avait nommé au commandement de la 5° armée « avec ordre d’agir en relations étroites et cordiales avec le maréchal French », l’avait, en effet, chargé de prendre langue avec ce dernier. On avait fixé cette entrevue à 15 heures à la mairie de Bray-sur-Seine.
A 15 h. 40, le général Wilson arrive : appelé au 1 corps, French Jui a donné tous pouvoirs. Franchet d’'Esperey communique au général Wilson le télégramme de Joffre qu’on vient de lui apporter en hâte. Wilson réfléchit ; ilraconte la visite de Gallieni et de Maunoury à Meaux et, tout en insistant sur les pertes de l’armée britannique, il reconnaît que les renforts arrivent depuis quelques jours. Finalement, il adhère à la résolution de l'offensive, et un
. protocole est rédigé : « Demain, les armées se placent face à leur objectif : Montmirail. — ATTAQUE LE 6 AU MATIN : 5° armée du . sud au nord, l’armée W de l’ouest à l’est. » Il est un peu plus de 16 heures. Immédiatement, on prévient Jofïre. Un officier du G. Q. G., le commandant Maurin, venu le matin pour organiser défensivement la rive gauche de la Seine, - a été chargé par Franchet d’Esperey d'attendre à Bray le résultat de l'entretien : il rendra compte au général en chef que la 5° armée est prête à entrer en action LE 6, et que les Anglais consentent à | participer à l'offensive.
Il part aussitôt.
| A Bar-sur-Aube, le général Joffre est à table avec son étatmajor. Le commandant Maurin rend compte de sa mission : tous les visages s’illuminent. La décision n’est pas encore prise - qu'on la prépare dans les ordres. Le général Berthelot fait signe au colonel Gamelin qu'il faut, sans tarder, se mettre au tra-
C'est alors qu’arrive le message de Franchet d’Esperey qui, rentré à Sézanne, télégraphie :
Mon armée pas brillante, mais très en état d’attaquer. D'accord avec le général Wilson, j'estime que la bataille ne peut avoir lieu QuE LE 6.
Demain, 5, la 5° armée continuera son mouvement de retraite sur la ligne Provins- Sézanne. L’armée W ferait un changement de direction Rice à l’est sur la ligne Changis-Coulommiers et au sud, à la condition : que son flanc gauche soit appuyé par la 6° armée.
- Après-demain 6, la direction générale de l'offensive de l’armée W et - de la 5° armée serait Montmirail, celle de la 6° armée Château-Thierry.
Il est indispensable pour le succès de cette manœuvre que la 6° armée k4 coopère d'une façon absolue et énergique, ainsi que la % armée à la % droite de la 5° armée.
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Dessin lumineux. Le G. Q. G. travaille exactement dans le même sens. Les ordres sont rédigés fébrilement.
Une dernière reconnaissance, vers 16 heures, est partie du camp retranché de Paris avec la mission de faire savoir s’il y a des troupes au nord de la ligne Saint-Just-Compiègne-Soissons. Mais on ne peut en attendre les résultats. De ce côté, la bataille est imminente. Le général Gallieni suit d’un œil anxieux et perspi-
cace les signes avant-coureurs. Dès son retour de Melun, son pret mier devoir, vers 19 heures, est, par téléphone, en présence du gé- .néral Clergerie, de rendre compte personnellement de sa journée cet de ses intentions au général Joffre. Celui-ci se déclare en tous