‹ La bataille de Navarin (1827) d'après les documents inédits des archives impériales RussesChapitre 20 sur 75 · Livre de Codrington, p. 33, t. IL · texte numérisé non relu

Livre de Codrington, p. 33, t. IL

autrichienne, le comte Dandolo. Codrington et Heyden comprenaient également tous deux que, pour un honnête homme, là où sont en jeu l’honneur du drapeau et le sang des compatriotes, il n'y a et ne doit y avoir aucune place pour les grimaces diplomatiques.

.Cependant l'influence des hommes d'État étrangers, prédominante pendant les dernières années du règne précédent, portait ses fruits naturels. Encouragée par l'infinie patience du gouvernement russe jusqu'à Nicolas Pavlovitch; interprétant cette longanimité comme un signe de faiblesse, comme la preuve que le gouvernement ne se sentait sûr ni de son armée ni même de son peuple, la Porte s’abandonna pour tout de bon à l’espoir de faire payer d'un coup à la Russie toutes ses anciennes défaites. Elle se prépara à la guerre. Bien plus, elle repoussa absolument toutes les offres de médiation faites

par les puissances européennes pour mettre fin à la lutte avec les Grecs, quoiqu'elle comprit très bien que tôt ou tard cette lutte lui attirerait infailliblement une guerre avec la Russie, Les menaces des puissances et même leurs démonstrations militaires les plus sérieuses la laissèrent indifférente : elle refusa d'y croire. D'après les Fruitsrépandusalors, ce dédain pour les avis comminatoires de la France et de l'Angleterre était dû aux conseils de la diplomatie russe accusée plus d’une fois d'avoir poussé la Porte à la résistance.

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que, sans se soucier aucunement de la présence des flottes anglaise et française dans l'Archipel, le gouvernement turc semblait attendre avec impatience l'ouverture des hostilités.

Maintenant que nous avons fait connaissance avec les principaux acteurs et avec les comparses du drame sanglant qui va

se jouer, il ne sera pas sans intérêt d’examiner en détail l’escadre russe confiée au contre-amiral comte Heyden. Un bon connaisseur, Codrington, écrivait ce qui suit à propos d'elle : « Le 19 octobre au matin, nous avons fait notre jonction avec l’escadre russe, et ensuite avec la française. Dans la soirée, celle-ci est partie pour Zante et nous avons continué avec les Russes notre route vers Navarin... Les vaisseaux russes sont tous d'une extrême propreté et, je crois, en fort bon ordre.

Beaucoup d'officiers russes parlent bien l'anglais ; plusieurs d’entre eux ont servi comme volontaires en temps de guerre dans laflotte anglaise. Tous les vaisseaux russes paraissent nouvellemént construits, et comme leur revêtement de cuivre est tout battant neuf, il a une jolie couleur rose foncé qui contribue beaucoup au bel extérieur de ces navires. » Dans une lettre à sa femme datée du 15/3 octobre

LA BATAILLE DE NAVARIN 87 Codrigton exprimait ainsi l'impression que lui avait laissée un examen plus détaillé de l’escadre de Heyden. « La flotte russe semble se trouver dans de bonnes conditions militaires ; elle est bien commandée et prête à aller partout avec nous. On dirait que le comte Heyden est un des nôtres. Il est modeste, sincère, et bien aisc d'agir sous mon commandement (1). »

A son arrivée à Naples, après avoir na- vigué pendant plusieurs années, livré un terrible combat et fait des croisières dangereuses, l’escadre russe était jugée en termes non moins flatteurs par un autre marin expérimenté, l'amiral Colingwood qui regardait tout simplement comme une impossibilité le blocus des Dardanelles en hiver, opération brillamment accomplie par le contre-amiral Ricord. De son côté, l'ambassadeur russe, comte de Ribeaupierre, écrivait à Heyden le 6 avril 14829:

Page 1