‹ La bataille de la MarneChapitre 2 sur 102 · RS · texte numérisé non relu

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ne tandis que dans le camp français, elle apparaît raisonnak ble, sensée __ pondérée, pleine de tact et de discernement. À y bien réflé ch r, 0 F | voit en présence, dès la première grande bataille, la psycholo gie des 3 EE deux peuples. & Er U | Nous avons dit comment le haut commandement allié substitue les projets aux projets et, finalement, comment, « étant 2 2 mal parti, on avait mal marché et on arrivait au but en ordre ù dispersé, En outre, le grand état-major allemand a mésestimé son. adversaire. Il a considéré celui-ci comme battu dès les premièr rencontres, il a cru qu'il fuyait alors qu’il manœuvrait. Des troupe . gavées de gloriole et d'illusions, mais mal ravitaillées, sans convois et sans réserves, sont poussées dans une course à mort qui les épuise avant même qu'elles aient atteint le lieu du combat. Même 3 | dans l’ordre technique, tout cela est d’une frappante infériorité. F- Ne parlons pas de ce quelque chose de supérieur intellectuelle- | ment et de divin (selon le mot du maréchal de Saxe) qu’ exige le e conduite de la gucrre. 4 : Que se passe-t-il, cependant, dans le camp français? Les grandes k- | offensives du début ont échoué. L’enthousiasme du début est tombé Es de même. Mais le solide caractère d’un Joffre ne s’est pas laiseé" démonter ; c’est l'heure, au contraire, où il trouve en lui-même toutes ses ressources. Sans hésiter, sans tâtonner, il prend la réso- K lution simple et vigoureuse de la retraite général avec contre- | offensives en coups de boutoir, et il l’ordonne sur tout le front. Tout . le monde obéit. Il entame la force allemande à Proyart, à Guise e sur la Meuse, amène ses troupes entre Marne et Seine, les cale au k | sud de la plaine catalaunique, prépare le double piège du camp | ; retranché de Paris et du camp retranché de Verdun, attire l'ennemi au débouché de la plaine sur les premiers gratis des collines où il s’est établi lui-même et il l'attaque inopinément quand toutes ses armées sont en ligne et prêtes. É D Engagée depuis le 5 à midi sur l’Oureq, depuis le 6 au matin

sur tout le reste du front, la bataille ne présente encore, le 7 au 5 D soir, que des résultats extrêmement confus et douteux. Ma 1 ? noury à gagné du terrain, mais il sent qu’il se heurte à quelque € chose de prodigiensement fort et d’inconnu pour lui. L'armée bri-

% tannique n’a marché qu’en hésitant, empêtrée dans le rideau des s

£ deux corps dé cavalerie tendu devant elle. Franchet PA n x

‘ été arrêté une journée entière devant Esternay ; maintenant, dt vrai, il sent le champ libre devant lui en direction de Montmirai

Fi mais, à la route 51, son 10€ corps, déjà très en flèche, ne peut plus

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LA BATAILLE DE LA manne +

in MN NE SYsL Fe 1 hE faire un pas sans que la 42 division ait franchi la chen lle à e ke + Grande-Garenne. Foch est pris à sa gauche (route 51) et à sa dr roite | (route 77). Certainement, les choses se sont améliorées à la ! fin la journée du 7 : mais, il s’en faut, ce n’est pas la victoire. Langle s. Cary, après avoir sauvé, avec la division db f Espée, la fissure vers Arcis-sur-Aube, ne s’est nullement dégagé. A droite, son 2e corps est dans une mauvaise position aux approches de la trouée Revigny. Quant à Sarrail, il tient bon, il garde ses communications avec Verdun, mais il doit être bien inquiet de ce qui se passe pré- | 4 cisément à sa liaison avec Langle de Cary, à la trouée de Revigny.

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Tout cela se totalise dans la pensée du général Joffre en cette … nuit du 7 au 8, et il est facile de deviner ce qui se remue dans cet PP ferme, dans cette volonté sereine : la manœuvre de l'Oureq +3 n’a pas encore réussi sur le terrain même où elle est engagée, mais À elle a porté coup sur l’ensemble.

Von Kluck, ayant repassé la Marne, tient tête à Maunoury ; mais il s’est découvert lui-même et il a Ascotrort Bülow. Et celui-ci, tout en s’épuisant en de terribles attaques sur les marais de Saint- Gone F mn. commence à plier. La ligne allemande a fléchi d’Esternay à Montmirail. Ici, la victoire se prononce. Il reste des points obscurs … et peut-être dangereux au fur et à mesure que l’on avance vers l’est : le péril n’est pas conjuré à la route 51 ; il l’est moins encore à la trouée de Mailly, et moins encore, peut-être, à la trouée de Revigny. Mais Joffre se dit qu’il a paré précisément là où le doute en apparence subsiste et où l’ennemi peut croire encore à la possibilité d’un succès : au secours de Maunoury, il a porté son 4° corps qui n’a pas encore donné ; au secours de Foch, sur la route 77, ila amené sa 18€ division et son 21€ corps qui n’ont pas encore donné; au secours de Sarrail, à la trouée de Revigny, il amène son 15€ corps qui va intervenir à l'heure critique. Il est vrai, qu’à la route 51 (Grande-Garenne), sa 42e division est un peu à court ; mais Franchet d’Esperey est déjà dégagé sur sa gauche et Joffre voit poindre l'heure où il assénera le coup final, en portant à droite son vaillant 2. 10€ corps, en dégageant Grossetti et en lui faisant jouer le rôle de … deux ex machina en pleins marais de Saint-Gond. 4

Malgré que ces heures de la nuit semblent encore sombres, le grand chef les aborde donc avec une lumière dans l'esprit et uné sorte d’alacrité dans le cœur et, de lui, ce sentiment se répand jusqu’au plus humble de ses soldats. Personne ne pourrait dire pourquoi, mais partout on commence à humer un air de victoire. N’exagérons pas le mystère : les «renseignements » qui, du grand

e Des Phon Vans res aux troupes, annoncent que l’ennemi se rep, et, même sous les rafales du canon, le soldat constate e bien, qu’en plus d’un point, il gagne du terrain et que l'ennemi | recule devant lui. Il n’est pas un soldat qui n’ait en sa giberne, à

1 08 que Joffre n° : pas su attirer l’ennemi dans un us il lève les épaules et vous traite d’imbécile. » (Planhol.)

Combien les sentiments sont autres dans le camp allemand ! Ici, du haut en bas de l’échelle, les impondérables jouent en sens con- | traire. D’abord, quel peut être l’état d’esprit d’un von Moltke, dans la nuit du 7 au 8? Il est facile de le deviner. La contre-offen- sive de Joffre l’a surpris, il n’y a cru et ne l’a annoncée à ses lieute- nants que le 7 dans l’après-midi ; la manœuvre de l’Ourcq l’a pris au dépourvu ; et, pour un chef, cela est grave ; car avec les masses modernes, les évolutions sur le terrain sont d’une difficulté mouïie. L'insubordination de von Kluck lui fait mâcher de l’absinthe : de

ce fait, sa propre manœuvre est en bas ; pourvu que l’on ne soit pas coupé maintenant du côté de Paris ! Von Kluck, il est vrai, tient tête ; mais il a découvert Bülow. Bülow attaque, mais il n’a plus de réserves. Hausen attaque, mais il n’attend plus qu’une seule division ; Wurtemberg et le kronprinz sont pleins d’ardeur, mais ils n OuE pas gagné 10 kilomètres après un effort inouï et ils en auraient 80 à accomplir pour atteindre l’objectif qui leur est fixé... Se battre, se battre, se battre, pour gagner ne fût-ce que sur un point, tout l’espoir est là. Sinon, il faut songer à la retraite. Si l’on s’attarde, la défaite peut tourner à la catastrophe. Déjà, l’on a averti l’empereur de ne pas venir coucher à Châlons-sur-Marne. À cette minute critique, le haut commandement allemand en est visiblement à se demander quelle sera l’heure la plus opportune pour s’avouer à soi-même qu’on est battu et agir en conséquence.

. Et les nouvelles qui viennent de l’est ! La VIIe armée a dû abandonner la Mortagne, la VIe armée va être obligée de renoncer à la sanglante offensive sur le Grand-Couronné! Partout le front craque ; on ne peut espérer le salut (plus question de victoire) que d’un hasard favorable et de ce que l’on appelle encore la « supériorité » du soldat allemand.

Ce sentiment trouble et amer qui commence à emplir le cœur du grand chef, pense-t-on qu’il n’a pas déjà gagné, autour de lui, ses immédiats surbordonnés? Ils savent tout, et, si discrets qu’on les suppose, ils portent sur le visage des stigmates de la peine, de la

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