La bataille de la Marne
-LA DRAMATIQUE JOURNÉE DU 8 SEPTEMBRE SUR L'OURCQ $ de la bataille de la Marne. Un front de 400 kilomètres. — Situation géné- <e ale dans la nuit du 7 au 8. — Reprise sur l’'Ourcq, le 8 septembre. — Ordres, . dans le camp allemand, pour læ journée du 8. — Ordres du général Joffre pour Ja journée du 8. — Les ordres de Maunoury et de von Kluck pour le 8 sep- Robe. — La bataille pour les communications à Montrolle-Nanteuil-le-
. Haudouin, et la bataille pour l’articulation à Trocy. — La journée du 8 dans = de camp allemand.
vers LS
. Voici donc la bataille de la Marne engagée d’un bout à l’autre du front. La manœuvre de l’Oureq a « allumé », et de là l'incendie s’est propagé sur la Marne, sur l’Ornain, en Argonne, à Verdun, au “Grand-Couronné, sur la Mortagne, sur la Haute-Moselle. Un immense on discontinu de villages qui brûlent détermine la lig gne de bataille et le canon explose partout parmi les flammes.
Jnité de la bataille de la Marne. Un front de 400 kilomètres,
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Cette extraordinaire et tragique unité d’un champ de bataille de 400 kilomètres, les deux commandements l’avaient-ils prévue et y avaient-ils pourvu? Telle est, dans l’ordre des hautes conceptions humaines, la question qui se pose maintenant. Une pareille architecture de destruction était-elle due simplement au hasard et au cap ice des événements, ou se produisait-elle, de part et d’autre, Ê lor un devis coordonné et une volonté maîtresse d'elle-même et des choses ? Tel est le problème vraiment magistral, celui qui scrute
en leur essence la psychologie des chefs et celle des peuples. De
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P: art et d’autre, les esprits étaient-ils réellement capables d’une si aste conception stratégique avec des réalisations tactiques d’une telle envergure ?
Napoléon avait voulu et exécuté des entreprises militaires s’étendant sur d'immenses régions ; mais, en raison des conditions de RTL. l
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transport et d'armement qui étaient celles É son temps, les résultats tactiques s'étaient toujours limités à des batailles < ouvrant tout au plus quelques dizaines de kilomètres. Même pa maniait des masses, il finissait toujours par les concentrer sur $ étroit espace pour asséner le coup final. Le champ de bataille di Waterloo est une cuvette si resserrée qu’on se demande comment 300 000 hommes purent s’y déployer. Le sort du monde se décid: a pourtant, aux Quatre-Bras, sur un champ de manœuvre où ‘une bataille étranglée en fut ER réduite à la lutte sans espoir | du bataillon carré. ALL. 4 Or, voici maintenant un Austerlitz de 300 kilomètres. Six grandes batailles se livrent en même temps. Et elles ne sont pas cantonnées, je veux dire que les troupes engagées ne sont pas enfermées dans telle ou telle partie du champ de bataille comme dans un champ clos ; elles sont absolument et étroitement solidaires ; elles se pros pagent en quelque sorte d’un point à un autre, avec des allées et retours, des copénétrations, des endosmoses qui les groupent et 3 regroupent en une constante unité. Une méthode nouvelle, introduite par les généraux français, fait que les corps d’armée arrachés à l’un des fronts, en pleine bataille, vont servir un autre front, parfois à des distances considérables, que ces troupes, sans cesser de se battre, sont considérées comme réserves éventuelles, de telle | sorte que selon la décision du chef et le travail des lignes intérieures, la bataille se nourrit elle-même et s’entretient de sa propre substance d’une façon si surprenante que ce sont ces apports constants et commandés, faisant fonction de renforts, qui finiront par pro- : duire « l'événement » et décider du succès. Du Tout cela : plan à large envergure, coordination des efforts, 7 solidarité de toutes les parties du champ de bataille, utilisatio Aa des réserves combattantes, manœuvre ininterrompue sur les ligne es intérieures, tout cela était-il une production de Part militai L'esprit humain brossait-il cette fresque magnifique et me en pleine conscience du dessin et avec une vue claire de lors k qu’il se proposait ?
A cette question, il faut répondre oui tout de suite. De part et d'autre, les états-majors avaient abordé en connaissance de cause 3 ces péripéties probables. Dans le camp français, comme dans le … camp allemand, l'effort intellectuel et l'entraînement technique EAU L
étaient à la hauteur de telles conceptions et de telles réalisations. « La guerre de Mandchourie, la récente guerre des Balkans avaient | ouvert les yeux sur les nouvelles formes probables et sur les pro- | portions éventuelles des guerres futures. De part et d’autre, on |
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avait compris la leçon. L’un des maïtres de l'École française vait dit (pour tout résumer en quelques lignes } : « L'attaque déci-
vait sive, tel est l'argument suprême de la bataille moderne, lutte de nations combattant pour leur existence, leur indépendance ou quelque intérêt moins noble, combattant en tout cas avec tous leurs moyens, avec toutes leurs passions ; masses d'hommes et de passions qu’il s’agit par suite d’ébranler et de renverser. » Et ailleurs : « Une attaque entreprise doit être poussée à fond ; la - défense doit être soutenue avec la dernière énergie. Ce sont là “les deux principes inscrits en tête de la tactique moderne (1). »
La doctrine était prête ; restaient les applications sur le terrain. La première de ces applications (qui, en se développant, devint ci médiatement, pour tout le monde, une révélation et un ensei- .gnement) fut l’immense Bataille des Frontières avec ses trois - actes liés : 1° engagements préliminaires de Belgique-Ardennes- - Lorraine ; 2° retraite stratégique au sud de Paris ; 3 reprise sur la Marne.
Cette bataille apprit la guerre vraie, et non plus seulement la
. mais des tempéraments : peuples contre peuples, chefs contre chefs, les cœurs et les esprits s’enlacèrent dans une étreinte ter- - rible et, bientôt, au cours même de la bataille, un sentiment de … Ja valeur réciproque naissant de la lutte affirma l’ascendant. Ce coup . de foudre, cette illumination soudaine éclate dans la poussière des - combats et condense en actes réfléchis les instincts aveugles ; il . fait apparaître, soudain, les choses telles qu’elles sont et, finales ment, détermine la confiance valeureuse des uns, le découragement £ obscur et la sourde panique des autres : c’est pourquoi nous sommes - obligés de lever les yeux en pleine bataille de la Marne, pour essayer … de découvrir ses premières lueurs dans le ciel chargé de nuages,
- Dès maintenant, il est possible de marquer cette oscillation des âmes qui, alternant de l’un à l’autre camp, commence à faire pencher Ja balance. De part et d’autre, on avait certainement la capacité de ces grandes choses. Mais, dans le camp allemand, cette capacité se montre orgueilleuse, pédantesque, brutale et confuse,
(1) F. Focx, Des Principes de la guerre.
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