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Martin-des-Champs (un peu en avant de Provins). — 3e aa (général Schwartz remplaçant le général Muteau blessé) à Sointé ë Brice (un peu en arrière et à proximité de cette ville). Cela veut dire que le corps avait franchi, toujours en reculant, trente kilomètres au sud du Grand Morin et qu’il se tenait sensiblement en arrière et à l’est de l’armée britannique, dont les avantgardes touchent à peine, alors, Jouy-le-Châtel. La « brèche » : existait donc encore.
Le 5 septembre au soir, de Maud’huy était prévenu qu'il aurait à prendre l'offensive, le lendemain à la première heure. Voilà done le 18€ corps, dans la nuit du 5 au 6, bien exposé à l’extrême gauche de la 52 armée, arrivé soufflant et rompu sur les hauts plateaux (cote 176 au château du Houssay), découvrant au loin, quand l’aube se lève, les routes qui descendent du nord en droite ligne, entendant le grondement de la canonnade qui sévit sur le plateau de l’Ourcq et attendant, à toute minute, l’attaque de cette puissante cavalerie allemande qui n’a cessé depuis Laon et Château-Thierry, par monts, par vaux, par plaines et par forêts, de galoper sur ses talons.
On ne dira jamais assez quel fut, en ces circonstances critiques, à la fin d’une nouvelle nuit d'épreuves et alors que le jour nouveau paraissait encore chargé d’incertitudes et d’alarmes, le mérite des officiers de tous grades. Ils assurèrent l’ordre, ressoudèrent les formations de nouveau distendues, ranimèrent l’espoir, soutinrent les courages. À leur confiance répondit la confiance du soldat qui lisait dans leurs yeux la joie de l'offensive et la foi dans la victoire. Les officiers furent, à cette heure critique, le nerf et le cœur de l’armée. 4e groupe des divisions de réserve (général Valabrègue). — Dans l'après-midi du 5, le groupe des 69 et 532 divisions de réserve s’organise pour la défensive ; il n’est encore question que de « résistance » autour de Villiers-Saint-Georges. Mais l’idée de l’offensive, et de l’offensive pour tout le monde, s’affirme. Dans la soirée, les ordres de l’armée arrivent catégoriques.
Pendant la période du 1°7 au 5 septembre, écrit un témoin, les troupes ont donné un effort maximum (certaines ont parcouru 105 kilomètres en quarante-huit heures sans arrêt et sans distribution). Les médecins des corps ont fait connaître qu’on est arrivé à l’extrême limite des forces physiques des hommes : malgré les efforts faits pour assurer les ravitaillements et les distributions, l’alimentation a été des plus précaires, le temps matériel manquant pour la cuisson des aliments ; on a la sensalion que la troupe est à bout d'efforts. Dans l’après-midi du 5 septembre, arrive l’ordre de reprendre l'offensive le lendemain, de concert avec la 9 armée à droite, la 6° armée et l’armée anglaise à
gauche. Fee les troupes, oubliant leurs fatigues, repartent gail- Jardement de lPavant ; oubli complet des privations subies et des | fatigues endurées. Aux premières prises de contact avec l’ennemi, les . troupes montreront un entrain et une vigueur offensive dépassant tout . ce que l’on pouvait prévoir à la suite des très dures journées précédentes. Le groupe des divisions de réserve prendra part à l’attaque un . peu en arrière, il est vrai, mais il arrivera sur Ja ligne de feu en E ’intercalant entre le 18 et le 3 corps. C’est pourquoi il appuie . définitivement sa gauche à la route Villiers-Saint-Georges-Baleine, . c’est-à-dire au sud de Montceaux-lès-Provins. C’est exactement - à Villiers-Saint-Georges qu’aura lieu pour lui le premier contact
avec l’ennemi.
3e corps. — Pendant sa retraite, le 3€ corps (général Hache) a été
touché, le 4, par une première Instruction faisant prévoir l’offensive pour le 5 ou le 6. Mais rien n’est décidé encore. On insiste - seulement pour que, à aucun prix, on « ne se laisse accrocher » afin d’arriver au sud de la Seine le plus tôt possible et sans pertes. Le 3e corps est bien en main ; ses chefs, Hache, Pétain, Mangin, . sont de la plus haute valeur militaire et morale; et la troupe, | quoique éreintée par des marches terribles, est dédidée à les suivre. . Je lis sur un carnet de route : « On avait Hô le sentiment qu’on -reculait pour se refaire, recevoir des renforts et reprendre l’offensive. Le soldat comprenait parfaitement tout cela et conservait une excellente discipline. Malgré se épreuves, il n° y avait nul désordre ; la confiance était entière.
2 Jusqu'au 4% dans l’après-midi, on n’avait donc songé qu’à - reculer. La troupe, épuisée, suivait, somnolente et résignée : du
moins, à Nogent, à l’abri de la Seine, on pourra se reposer, on 5 pourra dormir. Les chevaux ne RE que sous le fouet. - Soudain un arrêt se produit. Que se passe-t-il? Le nouveau - commandant en chef de l’armée, Franchet d’Esperey, a donné un rendez-vous au général Hache à Esternay. Les états-majors sont . aux écoutes. Hache sort. Il dit un mot, qui est répété aussitôt de proche en proche : « C’est l'offensive ! On va se battre ! » Alors, malgré la fatigue des vingt-deux jours de combats et de marches, | malgré la résignation morne qui avait envahi l’âme du soldat, il n'y a qu'un cri, répétant celui du chef : «On va se battre ! » La troupe >- relève la tête. Les convois s’ébranlent ; les visages s’égayent. Tout le monde reprend vigueur et haleine. « On va se battre | » - Le 5, à 14 heures, les arrière-gardes de la colonne ouest signalent qu’elles ont été attaquées à la hauteur de Perthuis et que, d’après : s ordres, elles se sont dégagées. L'ordre officiel d'attaquer pour
le lendemain dimanche, 6 septembre, à l’aube, arrive à 20 h. 30. L'opération durera, y est-il dit, probablement plusieurs jours. Done, ne pas engager toute l'infanterie dès le début. Le 3 corps doit attaquer par divisions accolées, dans la direction générale : Courgivaux-Tréfols-Marchais-en-Brie. La 37€ division (général Comby),. mise à la disposition du commandant d'armée, suivra à droite du 3e corps d’armée ; la 6° division (Pétain) attaquera, sa droite marchant par Villouette, Champlong (nord-ouest de Courgivaux), lisière du bois de Meaux. La 5° division (Mangin), laissant une brigade à la disposition du général Hache, attaquera dans la direction Escardes-Aulnay-Neuvy. La cavalerie, composée du 7e chasseurs et du 6€ chasseurs d'Afrique, se groupera à Bouchyle-Repos pour tâcher d’atteindre le Grand Morin le plus vite possible.
Ainsi, s'étant arrêté et même ayant quelque peu rebroussé chemin, le 3e corps attend sur les plateaux qui s’élèvent entre les . deux voies ferrées, celle qui gagne Provins et celle qui gagne Nogent-sur-Seine. L’infanterie est dans la plaine, derrière les boqueteaux qui parsèment les champs cultivés. L’artillerie sur les | hauteurs, sous les ordres du général Rouquerol, près du poste de commandement de Mangin ; Mangin est à la ferme de la Sou-. cière, cote 191, en avant de Bouchy-le-Repos ; Pétain, un peu plus au sud, au Haut-Charmoy et à Haut-Gré, en avant de Saint- Genest. A l’ouest, au delà de la ligne de chemin de fer de Provins, on voit les colonnes du 18€ corps se mettant en marche sur la ligne Château-de-Flaix-Villiers-Saint-Georges. Le général Comby est un peu en arrière, vers Villegruis.
L'’ennemi tient Montceaux-lès-Provins, Bel-Air et le bois au nord d’Escardes. On signale une colonne ennemie se dirigeant de Courgivaux par les bois au nord de Villouette. C’est l’armée von Kluck, à l'articulation du IIIe et du IX€ corps qui, déjà, selon les ordres datés de Rebais, le 5, à 11 heures du soir, cherche les moyens de se dégager pour repasser le Grand Morin. Elle ne se doute pas de ce qui va lui arriver.
1er corps. — Le 1% corps est, depuis le 3 septembre, sous le commandement du général Deligny, remplaçant le général Franchet d’Esperey.
Le repli du 1e corps s’est achevé, le 5, dans la journée ; les gros du corps sont descendus en arrière de la forêt de la Traconne. jusqu’à Beton-Villenauxe, gardant la liaison avec le 3e corps par les bois de la Comtesse et de Montaiguillon. C’est la dernière limite du recul. |
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a. 6 au matin, un aviateur signale un groupe d'artillerie ennemie
Dé on à A de la cote 200, c’est-à-dire sur la route de
Paris, auprès d’Esternay ; de la Rerre par paquets s’aperçoit
. aux approches de la route et un groupe d’infauterie près d’Es-
ternay. Von Kluck, dont l’ordre de la nuit maintient en position le IX corps près de Joiselle, n’en est déjà plus maître. Le général von Quast, inquiet de sa situation avancée et aventurée, cherche des soutiens vers le VIIe corps de Bülow, trop loin en arrière, à Montmirail, lorsque le général Deligny, avec son 1® corps, sorti victorieusement de tous ses combats depuis Charleroi, va lui tomber dessus.
10€ corps. — À la droite du 1® corps se trouvait le 10e corps, son camarade d’armes depuis la bataille de Guise. Celui-ci avait beaucoup souflert à Charleroi. Il était composé de la 19% division (général Bonnier) et de la 20€ division (général Rogerie) ; depuis Guise, la 51 division de réserve (général Bouttegourd) lui était rattachée. A l’est, le général Desforges était en liaison avec la
9e armée (général Foch) par la 42e division.
La retraite du 10€ corps devait continuer dans la journée du 5 et se porter jusqu’à la Seine, dans la région de Romilly-Marcillysur-Seine, lorsque parvinrent des ordres en vue de la prochaine offensive. Les mouvements furent exécutés dans la journée sans être inquiétés, sauf quelques coups de canon lointains sur les arrière-gardes, et le soir du 5, le 10€ corps est rangé pour la bataille, dans l’ordre suivant : la 208 division autour de Sézanne, avec un régiment à Lachy ; elle avait, à sa droite, la 42 division, faisant la gauche de la % armée ; la 1% division à gauche, autour de Verdey, couverte par un régiment tenant la Noue (liaison avec le 4€ corps), la cote 200, les boqueteaux commandant la grand’route de Montmirail ; la 51€ division de réserve, un peu en arrière, dans la zone le Plessis-Saudoy-Barbonne.
On suivait, au nord, le débouché des forces allemandes et on les voyait arriver de deux côtés à la fois : d’une part, à l’ouest, les divisions de la [re armée allemande signalées le 4 au soir sur le Petit Morin entre Saint-Ouen et Montmirail, maintenant sur le Grand Morin, entre Chauffry et Esternay; d’autre part, des troupes, appartenant, supposait-on, à la II armée venant de la Marne entre Dormans et Épernay, progressaient au sud et atteignaient vers midi la ligne Champaubert, Étoges, Bergères-les- Vertus, Petit-Voipreux. On était encore séparé d’elles par le
. talus des Grandes-Garennes et les terrains mouillés des marais …. de Saint-Gond.
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Fe MANN ACT à vis | sr PA “ js 3e NTI taie FUN 120 LA BATAILLE TE LA MARNE.
La 5e armée, dont les positions, du nord de Provins à Ve forment un croissant avec pointe offensive nettement accentuée à droite, devait, d’après les instructions, marcher à l'attaque, sa droite en avant : c'était surtout le 10e corps qui avait à dessiner
ce mouvement. En conséquence, il devait attaquer avec ses deux
divisions accolées (celle de droite en échelon en avant, la troisième
en arrière et à droite) et se relier, sur la route Lachy-Charleville, à la 428 division qui occupait Villeveuve-lès-Charleville.
L'attaque était prescrite pour six heures du matin, la 20€ division (général Rogerie) ayant pour axe d’attaque Verdey, la 49 division (général Bonnier) ayant pour axe d’attaque les Essartslès-Sézanne et lisière est de la forêt de Beaumont ; la 51€ division de réserve (général Bouttegourd) se tenant en soutien au moulin de Retortat en arrière de Sézanne. L’artillerie du corps était en position avec une réserve d'infanterie sur la route de Sézanne à Soizy-aux-Bois entre les cotes 212 à 213, face au nord-ouest. Le poste de commandement du général Deligny était à un kilomètre à l’ouest de Sézanne, sur la route de Sézanne à Esternay, cote 108, aux oches des Grandes-Tuileries.
Rôle de la 9° armée (général Foch) devant l'offensive de Moltke sur le centre français.
Pour achever de connaître l'instrument stratégique que le général Joffre avait en main, au moment où il livrait la bataille de gauche, nous devons, maintenant, donner les précisions nécessaires sur la situation de la 9 armée.
Le nom est nouveau. Le général Joffre a créé cette nouvelle armée par son Instruction du 4 septembre, 16 heures : c’est qu’il a le sentiment qu’un rouage aussi important, dénommé jusqu'ici « détachement Foch », ne peut être maintenu en état d’infériorité en un point qui va précisément devenir un des nœuds de la bataille.
Les grands combats de Charleroi, des Ardennes, de Guise, de la Meuse, avaient singulièrement réduit les effectifs dont disposait le haut commandement allemand. Von Moltke a dû envoyer deux corps devant Anvers, un corps devant Maubeuge, une division devant Givet, plusieurs brigades de landwehr en Belgique; il craint un débarquement anglais ou même russe à Ostende (1); ses régiments ont fondu par les terribles marches qui leur ont été imposées pour arriver au but, coûte que coûte.
(1) Voir VON TAPPEN, Bis sur Marne.
Fe “E re EE Es | 7” Re MENT DES Le
1 £rs ALLIÉES RE 421 #4 Et ce but n’a pas été atteint : Joffre s'est dérobé vers le sud. La grande armée qui s’avance en allongeant de plus en plus ses ignes de communications n’a pu saisir un adversaire que les RE oamandés représentaient comme fuyant en désordre, mais | qui, en tout cas, ne se laissait pas accrocher. L’armée qui poursuit ce singulier pdyériaire est à bout de souffle et, comme le démon- trera, par la suite, Freytag-Loringhoven, on ne lui a assuré au- cunes réserves. As von Moltke en est-il maintenant à recon- . naître l'impossibilité de mener à bonne fin une opération de si . large envergure basée sur le système de Schlieffen, à savoir l’extension indéfinie des fronts. Il se dit cependant que l’armée adverse - est, plus encore que la sienne, épuisée par sa longue retraite, qu’elle - est hors d’état de soutenir un choc soudain et brusqué. En choi- . sissant le point où elle est le plus faible, on la couperait en deux - morceaux, et la guerre pourrait s’achever promptement par la destruction de cette armée, par l’encerclement de toute la région » fortifiée de l’est, et par la prise de la capitale elle-même, affolée . d’un désastre sous ses murs.
Cette évolution dans le système stratégique allemand, nous la - voyons coïncider avec l'influence croissante du chef de la Ile armée, - von Bülow. À Charleroi, à Guise, Bülow attaqué a dû faire appel -aux troupes de von Kluck, distendues vers l’ouest. Sous son “influence, Moltke a dù ordonner cette conversion d’un quart wers l’est, qui impliquait le renoncement à la grande marche enveloppante sur Rouen-Mantes et même, selon les bruits qui . couraient dans les états-majors, sur Druis: -Étampes; cette con- “version réduisait considérablement Je rôle de l’armée von Kluck.
— Et von Bülow réclame toujours ; mal gardé sur sa droite (von % luck), mal gardé sur sa gauche (von Hausen), Bülow provoque “un nouveau « resserrement du front », qui rabat von Kluck, cette - fois définitivement, sur la Marne, pour y être maintenu en position d'attente, mais qui expose le flanc de celui-ci aux attaques du . camp retranché de Paris. Et c’est encore sans doute sous l’in- fluence de Bülow que se décide la manœuvre désespérée dont l'exécution lui est, d’ailleurs en partie, confiée, la manœuvre de rupture frontale, où von Hausen doit atteindre Troyes et où lui- même, von Bülow, doit non seulement faire face à l’ouest, entre … Marne et Seine, mais occuper, face au sud, les passages du fleuve entre Nogent et Méry.
On comprend l’état d’esprit de von Kluck et de ses partisans : ow est le mauvais génie du grand quartier général, Bülow
RS Ces
la couverture et abuse de la faveur dont il jouit. Les conseils de. Bülow, l'influence de Bülow, la camarilla de Bülow vont causer la perte de la guerre. Quand von Kluck veut marcher, von Bülow. | traîne et s’attarde. Quand von Kluck veut attaquer, Bülow n’est jamais prêt : il accapare l'attention et les ressources, et quand il
a besoin d’un corps, il le prend. >
Il était facile de deviner, ce qui est confirmé par la publication de leurs propres Mémoires, qu'entre von Kluck et von Bülow régnait sourdement une hostilité où il y avait probablement quelque chose tenant à la différence des origines, une lutte de coterie et de caste. Von Bülow est le descendant d’une grande famille nobiliaire et militaire ; il est l’adversaire naturel du parvenu von Kluck. La coterie des hobereaux soutient le général de bonne souche et n’a que du dédain pour le général populaire qui commande la Ire armée.
Entre les deux, Moltke, écrasé sous le poids d’un grand nom et d’une responsabilité inouïe, obligé de ménager tout le monde, hésite. Or, ce sont ces hésitations qui, précisément, préparent la catastrophe. Entre les deux systèmes, celui de von Bülow, qui ne. comptait plus que sur la bataille frontale, et celui de von Kluck, qui persévérait dans la manœuvre de l’enveloppement, le haut. commandement finit par se prononcer en faveur de Bülow. Mais il n’a pas l’autorité suffisante pour imposer radicalement sa vo- | lonté à von Kluck. Le grand commandement va à la bataille sans s'être assuré qu'il sera obéi (1). |
(1) Parmi les renseignements parus, avant les ouvrages des trois chefs des Jre, Ile et IIIe armées, sur les dissensions du grand état-major allemand, il importe de mentionner une interview de l’écrivain militaire Anton Fendrich, publiée par le Daily Express : « Notre correspondant d'Amsterdam raconte comment fut écrite la nouvelle version de la bataille de la Marne, qui fut inspirée par Guillaume II et rédigée par Anton Fendrich, socialiste bien en cour et historien. Anton Fendrich dut écrire trois versions successives de son récit : la troisième seule fut publiée. La première version s’inspirait de renseignements spécialement fournis par l’état-major général et approuvés par Falkenhayn qui en était alors le chef. Mais Moltke la condamna avec la dernière énergie. Fendrich proteste, allègue que son récit est sanctionné par Falkenhayn, et Moltke s’écrie avec colère : « Falkenhayn est un menteur. » Puis, remettant à l’historien de nouveaux documents, Moltke lui ordonna de recommencer son œuvre. Fendrich fit donc une seconde version de la bataille de la Marne que Moltke approuva « nettement. Mais Falkenhayn, dès qu’il en eut pris connaissance, s’écria : « De « Moltke est un faussaire, il fausse les documents historiques ! » Fendrich soumit. alers l'affaire à l’empereur, qui condamna les deux versions et en proposa une troisième, dont il dicta lui-même les principaux passages à Fendrich. Un ami demanda à l'historien officiel s’il croyait que la dernière serait considérée p la postérité comme un récit exact de la bataï le de la Marne : « Non, répondit,
” D ” ’ vs OS Re n ai 3 A e Ke EE SES Re 2 + SE Eu 4 €" PER re “2. * 4 EMPLACEMENT DES ARMÉES ALLIÉES 123
rs double manœuvre allemande, résultant, pour une part, 2 ‘comme nous venons de l’indiquer, du discord régnant entre les e | grands chefs, quel contre-coup a-t-elle sur la situation de l’armée française et, en particulier, de l’armée Joffre? Tandis que von Kluck prête le flanc et détermine, par son mou- - vement en avant, la décision soudaine de Joffre, Bülow et von Hausen ont l’ordre d’attaquer le front français en son point le plus faible, et c’est précisément la suture que vient combler l'armée Foch : si bien qu’au moment où Foch déclenche l’offensive qui lui est ordonnée pour venir en aide à la manœuvre de Maunoury, il est attaqué lui-même, sur sa face et sur son flanc droit. En un mot, — ce qui n’avait jamais été mis en lumière jusqu’au moment où nous écrivions ces lignes (printemps de 1919), — l’armée française avait affaire à une offensive de rupture quand elle attaquait elle-même.
| Dans la pensée du haut commandement allemand, cette offen- - sive contre l’armée Foch est l'opération principale. Puisque von - Kluck a reçu l’ordre de stopper et de rester face à l’ouest, et que - Bülow lui-même doit faire également face à l’ouest, c’est donc - vers l’est (gauche de Bülow, armée von Hausen, droite du duc de - Wurtemberg) que Moltke porte toute son attention. Von Hausen - doit, d’après l’Instruction du 5 septembre, appuyer, selon les - circonstances, la ITe ou la IVe armée et atteindre Troyes (1). Aux - yeux du grand quartier général, ce qui se passe ailleurs est, sinon … secondaire, du moins de moindre urgence : si le front français était brisé à l’armée Foch, c’est-à-dire soit entre Esternay et Sézanne, soit entre Mailly-Sompuis-Vitry, la partie serait gagnée : le reste viendrait par surcroît.
3 Ainsi s'explique l'importance particulière de tout ce qui concerne l’armée Foch. Le général Joffre, en créant cette armée et en
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« Fendrich ; l’empereur et nos généraux s’opposent à la publication d’un récit « exact et notre peuple ne pourrait pas supporter la vérité. »
Cette vérité perce, malgré tout. Le témoignage de Fendrich lui-même contribue à lever un coin du voile. Il existe d’autres preuves de la discorde qui existait au camp d’Agramant : nous possédons la brochure publiée par l’entourage de von Kluck sur les Batailles de la Marne et les nombreuses interviews soigneusement échelonnées par celui-ci; nous avons la brochure de Freytag- Loringhoven, qui est un blâme demi officiel des conceptions du grand étatmajor, etc., etc.
* Pour le moment, ce qui importe, c’est d'établir le fait de dissentiments graves dans le grand état-major. Si l’on ne se rendait pas compte de l’existence simultanée de deux manœuvres allemandes divergentes se croisant, s’enchevétrant et se contrecarrant, on ne pourrait ni suivre le détail des faits ni comprendre le sens vrai de la bataille.
(1) Voir ci-dessus, p. 121.
124 LA BATAILLE DE LA MARNE D la confiant à un tel maitre, a prouvé qu’il avait le sens profond : de la partie qui s’engageait. Lui aussi, il veillera attentivement, durant toute la bataille, à ce qui se passe de ce côté. Il suit de la pensée — et du cœur — son admirable lieutenant et, quand la victoire aura couronné les efforts communs, il fera, du vainqueur des marais de Saint-Gond, son bras droit pour la campagne du Nord, qui s'ouvrira aussitôt après. | L'union, qui règne ainsi dans le camp français entre les Joffre, les Gallieni, les Franchet d’Esperey, les Foch, fait un contraste saisissant avec la discorde qui règne dans le camp allemand. “À Au moment où les grands événements se nouent, ces données psychologiques doivent entrer en ligne comme des éléments impondérables, mais extrêmement actifs et, ajoutons, d’une haute portée philosophique : la discipline républicaine et à la française va infliger un dessous décisif à la discipline impériale et à la prussienne.
Le terrain : la route n° 51. — L’armée Foch le 6 au matin.
Mais, avant de dire comment Jes corps d'armée de Foch s’installent, le 6 au matin, sur le terrain de manière, soit à prendre. l'offensive, soit à résister à l’attaque frontale allemande, il est indispensable de jeter un coup d’œil sur le terrain lui-même : car jamais il ne fut plus vrai de dire que la carte fait la manœuvre et l'explique. |
Nous avons exposé les raisons pour lesquelles Joffre a dû porter sa retraite jusqu'aux premiers gradins au nord de l’hémicycle de Seine : or, ces gradins ceinturent l’extrême limite sud-ouest des Champs catalauniques. La plaine catalaunique s’étend, en effet, jusque-là ; mais, avant d’atteindre la falaise de Seine, elle s’enlise, pour ainsi dire, dans un vaste marécage, formé par les débordements du Petit Morin, les marais de Saint-Gond.
Le grand état-major allemand, en choisissant cet angle ouest de la plaine catalaunique pour y tenter sa percée, avait les yeux | sur la carte. Or, celle-ci accuse, par le contraste de ses noirs et de « ses blancs, le relief du terrain. Parmi ces contrastes, s’il en est « un qui soit frappant, c’est celui que fait le massif montueux de | Seine-et-Marne avec la plate plaine de la Champagne, s’allongeant de ce côté jusqu'aux approches .de la Seine. La petite Suisse de Meaux-Montmirail, toute noire de hachures et de lignes entrecroisées, s'achève brusquement par une sorte de queue s’allongeant vers le sud-est et ombrant l’étendue blanche : c’est la crête
ra «é pi
| des SERRE" qui tombe, un peu au nord de RES sur la route nationale n° 51, de Givet à Orléans. Le nom même de cette route, Givet à Orléans, indique son | objet : elle vient de Belgique et elle gagne la Loire en contournant Paris et le massif de Seine- et-Marne. Cette simple observation | projette la plus vive lumière sur le plan du grand état-major alle- . mand : ce que fait la route, l'invasion prétend le faire ; partant . de Belgique, elle descend vers la Seine par la plaine de Cham- - pagre et elle prend 12 route qui contourne le massif à son angle - sud-ouest, avec le projet de pénétrer au cœur de la France en iso- - lant Paris. La route 51 longe le pied du massif; elle est même - obligée de se coller, en quelque sorte, contre lui et de grimper à - son dernier contrefort, à la crête des Grandes-Garennes (Soisy-aux- - Bois), sous peine de s’enliser dans les terres humides prolongeant la plaine catalaunique, c’est-à-dire les marais de Saint-Gond. C’est done ici, à la jonction de la « petite Suisse » de l’Ile-de- France et de la vaste Champagne blanche, que von Moltke, sui- -vant la route 51, dirige sa principale offensive. Contourner par illevenard, Reuves, Broyes, Allemand, Linthes, Linthelles, la “falaise de Sézanne, se glisser, à ce joint, vers Romilly et Marciliy- -sur-Seine, ce serait enfoncer le couteau entre la France parisienne “et la France de l’est, ce serait couper l’armée française et la France en deux; en un mot, ce serait remporter la grande et décisive victoire.
| A première vue, le chemin paraît aisé. La plaine catalaunique est ouverte : l'invasion peut y courir comme le vent qui la balaie, sans obstacle. Entre l’Argonne et le massif de Seine-et-Marne, c’est y in large couloir : le terrain ne présente même pas cette forme un … peu rugueuse de plateaux coupés par des ravins et des boque- —… teaux favorables à la résistance et à la guerre de chicane, comme ke ‘aux alentours de Provins. C’est une plaine unie, un billard un peu humide.
…. Cependant, il faudrait peut-être tenir compte d’un obstacle que la carte indique un peu négligemment : et ce sont, précisément, ces demi-teintes anodines, ces blancheurs saumâtres, les marais de Saint-Gond. Ces « blancs » représentent, dans la réalité, les terres mouillées où le Petit Morin traîne ses eaux lentes, où … s’alignent les files de peupliers, où les mares à demi sèches se cachent sous des touffes herbues. Or, les marais s’étendent exactement jusqu’au pied des Grandes-Garennes ; et, en définitive, ce passage, qui parait si facile, est diflicile, puisqu'il se trouve
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En plus, cette route est dominée par quelques hauteurs, d’une altitude bien modeste, assurément, mais qui, cependant, sur ces horizons aplanis, comptent, puisqu'on les appelle — un peu emphatiquement, je le veux bien — des monts : Mondement, Montgivroux, le Mont-Août, le Signal du Poirier, Toulon-la-Montagne. Tels quels, ils peuvent offrir des appuis à une résistance énergique, et ils l’offriront, comme nous le verrons bien.
Aiïnsi, à l’ouest, un massif, une petite Suisse ; à l’est, une plaine plate ; à leur jonction, un passage étroit, serré entre les eaux stagnantes et les derniers contreforts du massif.
De ce simple exposé géographique, qui laisse à peine deviner la vaste et intense mélancolie de ces plaines incultes et voilées de l'humidité des roseaux, il résulte, cependant, avec une clarté suffisante, que, si un ennemi, venu du nord, s’en prend à ce passage, la défense consistera à s'appuyer sur le massif et que la nécessité la plus urgente sera La liaison à gauche, c’est-à-dire avec les troupes qui défendent les hautes terres de Seine-et-Marne. Garder ces liaisons par le système des « monts », tout est là. Si un point quelconque du front venait à fléchir, il resterait de la ressource tant que la falaise de Sézanne serait gardée et que l’on pourrait envoyer, de là, les forces destinées à rétablir la ligne et la communication avec l’est.
A droite, il y a, si l’on peut dire, de la marge pour un certain recul : la Seine étant encore assez éloignée, elle laisse du champ pour être atteinte. Il en serait tout autrement si l’ennemi s'était glissé au pied de la falaise de Sézanne, c’est-à-dire exactement par la route 51 et, s’il s'était avancé ainsi jusqu’au coude de. Romilly. Une défaite là et l'apparition de l’ennemi en cè point. serait irréparable. La ligne transversale, Sézanne-Pleurs-Gourgançon-Mailly-le-Camp, n’est forte que si la charnière de Sézanne . tient. Donc, le fort de la bataille pour le passage sera à gauche.
Il est vrai que, si cette charnière résiste aux assauts terribles qui vont lui être livrés, si elle ne cède pas, il reste au haut commande-. ment allemand à tenter la manœuvre suprême que la carte, c’est-
à-dire le terrain, lui suggère déjà. Plus à l’est, le terrain est plus blanc encore et, par conséquent, paraît plus libre. Il est vrai qu’il s’écarte sensiblement du coude de Romilly et que, par conséquent, . Pobjectif est plus éloigné, mais, du moins, de ce côté, la plaine | s'affirme avec ses horizons bas, ses vastes étendues propices aux trs des artilleries et aux progrès des infanteries. Plus de marais,
pas de « monts ». C’est la région des « Sommes » et du camp de”
Mailly. Le passage peut et même doit être obtenu dans cette direc-
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CHE AR ( | tion : en débouchant par là, on tournera l’obstacle des marais - de Saint-Gond ; on prendra par le dos les défenseurs de la route de Sézanne : en un mot, par les Sommes, on forcera les Monts. Il y a là, en effet, un doublet éventuel de la route n° 51, c'est
» la route n° 77 de Sedan à Nevers; ce sera une autre issue de la bataille frontale : celle-ci dérivera donc vers l’est et deviendra la bataille du camp de Mailly : elle tombera en plein sur la suture des armées françaises de l’ouest avec les armées françaises de l’est ; elle pourra obtenir, par un grand effort, le même résultat ; c’est la bataille pour Troyes-Vendeuvre, ligne assignée comme - but à l’armée de von Hausen.
… De toutes façons, d’ailleurs, c’est Foch qui est visé. Seulement,
en se déplaçant vers sa droite, la bataille se rattachera à la . bataille de l'Est. Foch n'aura plus à être inquiet seulement de ses . liaisons avec Franchet d’Esperey, il aura à se préoccuper de plus - en plus de ses liaisons avec de Langle de Cary. Ainsi, par le lien de la nouvelle armée Foch, se noue toute la grande manœuvre de Joffre, rattachant celle de ses lieutenants et enserrant celle de ses adversaires.
Résumons : l'ennemi a traversé en écharpe la Champagne ; il a “résolu de se porter sur la Seine, du coude de Romilly jusqu’à royes, pour une bataille frontale destinée à couper en deux l’armée de Joffre et à rejeter ses débris moitié vers l’est, moitié vers Paris. Vers Paris, von Kluck barrera la route. Mais von Kluck n’attend “ pas : il part pour continuer, à sa façon, le mouvement d’envelop- - pement. En même temps, Joffre attaque et contrecarre la double manœuvre allemande. Il prend von Kluck à la fois de face et par > flanc et, d'autre part, il tombe sur Bülow au moment où celui-ci “se prépare, en se tournant vers l’ouest, à tomber sur lui. …— La rencontre de marche avec von Kluck a lieu sur l’Oureq et — sur la Marne; la rencontre de marche avec von Bülow et von . Hausen se fait à la jonction du massif de Seine-et-Marne et de la plaine catalaunique ; et les deux sont en rapport par les articulations confiées à la 5° armée et à l’armée britannique, de Montmirail à Meaux.
Tandis que le haut commandement allemand, désuni, est engagé dans une manœuvre compliquée. et disloquée, le haut commandement français est uni pour l’exécution d’une manœuvre - simple et rigoureusement classique.
La 9% armée est mise à temps à la bonne place pour servir à la fois d’instrument à l’offensive en aidant à la bataille de l'Ouest et
d'instrument à la défensive en soutenant la bataille de l'Est : elle se battra autour des « Monts » et elle se battra autour des. « Sommes » : il reste, maintenant, à reconnaître comment, pour ce . double objet, cette armée s’installe sur le terrain.
Au moment où la 9 armée est constituée (5 septembre), elle se compose du 9% corps (général Dubois), du 11€ corps (général Eydoux), de la 52 division de réserve (général Battesti), de la 60e division de réserve (général Joppé), de la % division de cavalerie (général de l’Espée). La 42 division d’infanterie (général Grossetti), détachée de la 32 armée, fait la liaison à gauche avec : la 5€ armée.
Dans sa disposition générale, la 9 armée présente, au fond de l’hémicycle sur lequel s’appuie la grande armée de Joffre, comme un renflement, une légère contre-courbe préparant le rôle qu’elle | doit jouer dans l'offensive ; elle oppose ainsi, à l’offensive principale allemande, un dos solidement établi : opérant à la jonction des . deux armées, von Bülow et von Hausen, elle garde à la fois la . route de Sézanne à sa gauche et la route de Mailly à sa droite; | pour choisir son heure et prendre du champ, elle s’est abritée au … sud des marais de Saint-Gond. ;
La 9 armée, création récente, reçoit des forces nouvelles au fur et à mesure qu’on peut l’alimenter. La division du 9 corps (18 division) qui, au début de la campagne et après l’échec de Morhange, a été maintenue dans l’est pour la défense de Nancy et du Grand- Couronné, accourt de Lorraine ; elle ralliera, par Troyes, le 7 septembre.
L'ordre étant arrivé au général Foch de se préparer à prendre l l'offensive le 6 au matin, il a arrêté soudainement la retraite et il a établi son quartier général à Plancy, c’est-à-dire sur le cours de . l'Aube. Les arrière-gardes sont mises en surveillance à trois kilo- | mètres environ en avant de la principale ligne de défense, qui est | la route nationale n° 34, de Paris à Vitry-le-François, c’est-à-dire | la ligne Sézanne-Fère-Champenoise-Sommesous. Tout fait prévoir que le centre de la bataille sera à Fère-Champenoise. 4
Disons quelle est, sur cette ligne, de Sézanne à Mailly, la situation physique et morale des corps au cours de la ] JE du 5, quand la 4 nouvelle se répand que la retraite est finie et qu’on passe à l’offensive.
A gauche de l’armée, la 42 division (général Grossetti) tient la route de Champaubert à Sézanne, c’est-à-dire l’étroit couloir qui.
“+ Ja route n° 51, pour gagner le coude de Romilly-sur-Seine visé
% par er. C’est une division, la 428 division ! Et c’est un général, le général Grossetti ! Colossal, sanguin, carré par la base, les joues larges et rouges, la barbiche blanche, ce chef a su gagner, du pre- . mMier coup, par sa bonne humeur et son courage impassible, la . confiance absolue de ses soldats. Grossetti, par sa vigoureuse atti- tude sur la Retourne, en avait imposé à l’ennemi; la retraite s'était effectuée « sans trop de casse ». La figure puissante du général d’origine corse était rapidement devenue légendaire. Il - avait dit : « Je ne veux que des braves dans ma division ; que les - autres s’en aillent ! »
- La 42 division, par ia route n° 51, avait grimpé la chenille des Grandes-Garennes et était venue, finalement, dans la soirée du - 4 septembre, s'installer en « bouchon » à l’orée du passage entre … Soizy-aux-Bois et la ferme Chapton, avec un détachement à Mon- » dement, c’est-à-dire au raccordement du massif et des marais » de Saint-Gond, ses arrières et convois vers Pleurs.
L'armée von Bülow suivait de très près. Dès 8 heures du matin, le 5, des éléments du X® corps étaient entrés à Baye, qu’une lieue à - peine sépare de la pointe occidentale du marais, c’est-à-dire du … défilé de la route, véritables « Thermopyles » de cette partie de la bataille.
Par la belle route en pente douce qui longe, sous d’épais ombrages,
—… cageuses, le secret de ces eaux dormantes, qui passent pour recéler le Casque d’or d’Attila, les frappait d’une stupeur mystérieuse (1),
La vérité est, comme nous l’avons dit déjà, que la manœuvre extrêmement alourdie de l’armée Bülow était en train de lui faire + . perdre un jour, peut-être le jour décisif. La 42e pourra donc prendre, # de ce côté, dès le 6 au matin, les avantages de l'initiative.
A droite de la 42e division, le % corps (général Dubois) poursuivait sa marche dans l'ordre suivant : à droite, la 17e division (général Moussy) ; à gauche, la division marocaine (général Humbert). Le 7 hussards est resté en arrière et surveille l'ennemi. … L'objectif est de faire occuper l’est des marais de Saint-Gond. Le nœud de la manœuvre du 9% corps sera le débouché de Fère-
An … Champenoise, qui a l’avantage de se maintenir en terrain sec, Fère- & (1) Ch. Læ Gore, les Marais de Saint: Gond, p. 25.
Champenoise est une des clefs d’Arcis-sur-Aube, comme l’a prouvé la bataille classique de l’empereur Napoléon.
Nous savons que l’armée von Bülow, qui doit soutenir l'offensive de von Hausen sur Troyes, a, précisément, pour objectif Méry-sur- Seine ; donc, elle doit passer par Fère-Champenoise. Mais nous : avons dit que von Bülow est prudent et que von Hausen n’est pas pressé : quelque répit est donc laissé au % corps français. Sa . marche, le 5, s’effectue en ordre et avec une tranquillité complète. Le 7€ hussards, aux environs de Vertus, rend compte que l’ennemi est peu mordant. Le 9% corps arrive à Fère-Champenoise le 5, à 6 h. 50. C’est à cette heure qu’on reçoit l’ordre de l’armée, prescrivant l’offensive pour le lendemain.
Tout le monde est aux champs : le général Dubois prend ses dispositions. Le mieux est de s’assurer des débouchés bien dégagés du marais de Saint-Gond. Aussi, tandis que le corps se développe. | autour de Fère-Champenoise, les arrière-gardes sont maintenues : en plaine de Champagne, le plus loin possible. La division Humbert s’établit à l’issue nord des marais, d’Aulnay-aux-Planches 14 Morains-le-Petit. De l'artillerie est en surveillance sur Colligny. La division Moussy s’arrête et se fortifie à l’est de Fère-Champenoise entre le moulin de Connantray et Œuvy. |
Dans tout le corps, on a le sentiment que cet arrêt subit, ce retour sur ses pas, marque un revirement, que quelque chose de nouveau va se passer. Les troupes n’avaient pas encore eu con-. naissance de la proclamation du général en chef qu ’elles avaient pressentie :
- On reculait toujours : mais, en dépit de tout, notre confiance ne diminuait pas. Les soldats, par une intuition merveilleuse, devinaient,. sous une forme grossière, la vérité. Qui leur parlait de défaite, ils le jugeaient un imbécile. Car, Joffre, c'était un malin. Avec les combats et la retraite, il manigançait un énorme piège. Et ces abrutis de Boches | tombaient dans le panneau... |
Or, tout à coup, une fanfare sonna, une fanfare, ensemble pathétique et joyeuse, de ralliement et de bataille : la parole du généralissime à ses armées | Lui qui avait ordonné cette retraite, il défendait à ses troupes de reculer davantage : plutôt, elles se feraient tuer.
C'était le samedi 5 septembre, après un pénible parcours. La rumeur courait, et les colonels recevaient l’ordre qu'ils lisaient aux régiments. Des automobiles amenaient le général Foch et le commandant du corps d'armée, qui se concertaient avec leurs divisionnaires. Et, déjà, nous revenions sur nos pas. Une occasion favorable s’offrait pour l’alttaque et hâtait le combat. Nous rentrions à Fère-Champenoise.
En face de nous, vers la gauche, les marais de Saint-Gond étendaient, entre l'ennemi et nous, une masse vaseuse, traversée de quelques sen
ers impraticables aux colonnes et aux canons. Des chemins, sur la droite, tournaient les marais par les villages d’Aulzineux, Pierre- - Morains, Morains-le-Petit.… De la vallée boueuse, la pente montait doucement vers le sud, jusqu’à la lisière du bois où le vallonnement s’accentuait, au point d’ériger des collines assez rudes, telles que le -Mont-Août. En arrière, la route de Fère- Champenoise à Sézanne, par — Connantre-Linthes-Saint-Loup, servait de bande à nos positions.
- Les souvenirs de 1814 illustraient cette région. Près d’ici, Napoléon, à Champaubert et Montmirail, avait vaincu l’envahisseur, rejeté dans les marais. Les plus savants contaient aux escouades cette histoire, — et les promptes imaginations ressuscitaient les exploits des « Marie- Louise ». Durant la nuit du samedi au dimanche, des escarmouches pré- Fr Judèrent… (1).
Le général Foch vient d’apparaître sur le front. Ordre est donné au ® corps de se serrer sur l’ouest et d’occuper, par de fortes avant- …cardes, Congy et Toulon-la-Montagne. Cela veut dire : 4° que l’on “commence à tenir fortement là région des Monts ; 2° que l’on se “préoccupe d’assurer le débouché par la route n° 51, débouché qui, au début, sera, des deux côtés, toute la bataille. Par ce mouvement, — on se porte au-devant de l’ennemi qui s’avance. Ici, aussi, les deux - manœuvres vont s’enferrer.
… Dès le 5, les contacts sont pris : à 15 heures, le 7e hussards …. fait connaître que l’ennemi débouche en forces de Vertus et a … poussé ses avant-postes sur Vert-la-Gravelle. À 18 heures, la bri- Le e Blondlat, de la division Humbert, qui a atteint Coizard, ne — peut aller plus loin en direction du nord. La division s’arrête en
LA Bannes-le-Mesnil- tee te -Grand.
Le 6, dès la première heure, les mouvements recommencent :
… Le 5° régiment de tirailleurs vient de quitter par alerte Broussy-le- - Grand, vers 4 heures. Il devrait marcher en pleine ombre sur la route d'Oyes, mais d'immenses faisceaux lumineux mobiles parcourent l’espace durant cette nuit du 5 au 6 septembre : ce sont des projecteurs allemands de très forte puissance qui, braqués au loin dans le nord, cherchent à surprendre quelque mouvement de troupes dans nos lignes. Nous marchons, pour la première fois, sous ces clartés fantastiques et arrivons à Oyes au lever du jour (2).
C’est le 6 au matin. L’offensive et la contre-offensive vont se heurter.
—. (1) René DE PLANHOL, Étapes et batailles d'un hussard, p. 37. (2) Combat de Saint-Prix. Ferme Montalard. Récit du lieutenant Suffren Eau 5° tirailleurs, dans GinisTY et GAGNEUR Ja Guerre par les combattants, p. 262:
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A l’autre division du 9% corps, la 17 division (général Moussy * ordre a été donné au colonel Éon de s’avancer jusqu’à Vert-la-Gravelle et Toulon-la-Montagne, tandis que les gros de la division resteront autour de Fère-Champenoise, Toulon-la-Montagne est occupé : mais on trouve l'ennemi à Vert-la-Gravelle ; le colonel Éon l'en chasse pendant la nuit. Cependant, la situation de cette troupe veut devenir périlleuse : le colonel Éon est en flèche, tandis que les Allemands arrivent du nord. C’est la 2 division de la Garde qui prend sa direction de marche sur Morains-le-Petit-Fère-Champenoise, tandis que la IIIe armée, à l’est, est encore hors de contact, sur les bords de la Marne. à
Toutefois, le commandement français, toujours attentif à ses : liaisons, s’est préoccupé d’une situation qui eût pu être dangereuse si von Hausen avait été en mesure d’exécuter les ordres pressants de Moltke. Entre le % corps et le 11€ corps, il arrête la 52e division de réserve (général Battesti), en rassemblement articulé, au sud : de Corroy. Elle maintient ainsi la liaison entre les deux corps, : prête à prendre sa place sur le front dès que l’heure de l'offensive aura sonné. |
Le 11€ corps (général Eydoux) s’installe à droite du 9% corps. Il est composé de la 21e division (général Radiguet) et de la 22e divi- . sion (général Pambet). La 60€ division de réserve (général Joppé) opère avec lui, à sa droite. À partir du 7, il recevra l’appui de la « 18e division (général Lefebvre), du 9% corps, qui est amenée par voie ferrée et arrive par Troyes. |
Le 41€ corps pique droit au sud vers Clamanges : il tombe dans : la région des « Sommes », qui appelle, en quelque sorte, la jonction … des armées von Bülow et von Hausen. S'il est un point où « la concentration sur le champ de bataille » selon les préceptes du vieux * Moltke doit se produire, c’est ici : le terrain est propice et il ya. de la place. È
Contre cette manœuvre ennemie qui est à prévoir, une première . ligne de défense peut être établie sur la petite rivière, de Villeseneux à Clamanges et Pierre-Morains ; et, si ce front cède, une seconde ligne se présente naturellement à Écury-le-Repos-Normée-Lenharrée.
Le 11€ corps, dans la journée du 5, a repris sa marche vers le sud. Pour le 6 au matin, il doit occuper les points suivants : 21e division, la ligne Morains-le-Petit à Normée ; 22€ division, la ligne Normée-Lenharrée ; l’artillerie du corps (général Favereau), « à la disposition de la 22e division, doit, du haut du plateau domi-. nant au sud de la Somme, tenir sous son feu la voie ferrée qui peut servir d’axe de débouché à l’ennemi.
% | Malgré la lame d’argent recourbée que fait la Somme, le pays, L ici, est d’une mélancolie profonde : c’est la Champagne pouilleuse . dans toute sa stérilité ; affleurements de craie, champs aux maigres orges, villages rares, chemins de terre poudreux, sauf la grande route de Châlons-sur-Marne à Fère-Champenoise qui traverse … en oblique tout le champ de bataille : la défense ou l’attaque trou- » veront cependant, sur cette plaine dénudée, des appuis favorables > à la progression et des abris plutôt dangereux pour la défense : ce . sont les garennes, les sapinières aux branches serrées, aux ronces entrelacées, ces plantations artificielles, tirées au cordeau et retour- …. nées à l’état sauvage, qui ajoutent leur tristesse noire à la tristesse blanche de la Champagne. L’artillerie lourde allemande les prendra . pour objectifs, assurée d’y trouver, dans les heures les plus lourdes — d’une bataille torride, les troupes accablées de chaleur venant y … chercher un peu d'ombre et s’exposant aux rafales soudaines des — canonnades sous des gîtes trop facilement repérés. | Depuis la bataille de Rethel, où elle a beaucoup souffert, la …— 60° division de réserve (général Joppé) a accompagné la retraite —… du 11 corps. Des mesures sévères ont été prises pour rétablir les … liens entre les divers éléments, un moment compromis. La division … est maintenant dans la zone Villiers-Herbisse-Allibaudières, aux — portes d’Arcis-sur-Aube : c’est-à-dire qu’on l’abrite autant que … possible et qu’on la considère comme une réserve. Cependant, … il faut puiser Gans tous les réservoirs : dans la nuit du 5 au 6, … des ordres sont donnés pour faire remonter deux bataillons dans Ja région de Fère-Champenoise.
- Mais voici qu’un danger apparaît. Entre l’armée de Foch et l'armée de Langle de Cary (c’est-à-dire entre la bataille de gauche bla bataille de droite) un trou s’est produit. Langle de Gary, avee son 17 corps, est au delà de Sompuis, tandis que Foch, avec son ÿ 11e corps, est en deçà de Sommesous. C’est un passage de quinze . kilomètres qui présente de l’un et l’autre côté un flanc découvert à l’ennemi. Pour couvrir ou voiler ce trou, il n’y a, comme nous allons le voir, qu’une division de cavalerie, et encore, très éprouvée, celle du général de l’Espée. En vue d’établir sa liaison avec le 17 corps, le général Joppé envoie, d’abord, un escadron et demi de la cavalerie de la division. À partir de ce moment, la 60e division de réserve se tiendra en contact constant et en échange d'appui avec la 9 division de cavalerie,
Tout à fait à droite de la 9 armée, opère en effet la 9 division . dé cavalerie (général de l’Espée). Le 5, l’ordre lui a été donné de
À Le) protéger la droite de la 9 armée pendant l’offensive ordonnée pour F
le lendemain. La division campe, à cet effet, autour de Mailly-le- Camp, c’est-à-dire en pleine trouée de Sommesous, sur la nd té À route n° 77 de Sedan à Nevers, qui ouvre le chemin du Morvan comme la route n° 51 ouvre les voies vers la Loire.
Le 6 au matin, la division, pour se rendre compte de ce qui se passe dans le camp ennemi, se porte vers Soudé-Sainte-Croix, une avant-garde à Vatry, une autre sur Coole avec mission d'éclairer la vallée de la Coole et la direction de Châlons-sur-Marne. Mais l'ennemi n’est pas encore arrivé. Le pays est vide et calme au loin. Bientôt, pourtant, on entend là canonnade qui, venant de l’est, se rapproche peu à peu : ce n’est plus seulement l’armée de von Hausen, c’est celle du duc de Wurtemberg qui, de l’autre côté de la Marne, va tenter de percer sur cette partie si faible de notre front.
Résumons : l’armée Foch, destinée, suivant les ordres de Joffre, à soutenir l’offensive de la 5° armée vers le nord, s’est calée derrière les marais de Saint-Gond ; mais, en même temps, elle a gardé ses débouchés pour rentrer dans la plaine catalaunique par les deux routes n° 51 (route de Givet) et n° 77 (route de Sedan). L’ennemi est venu par ces deux voies ; par ces deux voies, tôt ou tard, il sera reconduit jusqu’à la frontière.
Pour le moment, il arrive ; il arrive par masses énormes, traînant son artillerie lourde et ses prodigieux convois, répandant ses régiments comme une marée, envahissant la plaine immense. Les uniformes gris-vert surgissent de partout. Ils défilent, sans rencontrer d’obstacles, à travers la Champagne blanche. Ils sont attirés vers l'Aube, vers la Seine dont le cours les conduira sûrement à Paris. Les chefs n’ont abordé qu’avec méfiance ce massif de Seine-et- Marne, qui fait comme une place forte autour du camp retranché. Ils jugent plus prudent d’investir la capitale de loin et d’en finir avec elle seulement quand ils en auront fini avec la grande armée de Joffre. La rupture sur le centre français est décidée. Mais voilà ! Von Kluck entend bien ne pas laisser à von Bülow et à von Hausen le bénéfice de l'initiative et la gloire du succès. Il se précipite, court à la Seine par Provins. Ainsi, il découvre son flane. Par ce mouvement, le plan général de Moltke est faussé. Joffre en profite et il va cueillir la première manche sur lOurcq.
Cependant Moltke et Bülow ont persévéré dans leur dessein. Au moment où Foch attaque, il est attaqué ; il est attaqué par des forces très supérieures : sur son front et sur son flanc, deux armées s’avancent pour l’étreindre. Voici que s’engage une lutte terrible, une lutte pour la vie, autour des marais de Saint-Gond, tandis