La bataille de Saint-Quentin, 1557 [microform]
Relatif à la bataille de Saint -Quentin , dite de Saint Laurent, et au siège (1557).
M. le Rédacteur en chef du Vermandois,
Voici la communication que je vous avais promise.
Ambroise Paré, le célèbre médecin d'Henri II, ne s'est pas trouvé à la bataille de Saint Laurent, en 1557, ainsi qu'on pouvait le croire d'après quelques indices; ses œuvres ne contiennent pas comme pour les batailles et sièges d'Hesdin, Amiens, DouUens, Metz et autres villes, un récit curieux et détaillé des péripéties de cette campagne, si funeste à la France (A). Mais à défaut de cette narration, qui eût été fort intéressante, sans doute, pour vos lecteurs, permettez-moi d'offrir à votre revue le récit naïf, et qui n'est pas non plus dépourvu d'intérêt historique, fait par l'illustre docteur, de la mission qu'il a rempUe à La Fère, aussitôt après le siège de Saint-Quentin. Voici comment Ambroise Paré s'exprime à ce sujet.
(( Après la bataille de Saint-Quentin, le roi m'envoya à La Fère en Tardenois, vers Monsieur le Maréchal de Bourdillon, pour me faire donner passeport par le duc de Savoye , pour aller penser
Monsieur le Connestable, qui avoit esté grandement blessé d'un coup de pistolle au dos, dont il cuida mourir, et estoit demeuré prisonnier entre les mains des ennemis. Mais jamais le duc de Savoye ne voulut consentir que j'allasse vers ledit Seigneur le Connestable, disant qu'il ne demeureroit sans chirurgien et qu'il se doutoit bien que Ton ne m'y envoyoit pas seulement pour le penser, mais aussi pour luy bailler quelqu'advertissement , et qu'il sçavoit que je sçavois bien faire autre chose que la chirurgie, et qu'il me connoissoit pour avoir esté son prisonnier à Hesdin (B). Monsieur le Maréchal de Bourdillon advertit le roy du refus qu'avoit fait le duc de Savoye. Au moyen de quoy Sa Majesté écrivit audit Seigneur de Bourdillon que si Madame la Connestable envoyait quelqu'un de sa maison qui fust habile homme, que je luy baillasse une lettre, et que verbalement j eusse aussy à luy dire de bouche ce que le roy et Monsieur le cardinal de Lorraine m'avoient donné charge. Deux jours après il arriva un valet de chambre dudit sieur le Connestable, qui luy portoit des chemises et autres linges, auquel mondit Seigneur le Mareschal fit donner passe-port pour aller vers ledit Seigneur connestable. Je fus fort joyeux, et lui baillay ma lettre, et luy fis sa leçon de ce que devoit faire son maistre estant prisonnier. Je pensois estant deschargé de ma légation, m'en retourner vers le roy. Mais ledit Seigneur de Bourdillon me pria de demeurer à La Fère avec luy, pour penser un bien grand nombre de blessez qui
s'y estoient retirez après la bataille, et qu'il rescriroit au roy la cause de ma demeurance que je fis. Les playes des blessez estoient grandement puantes, et pleines de vers, avec gangrené et pourriture, tellement qu'il me fallut jouer du couteau, pour emporter ce qui estoit gasté, et ne fus sans couper bras et jambes, et aussi en trépaner plusieurs. Or, on ne trou voit aucun médicament à La Fère, parce que les chirurgiens de notre camp avoient tout emporté. Jo descouvry que le chariot de l'artillerie estoit demeuré à L i Fère, et n'y avoit-on encore touché. Je dis audit Seigneur le Mareschal qu'il me feist délivrer un<' partie des drogues qui estoient dedans : ce qu'il faict, et m'en fust donnée la moitié seulement, pour une fois, et cinq ou six jours après il me fallut prendre tout le reste, encore n'y en avait-il pas à moitié pour penser le grand nombre des blessez : et pour corriger et arrêter la pourriture, et tuer les vers qui estoient en leurs playes, je les lavais d'Egyptiac dissoult en vins et eau-de-vie, et leur faisois tout ce que je pouvois : mais nonobstant toutes mes diligences, il en mourut beaucoup (C).
Il se trouva à La Fère des gentilshommes qui avoient charge de trouvor le corps mort de Monsieur de Bois-Dauphin l'aisné, qui avoit esté tué en la bataille : ils me prièrent les vouloir accompagner au camp pour le choisir, s'il étoit possible entre les morts ce qui estoit impossible, attendu que les corps estoient tous enfondrez par pourriture et desvisagez.
Nous veismes plus de demie lieûe autour de nous, la terre toute couverte de corps morts, et n'y demeurasmes guères pour la grande puanteur cadavéreuse qui s'eslevoit des corps, tant des hommes que des chevaux : et croy que nous fusmes
quantité de grosses mouches, qui s'estoient procrées de l'humidité des corps morts, et de la chat leur du sdeil, ayant le cul verd et bleu qu'estant eu Pair elles faisoient ombre au soleil On les voyait bourdonner à grand merveille, et croy que c estoit assez pour causer la peste au lieu où elles s assn-ent. Mon petit maistre, je voudrais qu'eussiez esté là comme moy, pour discerner des odeurs et pour aussi en faire rapport à ceux qui n'v ont' este. Or m'ennuyant fort en ce pais il. Je pH Monsieur le Mareschal de me donner cLgé de m en aller, et auois peur de demeurer malade pour le trop grand travail et puanteur des blessez qui mourroient quasi tous, quelque diligence quL peut faire. II feit venir des chirurgiens pour TJachever à traicter les blessez, et m'en allai avec sa bonne grâce. Il escriuit une lettre auroy, de la dihgence que javois faict avec les pauvres blessez. Puis je m en revins à Paris, où je trouvai encore beaucoup de gentils-hommes qui auoient ^ blessez, et s'y estoieat retirés après la bâta lie ,