FIN DE LA
qui attendent une attaque prochaine. Nous franchissons la route de Nanteuil à Villers-Cotterets. Un peu plus loin, à 2 kilomètres de Nan- - teuil, du haut d’une crête, nous assistons à une étrange et confuse | bataille qui se déroule à ses abords.
ne. Voici, en effet, ce qui s'était passé à la gauche de la 6€ armée, notamment dans la partie tenue par le 4° corps d'armée (général : Boëlle). Aux premières heures du jour, le front de ce corps d’armée faisait potence : la 7e division, face à l’est et en liaison vers le Bas- “ Bouillancy avec le 7e corps orebe était établie entre la ferme de “à Gueux et la corne nord-ouest du D de Montrolles, la 61 division — (général Desprez), face au nord, était en avant de Ville Sante — Genest, Boissy-Fresnoy, tenant ces points d'appui; on voit très … bien, sur la carte, la relation avec la route d’Ormoy-Villers à Crépy-en-Valois où opère notre cavalerie.
. Des renseignements recueillis le 8, il résultait que la 6° armée devait s'attendre à une tentative d’enveloppement de ce côté. … En effet, la 10€ brigade de landwehr (avec la {re batterie de landsturm), partie de Belgique le 5 septembre et débarquée à Noyon, Dern passé l’Oise sur un pont de bateaux à Compiègne et venait … renforcer l’extrême droite allemande.
0 Fe général Boëlle est sur les lieux à 5 heures du matin. & La 7 division (de Trentinian) tiendra face à l’est, du bois de Montrolles à Bouillancy, de façon à étayer nement le 7€ corps, À tandis que la 61e division de réserve (Desprez) s’efforcera d’enlever Betz. La 149 division (du 7 corps) a sa gauche au Bas-Bouillaney. L’artillerie allemande, installée sur le plateau d’Étavigny-Boullarre, bat tout Sticuliérement le bois de Montrolles. L’ennemi … aurait évacué Bargny et Betz, la cavalerie française tient Macque- … lines et est en contact avec la cavalerie ennemie vers Gondreville. 4 On entend une canonnade ennemie du côté d’Ormoy-le-Davien. … On commençait à avoir le sentiment que l’ennemi ferait un … effort pour forcer notre front à partir d'Étavigny. Cependant, … jusqu’à 10 h. 30, la situation reste bonne. Seulement le tir de … l'artillerie ennemie devient de plus en plus pressé. Tout mouvement … est arrêté. Le général Desprez est toujours à Fresnoy. On entendait À les coups de canon tirés sur le convoi de la cavalerie, lorsque, … à 11 h. 45 exactement, une canonnade violente éclate vers Nestèuil À le-Haudouin et les Dioisunies viennent tomber entre cette localité : et Droiselles. Le général Boëlle quitte Nanteuil-le-Haudouin, — situé dans une cuvette, et transporte le poste de commandement du 4e corps à Chris: Ce mouvement accompli dans le plus ne" calme, on s’aperçut que les Allemands essayaient de tourner
104 LA BATAILLE DE LA MARNE mt),
le 4 corps en débouchant de la région Versigny-Rozières. La situation devenait délicate, avec la cavalerie en pointe à Méca "4
lines et aux approches de Crépy-en-Valois.
Immédiatement, le général Boëlle prend des mesures pour contre-
carrer ce dangereux mouvement venu de l’ouest. Il fait occuper Silly-le-Long afin d’arrêter l'ennemi qui débouchait de Montagny- Sainte-Félicité et ordonne de défendre à tout prix la route Nanteuil-Plessis-Belleville qui menaçait l'infanterie allemande. Il forme ainsi un « crochet défensif » par Droiselles, Peroy-les-Gombries, Boissy et se prépare à recevoir le choc de l’ennemi (1).
À 13 heures, les Allemands attaquent au sud du Bois-du-Roi tenu par le 317€. Ils s'emparent de Lévignen, refoulent la 3 division de cavalerie (de Lastours) et débouchent par la grand’route, A gauche, sur le plateau de Rozières, la {re division de cavalerie entre en ligne, mais l’ennemi s’infiltre et la cavalerie en recul se reforme à la ferme de Beaulieu.
À 14 h. 30, nos batteries quittent le moulin de Fresnoy. Le général Boëlle jette deux de ses groupes d’artillerie dans le voisinage de la Croix-du-Loup et protège ainsi Nanteuil-le-Haudouin. Un bataillon du 317% tient à Droiselles et aux environs toute la Journée. Cependant l’ennemi débouche du Bois-du-Roi. La 61€ di-
vision (Desprez) perd Villers-Saint-Genest, puis Boissy et Fresnoy.
Elle tient encore Sennevières et le chemin de Sennevières-Nanteuil. Nanteuil-le-Haudouin est évacué. On dit bientôt qu'il est occupé par l’ennemi, dont une colonne est même signalée entre . Nanteuil et Silly-le-Long. Décidé à tenir coûte que coûte, le général Boëlle ordonne à 15 h. 45 : « Si la 61€ division refluait,
les troupes de la 7e division se porteraient en avant, pour maintenir
en place la ligne de bataille qui ne devra être reportée en arrière à aucun prix. » Il y eut alors un moment de terribles angoisses
parmi les troupes. Depuis le matin, elles avaient vu avec émotion
grandir le danger venant du nord : d’abord, la canonnade inattendue, puis la cavalerie, les coups de fusil, les infiltrations d’infaaterie dans les bois, et voilà maintenant qu’on bat en retraite :
Avec cette effrayante soudaineté que nous avons observée chaque fois que là-bas, sur la Meuse, il nous a fallu battre en retraite, la campagne s’est peuplée de lignes d’infanterie.…. « — Alors, demande Bréjeard? — Est-ce qu'ils lâchent? » s’écrie Millon Des sections d’infanterie commencent à se replier. Millon répète : « Ils ne tiennent pas. Ils ne
(1) Voir, dans le Müüär Wochenblatt du 12 novembre 1921, la situation des chemins de fer à l’aile droite allemande et l’action de Ja 43° brigade de réserve (von Lepel) sur Nanteuil-Droiselles.
FIN DE LA BATAILLE POUR PARIS 105 ont pas !… » Et brusquement, derrière nous, la fusillade éclate. . « Nous sommes tournés |! » Sur la grand’route de Paris et entre la route + la ligne du chemin de fer, des masses profondes d’infanterie débouchent de derrière Nanteuil. Un immense fer à cheval ennemi nous enveloppe. I1 semble, à cette heure, qu’il ne reste plus, pour la retraite du 4e corps, qu’une ‘étroite voie libre entre Sennevières et Silly, vers le sud-est... D’un instant à l’autre, nous risquons d’être pris entre deux feux, car au nord-ouest de Nanteuil, sur les hauteurs dominant la route, nous ne pouvons douter que l'artillerie s’installe pour appuyer le mou- . vement de l'infanterie ennemie... La nuit vient. En ordre, les régiments de ligne se replient par le fond du vallon dont nous occupons l’une des - pentes. C’est la retraite. Nous sommes battus.…., battus !.. L’ennemi … marche sur Paris (1).
Ces lignes révèlent l'émotion générale et la compréhension un peu fébrile des choses à l’armée Maunoury. Un régiment qui a … lâché pied a mis le comble à l’inquiétude. En fait, les ordres formels du général Gallieni, venu en personne sur les lieux, ceux du : général Boëlle, Fhéroïsme de certains éléments (bataillon Wilbien, “ du 02°) commencent à arrêter le mouvement de retraite. … L’ennemi est stationnaire partout, vers 6 h. 50.
+ Ala tombée du; jour, toute canonnade a cessé ; on a l’impression que le mouvement dessiné par les Allemands sur l’arc de cerele - Droïselles-Versigny-Montagny-Sainte-Félicité est arrêté et que . l'ennemi ne progresse pas au sud de la ligne Péroy-les-Gombries, Boissy-Fresnoy. La cavalerie du général de Lastours, épuisée, s’est concentrée dans la direction de Ver. À droite du 4€ corps, le 7€ corps, pour garder les liaisons avec son voisin de gauche, a reçu l’ordre de replier sa gauche à Chèvreville, dans la nuit du 9 au 10.
En somme, la 61€ division de réserve s’était repliée sur le front Nanteuil-Bouillancy. Une attaque, à 18 heures, sur Silly-le-Long, . avait été repoussée par un régiment de la 7€ division, laquelle - aurait gardé facilement ses communications, même avec Nanteuille-Haudouin, s’il n’y eût pas eu un instant d'émotion et quelque - malentendu dans les ordres.
; Le général Boëlle avait attendu toute la journée son autre divi- - sion, la &, qui, selon les ordres du commandant en chef, avait quitté le sud de la Marne pour rejoindre le 4e corps et agir à la « bataille des communications ». Elle arrivera seulement dans la . nuit, à Cuisy, et se portera en direction du Plessis-Belleville. Pour le lendemain, en attendant l’arrivée de ce renfort décisif, la 7 division reçoit l’ordre de tenir à tout prix sur le front Nanteuil-
(1) LINTIER, Ma pièce, p. 207-209.
Sennevières qu’elle occupe. D’autres précautions sont prises pour consolider, le lendemain, cette partie du front, un moment surprise et ébranlée : la 62e division de réserve est à portée, une brigade à Eve et Plessis-Belleville, une brigade à Dammartin; les {re et 3e divisions de cavalerie (général Bridoux) sont prêtes à agir le 10 au matin, une fois les chevaux reposés ; les troupes du camp retranché de Paris doivent prendre à 6 heures du matin, le 10, leurs positions de combat ; la brigade de fusiliers marins et deux
bataillons et demi de zouaves en réserve se rassemblent, dès
9 heures du soir, dans le ravin de la Morée, à la disposition de Gallieni, tandis qu’une brigade de spahis se porte, à droite, sur Bondy- Bobigny-Drancy.
En résumé, l’attaque allemande pour envelopper le 4° corps était un effort désespéré. Il s’agissait surtout d'empêcher à tout prix la redoutable mission du corps de cavalerie français qui pouvait rendre difficile la retraite déjà ordonnée de l’armée von Kluck en direction de Soissons.
Même dans le camp français, où ces quelques instants d’anxiété s’expliquaient par la lassitude des suprêmes efforts, on avait le sentiment qu’il s'agissait d’une tentative sans portée.
Si la 61€ division de réserve recula quelque peu, il faut lattribuer aux fatigues qu’elle éprouvait après trois ou quatre jours de combats, ayant affaire à des troupes fraîches débouchant d’une région où l’on ignorait leur présence, avec les bénéfices de la surprise. La 7e division avait tenu ferme ; on avait gardé toute la journée la ferme des Gueux ; la défense vigoureuse faite à Sillyle-Long avait suffi pour ébranler l’ennemi. Bientôt son artillerie était réduite su silence. Dès le soir, on eut l’impression que partout l’ennemi battait en retraite.
D'ailleurs, une nouvelle qui ne pouvait plus laisser le moindre doute aux esprits clairvoyants se répandait dans les états-maJors et jusque dans les rangs. L'armée française avait franchi la Marne et s’avançait en direction de Soissons. Donc, von Kluck va être pris entre deux feux. La tour Eiffel vient d’intercepter un radio de Marwitz à Kluck : « Dites-moi exactement. où vous êtes et ce que vous faites. Hâtez-vous, parce que X. X. X. » Cela veut dire, à n’en pas douter, que von der Marwitz se replie devant l’armée anglaise et que le péril grandit de minute en minute.
Selon les vues et les volontés du haut commandement français, la bataille « d’articulation » dégageait à temps la bataille des « communications ».
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x la 6° armée, l'impression produite par les événements de la Hounée du 9 apparaît comme très différente, selon qu’il s’agit de la droite ou de la gauche. A droite, l’armée anglaise franchit la Marne; Varreddes est réoccupé à midi; l'artillerie allemande est écrasée par l'artillerie française au plateau de Trocy ; tout le pla- - teau est évacué. Donc, victoire très nette à l’articulation.
- A gauche, l’ennemi tente un mouvement de débordement avec … des troupes fraîches. Il y a surprise, émotion. Nanteuil-le-Hau- - douin est évacué. Mais on perd à peine quelques kilomètres de
terrain et, dès la fin de la journée, la « bataille d’articulation » étant gagnée, la « bataille des communications » est à peine compromise.
La journée du 9 vue du camp allemand. La retraite de von Kluck.
Et von Kluck se proclame victorieux! Voyons donc ce qui : se passe dans le camp allemand. Comment cette journée du 9 est-elle comprise sur l’Ourcq et sur la Marne par les soldats de ce chef si satisfait de lui-même?
Il suffit de suivre les faits eux-mêmes tels qu'ils apparurent à . Ja troupe au fur et à mesure que le sentiment de la triste réalité, à savoir la nécessité de la retraite, se répandit dans les rangs. Ainsi, . en comparant la réalité aux ordres et aux communiqués, nous léverons, en nous appuyant sur les documents allemands euxmêmes, le voile jeté délibérément sur la vérité ; nous saurons comment la bataille a été perdue à la fois sur l’Oureq et sur la Marne. Un événement historique d’une telle portée mérite cette enquête - approfondie. La phase décisive doit être mise en pleine lumière. on ne serait ému en considérant cette minute unique dans l’his- - toire du monde, celle où la fortune des armes oscille d’abord, …— puis se prononce, et où l’armée allemande finalement tourne le . dos, se met en fuite et commence le mouvement qui l’emportera . jusqu’à la perte de la guerre?
à Vers midi, écrit le lieutenant Richter, du 75e d’artillerie (IVe corps), nous avons l'impression que le feu de l’ennemi faiblit sur toute la ligne (plateau de Trocy) à notre droite. Par contre, sur notre gauche (à l’articution), à une grande distance il est vrai, on dirait qu'il s’accroît. Mais, . d’autre part, regardant attentivement le terrain devant nous, nous voyons des troupes ennemies se replier comme des lignes sombres à l'horizon, en direction du sud-ouest, c’est-à-dire en direction de Paris. Plus d’ennemi en face. Nos batteries se taisent. Nous tournons nos regards vers la gauche, en attendant l’ordre de marcher en avant. - Mais qu’y a-t-il?.. Que se passe-t-il de ce côté? Tout à fait à gauche, . par derrière et presque dans notre dos, il est vrai à 15 ou 20 kilomètres
Et à ; AP +”. Le LEP é CAS L a , { Lit à a . # + A > 40 CE san ce ol tr 108 LA BATAILLE DE LA MARNE
de distance de nous, voici des éclatements de shrapnells ennemis! . L’ennemi aurait-il réussi une attaque de flanc sans que les troupes qui se trouvent à notre gauche s’en soient aperçues? (C’est bien une attaque de flanc, mais il n’y a plus de troupes à gauche : les dernières ont quitté Varreddes, la veille au soir. Voilà les conséquences de la faute de von Kluck qui se dessinent.) Le feu devient de plus en plus violent de ce côté, de part et d’autre. Un officier d'ordonnance arrive à cheval : « Changement de position ! » (Voici que la volonté du commandement, décidé à la retraite, arrive jusqu’à cette batterie. L’infanterie est en marche de retraite depuis le matin : on a laissé à l’artillerie le soin de la couvrir à coups de canon ; il est un peu plus de midi. Le soldat a compris en un clin d’œil, car voici la première réflexion du lieutenant H. Richter) : « Quoi? Qu'est-ce que cela veut dire? En arrière?… Pendant toute la durée de la campagne, nous n’avons pas, une seule fois, fait un changement de position en arrière. »
Richter interroge un officier d'ordonnance : celui-ci ne sait rien. Il dit seulement que l’aile gauche est déjà repliée en arrière. Pourquoi? De cela, il n’a aucune idée. On discerne très bien, ici, la nature des ordres donnés par von Kluck dans la matinée du 9 : commencer à retraiter par la gauche, donc en échelon, en s’appuyant sur la droite comme pivot ; l'infanterie d’abord ; la bataille étant perdue à l'articulation, la retraite se fait pour sauver les communications. Silence absolu sur les raisons du mouvement. Les officiers d'état-major eux-mêmes ignorent ou feignent d’ignorer. L’artillerie est avertie à la dernière minute. Cependant la troupe épuisée, harassée, sait qu’elle a été jusqu'au bout, la veille, et qu’elle est battue : elle comprend immédiatement que la retraite, c’est la défaite :
Jurant et le cœur gros, continue Richter, nous transmettons l’ordre aux batteries. Nos chevaux sont prêts, mais pas d’avant-trains. Sou- … dain, un hurlement monte dans le ciel et se rapproche de nous, cette fois-ci VENANT DE GAUCHE, C'est-à-dire de flanc. Ce sont de grosses marmites noires qui éclatent à 400 mètres de la batterie, dans le fond boisé. Si les avant-trains ne sont pas ici bientôt, la batterie sera, pour finir, anéantie : car le feu de flanc se rapproche toujours. (Voilà la panique, la crainte « d’être tournés », « d’être anéantis.. ».) Un retard encore. Alors que les marmites tombaient à 100 mètres, nous attelons et nous parvenons à quitter ce lieu d’horreur.. On marche vers le nord. Personne ne sait où l’on va. Le bruit court que nous reculons seulement de quelques kilomètres pour éviter un débordement de notre flanc gauche. (Le soldat sent bien que le péril est là.) Tous les officiers que nous dépassons demandent, étonnés et effrayés, quel est le but de notre marche. Ce qui nous tranquillise beaucoup, c’est que l’ennemi tire toujours sur notre ancienne position. Donc, il ne s’est pas encore rendu compte de notre retraite. En traversant le terrain derrière Trocy, nous passons devant Vincy, où se trouve l’ambulance de notre corps d’armée. C’est
FIN DE LA BATAILLE POUR PARIS 109 un coup au Cœur, pour nous : que vont devenir tous ces malheureux abandonnés dans les ruines du petit village? La marche se poursuit vers le nord. Nous passons devant les batteries du 74° et du 40€ régi- - ment d'artillerie qui couvrent la retraite. (C’est bien le repli en éche- “ lons.. Et, maintenant, le spectacle de la retraite en pleine fuite, pareille à une armée de Xerxès.) On voit d'innombrables colonnes, des régiments
. d'infanterie confondus en une masse informe, tout cela se pressant, s’en- “ combrant, s’embouteillant sur la route allant vers le Plessis-Placy. On marche dans les champs. Sur tous les visages les traces d’une fatigue - immense après cinq jours de bataille et la tension de la triste question qui se pose dans tous les esprits : « Où allons-nous? Pourquoi cette marche en arrière? » (Suit une anecdote assez caractéristique au sujet d’un colonel qui, ayant laissé son régiment, est insulté, comme par
mégarde, par un simple artilleur et qui s'éloigne sans dire mot.) Au … Plessis-Placy, ordre nous est donné de nous mettre en position d’attente … pour ouvrir le feu au premier signal. Des batteries passent sans inter- - ruption, mêlées à de l'infanterie, au train des équipages... (En un … mot, encombrement, désordre, confusion.) Au soleil couchant, un auto —. du grand quartier général, où se trouve un officier d'état-major, passe … devant nous. Notre commandant se précipite et demande ce qui se … passe : « Ne vous tourmentez pas ; pas d’énervement. Par ordre supé- …. rieur, on opère un changement de front par déplacement de notre + flanc gauche. Raisons stratégiques. Je n’en sais pas davantage. » … Bientôt après, l’ordre nous arrive d’atteler : on marche ferme jusqu'aux | Jisières du village de Plessis-Placy. La nouvelle donnée par l'officier d'état-major nous a tranquillisés. Seuls, quelques pessimistes croient encore que nous sommes en fuite et battus. De repos, il n’est pas ques- . tion. On boit un verre de vin rouge, et en marche |! C’est la nuit noire. - Marche, marche, toujours droit au nord. Cherchons-nous la liaison avec une autre armée? Les suppositions, les questions se croisent pendant cette nuit de marche ininterrompue. Clair de lune, brume glaciale. Les autos filent devant nous à toute vitesse. Mais pas un ne nous donne l’ordre tant désiré : Halte! Hommes et chevaux dorment en marchant,
Vers 2 heures du matin, nous arrivons à Villers-Cotterets et nous . rencontrons les troupes du IX® corps (celles qui ont combattu à Betz- Nanteuil-le-Haudouin; Villers-Cotterets est donc un point de concentration.) Elles sont furieuses d’avoir dû revenir en arrière. Elles ont fait - 40 000 prisonniers et pris 50 canons (il s’agit de leur succès à Nanteuil- . le-Haudouin). Alors, nous ne comprenons plus rien à l’ordre de da retraite. Évidemment, il s’agit d’une combinaison stratégique. Mais, … toujours pas question de repos. Plus loin, plus loin! Dix heures de marche sans arrêt. Les cavaliers se plaignent et gémissent des douleurs qu’ils ressentent dans tout le corps. Les chevaux se traînent. . Rien n’y fait. Il faut marcher.
Voilà le jour qui commence à poindre. Nous marchons toujours. Un ciel froid et nuageux s'étend sur ces campagnes du nord de la France, comme si le soleil prenait à tâche de ne pas lever le voile qui cache aux yeux des ennemis de tels événements et cette marche en retraite si . près de Paris. Enfin, vers 5 heures du matin, on fait halte sur la route
de Villers-Cotterets à Soissons. Nous tombons de nos chevaux. Les cailloux de la route nous servent d’oreillers. On roule dans le fossé et
a AE AE AO TR GE € tu ERA er PES “ PA 110 LA BATAILLE DE LA MARNE
on dort là d’un sommeil agité. On rêve, encore une fois, de la marche magnifique vers Paris, mais aussi des journées sanglantes de Trocy. Et c’est un nouveau champ de bataille et de nouveaux combats qui nous appellent.
Ce que cet homme ressentit, toute l’armée de von Kluck l’éprouva. Partout, avec l’épuisement de la lutte, on ne sait quelle vague idée de l'impossible et d’une nécessité supérieure, mais aussi une surprise, une stupeur rien qu’à penser que l’armée allemande serait battue. Cela ne peut pas être, donc cela n’est pas. La retraite, la fuite vers le nord, cette marche à mort, c’est un « mouvement stratégique ». Les chefs savent mieux que nous ce qui convient. Ils ne sauraient se tromper. Un mot jeté par un officier d'état-major qui passe dissipe presque l’impression des faits euxmêmes : Allemagne au-dessus de tout.
Et c’est un enseignement profond que cette page écrite par un homme intelligent et sincère reflétant la nature de tout un peuple : raisonnement limité et, en quelque sorte, encadré dans des notions conventionnelles et apprises, subordination intellectuelle, non sans résistance et amertumes intérieures ; manque profond du sens de la réalité ; les événements se déformant à peine saisis par les yeux et par la raison ; l’orgueil refoulé se retournant, se souvenant et cherchant d’autres issues ; l’erreur reconnue se refusant à s’avouer elle-même, et cela peut-être à jamais. Ils sont bien malades, les peuples qui n’osent se rendre compte de leurs propres pensées, et encore moins de leurs propres fautes, n1 descendre au fond d'eux-mêmes. La vraie grandeur et la véritable « culture » ont pour pierre de touche cette vertu éminemment socratique : LA SINCÉRITÉ.
Voilà donc la débâcle telle qu’elle se présente au centre de
l’armée allemande, c’est-à-dire sur ce plateau de Trocy qui a été
le elou où s’était accrochée, pendant quatre jours, la bataille de l'Ourcq. C’est là que le mouvement de retraite se dessine avec le plus de franchise. Nous reviendrons cependant sur ce qui se passe à l'articulation même, c’est-à-dire dans la région de Varreddes où la panique paraît avoir sévi dés le 8 au soir, avant même que l’ordre de la retraite eût été donné. Le capitaine Wirth, du 66e de réserve (IVe corps de réserve), a observé, lui aussi, le mouvement inquiétant qui se produit à gauche, du côté de la Marne, et il écrit :
Le repliement de notre aile gauche était devenu nécessaire, eu égard à la situation d’ensemble. Et ainsi, dans le cours de l’après-midi du 9,
eines
a commencé la marche en arrière vers l’Ourcq. Départ vers 5 heures de l’après-midi à travers les grands bois de l’Ourcq. On marche sans arrêt. Personne ne pense à ses pieds brûlants, au corps épuisé ; pas de plaintes, pas de murmures.. Enfin, nous sortimes du bois et nous arrivâmes vers 11 heures à la Ferté-Milon. Le generalkommando du IIIe corps s’y trouve déjà. Je reçois l’ordre de partir en auto pour préparer le logement à Villers-Cotterets. Il est près d’une heure du matin lorsque nous atteignons la petite ville (1).
Avec le IVe corps de réserve, la 4 division de cavalerie (von Garnier) était restée en flanc-garde, un peu en arrière dans la région de Thury-en-Valois, puis elle s’était heurtée à la cavalerie française dans la région de Cuvergnon et, le 9, elle avait attaqué sur Nanteuil en liaison avec la 10€ brigade de landwehr venue du nord.
Les deux autres divisions (2e et 9%) de von der Marwitz s'étaient maintenues derrière la Marne, autour de la Ferté-sous-Jouarre, jusqu’au moment où un ordre de von Kluck daté de 15 h. 15 leur prescrivit, ainsi qu’à la 5 division de cavalerie (à Dhuisy), qui leur était adjointe, de couvrir la retraite de l’armée vers Soissons.
Quant au [er corps de cavalerie Richthofen (division de la Garde et 5e division), le tourbillon de la retraite l’a emporté et en partie désorganisé. Le 8, à 20 heures, la division de la Garde a dû lâcher la ligne du Dolloir et se replier sur Condé-en-Brie; quant à la 5 division, elle a dû repasser la Marne et s’enfuir jusqu’à Marigny-en-Orxois où Marwitz, von Kluck, Bülow lui donnent tour à tour des ordres dans la journée du 9 (2). Les arrièregardes, qui se sont attardées dans la région de Château-Thierry, ont été entourées et ont dû se rendre au corps de cavalerie et au 18€ corps français (5).
En un mot, la cavalerie, après avoir rempli son office de protection pour la manœuvre de von Kluck, s’est trouvée épuisée, découragée, en partie disloquée. Son mouvement en arrière prend, sur certains points, le caractère d’une fuite. Elle ne pourra plus, au cours de la retraite elle-même, rendre que de bien médiocres services. Von Kluck l’a mise sur ses boulets.
L'ordre de la retraite atteignit également, dès le 9 au matin, les formations de l’arrière et notamment les ambulances et les ser-