‹ La bataille de la MarneChapitre 51 sur 102 · E L'ARGONNE · texte numérisé non relu

E L'ARGONNE

10 Septembre , heures.

Brigade inrt we Brigode | x Cavalerie brigade inf 3 Big. cav't

15 20 Km

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Deux taubes survolaient. J’allais porter mon poste de commandement au signal de Beauraing. Je traversai Rosnes. J’avais le sentiment que c'était une attaque désespérée des Allemands, qui ne serait pas. renouvelée. A

Le général Verraux ne se doutait pas à quel point son sentiment était juste. Mais la violence de la lutte avait été telle qu’on ne pouvait pas réaliser encore la grandeur du succès. -4

Il faut donner l’idée de la bataille sur ces différents points. Voici le compte rendu de ce combat à la 12€ division : s

La 24 brigade avait relevé en première ligne la 23e brigade. Le 106-et » les chasseurs à pied tiennent les collines immédiatement au nord de la petite voie ferrée ; le 1322 organise une ligne de soutien au signal d’Érizela-Petite. La 232 brigade crée une deuxième ligne à la cote 309. L’ennemi bombarde violemment nos positions. Notre artillerie riposte, mais nous manquons d’artillerie lourde. Un peu avant une heure du matin, l'ennemi déclenche une attaque formidable : cinq régiments du. XIIIe corps wurtembergeoiïs, en colonnes d’assaut avec chacune une compagnie de pionniers, attaquent le 106€ et les chasseurs à pied. Au milieu de la confusion presque inévitable dans toute attaque de nuit. menée avec des forces importantes, les Allemands se tirent mutuellement les uns sur les autres ; le fait a dû se produire aussi chez nous : les pertes sont sensibles. Presque tous les officiers supérieurs du 106. sont tués ou blessés. Le 132%, laissant un bataillon sur la ligne des tranchées, est tout entier dépensé en renforts à la première ligne qui perd cependant la voie ferrée et la ferme de la Vaux-Marie après de san-: . glants corps à corps. Cependant, une accalmie se produit.

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Mais voici, qu’au-dessus de la confusion du combat d'infanterie, se fait entendre la puissante voix de l’artillerie qui va décider de la victoire : » |

Le général Herr a pris le commandement de l’artillerie du corps et de l'artillerie de la 122 division ainsi que des quelques batteries de 120 long constituant toute notre artillerie lourde. Le colonel Gramat indique avec précision au général Herr les points les plus avancés que. nous tenons encore. A l’aube, toute cette artillerie déchaîne un tir de barrage formidable qui arrête net la progression de l’ennemi. Celui-ci ne peut dépasser la crête immédiatement au sud de la Vaux-Marie.. A la poursuite, quelques jours après, on pouvait voir, près de la station de la Vaux-Marie, des bataillons entiers, en double colonne, lLittéra ment fauchés par nos shrapnells. Non seulement notre deuxième ligne ne fut pas abordée, mais trois compagnies du 13%, en soutien d’artil= lerie sur la croupe à l’ouest d’Érize-la-Petite, ne furent même pas attaquées. L’élan de l’ennemi était brisé. Celui- ci avait subi des pertes énormes : plus de 10 000 cadavres furent enterrés. r

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Ce fut la plus terrible parmi ces journées de l’Argonne dont a ucun de ceux qui y ont assisté, d’un côté ou de l’autre, ne perdra Ja mémoire. L’artillerie du général Herr eut le dernier mot. En ce … jour, en effet, furent inaugurés, du côté français, ces tirs en rafale méthodiques, dirigés par avions, qui devinrent bientôt les caractéristiques de la guerre de 1914 et qui forcèrent l'infanterie à s’en- « terrer dans les tranchées. Voici quelques précisions à ce sujet :

— 10 septembre 1914. — Dans la nuit, les Allemands attaquent par surprise les avant-postes et bousculent les premiers éléments. L’artillerie, qui était au bivouac, occupe immédiatement les positions de deuxième igne ; le général Herr, qui s’est rendu auprès des batteries, fait établirun barrage à hauteur du signal d’Érize-la-Petite. Ce tir arrête l’élan . des troupes allemandes et permet à l’infanterie de tenir sur les positions - de deuxième ligne dans les tranchées préparées la veille. — Les avions signalent des batteries ennemies près de Rembercourt, . des travailleurs d'infanterie à la cote 309, sud-est de la ferme de la Vaux- … Marie, des batteries entre la ferme de la Vaux-Marie et la station. Ces … objectifs sont donnés à notre artillerie. Une batterie est placée à la … cote 318 pour battre la vallée de l’Aïre. A 15 h. 30 une reconnaissance … d'avions signale : une ligne de batteries au sud de la ferme de la Vaux- . Marie, un rassemblement de troupes en arrière de cette ferme, une | batterie au bois de Defuy.

2 A la fin de la journée, une colonne d’artillerie ennemie se montre “en avant de la ferme de la Vaux-Marie. Prise à partie par plusieurs … batteries, elle paraît souffrir énormément ; on voit sauter ses caissons.

Pour avoir une idée complète de cette bataille de l’Argonne, 5 il faut connaître aussi l’impression qu’elle fit sur le soldat. Un —… vigoureux observateur, Maurice Genevoix, nous en donne le récit :

… Jeudi, 10 septembre. — Des frôlements doux et légers sur la figure : - ce sont des gouttes de pluie larges, tièdes. Ai- -je dormi? Quelle heure - peut-il être? Le vent se lève. La nuit est noire, toujours. Je vais essayer de me rendormir lorsque quelques balles sifflent au-dessus de . moi. Il m’a semblé qu’elles étaient tirées de très près. Je n’ai pas le . temps de chercher à comprendre : brusquement, une fusillade intense . éclate. Aucun doute, ce sont les Boches qui tirent ; nous sommes atta- - qués. « Debout, tout le monde, allons, debout, debout ! » D'un bout à … l’autre de la section, c’est un frémissement, des baïonnettes tintent, des culasses cliquettent.. Juste à ce moment des clameurs forcenées «3 jaillissent de la masse noire qui s’en vient vers nous : Æurrah! Hurrah! … Vorwärts! Combien de milliers de soldats hurlent à la fois ! « Feu à … répétition, nom de Dieu ! Feu! » Tous les fusils de la section crachent ensemble. Et je vois un grand vide se creuser dans la masse hurlante. . De grandes silhouettes noires fuient de droite et de gauche... … Peu à peu le roulement continu de la fusillade se brise ; il y a encore … des sursauts violents et puis c’est presque le calme. Le jour blafard … n’allège pas nos poitrines ; une clarté blanchâtre, la pluie toujours, fine

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maintenant, donc opiniâtre.. Je fais quelques enjambées en courant, et soudain je reconnais le colonel. Je salue et je me présente. Je dis : … « Sous-lieutenant de réserve. » Il sourit et, regardant une flaque dont une baMe vient de faire gicler l’eau boueuse, répond : « Réserve, active : est-ce que les balles distinguent? » Puis il me dévisage lentement : « Je n’ai plus d’agents de liaison. Tous sont en mission ou hors de combat. Il faut que vous trouviez, le plus tôt possible, le colonel de G... qui commande la brigade, et que vous lui demandiez en mon nom qu’il fasse donner tout de suite tout ce qu’il pourra du n°. Dites-lui bien que nous sommes aux prises avec des effectifs énormes, que nos pertes sont, dès maintenant, très lourdes et que je ne sais pas jusqu’à quel point mon régiment est désormais capable de tenir. — Bien, mon colonel !.., » J'arrive au milieu d’artilleurs affolés de joie. Ils manœuvrent avec une vitesse, une précision qui me frappent. Beaucoup ont jeté leurs vestes. Tous s’amusent et blaguent et rient bruyamment. Je demande à un lieutenant qui regarde avec sa jumelle : « Ça va? » Il se tourne vers moi. La joie qui lui emplit la poitrine éclaire son visage. « Il a un rire de bonheur exubérant : « Si ça va; mais ils ne tiennent plus ! Ils foutent le camp comme des lapins ! » Il rit encore : « Écoutez nos 75. Pas redoublé ! Danse de fous ! C’est la conduite, ça ! Des coups de bottes dans les fesses. Ah ! les bougres | »

Il faut mettre en contre-partie quelques traits de ce qui se passe dans le camp allemand. Comme il est émouvant de voir le soldat des deux côtés, tel qu’il se heurte dans la nuit ! Les caractères de chaque peuple se dessinent à la lueur du combat.

Un officier du 125€ régiment (26e division du XIIIe corps), Rodolphe Micle, raconte en ces termes l’assaut sur la Vaux-Marie dans la nuit du 9 au 10:

Le jour du 9 septembre se lève ; ce fut pour beaucoup de camarades de notre régiment leur dernier jour. Rien de neuf sur le front ; la bataille continue sans arrêt. Les obus explosent avec une égalité monotone. Des blessés vont et viennent. Les troupes sont épuisées et les nerfs très bas. On voit, aux visages exténués, aux yeux agités et sans feu, tout ce qu’elles ont dû faire. Nous nous demandons pourquoi nous devons rester devant ce terrible feu dont les obus creusent autour de nous des trous : de 5 mètres de diamètre, A 8 heures du soir, le régiment reçoit l’ordre de faire, avec les grenadiers 119, l’assaut des hauteurs Vaux-Marie- Ferme, sans bruit, sans charger. But : reconnaître la position de l’ennemi qui semble s’être fortifié au talus du chemin de fer ; prendre les canons (on reconnaît le système d’attaque déjà employé, le 8, à l’armée von Hausen). On nous donne encore un bataillon pour nous aider. La brigade de fer est chargée de cette besogne. A minuit, quatre croix de fer, les premières envoyées par la division. Mon vénéré colonel, ce brave héros, qui combattait toujours en première ligne et entraînait lui-même ses soldats, me décore avec des larmes dans la voix. C’est peut-être notre dernière nuit.

Nous partons sans bruit, la baïonnette au canon. Bientôt nous rece-

- vons des coups de fusil. Nous passons à travers des balles toujours plus nombreuses. Nuit noire. Il pleut à verse. On avance toujours. Un signal. A l’assaut. Pas de course. Comme une avalanche, nos gens se jettent sur l’ennemi avec un plein mépris de la mort. L’adversaire ne peut supporter notre élan ; il recule avec de grosses pertes. Le sol est jonché …—. de morts et de blessés. Nous atteignons la voie du chemin de fer et, ainsi, la hauteur prescrite.

Dans l’ardeur du combat, nous tombons au-dessus de la voie ferrée, aux côtés du hardi commandant Boschmann qui tombe à ce moment. Soudain, un terrible feu de flanc et de dos. La troupe s’inquiète, tire à tort et à travers ; on n’entend plus les ordres. Un bois invisible à cause du brouillard derrière nous est tourné. Il y avait 85 Français … dedans. Je le pris d’assaut avec 20 hommes. Le matin arrive. Nous — sommes couverts de boue et trempés. On a, maintenant, une vue du champ de bataille. C’est horrible, comme partout où l'artillerie a fait rage pendant plusieurs jours. Cet assaut de nuit a causé beaucoup de … pertes à notre régiment et c’est en pleurant devant les corps de nos - chers camarades que nous avons dû nous acquitter de nos devoirs — envers eux. Nos troupes ont dû tenir la hauteur jusqu’au 13 septembre. Puis le régiment fut ramené sur les hauteurs jusqu’à Fleury-sur-Aire (1).

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ë Un autre texte fera connaître cette démoralisation profonde qui, … sous les coups de la canonnade française, s’installe au cœur du - soldat dans l’armée du kronprinz :

| Jeudi 10 septembre. — Pendant une demi-heure environ, nous res-

… tâmes sans manteau, et bientôt nous n’eûmes plus un fil de sec. La pluie

était glacée ; on claquait des dents et on pensait, en frissonnant, à la

pouce qui approchait. On se trouvait si misérable |! On pensait au

- pays. La pluie cessa un peu. De nouveau on creuse des tranchées pro-

ÿ fondes. Soudain, ordre est donné de repartir. On explique ainsi le

… départ : une armée française de dégagement est en marche sur Bar-le-

Duc ; arrêter celle-ci, ou, le cas échéant, la repousser, telle est la mis-

— sion du VIe corps d’armée. La 21° brigade part en avant; nous res-

. tâmes en réserve dans un petit village où nous fûmes assaillis par la

canonnade. Sensation horrible de se voir ainsi parqués par grandes

. unités dans une étroite ruelle de village où l’on ne peut même pas se

développer. Je n’ai jamais rien vu de si terrible que ces feux d’artillerie.

Louppy-le-Château. À 10 heures, nous sortions du village quand arriva

la nouvelle que l’ennemi se trouvait en retraite. Quand soudain

retentit le cri : « 11° compagnie ! Aux armes ! » C’en était fait du campement,

Vendredi 11 septembre. — A 5 h. 30, réveil. Nous restons provisoirement dans notre campement et envoyons des patrouilles dans le bois Voisin où erraient aussi des patrouilles françaises. En attendant, l’artillerie continue à gronder.. Tout près de la colonne, les projectiles sifflaient en s’enfonçant dans la terre. Ce fut un miracle qu'aucun d’entre nous ne fût tué. Deux seulement furent blessés Alors commença la

(1) Récit publié dans le Neuer Stuttgarter Tagblatt.

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nuit la plus terrible que j’aie jamais passée. Oh! c’était épouvantable! J'avais tous les membres endoloris et, de plus, un vent glacial soufilait au-dessus de nous. Il semblait que nous fussions abandonnés, trahis, vendus. Dans de pareils moments, s’éveille invinciblement un ardent désir de revoir la patrie et de retrouver un toit protecteur. Oh! que : cette nuit fut douloureuse. (Et il s’agit d’un homme qui est nommé chef de section sur le champ de bataille.)

Lundi 12 septembre. — Enfin, à 5 heures, il fallut quitter nos tranchées. Misérables comme des chiens, n’ayant pas dormi, les spectres nocturnes | sortirent de leurs cavernes. St l’on n’eût pas été dans un aussi lamentable état d'âme, on eût ri de voir ces hommes sales et grotesques sortir . comme des gnomes en rampant de leurs trous. De Louppy-le-Château, nous nous dirigeâmes vers Laheycourt ; de là vers Belval, puis à Charmontois-le-Roi (1).

Ces textes se multiplieraient à l'infini ; mais ces deux suffisent. De bons soldats, des soldats promus et décorés, se disent trahis, vendus, abandonnés. Ils ne parlent que de rentrer au foyer. Tels sont les sentiments qui s’insinuent dans le cœur de l’homme quand il se sent mal commandé et conduit à la boucherie pour rien. Il aborde le combat, déjà à demi vaincu.

En somme, la principale offensive de l’armée du kronprinz échouait devant le 6€ corps. La canonnade de la Vaux-Marie pro- « duisait, comme jadis la canonnade de Valmy, l'événement décisif « au cours de l’immense lutte : c'était le caillou qui arrête la vague; Moltke et Joffre, le kronprinz et Sarrail étant aux prises, voyaient la destinée se prononcer en ce point, alors que, sur l’immensité du front, des engagements infiniment plus violents se livraient et. attendaient ce quart d’heure qui décide de tout.

Nous avons dû rappeler ici le nom du commandant en chef de l’armée allemande, von Moltke, si effacé qu’il paraisse dans ce. drame, parce qu’il semble bien qu’une dernière faute dont la respon- sabilité lui incombe eut pour effet d’altérer la puissance de cette offensive du kronprinz dont, pourtant, tout dépendait en dernière ressource. Nous avons cité les propres paroles du kronprinz. Baumgarten-Crusius, de son côté, précise par cette indication : à

À l’armée du kronprinz, le 9 septembre, l’artillerie lourde préparait « sur tout le front l’attaque générale réservée pour l'obscurité de la nuit. Mais cette attaque nocturne fut arrêtée par un avis du grand commande: « ment à 7 h. 30 du soir (le 9), « eu égard à la situation générale ». C’est là, ajoute Baumgarten, que s’arrêtent les renseignements et les rapports. basés sur les journaux des cinq armées allemandes.

(1) Carnet de route d’un soldat allemand (VIe corps, 11° division), retrouvé sur son corps le 16 septembre 1914, et publié par Fr. Puaux.

Que conclure de ce texte, qui s’ajoute à celui des Mémoires du … kronprinz, sinon qu’il y eut presque simultanément ordre et contre-ordre? L’offensive devait primitivement se déclencher la

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… nuit, comme il était advenu pour celle de von Hausen le 8 au

| générale ». Pourtant elle se produisit, comme il avait été prévu, — dans la nuit du 9 au 10. Ne faut-il pas admettre logiquement à que, sous la pression du commandement particulier des armées de —…. gauche et malgré la retraite commencée, von Moltke résolut, au — dernier moment, de recourir encore une fois à la chance des armes ? … D'où le nouvel ordre général donné sur tout le front oriental et que À nous avons déjà relevé à propos de l’armée von Hausen.

4 Une telle confusion dans les directives et dans les exécutions “ prouve qu’il existait, dans le haut commandement allemand, un - désordre moral et intellectuel inouï. Quels que soient les respon- … sables, il est établi que ce haut état-major qui avait engagé une pareille guerre, jetait à la mort des régiments entiers sans avoir . même une vue claire de son dessein et de son devoir. Que l’on com- - pare la conduite de cet organisme tant vanté avec celle du haut … commandement français. Certes, Joffre et Sarrail ne sont pas d d'accord sur tous les points. Mais, à l’heure décisive, ils agissent - avec une unité de vues profonde. Que cette discipline souple, à la . française, l'emporte sur la discipline rigide à l’allemande ! N'est-ce . pas, d’ailleurs, l’ordre naturel des choses ? La responsabilité de ces - lourdes erreurs n’incombe pas à tel ou tel ; elle est à tous ; elle est - au système, au régime, à l’empereur. La victoire suit la loyauté et - Je bon sens, non l’orgueil et le puffisme. Il n’y a qu’au théâtre qu’elle appartienne aux Lohengrin.

a L'offensive allemande sur l’armée Sarrail, le 10,

+ et la fin de la bataille de l’Argonne.

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Mais il faut suivre, maintenant l’offensive du kronprinz sur les ci autres points du champ de bataille. En effet, si l'effort principal … de l'ennemi se porte sur le 6e corps pendant cette terrible nuit … du 9 au 10, l'attaque est générale et elle est également dangereuse … sur les autres parties du front de l’armée Sarrail. Bien en avait pris au général Sarrail de jeter la 7e division … de cavalerie (général d'Urbal) au-devant de l'ennemi qui essayait … de déboucher dans son dos en franchissant la Meuse, Car, dans … cette même nuit du 9 au 10, des éléments du Ve corps allemand

tentent de franchir la Meuse vers Bannoncourt, à l'issue de la trouée | de Spada et un peu en amont de la Croix-sur-Meuse. Cette tentative, d’ailleurs mal combinée, est contenue par l'énergie de la division d’Urbal : le Ve corps, qui est resté très fatigué de son échec « de Virton, attaque mollement et n’insiste pas : bientôt le « coup « fourré » deviendra le coup manqué.

Cependant le bombardement de Verdun continuait à sévir. Dans la journée du 9, Coutanceau avait téléphoné : « Troyon tient toujours ; l'ennemi a des batteries au Mort-Homme, tirant sur Bois-Bourru; cote 344 près Samogneux également bom- « bardée. »

Le même jour, à la fin de la journée, 19 h. 45, le gouverneur télégraphiait : « Troyon me transmet par Paroches qu’il détruit appareil de télégraphie. Situation désespérée. Que faire? »

Sarrail, au cours de la journée du 9, n’avait pas renoncé à son idée, à savoir de rester, quoi qu’il arrivât, accroché à Verdun. Cependant, le haut commandement, sans se mettre en travers de cette volonté, mais considérant la grande étendue du front que la 3e armée avait à garder, avait laissé au général Sarraïl une certaine latitude ; il lui avait télégraphié : « Je vous autorise, si vous « le jugez utile, à replier votre droite pour assurer vos communica- « tions et pour donner plus de persistance à l’activité de votre aile « gauche. Zl importe de ne pas vous laisser couper de la 4 armée. » « Cette dernière phrase exprimait visiblement la préoccupation « principale du général Joffre ; une fissure se produisant à la trouée de Revigny pouvait causer un désastre. Même s’il fallait s’éloigner de Verdun, qui, en somme, serait vite délivré en cas de victoire, « cela valait mieux que de laisser le front de la grande armée se « briser. |

Sarrail ayant reçu cet ordre, ou plutôt cette indication, se disait avec beaucoup de raison que, plus il pousserait de l’avant, plus « il préserverait d’enveloppement à la fois sa droite et sa gauche. En un mot, vu la disposition de son armée en croissant, son plan « était de raccourcir son front en progressant. Mais, maintenant que l'initiative passait à l’ennemi et qu’une formidable offensive «

s’abattait de tous les côtés à la fois et faisait plier son front dans «

la nuit du 9 au 10, lui aussi se demandait comme Coutanceau : « « Que faire? »

Non seulement le 6€ corps est engagé dans une lutte terrible, « mais Troyon est en péril instant, Verdun est bombardé. Ce n’est pas tout : les divisions de réserve se sont repliées, la 65° assez préci-

pitamment, en abandonnant une partie de son artillerie (1) ; la 67e et la 75, il est vrai, en bon ordre et sans être poursuivies. Mais, enfin, les abords de la place sont découverts. Et voici que le érel de Langle de Cary télégraphie (7 h. 45) qu’il ne peut plus laisser le 2€ corps (général Gérard) à la disposition de Sarrail : ‘4 La 4° armée, dit ce télégramme, est violemment attaquée, et

“obligée de se resserrer sur sa gauche. Le 2e corps ne peut plus è tenir à Cheminon. »

. D'autre part, e nouvelles émanant du grand quartier général ne peuvent plus laisser de doute sur le fait que l’ennemi est battu - partout ailleurs. À 11 heures, le général Sarrail reçoit le télé- - gramme suivant : « Dans la région de Fère et de Château-Thierry, le mouvement de retraite de l'ennemi semble se généraliser depuis

- ce matin. Dans la situation actuelle, votre armée a surtout comme rôle de durer. Dans ces conditions, il importe de ne pas compro- | mettre votre aile droite. J’approuve donc le repli des divisions de Ë réserve (2) en vous autorisant à ramener en arrière le 6e Corps si vous estimez le mouvement nécessaire. »

- C'était toujours la même idée : plutôt abandonner momenta-

"nément Verdun, puisque la bataille se dessine favorable partout “ailleurs, mais ne pas laisser se briser la ligne de front.

À ce moment, Sarrail paraît avoir été sur le point de modifier son

idée, tout en Pda ptant aux nécessités locales. II commence à “envisager une combinaison dont l’objet serait d’éviter à la fois “le double enveloppement dont il est menacé : il s’agirait toujours - de raccourcir son front, mais en reculant, — en reculant dans la - direction de Toul, non dans la direction de Verdun. Le général

ne veut à aucun prix succomber à l’attraction, à la fascination du - camp retranché ; il se pose à lui-même et il pose à son état-major - la question en ces termes précis : « Si Troyon était pris, si l'ennemi - franchissait la Meuse, ne conviendrait-il pas de tenter une retraite par . l'aile droite qui répondrait aux vues du grand quartier général? » (1) Selon le mot du général Bizot, commandant la 65° division, « le repli a eu surtout pour but de reformer les ‘unités disloquées. » C’est par ordre que la - division se dirige sur Courouvre. La 129° brigade contre-attaqua des éléments ennemis installés au bois Landlut. Un groupe du 55° d’artillerie fut perdu,

mais l’ennemi, qui tenait sous le feu de son infanterie, la partie nord d’Érize- * la-Grande, ne dépassa pas, sur le front de la 65° division, Sérancourt, le bois

Blandin et Mondrécourt. (Général B1zOT : « À propos des Souvenirs de 1914- … 1915 du général Sarrail, » dans la Revue politique et parlementaire du

10 mai 1922.)

(2) A la même heure d’ailleurs, Joffre envoyait à Coutanceau un radio ainsi

Conçu : « Attaquez avec toutes vos forces convois ennemis passant la Meuse au … nord et au sud de Verdun. »

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Heureusement, les événements allaient évoluer de telle sorte que la question put rester sans réponse : vers le milieu de la journée du 10, ils prenaient en effet une tournure plus favorable. |

Nous avons dit la belle résistance du 62 corps à la principale attaque du kronprinz dans la nuit du 9 au 10 et dans la matinée du 10. Vers midi, l'attaque paraissait avoir échoué. Du moins, elle perdait de sa vigueur. Troyon tenait toujours et avait repoussé trois assauts successifs. Et, du côté de Bar-le-Duc, on tenait égale- … ment ; voici, en effet, ce qui s’y passait. |

Contre le 5e corps (général Micheler) l'attaque de nuit s'était déclenchée formidable. Tandis que l’ordre était donné le 10, à. 5 heures, de « tenir le plus longtemps possible », on apprenait que les forces ennemies avaient attaqué dans la nuit, par les forêts de Champ-Midi et de la Charpenterie, et qu’elles avaient refoulé … toute la ligne du 5° corps, en particulier les 182 et 58 brigades. Sous la pression de cette même attaque de nuit, la 17€ brigade avait perdu la crête est de Lisle-en-Barrois, et s’était repliée sur Maratz-la-Grande, découvrant ainsi le bois du Père-Bœuf, tandis que la 18 et la 58 brigade se rabattaient sur Génicourt et Condé. Est-ce la fissure qui se creuse entre les deux parties de l’armée Sarrail, le 6e corps et les divisions de réserve n’ayant plus qu’à . chercher leur salut dans le camp retranché?

Ordre est donné aux deux brigades (18€ et 58) de se réorganiser, | tandis que les bataillons de chasseurs (259, 26€ et 29e) contiennent héroïquement l'ennemi, et de conserver, à tout prix, la partie . sud du bois du Père-Bœuf, la crête 216, le bois de Haraumont,. et, par là, les contacts avec le 6e corps.

Conformément à ces ordres, les brigades, un moment ébranlées, se reconstituent et tiennent sur la ligne prescrite. Elles sont fortement appuyées par sept batteries du 38e d’artillerie, six batteries … du 45e et deux batteries de 155 qui rendent intenables à l'ennemi | le terrain au sud du Champ-Midi et de la Charpenterie.

Et puis, il se passe ici quelque chose d’analogue à ce qui s "était produit devant le 62 corps : soit en raison des pertes éprouvées M sous les coups de l'artillerie française, soit par suite de l'échec. subi à la Vaux-Marie, soit en raison d’ordres supérieurs « résultant | de l’ensemble de la situation », l'offensive allemande mollit tout d’un coup. On peut admettre aussi que la tentative du kronpring, dans la nuit du 9 au 10, n’avait eu d’autre objet que de dégager « son armée et qu’il avait renoncé d’ores et déjà à la percée vers le sud. Quoi qu'il en soit, le 5° corps, après cette rude émotion, garde ses positions et il bivouaque, en fin de journée, sur la ligne &

L Lou ppy-le-Petit, bois de Haraumont, bois du Père-Bœuf, crêtes | Rembercourt. Les liaisons et les contacts sont conservés | partout.

- Au même moment, c’est-à-dire dans la nuit du 9 au 10 et le 10, 7 45€ corps combat pour « le fond de la poche ». Sarrail a décidé - de se servir de lui pour exécuter sa manœuvre et raccourcir son front en progressant. À la fin de la nuit, le 15° corps a ressenti quelque contre-coup de l’offensive allemande. La 29% division ‘ {qui n’est, en fait, composée que d’une brigade) est prise à partie par un feu et de l'ennemi sur le chemin de Couvonges à - Mussy, à la cote 159, puis à la cote 190. Un moment la situation - de cette division est des plus difficiles. Mais, finalement, elle sup- 4 | porte énergiquement le feu de l’ennemi et ne cède pas. Bientôt, - par le rôle que va jouer la 3e division, la situation devient tout à fait favorable au 152 corps. La prévoyance de Joffre et le coup d’œil de Sarrail finissent par avoir leur récompense. Ici, ce n’est po l'ennemi qui avance, il recule devant l’offensive fac : non seulement le fond de ë poche n’a pas été rompu, il commence ba se resserrer et à remonter vers le nord.

De Langle de Cary rappelant son 2 corps, il faut attaquer tout . de suite et avant que l’ennemi se soit aperçu du vide qui va se produire à Cheminon. Les trois colonnes, formées la veille au soir, attaquent donc en s’appuyant sur la 29e division qui se porte sur . Je bois de Faux-Miroir dont nous avons dit l'importance aux portes de Revigny.

- L’ennemi est pris à partie à la fois par le sud et par l’ouest, - c'est-à-dire par Mognéville et par Andernay. Les colonnes du … centre et de droite abordent sans difficulté les cotes 193 et 182 - et dégagent ainsi la rive droite de la Saulx. Mais la rivière ne peut “ encore être franchie; la colonne de gauche (général Nurgain) est arrêtée dans les bois d’Andernay.

… Dans l’après-midi, le mouvement demi-circulaire sur les éléments de pointe de l’armée du duc de Wurtemberg s’affirme. . À 18 heures, le détachement Romieux trouve inoccupées les - tranchées ennemies de la cote 201, sud-est de Sermaize. Au mo- -ment où il tente de sortir de Sermaize, il est accueilli par une vio- . lente canonnade.

Que devient l'offensive de la 29% division (général Carbillet) sur à bois de Faux-Miroir? Elle se développe normalement jusqu’à 47 heures ; elle n’est arrêtée que par des tranchées ennemies étak blies sur le cours de la Beuse. Ces tranchées sont prises sous notre 4 feu et évacuées. En un mot, partout on sent que l'ennemi recule

tout en s’accrochant à un terrain fortement préparé. Encore un effort, et on le bousculera définitivement.

A la nuit, les bois d’Andernay sont nettoyés ; la 30e division (général Colle) les borde à l’ouest de la Saulx ; la 298 est sur la crête au nord de Vassincourt. On a regagné presque partout le canal et la voie ferrée. Le lendemain, à la première heure, on reprendra l'offensive en vue de rejeter au delà de l’Ornain les forces ennemies qui occupent maintenant les hauteurs de la rive gauche.

A la fin de la journée du 10, les choses ont, dans leur ensemble, un aspect, pour la première fois, nettement favorable. À 19 heures, le général Sarrail peut libeller ainsi son compte rendu de la journée : « Le 6 corps a repoussé, en lui infligeant de grosses pertes, l’attaque violente prononcée par les XIIIe et XVIe corps renforcés par le VIe corps de réserve et le Ve corps de réserve. L’ennemi n’a plus montré d’activité de ce côté pendant le reste de la journée, et notre 6€ corps a à peu près conservé ses positions. Sur le reste du front, le VIe corps s’est borné à une canonnade et à une légère attaque vers le sud de l’Argonne. Le XVIIIe corps de réserve a été repoussé par notre 152 corps qui a progressé jusqu'aux lisières nord du bois des Trois-Fontaines. »

En somme, cette belle journée du 10 avait été marquée par les trois succès défensifs ou offensifs qui décident de la bataille de lArgonne : {0° la résistance de Troyon ; 2° le glorieux engagement de la Vaux-Marie ; 30 la délivrance du quadrilatère de Trois-Fontaines. La trouée de Bar-le-Duc était sauvée et les contacts avec Verdun conservés.

Il restait maintenant à prendre le moule de l'ennemi. Telle devait être la tâche du 11 septembre et des jours suivants, mais elle incombait à des corps épuisés par une lutte prolongée et à un commandement hésitant par suite d’une certaine incertitude sur la situation et les intentions de l’ennemi.

Dès le 10, à 19 heures, Sarrail a envoyé ses instructions pour le lendemain. L'ordre d’opérations pour le 11 prescrit au 6 corps de surveiller les mouvements de l’ennemi et de menacer son flanc en tenant sur les mêmes positions ; il sera étayé à gauche par le 5e corps et à droite par les divisions de réserve résistant sur place, la 65e à Longchamps-Neuville, la 67 à Courouvre-Lahaymeix, la 75e à Nicey-Pierrefitte. Cependant les troupes de Verdun organiseront des positions plus au nord autour de Blercourt. Seul, le 15€ corps doit prendre l’offensive en combinant son attaque avec

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celle du 2 corps (dont nous dirons l’action en revenant vers la - » 4e armée). Ainsi le flanc de l’ennemi est menacé partout. La Meuse est toujours observée par la 7€ division de cavalerie.

Une action énergique pourrait enfermer le kronprinz dans le couloir où il s’est si imprudemment aventuré. Malheureusement, on n’a pas une vue claire de la situation et on attend. L’ennemi, protégé par son artillerie et à la faveur de son offensive de la veille, a pu se décrocher assez facilement, — et il échappe (1).

Dès le début de l’après-midi du 11, les comptes rendus commencent à arriver franchement optimistes. Le front, comme sur - tout le reste du vaste champ de bataille, se dégage d’abord à - l’ouest. La 4° armée, ayant attaqué sur Sermaize, facilite l’offen-

sive du 15° corps qui s’est avancé sur le canal entre Contrisson et Neuville-sur-Orne en enlevant des canons et des caissons au XVIIIe corps de réserve de l’armée du duc de Wurtemberg. Devant le 5€ corps, plus d’ennemis ; le corps progresse vers le soir, mais de quelques kilomètres seulement en direction de Laimont,

Selon les ordres reçus, le 6€ corps reste sur place et il en est de même du groupe des divisions de réserve que l'ennemi canonne

. par ses obusiers lourds.

La situation ne se modifie guère dans les journées du 12 et du 13. La vallée de l’Ornain est évacuée par l’ennemi qui a installé des flanc-gardes et des arrière-gardes retranchées en face de nos forces sur la ligne des hauteurs : Villers-aux-Vents, Louppyle-Château, signal d'Érize-la-Petite. Mais on n’avance pas.

Dans le camp français, on emploie ce temps d’arrêt à remettre de l’ordre dans les unités. A la fin, ce stationnement sur place « surprend le grand quartier général. Il télégraphie au général … Sarrail, le 13 septembre au matin : « Je ne comprends pas que … l’ennemi ait pu se décrocher depuis quarante-huit heures sans que vous en ayez été informé. Je vous prie de faire d’urgence une - enquête à ce sujet. »

… La 3° armée répond que la retraite de l'ennemi n’était nullement — commencée le 11 septembre, que les contacts avaient été conservés

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2 (1) 11 septembre. — L’ennemi ne manifeste sa présence que par son artillerie. __… Je n’avais pas de cavalerie. Mon régiment d’artillerie était du côté de Saint- … Müihiel. Nous étions au combat sans arrêt depuis la nuit du 5 au 6 et les troupes . … me paraissaient à juste titre fatiguées. C’est dans l’après-midi du 11 que je lus le rapport allemand m'’indiquant que j'avais eu quatre corps d'armée devant moi, 12 septembre. — Le matin, très étonné, je n’entends plus de canonnade, J’allai aux renseignements : on me confirme la retraite des Allemands. (Récit du général Verraux.)

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