‹ La bataille de la Marne (volume 2)Chapitre 3 sur 90 · AVERTISSEMENT III · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT III

avoir constaté, d’ailleurs, que l’état de la II armée (Bülow) n'était pas meilleur.

Tout le reste n’est que discussion vaine. En vérité, ces grands chefs allemands nous prennent pour des enfants. Von Kluck, dans son récit, alière le principal document qu'il tire de ses archives et 1l pense que le lecteur le croira sur parole et sans vérification. Mais, nous avons, précisément sur ce point, le récit de von Tappen et la traduction des radios. Von Kluck est donc pris en flagrant délit et cela suffit pour faire apprécier la valeur de tout son plaidoyer. Donc, du côté allemand, les pièces sont sur la table : à nous de les lire avec attention et cum grano salis.

Il n'y a plus de secret, non plus, du côté français. D'ailleurs, ul . ny en eut jamais à proprement parler : la manœuvre de Joffre est claire comme la lumière du jour. Ses lettres officielles au gouvernement l’exposent telle qu’elle fut et en assument l'entière responsabuité. La publication de l’Instruction générale du 25 août l’a fait connaître en son essence et a confirmé, auprès du public, ce qui avait été compris par le plus humble des soldats : à savoir que Joffre avait manœuvré tout le temps, d’un bout à l’autre du champ de bataille, et que sa manœuvre avait réussi. S'appuyant sur sa force de l’est, déjà victorieuse à la trouée de Charmes et bientôt au Grand- Couronné de Nancy, il s'était replié jusqu’au sud de Paris sans abandonner Paris et, gardant loujours l’est comme « pivot », 1l avait dégagé Paris. Telle est la bataille, telle est cette victoire, une des plus intellectuelles que l’histoire militaire ait connues. C’est parce que Joffre n’a pas abandonné l’est, c’est parce qu’il a sauvé d’abord Nancy et Verdun qu’il a pu logiquement sauver ensuite Paris et la France. Ainsi tout se tient. Dans des affaires de cetie importance, quand on réussit, c’est que les choses ont élé sagement conduites partout, car il n’est pas un seul point où le sort de la bataille ne se décide. Je me permettrai de signaler aussi à l'attention du lecteur l'importance des échanges de vues qui ont eu lieu, le 4, avec le général Franchet d'Esperey et qui décidèrent de l'offensive, ainsi que celle de ces combats d’Esternay et de cette manœuvre de Montmirail qui firent pencher la victoire. Ces exposés sont nouveaux, la documentation est nouvelle et d’une force qui me paraît concluante. Il est de mon devoir de répondre à un reproche qui m'a été fait, je dirai presque officiellement, devant une Commission de la Chambre des députés. On a dit que j'étais l’organe et l'avocat du haut com-

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mandement. Je réponds tout AR non. A aucune é] haut commandement n'a suggéré, désiré, encouragé ni ; projet que j'ai eu, de bonne heure, d'écrire, au cours des événe 2 une Histoire de à guerre. Ce projet, je l’ai conçu, ainsi que. €

écrit dans ma da publiée dès 1915, dans la Sr de | Éd

d'égarer l'opinion. ce

Ayant conçu ce dessein, je me suis efforcé, bien natal Ve pénétrer les vues de notre propre État-major. Et comment eussé-je £ fait autrement? Comment expliquer la victoire si ce n’est en exposant ro] les données de la victoire? Si Joffre n'avait pas été vainqueur, ses + adversaires auraient eu beau jeu; mais comme il a vaincu, ce sont ceux qui ont tenté de l'expliquer par lui-même qui ont ou clair. à:

Joffre a été vainqueur sur la Marne, c’est déjà un grand point. QE Mais il a été aussi vainqueur dans la Corse à la mer, à Verdun, sur se la Somme, sans parler des autres lieux de la guerre. J'ai dit et je répète ici que, si on l’eût laissé au grand commandement et que CO armées eussent attaqué sur la Somme, en février 1917, comme il en avait donné l’ordre, cette offensive tombant sur les armées d’'H ae burg en pleine retraite eût peut-être avancé la victoire définitive de deux ans. Et alors la face du monde était changée. 7.

Telles sont les raisons, y compris mon vigoureux amour de la vérité, qui m'ont contraint à être équitable envers Joffre, envers ses lieutenants, envers ses États-majors, envers ses soldats et nos alliés. Il m'est extrémement agréable de reconnaître que si le soldat s’est admirablement battu, il était bien commandé. # $

Ceci dit, je ne PA rien au maréchal Joffre que le respect. Je ne dois rien, ni à lui ni à personne. Je suis libre, indépendant, sans % passion, historien exact autant que je puis.

L'avenir sera curieux de savoir ce que les contemporains ont pensé de ce grand fait historique, la victoire de la Marne. Il verra, s’il consulte ce livre, que les contemporains ont vu, ont compris et ont s admiré. Des victoires comme la victoire de la Marne appartiennent à la France et à l'humanité tout entière. Soyons les gardiens pieux E de cet héroïque héritage ! ne

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