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ER. TT PORT

112 LA BATAILLE DE LA MARNE 2e

vices de santé. Ceux qui étaient trop en avant sur le terrain du combat ne furent pas prévenus à temps, et nous avons vu Hermann Richter déplorer que les blessés dussent être abandonnés à Vincy

aux mains de l’ennemi. Il en fut de même à Rosoy-en-Multien, à

Vivières et sur tout le front.

Ailleurs, les blessés ne furent sauvés que grâce aux initiatives prises dans chaque formation particulière. Hermann Lôbhrisch, blessé à Étavigny le 7, avait été recueilli dans l’ambulance de Rosoy-en-Multien. « Organisée pour 800 blessés, dit-il, il y en avait environ 4 200 en traitement. »

Le docteur Anschutz, médecin-major supérieur attaché au 90e régiment de fusiliers, a fait le récit de son odyssée qui commence à l’ambulance de Champignol, près d’Esternay, pour s’achever à Chauny.

La journée d’Esternay avait été chèrement achetée. Les régiments 75, 76, 89 et 90 du IXE corps avaient subi de très fortes pertes. Nous étions maintenant en route vers le nord au milieu des colonnes opérant la retraite... Je crains bien que tous les transports de blessés n'aient été faits prisonniers le lendemain par la cavalerie française. La direction nous était donnée par ma boussole. Nous tombâmes dans des colonnes de munitions et des défilés d’artillerie. Impossible de garder la route ; nous nous jetâmes à travers champs. Des masses de cavalerie ennemies nous surveillaient de loin et nous pouvions les voir à la lorgnette. Le chemin que nous avions pris au hasard nous sauva ; car tout notre feldlazaret n° 9 fut pris par l'ennemi. Nous arrivâmes à Crépy-en-Valois juste au moment où l’on faisait sauter le pont pour arrêter l’ennemi. A diverses reprises, nous fûmes surpris par la cavalerie ennemie. Nous passâmes à travers la magnifique forêt de Compiègne, où il y avait des traces d’un autre engagement avec la cavalerie ennemie. On nous indiqua pour but Pierrefonds, où se trouvait le generalkommando du IXe corps (général von Quast). Mais, de Pierrefonds, il fallut repartir pour Chauny qu’on atteignit en deux jours. Nous dûmes faire de grands détours, les routes étant encombrées par les colonnes en marche. Nous passâmes au milieu du IIe corps et du IIIe corps. Derrière Soissons, les gigantesques colonnes de munitions, des convois, des camions, des boulangeries, des cuisines, bref tout ce qui compose les trains d’une armée. Enfin, j’arrivai à Chauny où l’on avait concentré un gr nombre de lazarets (1).

Ces tableaux, pris sur le vif, ne révèlent-ils pas, avec une précision incisive, le vrai caractère d’une retraite soi-disant voulue et qui n’est, en réalité, qu’une fuite improvisée et « à la boussole », constamment harcelée par l’ennemi?

(1) Carnet de route du docteur ANSCHUTZ, dans Mecklenburgs Sôhne, fascicule 9, p. 218.

En fait, la retraite est partout, mais surtout au début, soudaine, hâtive, improvisée ; elle est la suite et l’effet patent d’une bataille perdue. Von Kluck la subit et il la décide en quelque sorte séance tenante et sous l’impression des faits dans la nuit du 8 au 9: et quelle peine a-t-il pour s’arracher à lui-même cet ordre douloureux, à la dernière minute, quand il sent que son armée lui échappe et # que, s’il ne la dirige pas dans cette extrémité suprême, c’est la déroute.

Si nous voulons une preuve de cette disposition des esprits sur . laquelle on s’appliqua, par la suite, à jeter un voile, il suffit d’ob- server que c’est à la bataille d’articulation, c’est-à-dire à la gauche

de l’armée von Kluck, qu’elle apparaît d’abord, car c’est là que la » bataille fut perdue. De ce côté, dès le 8 au soir, la conviction de la défaite s'empare de l'esprit du soldat et la panique jette son cri - terrifiant. Voici les aveux recueillis de la bouche du soldat :

C'était justement dans la région que nous avions traversée l’avant- - veille si paisiblement. Entre Germigny et Varreddes, on fit une courte | “halte. Mais bientôt, le canon se met à gronder ; les obus et les shrap- - nells éclatent dans Varreddes et au delà (c’est le canon de la 8 division … du 4 corps). Il n’y a plus moyen de revenir en arrière ; car la tête du . bataillon est déjà dans le village. Et alors, donc:« Au trot sous les obus !» On entre, ainsi, dans le village où les coups tombent de plus en plus . pressés. Là, des pelotons de cavalerie, des cuisines roulantes, des groupes … d'infanterie s’entassent dans le plus grand désordre. Tout court, se + sauve, fuit, au sens littéral des mots. Enfin, après des minutes effrayantes, nous avons fini par traverser, laissant le plus dense du feu - derrière nous. Nous passons le canal sur un pont étroit. Mais je m’aper- - çois que j’ai perdu un canon de ma batterie. Je reviens pour le reprendre. — Aucune trace de mon cher canon. Alors, je remarque une vallée laté- - rale qui bifurque au débouché d’une des rues du village : « ….Bonjour les - amis | Eh bien, vous n'êtes pas devenus fous? » Je cherche à passer dans cette déclivité du terrain : mais, à gauche le canal, à droite la — Marne, et pas le moindre passage : « Demi-tour, marche | » Et on revient en arrière, en passant tout près du village ; après une demi-heure de

course haletante, je rejoins ma batterie qui est allée se mettre en posi- , tion à 3 kilomètres en arrière de Varreddes (1).

| Sn lièro « retraite par ordre ». Et observez que la fuite se produit par le seul effet du canon français et sans que l'infanterie se soit même montrée. Car telle est, au fond, la raison de cette … incompréhension relative où l’on est, de part et d’autre, du véritable caractère de la bataille. Les déux adversaires, s’abordant rarement, ne connaissent pas exactement les effets produits par

4) Der Deutsche Krieg in Feldpostbriejen.

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