D'ANGEL DE SAAVEDRA
8 avril 1820.
Un document comique attestant à quels chercheurs d’aventures Heyden et la Grèce eurent parfois affaire, c’est la lettre par laquelle Angel de Saavedra recommande « le colonel don Antonio Sekvar (père d'une charmante fille, ajoute entre parenthèses l’auteur), émigré à Malte, député aux Cortès, un des artilleurs les plus distingués de l'Espagne, qui serait très utile à un pays naissant pour y créer l'artillerie. » Saavedra prie Heyden de parler de lui à Capo d'Istria et conseille de « ne pas laisser échapper une si bonne occasion. » — « Ce n’est pas un homme perdu, un aventurier à la poursuite de la fortune, » — explique-t-il naïvement, — « il n’est pas tout à fait privé de ressources et il vit honnètement avec sa famille. Mais il s'ennuie d'attendre un
changement dans les affaires de l'Espagne et il voudrait se créer une nouvelle patrie, être utile à la religion et à la liberté. Si on luien fait la proposilion, il ira consacrer son vaste savoir à la Grèce qui retirera profit et même gloire de ses services. »
DU COMTE CAPO D ISTRIA
Égine, 8-20 mai 1829.
En réponse à la nouvelle consolante que vous m'avez fait parvenir par l'entremise de M. Paléologue, je m'empresse de vous annoncer la reddition de Missolonghi et d’Anateliko. Cet événement a une importance considérable. Il est arrivé juste au moment où le capitaine Spener exigeait que Miaoulis levât le blocus de ces forteresses et du golfe de Prévéza. Je suis en correspondance diplomatique avec M. Donkins au sujet du protocole du 22 mars et notamment de l'article concernant l'armistice.
Les Anglais réclament la levée générale du blocus, le retour de toutes les troupes dans le Péloponèse, etc. Je leur réponds que cela ne me regarde pas, attendu qu’à l'impossible nul n’est tenu...
DU COMTE CAPO D'ISTRIA
Lépante, 15-27 mai 1829.
Comte,
Le retour de M. Paparigopoulo auprès de Votre Excellence me fournit une occasion dont je m empresse de profiter pour me rappeler à votre souvenir. Après la prise de la citadelle de la Roumélie, puis de celle de Lépante, je me suis fait un devoir de signaler à Votre Excellence les services essentiels que nous avait rendus M. Paparigopoulo ; maintenant je dois ajouter qu'il a puissamment contribué à la prompte reddition de Missolonghi et d'Anateliko.Tout cela m’impose l'obligation de remercier encore une fois Votre Excellence de ce qu'elle lui a permis de rester près de moi. et m'autorise à solliciter pour lui votre bienveillante protection.
Le protocole de Londres qu’on représente comme généreux et magnanime à l'égard des Grecs nous tient dans une sorte d'engourdissement et J'attends avec impatience le président, pour savoir ce que je dois entreprendre
Je ne vois dans l'avenir que des obstacles et des embarras innombrables si la main puissante de l’empereur Nicolas ne nous tire pas sans délai d'une situation si gènante et si difficile.
Je vous prie, etc.
DU COMTE CAPO D'ISTRIA
Argos, 8-20 août 1826.
.…… Tout mon désir serait de me trouver le plus près possible de vous, maintenant que vous êtes à la veille de recevoir des nouvelles d’un si haut Intérêt. Vous savez déjà les causes qui ont donné lieu au départ de l'amiral Rosamel. Le général Trézel me les a apprises. D'après ses renseignements, l'armée russe ayant occupé sans difficulté Andrinople, s’est mise en marche sur la capitale, aussi s'attendait-on à unsoulèvement général. En prévision de cela, M. Rosamel s’est hâté de se rendre à Smyrne pour protéger les sujets français.
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DU GÉNÉRAL AIDE-DE-CAMP, COMTE DIEBITSCH, DES BALKANS, COMMANDANT EN CHEF DE LA DEUXIÈME ARMÉE, AU COMTE HEYDEN
Andrinople, 20 août 1829.
Après le passage du Balkan par l’armée que l'Empereur m'a confiée, les succès de nos armes se sont étendus jusqu'aux portes d’Andrinople où je me trouve depuis le 8 dece mois, ayant à Kirk-Klissa un corps détaché dont les postes occupent Acioulebourgaz et le village de Vounar sur la route de Viza. Toutes les villes riveraines du golfe de Bourgas, ainsi que Vasilko et Aiatéboi, sont occupées par nos troupes, et enfin, le 8, l’amiral Greigh s’est emparé d'Inadia. Dans cet état de choses, l'Empereur voulant que je me mette au plus tôt en communication avec Votre Altesse, j'ai ordonné au quatrième régiment des uhlans du Boug de se rendre d'ici à Énos avec quatre pièces d'artillerie à cheval sous le commandement du général-major Sievers. Mon aide-decamp le capitaine de cavalerie de la garde,Moukhanoff, et le capitaine en second de la flotte,
Schtcherbatcheff, qui accompagnent le détachement vous remettront une dépêche du comte Nesselrode jointe à la présente. Comme Votre Altesse le verra en prenant connaissance de cette dépêche, la volonté de l'Empereur est que, si les circonstances me forcent à poursuivre les opérations offensives contre Constantinople, la flotte placée sous vos ordres se conforme à mes instructions et, à partir de ce moment, passe tout à fait sous mon commandement. Toutes les probabilités font supposer que le sultan ne poussera pas les choses jusqu'à cette extrémité, car, depuis le 46 de ce mois, les plénipotentiaires de la Porte Ottomane se trouvent à mon quartier général pour traiter de la paix. Si toutefois, dans ces pourparlers, je remarque la moindre intention de gagner du temps par des délais, je n’hésiterai pas à reprendre aussitôt une offensive énergique et alors je ne manquerai pas d'en communiquer le plan général à Votre Altesse, afin qu'elle puisse y coopérer de son côté. Pour atteindre ce but important, voici ce que je:
propose. Présumant que la partie de la flotte avec laquelle vous avez marché contre les forces navales turques est déjà revenue dans
l'Archipel, je prie Votre Altesse de se borner pendant les négociations actuelles, à la réunir à la flotte du contre-amiral Ricord à l'entrée des Dardanelles. Veuillez, en même temps, détacher soit un ou deux bricks, soit d’autres légers vaisseaux, à votre choix, pour croiser constamment autour du golfe d'Énosetobserver les côtes. Si un signal apparaît sous le pavillon impérial, ce sera l'indice d’un changement survenu dans les circonstances.
DU COMTE CAPO D'ISTRIA
Nauplie, 28 octobre-7 novembre 1829.
La nomination de Votre Excellence au commandement des forces navales qui doivent rester dans l’Archipel constitue un nouveau bienfait, et je ne manquerai pas de déposer aux pieds de l’'Empereur l'expression de ma reconnaissance. La bataille de Navarin a commencé l’œuvre de la restauration de la Grèce. Maintenant qu'il s’agit de l’achever, à qui, sinon à vous, amiral, Sa Majesté Impériale pouvait-elle confier l'accomplissement de ses magnanimes desseins? Quant à moi, j'en suis heureux. .
Il reste encore beaucoup à faire; l'ambassadeur de France s'occupera, conjointement avec M. de Ribeaupierre, de cette tâche grande et difficile... Mais ils auront beau presser les Turcs, les négociations traîneront en longueur eton ne pourra pas arriver vite à une solution positive. Jusque-là, il faudra s'’armer de patience et préparer la voie aux chosesréalisables dans l’organisation future. Le gouvernement y réussira, si on ne le laisse pas sans secours pécuniaires et si, d'un autre côté, on ne le paralyse point par de mesquines intrigues.
Mais celles-ci continuent à présent plus que jamais! La malveillance essaye de profiter du départ des troupes françaises pour exciter les Rouméliotes à un nouveau soulèvement, elle n'abandonne pas non plus l'espoir de décider les Maïnotes à reprendre leur ancien métier.
Vous connaissez Raïko, Comte. Ge n’est pas un alarmiste et je ne puis assez me louer des capacités, du zèle et du dévoûment dont il a fait preuve, surtout depuis qu'il commande à Patras. Je vous envoie ci-jointe une copie de sa dernière lettre. Je partage si complètement le désir dont elle est l'expression que je me proposais de vous en parler à notre première
rencontre. Mais comme je ne sais pas au juste quand je pourrai quitter Nauplie et que le départ des Français commence le 45 novembre, je ne permets de vous écrire à ce propos.
Le général Schneider m'a informé qu'il avait recu l'ordre d’évacuer les forteresses de la Messénie, que la moitié de sa brigade partirait le 45, et le reste dans un mois.
Cet événement produira une forle impression et je crois qu'il serait tout à fait nécessaire de le prévenir par l'établissement d’une station navale ayant sous sa surveillance non seulement les eaux de Patras, mais aussi celles de la Grèce occidentale. On prescrirait au commandant de se tenir en constants rapports avec le mien à Lépante et avec le colonel Raïko. La seule apparition de cette force navale suffirait pour retenir dans le devoir des hommes que des tentations de diverses sortes induisent à mal faire. On pourrait changer chaque mois le personnel de la station, et j'ose penser que ce service ne serait pas préjudiciable aux équipages; quant au pays, il y gagnerait infiniment sous tous les rapports dans le présent et dans l'avenir. Le comte
Parine vous écrira officiellement à ce sujet, et moi-même je n’attends que votre réponse pour m'adrasser à M. le vice-chancelier.
Vous trouverez encore ci-incluse, Comte, une lettre concernant les cartouches que vous m'avez offertes avec tant d'empressement; je les recevrai avec une sincère reconnaissance. Je suis aussi très touché de la considération que votre Excellence, me témoigne en me demandant mon avis au sujet de l’Aélène. Je désirerais moi-même connaître l'avis du bon capitaine Épantchine, mais jusqu'ici je n'ai pas eu une minute de liberté pour causer avec lui; j'espère le faire incessamment.
M. Paparigopoulo vous remettra cette longue lettre. Je me charge de son affaire et je l’arrangerai le mieux possible.
Recevez, etc.
(Autographe.) Le comte Nesselrode et le comte Diebitsch ne me laissent pas ignorer tout ce que la Grèce doit et devra aux largesses et à la sympathie de l'Empereur. Je profiterai du retour des aides-de-camp du feld-maréchal pour écrire à l’un et à l’autre, et peut-être oserai-je aussi placer sous les yeux de l’Empe-
reur un court rapport ainsi que l'expression de ma reconnaissance pour votre nomination.
Je vous renouvelle, cher Amiral, l'assurance de mes sentiments affectueux.
DU COMTE CAPO D'ISTRIA (Confidentielle.)
Nauplie, 10-22 novembre 1829,
.. D'après les paroles du comte Panine, la frégate (elle n’est pas nommée dans la lettre) mettra à la voile dans deux ou trois jours. Je le désire vivement, surtout pour faire comprendre aux Spartiates qu'en cas de besoin, nous pouvons venir à bout d'eux. Il serait fort utile que la frégate s’arrêtât en vue de Calamatta, ne füt-ce que vingt-quatre heures. De mon côté, j'écris à ce sujet aux membres du gouvernement, et j'espère que l'apparition de la frégate produira un effet bienfaisant.
Comme j'ai déjà eu l'honneur de le faire savoir à Votre Excellence, les frères du sénateur Mauromichalis Pétrobeï se sont attribué arbitrairement l'autorité gouvernementale et percoivent à leur profit tous les revenus de la
contrée. Nos bons amis leur persuadent qu'ils font très bien, attendu que le gouvernement actuel est maintenant à la veille de plier bagage. .
DU VICE-AMIRAL DE RIGNY
(£'xtrait.) A l'ancre près de l'île de Milo, 30 décembre 1829.
Cher Amiral,
On dit que l’empereur Nicolas a approuvé les modifications au protocole du 22 mars, qui accordent aux Grecs un peu moins de territoire, mais un peu plus d'indépendance. En cela consistait aussi mon système, si tant est que dans les affaires d'ici on puisse se tenir à un système quelconque.
Chez nous, à Paris, on est à la veille d’une nouvelle crise ministérielle qui même a déjà commencé par le fait de la démission de La Bourdonnaye.
DU COMTE CAPO D'ISTRIA
Sflamine, 21 jauvier-2 février, 1830,
Excellence, .
Je remets ces lignes au commandant de l’'Okhta, pour vous remercier encore une fois, Monsieur l'amiral, des importants services qu'a rendus le séjour de votre brick dans les eaux de Salamine. Sa présence a produit un excellent effet; 1l a même sauvé la caisse militaire. Voulant vous devoir la prolongation de ce double service, Je prie le commandant de J'Alexandre Newsky de rester encore ici dix ou quinze jours.
Hier six nouveaux bataillons ont prêté serment et recu des drapeaux. Les soldats et les officiers ont montré, à cette occasion, un excellent esprit, et leur tenue se trouve être aussi satisfaisante que le gouvernement pouvait le désirer. Plusieurs corps francs ont demandé à être versés dans l’armée régulière. Avec le temps, nous trouverons moyen d'utiliser ces bonnes dispositions.
DU COMTE DE RIBEAUPIERRE (Confidentielle.\
(Sans indication de date ni de lieu d'origine.)
Permettez-moi, Comte, de vous parler avec la franchise qui a été la règle de nos premiers entretiens. Cette franchise est dans mon caractère, et il m'a semblé que vous l’approuviez.
Nous sommes voisins l’un et l’autre, et pourtant nous vivons comme si nous étions séparés par tout un monde. Nous servons le même prince, les mêmes intérêts nous sont confiés ; les mêmes sentiments devraient nous animer, et, malgré cela, il nous est impossible de nous voir.
Vous aviez promis de me faire visite à Paros et je comptais tellement sur cet engagement pris par vous que, n'ayant pas d'occasions fréquentes ni sûres de vous écrire, j'ai dû ajourner, jusqu'à notre entrevue, des explications exigées par le bien du service et qui de jour en jour deviennent plus nécessaires. Lors même que J'écrirais des volumes entiers, je ne vous raconterais pas tous les détails qui peu-
vent être épuisés en une heure de conversation. L'affaire seule de Candie, par exemple, donne lieu à une telle multitude de considérations diverses que, malgré les lettres que j'ai eu l’honneur de vous adresser plus d’une fois, elle ne vous est peut-être pas encore suffisamment connue. Il se peut que vos collègues soient dans cette affaire aussi peu scrupuleux que les miens. Dans vos mains se trouvent des ordres qui vous ont été apportés par le capitaine Lazareff et notamment une dépêche du 14 août. Pourtant, dans votre lettre du 22, vous ne me dites mot ni de votre départ, ni des dernières intentions de la cour, ni du genre (ce mot est souligné dans l'original) de satisfaction que vous avez exigé du pacha de Candie. Le silence que vous gardez, Comte, me laisse ignorer si vous vous êtes expliqué ou non avec messieurs les amiraux au sujet des dernières dispositions prises, et si je dois ou non m'expliquer sur le même sujet avec messieurs les ambassadeurs.
Enfin la dernière lettre que vous avez bien voulu m'écrire, me met dans un cruel embarras. Le capitaine Sytine a recu l'ordre de vous trouver soit à Navarin, soit à Malle, et vous l'envoyez ici pour prendre mes dépèches et
celles du comte S. Cependant ces dépêches sont trop importantes et trop pressées, pour que je puisse me résoudre à en remettre l'envoi à une époque indéterminée. J'avais fait proposer au capitaine Sytine d'aller droit à Ancone, dans le cas où il ne trouverait pas Votre Excellence à Navarin, mais bien qu'ilait quitté
Malte depuis douze jours seulement, il a ré-
pondu qu’il n'avait de vivres que pour deux ou trois semaines. IL m’a donc été impossible de profiter de cette uccasion, et je me vois forcé de confier mes dépêches à un navire étranger !
La seconde moitié de cette longue lettre est, par le ton comme par l'esprit, tout à fait conforme au fragment cité ci-dessus. Le comte de Ribeaupierre relève avec intention les moindres manquements commis par les officiers de l’escadre du comte Heyden et il en conclut que celui-ci semble lui-même éveiller chez ses subordonnés « un sentiment de défiance à l'égard du ministre plénipotentiaire de son souverain !.... »