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Le premier acte fut donc l’offensive générale contre l’armée allemande au moment où celle-ci accomplissait son grand tour par la Belgique : offensive principale au centre dans l’Ardenne, flanquée, à droite, par une offensive en Lorraine, et, à gauche, sur la Sambre, par une autre offensive destinée à briser la branche principale de la tenaille, celle qui vise Paris. Il s’agit, d’abord et par-dessus tout, d’une opération stratégique, mais on vise aussi plusieurs autres buts, à savoir, venir en aide à la Belgique et porter la guerre hors du territoire national.
Cette première initiative ne réussit pas : elle ne fut pas vaine, cependant. À la guerre, une initiative sérieusement étudiée et fortement menée présente toujours de grands avantages.
La première bataille des Frontières, Sambre-Luxembourg- Vosges, obtint, du moins, les résultats suivants. A l’est, les armées de Rupprecht de Bavière, de von Heeringen et de von Gaede sont
ébranlées d’abord par l'offensive Morhange-Sarrebourg-Mulhouse, qui menace directement le territoire allemand. Cette menace, prévue par Moltke, l’avait d’ailleurs déterminé à prescrire à la . Ve armée (armée du kronprinz) de se tenir toujours prête, d'accord avec l’armée du due de Wurtemberg, à converser vers le sud, c'est-à-dire vers la Lorraine (1). C’était la branche gauche de la tenaille prévue par Schlieffen et renforcée par von Moltke. La bataille gagnée par elles, les armées allemandes de l’est devaient allonger cette première branche de la tenaille pour « l’encerclement en grand » vers la Haute-Moselle. Mais elles se brisèrent
(1) Vox Kuuz, Der deutsche Generalstab. Voir p. 109 de la traduction française du général Douchy (Payot, 1922).
après l ant, si ses armées de Lorraine furent, en moins aa trois semaines, ramenées et fixées et, cette fois, pour toujours, sur .. frontière alsacienne et lorraine, si notre front des Vosges fut iné branlablement établi dès le début de la guerre et même avec des vues importantes conquises sur la vallée d'Alsace, la plus dut part de ces résultats inespérés (1) revient, certainement, à la manœuvre offensive sur Morhange- Sarrebourg : les troupes qui se comportèrent si vaillamment dans ces beaux combats du début ; ne furent pas « sacrifiées » pour rien.
Au centre, la manœuvre offensive Ardennes-Luxembourg eut tout au moins pour résultat de mettre à mal, beaucoup plus que nous l’avons su et cru tout d’abord, les armées du kronprinz et du duc de Wurtemberg : il est avéré que le kronprinz fut battu à Étain et qu’une partie de son armée se sauva jusqu’à Metz; la grande manœuvre allemande fut, de ce fait, retardée et alourdie de telle sorte qu’elle manqua Verdun. Or, la suite de la guerre a prouvé à quel point le sort de la France dépendait de celui de Verdun. Il est permis de conclure que l’offensive qui sauva cette place dès les premières heures de la guerre, c’est-à-dire aux heures les plus critiques, en raison de la surprise, répondit à une nécessité stratégique de premier ordre. L’armée, en se portant au-devant de la forteresse, remplit son véritable rôle, car les forteresses ne se gardent bien que par les troupes mobiles qui les entourent. |
A la suite des combats des Ardennes, plusieurs corps allemands: À furent mis en mauvaise posture ; le Ve corps, d’abord désigné pour s’embarquer pour la Russie, s’était réfugié à Thionville pour plusieurs semaines. Si de puissantes armées allemandes, dont on affecta longtemps de ne pas tenir compte, ont été dans l’impuissance de mener rondement la campagne qui, d’après les ordres surpris, devait les conduire, dès le début de septembre, dans la région de Dijon, si ces armées ont été arrêtées de façon à combattre vainement pour l’Argonne à la bataille de la Marne, c’est aux résolutions énergiques prises dès le début de la guerre qu'est
(1) On sait que la doctrine de la défensive-offensive, celle du général Lan-
glois, protestait énergiquement contre ceux qui ne se résignaient pas à l’abandon de Nancy.
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LA MANŒUVRE DE LA MARNE Less :
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à noce sous une de ses faces, mais dans l’ensemble de ses "18 à résultats.
En étudiant spécialement la bataille de Charleroi (1), nous avons dit comment, à l’ouest, Joffre échappe au traquenard qui lui était tendu en Belgique, comment il interdit aux armées allemandes le grand tour vers Dunkerque qui les eût rendues maîtresses de la côte (2) et, sans doute, de la Basse-Seine, comment il les ébranla de telle sorte qu’elles ne reprirent jamais complètement leur équilibre.
Mais le résultat de l’offensive de Charleroi, contrariée, il faut le reconnaître, par la décision de l’armée belge de s’abriter sous Anvers, par le retard de l’armée anglaise et aussi par certaines maladresses tactiques, fut plus considérable encore ; cette offensive attira les trois grandes armées de la puissante aile droite (Kluck, Bülow, Hausen) dans le recul des armées alliées qui les avaient empoignées à la gorge et étaient décidées à ne plus les lâcher ; et, dès lors, c’est la manœuvre allemande qui se trouva manœuvrée. À partir du 25 août, Joffre a dicté l’Instruction générale qui lui rend l'initiative. Il faut donc admettre que les offensives des 20-24 avaient eu leur très grande importance et obtenu de réels résultats.
En un mot, grâce à la bataille des Frontières, hors de France, l'avantage initial des Allemands, le coup de surprise de la Belgique, la supériorité numérique due à leur préparation dissimulée, la conception formidable du grand plan en tenaille, tout cela était ébranlé : le terrain était déblayé pour la bataille décisive. Et, de tout cela, le commandement français était parfaitement cons-
cient.
La préparation de l’offensive. Les communications et les liaisons. La retraite vers le sud.
Les révélations qui nous sont parvenues depuis que ces aperçus ont été exposés, pour la première fois, dans la Revue des Deux Mondes du 15 mars 1919, les ont confirmés en tous points. Jusqu’au 28 août, les rêves les plus extravagants hantent l’imagination du haut commandement allemand. Le chef des opérations au grand
(1) Voir ! Énigme de Charierot (Édition française illustrée).
(2) Rappelons ici l’ordre de von Kluck du 20 août, 8 h. soir : « Il s’agit maintenant de couvrir non seulement contre Anvers, mais encore contre la côte et la région côtière du nord de la France. »
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quartier général allemand, von Tappen, l'avoue : « Il 4 ait, au fond de notre plan, la pensée que la France, par suite de sa loi militaire et de son manque d'hommes, mettrait, dès le début, < jusqu'à son dernier homme sur le front, et qu'après une mie elle ne serait plus en état de se recompléter. » Moltke crut si bien cette défaite accomplie que, le 25 août, selon le plan général, a” désignait six corps d'armée pour aller renforcer le front oriental Qu Tirpitz lui-même, cependant peu porté à un optimisme excessif, écrit du G. Q. G. de Coblentz, le 25 août : « Déjà le ressort de l'armée française est presque brisé. » Aussi les rêves de l’étatmajor allemand se traduisent-ils, au moment où Guise et Char- : leville sont à peine occupées, par le cri de triomphe de l’empereur Guillaume, dans l’ordre du 28 au soir : « Sa Majesté ordonne la marche en avant de l’armée allemande sur Paris. » C’est la ruée É Les buts assignés aux différentes armées ne contiennent de réserves que pour les armées de l’est, brisées, le 25, à la trouée de Charmes. Les voici : Ir. armée, sur la Basse-Seine ; IIS armée, Paris : IIIe armée, Château-Thierry ; IVe armée, Épernay ; Ve armée, Châlons-Vitry, avec investissement de Verdun et échelonnement
à gauche, jusqu'au moment où la VIe armée, dont le but sera Neufchâteau, passera la Meuse; VIIe armée, Épinal et frontière suisse.
Mais les 28, 29 et 30 août, voici le combat de Proyart, les terribles coups de boutoir de Cr de Signy-l’Abbaye et de la Meuse, la résistance invincible du Grand-Couronné et de la Mortagne; et, dès lors, la belle ordonnance du plan conçu par Moltke est rompue. Le 30 au soir, troublé, inquiet, sans idée d’ensemble, il change, dans chaque armée, la direction de marche ! Cinq armées marchaient jusqu'ici vers le sud-ouest, toutes ensemble sur Paris, Kluck en avant éclairant sur Rouen. Maintenant les voici tournant vers le sud et prenant pour objectif central Troyes, Kluck en arrière (au moins dans l’esprit de Moltke) flanc-gardant ce front immense. Dès cette minute précise, le grand état-major allemand est contraint de suivre le sillage de la retraite française, et il est nettement manœuvré par Joffre, dont la belle instruction du 25 août a produit, en cinq jours, ce magnifique résultat. :
Il suffit de comparer les documents eux-mêmes pour voir à quel point la calme maîtrise de Joffre s’oppose à ce mélange d’orgueil, d'erreur, de méfiance, d’indécision et même d’affolement
(1) On sait que deux seulement, pris non pas en Lorraine, mais en Belgique (XI: corps et corps de réserve de la garde), quittèrent le front.
qui trouble à la fois l'esprit de Moltke et celui du grand étatmajor allemand. Voici done le texte de l’Instruction française du
25 août, document initial de la manœuvre :