INSTRUCTION PARTICULIÈRE N
Au G. Q. G., le 8 septembre 1914.
I. — Devant les efforts combinés des armées alliées d’aile gauche, les forces allemandes se sont repliées en constituant deux groupements distincts.
L'un, qui paraît comprendre le IVe corps d’armée de réserve, le Ie et le IV® corps actifs, combat sur l’Ourceq, face à l’ouest contre notre 6° armée, qu’il cherche même à déborder par le nord,
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L'autre, comprenant le reste de la re armée aa) IXe corps actifs) et les IIe et II Te armées allemandes, reste opp osé, face au sud, aux 5° et 9% armées françaises. (En fait, le mouvement de von Kluck s’accomplit : les IIIe et IX® corps ont été rappelés le 7, à 47 h. 40.) à
La réunion entre ces deux groupements paraît assurée seuleme par plusieurs divisions de cavalerie, soutenues par des me de toutes armes en face des troupes britanniques. (Ce passage que l'on connaît l'existence du trou à l'articulation des deux armées allemandes et que l’on compte l’exploiter.) +. (ACIER
II. — 11 paraît essentiel de mettre hors de cause l'extrême droite. allemande avant qu’elle ne puisse être renforcée par d’autres De nn: que la chute de Maubeuge a pu rendre disponibles. La 6e armée et forces britanniques s’attacheront à cette mission.
A cet effet, la 6° armée maintiendra devant elle les troupes qui ui #4 sont opposées sur la rive droite de l’Ourcq. Les forces anglaises, franchissant la Marne entre Nogent-l’Artaud et la Ferté-sous-Jouarre, se porteraient sur la gauche et les derrières de l'ennemi qui se trouve sur l'Oureq. (Voilà exactement la bataille pour l'articulation au nord ch la. Marne, et par conséquent, contre von Kluck.)
III. — La 5° armée couvrirait le flanc droit de l’armée anglaise Pt s dirigeant un fort détachement sur Azy-Château-Thierry. (Toujours la même préoccupation.) ‘4
Le corps de cavalerie franchissant la Marne, au bescin derrière ce détachement ou derrière les colonnes anglaises, assurerait, d’une façon effective, la liaison entre l’armée anglaise et la 5€ armée. a
A sa droite, la 5° armée continuerait à appuyer l’action de la 9% armée en vue de permettre à cette dernière le passage à l'offensive. Le gros de : la 5° armée, marchant droit au nord, refoulera au delà de la Marne les « forces qui lui sont opposées.(« Au delà de la Marne », tout s'explique par ces seuls mots : c’est bien contre la gauche de von Æluck que se porte cette nouvelle manœuvre, celle qui décidera finalement du succès.) SA
IV. — Au delà de la Marne, la route Romény, Azy, Château- se affectée à l’armée britannique par l’ordre général n° 7 en date du 7 + tembre, est réservée à la 5° armée.
J. JOFFREt.
Pour ampliation, le major général, du BELIN.
Rien n’est plus clair : cette directive générale a pour objet d’enserrer l’armée von Kluck entre « la bataille des communications » et « la bataille de l'articulation », tout en bousculant l’armée von Bülow et en forçant celle-ci, sous peine d’être culbutée par sa gauche, de rétrograder vers le nord. Le haut commandement |
français tire és parti à fond de la faute de von Kluck et il use mé
de tous ses avantages. * Disons, maintenant, parmi quelles difficultés les choses vont se réaliser sur le terrain. Ê
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‘ a PRE DS di | LA DRAMATIQUE JOURNÉE DU 8 SEPTEMBRE 17 «3 3
Les ordres de Maunoury et de von Kluck, pour le 8 septembre.
# A la fin de la journée du 7, deux faits considérables avaient - attiré (un peu inégalement) l'attention du général Maunoury : d’une part, l'échec de sa gauche à la bataille pour les communications dans la région de Betz-Nanteuil-le-Haudouin ; d'autre part, Je succès de sa droite dans la région d’Étrépilly. Nous disons que . son attention avait été attirée « un peu inégalement ». En effet, l'heure ne lui paraissait pas venue encore ou plutôt il ne dispose pas encore des moyens lui permettant d'exploiter le succès esquissé à l'articulation, puisque l’armée britannique n’a pas . développé tout son mouvement ; mais, d’autre part, il a une vision extrêmement nette du danger qu’il court, si sa gauche est débordée et si von Kluck le rejette sur la côte de Dammartin-Montgé. Une préoccupation ou, plutôt, un doute, domine tout cela. Que . représentent ces masses allemandes débouchant sans cesse en face
Loi
de lui? S’agit-il d’une « retraite générale », comme le Jui annoncent
- les télégrammes du grand quartier général, ou s’agit-il d’une . manœuvre le visant spécialement et ayant pour objet de le rejeter . dans le camp retranché de Paris? D’autre part, ses troupes sont . épuisées par trois jours de combat. Il a peu de réserves sous la . main. Aussi, il se retourne avec anxiété vers le général Gallieni, qui partage ces inquiétudes, et il réclame avec insistance tous les ren- . forts en hommes et en canons dont le gouverneur peut disposer. Heureusement, les dernières ressources ne sont pas épuisées. Le . 4e corps n’est pas entré en ligne et une division de réserve, la 62e, peut encore, en dernière ressource, être jetée dans la bataille. La première pensée du général Maunoury avait été de caler la « bataille des communications » en y employant la division du 4e corps, 7€ division (général de Trentinian) qui lui était envoyée de Paris, soit par la voie ferrée, soit en taxi-autos si opportunément. Dans la nuit du 7 au 8, il adresse au général Boëlle cet ordre, qui nous révèle son état d’esprit :
Claye-Souilly, 8 septembre 1914, Q h, 45,
J'apprends le mouvement de recul de la 61e division de réserve (général Desprez) et de la cavalerie du général Sordet sur Nanteuil-le- Haudouin. Il est indispensable que ce mouvement de recul soit réparé dès la pointe du jour ; ceci importe plus encore pour la réussite de l’ordre donné par le commandant en chef que pour celle de la manœuvre de la 6€ armée.
Le général exige donc que, ce matin, tous les éléments se 614€ division de réserve, réunis à Nanteuil, reprennent par un mouv in at
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offensif ce qu'ils ont perdu hier. ER rs Ils seront suivis immédiatement de tous les éléments de la 7 division qui, ellegnême, se fera suivre des éléments de l'artillerie de 1 Corps. Il en résulte que la direction de l'offensive de la 7e division est marquée par le bois de Montrolle-Saint-Quentin (4 kilomètres à l’est de Mareui < sur-Ourcq). * Quant à la cavalerie du général Sordet, elle devra monter à cheval au reçu du présent ordre, regagner tout le champ perdu et chercher par tous les moyens à remplir la mission générale qui lui a été définie. La situation est telle que toutes les considérations relatives à la con-. servation des effectifs doivent céder le pas devant la nécessité de gagne T la bataille aujourd’hui même, au prix de tous les sacrifices.
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Cet ordre est lumineux. Le général Maunoury, commandant @ D. chef de la 6® armée, voyait que la bataille devait être gagnée ce ; jour même, le 8, et il prenait ses dispositions pour ne pas être tourné … par von Kluok. Car tel était, maintenant, l’effort désespéré de. | celui-ci. 43
Nous verrons, d’ailleurs, dans le cours de la journée, que le gé- * néral Maunoury ne perd pas de vue, tant s’en faut, « la bataille. d’articulation » : car c’est là que, inalatnent: la partie se décidera.
Voici comment la contre-offensive de gauche est montée sur le … terrain : la 61e division est placée provisoirement sous les ordres du … général Boëlle. La % division, appartenant au 4€ corps, se portera | en avant dès la première orire: Elle a pour mission d’attaquer, par une offensive vigoureuse, dans la direction Montrolle, plateau de Boullarre-Rouvres (c’est-à-dire sur la deuxième crête du Mul- tien) et, de là, si possible, de franchir l’Ourcq, dans la direction de Neufchelles- -Montigny.
Cette offensive sera liée étroitement avec celle du 7e corps (général Vauthier), qui est dirigée sur Rosoy-en-Multien et Crouy-sur- … Oureq. Par conséquent, elle s’efforcera de déborder la gauche du - 7 corps pour pouvoir prendre en flanc les défenseurs de la rive ouest de l’Ourcq, puis, ultérieurement, ceux de la rive est (en direction de la Marne). Ainsi, de loin, on conjugue « la bataille des | communications » avec « la bataille d'hetieulation ».
À l’extrême gauche, le corps de cavalerie se portera immédiate= ment et rapidement en avant sur le plateau de Cuvergnon, pour » gagner l’Ourcq à Mareuil-sur-Ourcq et en amont et chercher, par tous les moyens possibles, à venir canonner les derrières de l’armée allemande, WT.
Le général Maunoury, dans ses instructions de la dernière heure
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nit Pont la bataille qui était en très bonne voie hier soir et, pour cel a, de consentir à tous les sacrifices. »
Ce plan, qui visait à une nouvelle tentative d’enveloppement de | puce von Kluck, allait se heurter à une force extrêmement puissante, puisque vou Kluck, de son côté, avait poussé la plus grande De de ses corps sur le point où il craignait d’être débordé. __ Son armée était, il est vrai, dans le plus médiocre état. Deux corps (IV® de réserve et IV® corps) se battent, l’un depuis trois jours et l’autre depuis deux jours, en reculant sans cesse, en perdant beaucoup de monde et en ayant abandonné deux lignes de terrain. “Les autres corps, dont la masse peut en imposer, ont marché sans à |: rte depuis quinze jours et, notamment, dans les deux jourdu 6 et du 7, elles ont accompli de véritables marches à mort, Er faisant jusqu'à 70 et 75 kilomètres par vingt-quatre heures, sans ra
vitaillement, sans convois et sans confiance. C’est dans ces condi-
ions qu'on leur demande un effort surhumain.
s Nous avons dit l’angoisse de von Kluck pour son articulation
de Trilport à la fin de la journée du 7. Rentré à son quartier général de Vendrest, von Kluck avait, à 21 h. 15, rédigé son ordre ‘opérations pour le 8;
… Les Ile et IVe corps, le IVe corps de réserve ont maintenu aujourd’hui pe ligne Antilly-Puisieux-Varreddes. Des cantonnements ennemis impor- -tants se trouvent ce soir à Nanteuil-Silly-le-Long-Saint-Soupplets et à l’ouest de cette ligne. A Betz, cet après-midi, attaque par des forces ‘ennemies nouvelles. Au sud du Grand Morin inférieur se trouvent de pre forces ; au sud de Coulommiers environ une division ennemie. La 11° armée est engagée ligne Montmirail-Fère-Champenoise. Le IE et le IVe corps, le IVE corps de réserve resteront sous le comnandemeñt actuel du général Linsingen avec la répartition actuelle des groupes. L’adversaire a mené la bataille à son aile droite sud et u centre principalement avec une forte artillerie lourde. Il est nécessaire de se maintenir dans les positions conquises et de s’y établir dans des tranchées.
… On est laissé juge de replier en arrière l'aile gauche pendant la nuit, de -Varreddes dans une position plus favorable. L'attaque sur l’aile droite l’armée sera exécutée après l’arrivée des renforts. Le ILE corps partira à 2 heures du matin de Montreuil par Mareuila de la Ferté-sous-Jouarre par Crouy, afin d’attaquer sur l’aile droite - du groupe de Sixte von Arnim au nord d’Antilly. On recommande d'envoyer en avant de l'artillerie avec de la cavalerie. - LeIXe corps partira à 2 heures du matin du sud de Château-Thierry, au nord du III corps, sur la Ferté-Milon.
Le II° corps de cavalerie, moins la 4e division de cavalerie, couvrira
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