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a mis aux prises deux volontés, l’une saine et droite, l’autre enivrée et égarée ; l’une et l’autre s'étaient mesurées dans les premières semaines de la guerre déjà si remplies; mais une fois à l’étreinte, fatalement, la moins bonne devait avoir le dessous. Étant données les origines de la guerre, il n’était pas possible
que les événements n’en arrivassent pas à cette conjoncture : une heure devait sonner où l'erreur de la race germanique, causant
celle de ses chefs, la conduirait à un abîme ; et il devait arriver
aussi que le peuple français, assagi par les longues années de la
défaite, deviendrait l’instrument de la loi supérieure qui préside
aux destinées humaines, Ici-bas, tout se paye, tout est payé (1).
Principes de la manœuvre des deux adversaires,
Pour nous en tenir aux faits de l’ordre militaire, rappelons l’enchaînement des circonstances, — celles qui résultent de réso-
(1) Sur les origines de la guerre et sur les événements militaires qui ont pré-
cédé la bataille de la Marne, je me permets de renvoyer à mon grand ouvrage
Histoire illustrée de la guerre de 1914, contemporaine des événements. Édition française illustrée, 17 volumes in-4,
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a lutions réfléchies et combinées et celles qui tiennent + cetts fo des choses dont la volonté la plus énergique ne peut se couer à fait le joug. UNE
La détermination agressive de l’Allemagne avait amené 8 n haut commandement à commettre une de ces fautes à laqu lle aucun maître dans l’art militaire — c’est-à-dire aucun ho de bon sens — ne se serait laissé entraîner : la violation de la neutralité belge. L'Allemagne, dans son aveuglement sur sa supériorité de puissance, croyait être en mesure de décider du sort de la guerre en six semaines. Mais, pour cela, il fallait gagner Paris par le chemin le plus court, c’est-à-dire par Bruxelles. Ses armées prirent donc cette route, selon le plan établi en 1905 par. s Schlieffen, avec cette réserve toutefois que Schlieffen avait, au dire du docteur Steiner, confident de Moltke, prévu l'attaque i simultanée par la Hollande et par la Belgique et que Moltke, son successeur, pour permettre à l’Allemagne de respirer en cas de blocus, avait renoncé à envahir la Hollande. Quoi qu’il en soit, par cette détermination impie et folle à la fois, l'Allemagne s’attirait deux adversaires : la Belgique qui lui béire la route et l A terre qui se jeta tout de suite, corps et âme, dans une lutte où elle ne fût entrée que plus vu — trop tard. £
L’invasion de la Belgique par la rive gauche de la Meuse surprit jusqu’à un certain point le haut commandement français. Le plan de campagne s’en trouva atteint. .
A partir de 1890 et jusqu’à une époque très voisine du conflit, on avait accepté en France l’idée d’une manœuvre défensive se offensive ayant pour objet d'attirer l'ennemi à une bataille de la Fère-Laon-Reims. Telle était la conception initiale de la bataille 4 des Frontières : elle se fût livrée sur le territoire national. à À
M. Étienne, ancien ministre de la Guerre, a fait observer toute fois, dans la discussion soulevée à la Chambre et dans la presse en février 1918 au sujet du recul de 10 kilomètres en decà de la frontière, que « longtemps avant la guerre, la conception de l'offensive sur toute la ligne, — qui, il faut bien le reconnaître, répond mieux au caractère français que celle de la simple défensive, — avait prévalu dans les conseils du gouvernement. Dès 1913 (date à laquelle M. Étienne était ministre), tout était déjà combiné, au cas d’une agression allemande, en vue d’une FAR PERS
* offensive » (1).
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(1) Cette déclaration est très importante ; il faut la combiner avec cette autre déclaration émanant également de M. Viviani, dans une lettre à M. Paul Cam bb (publiée par le Livre jaune, n° 106) : « Notre plan, conçu dans un esprit d’offen- »
Les choses s'étaient, en réalité, passées ainsi qu’il suit : * Le plan de la campagne défensive-offensive, qui s’en remettait 4 du sort de la France à une bataille livrée dans la région de Reims, fut mis en discussion vers 1910 pour des raisons stratégiques qui | tenaient principalement au gain obtenu sur la rapidité de la mobi- lisation. Auparavant, il était admis que l’Allemagne serait prête e la première : après une sérieuse revision des transports et des . horaires, on s’aperçut que l’armée française pouvait arriver plus rapidement sur la frontière. Ainsi, se posa la grave, la très grave question de savoir s’il ne convenait pas de profiter de cette amé-
lioration pour s’efforcer d’épargner au territoire national et aux populations les horreurs de la guerre.
Ce légitime souci s’amalgamait, si j'ose dire, avec la faveur . dont jouissait alors la doctrine de l’offensive dans l’enseignement militaire universel.
Enfin, une considération politique d’un grand poids intervint.
. Si la Belgique appelait à l’aide, pouvait-on laisser sans appui le vaillant petit peuple qui accomplirait loyalement son devoir? Pour toutes ces raisons, l’idée d’une «bataille des frontières » défensive-offensive, sur le territoire national, fut définitivement rejetée, par l’adoption, au printemps de 1913, du plan XVII éla-
boré par le général Joffre. Au cas où l’ennemi offrirait, de lui-même,
en passant par la Belgique, l’occasion de le prendre de flane, le
haut commandement français, sentant très bien qu’une force
telle que la force allemande ne serait pas brisée en une fois, prit
le parti de l’assaillir à coups redoublés — et, si possible, de l’em- | pote d’attemdre le territoire français. C’est ainsi que la pre- . mière rencontre, au lieu de se produire sur la ligne la Fère-Laon- Reims, fut reportée en avant, sur la ligne Charleroi-Virton-Sar- rebourg.
Fut-ce un bien, fut-ce un mal? Mon opinion est que ce fut un bien et que cette action, décidée héroïquement, fut une des voies du salut. Son principal défaut, qui ne dépendait pas absolument de la volonté des chefs, fut, qu'ayant été improvisée jusqu’à un certain point, — le plan fut achevé au printemps de 1914, — il lui manqua certaines préparations. Si cette action eût réussi, le
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sive, prévoyait pourtant que les positions de combat de nos troupes de couver-
ture seraient aussi rapproc hées que possible de la frontière. » M. Viviani applique . seulement à la région de Briey la déclaration relative au recul fixé, originaire-
. ment, à 25 kilomètres. La proximité de la place de Metz explique les mesures
spéciales prises relativement à la Woëvre. — Cf. la note du grand quartier
général du 17 août, publiée dans Violation des lois de la guerre par l Allemagne, publication du ministère des Affaires étrangères, 1915, p. 25.
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Mme : ayant échoué, en partie du moins, elle prépara le ni ès.
du lendemain. Sans la première offensive de la vingtaine se |
la bataille de la Marne eût, sans doute, tourné différemment. …
La bataille des Frontières et la bataïlle de la Marne ne peuvent être séparées.
En somme, c’est le même esprit, la même méthode qui prési- |
dèrent à la bataille de la Marne et à la bataille des Frontières. Il est difficile d'admettre qu’un chef soit, tout ensemble, le plus capable et le plus incapable des hommes. Il est difficile de dire à
quel moment cette transformation soudaine d’une incapacité fla-
grante en une capacité quasi miraculeuse se serait produite quand on voit la chaîne des événements serrée de telle sorte que l’on ne sait lequel de ses anneaux il serait possible de briser.
Du 24 août au 4 septembre, on a dix ou douze jours pour fixer
la date d’un revirement si extraordinaire : à quelle heure, à quelle
minute faudrait-il le placer? Est-ce au 25 août, quand est rédigée
l’Instruction « immortelle » (1) qui contient en germe la bataille
future? Est-ce pendant cette retraite qui n’est qu’une perpétuelle manœuvre? Est-ce avant ou après Guise et la Meuse, quand cette
belle reprise détruit l’ordre ennemi et devient la cause avérée du
« resserrement du front » chez l’adversaire et de la conversion de von Kluck vers le sud-est? Faut-il choisir le 3 septembre ou bien
le 4, quand le généralissime a déjà tout préparé pour l'offensive?
Faut-il admettre que cette forte et savante préparation qui.
s’appuie sur le pivot Épinal-Nancy-Verdun, — qui vide les armées de l’est dans les armées de l’ouest, — qui prévient, dès le 4er,
le camp retranché de Paris qu’il prendra part à la bataille, — qui
a créé, dès le 26, l’armée Maunoury, — qui a créé, dès le 29, l’armée Foch, — qui a écarté Lanrezac le 3, parce que ses vues
étaient contraires à une liaison complète avec l’armée britannique, — qui a laissé les armées de Langle de Cary et Sarrail manœu-
vrer avec tant d'efficacité sur la Meuse et en Argonne, — qui
explique, sans cesse, aux troupes qu’elles reculent pour attaquer, — faut-il admettre què ce développement si parfaitement ordonné
et lié doit être scindé en un point quelconque ; et n'est-il pas plus
simple de reconnaitre qu’il conduisait dès le début et tout droit à ce qui est advenu ?
L(1) Le mot est de M. Henry Bidou.
Il serait vraiment contraire au bon sens de supposer que si telles ou telles interventions civiles ou militaires ne s’étaient pas produites, le général Joffre n’eût pas su donner la bataille qu’il avait su préparer.
” Tout en rendant ample justice aux services, aux collaborations, aux conseils, aux abnégations indispensables et, toutes, marquées . au sceau du plus pur patriotisme le plus sage est de voir les . choses telles qu’elles se présentent : le général en chef a porté . toutes les responsabilités ; c’est lui qui a signé les ordres ; s’il eût . été battu, c’est lui qui eût porté le poids de la défaite ; en un mot, C’estl ui gui a commandé; donc, la bataille est à lui et elle est toute à lui : dans le grand drame militaire qui sauva la France, aucun