NOTES
On sait ce que la ville de Saint-Quentin, en particulier, a souffert pendant la guerre de 1557 : investie par une armée nombreuse , composée d'Espagnols , de Flamands , d'Allemands, d'Anglais et d'Ecossais, sous les ordres de Philibert de Savoie , qui commandait au nom du roi d'Espagne, Philippe II, la capitale du Vermandois succomba le 23 Août, après une lutte héroïque. Elle ne put être sauvée, dit Fouquier-Cholet , ni par la bravoure du connétable de Montmorency , ni par la renommée de l'amiral Goligny , ni par la témérité de son frère, ni par le dévouement de la noblesse, ni par l'intrépidité de ses habitants.
Le patriotisme des Saint-Quentinois en face de l'étranger n'a pas dégénéré : la dernière guerre l'a bien prouvé !
LivTée au pillage des soldats victorieux, la ville et les habitants ont cruellement souffert. « On a trouvé dans la ville de si grandes richesses que l'on n'ose y croire ni les décrire. » Voilà de quoi se vantaient les ennemis au moment môme de leur invasion, dans un écrit du temps. {Newe Zeytung , plaquette gothique de 4 ff. in-4<\)
Les auteurs de cet écrit avouent le résultat du pillage , mais ils se gardent bien de raconter leurs barbares exploits, dans ce sac de la ville : ils disent : « Les Espagnols et les Anglais entrèrent dans la ville et accomplirent au mieux ce qu'ils avaient à faire. »
Ce qu'ils avaient h faire ! C'est-à-dire piller et détruire !... Quelle horreur !
II faut dire cà la décharge du roi d'Espagne que c'est malgré ses ordres que le pillage et les violences ont eu lieu : c'est du moins ce que prétend Fouquier.
C'est à une jeune dame habitant la capitale du Vermandois, qu'est due la traduction de la plaquette Allemande que nous
venons de citer , ainsi que celle de deux autres opuscules relatifs tant à la bataille de Saint-Laurent, (nom qui lui fut donné parce qu'elle avait eu lieu le jour consacré h ce Saint) qu'au siège de Saint-Quentin. Ces trois traductions, lues à la Société Académique de Saint-Quentin, ont été réunies en une brochure éditée avec luxe, portant le titre suivant : La bataille de Saint-Laurent et le siège de Saint- Quentin en 1m1, traduits de V Allemand par iV/^e Georges Lecocq, Saint-Quentin, 181 A ; 25 pages in-8% sur papier vergé de Hollande. (Tirage à 100 exemplaires.)
Plus d'une fois nous avons rendu hommage en divers écrits, notamment dans V histoire des Cocardes^ aux dames de Picardie, pour la i)art qu'elles ont prises à maints exploits guerriers.
Ne doit-on pas louer aussi celles qui mettent la main à la {»lume dans un but aussi utile (jue celui (jui consiste à fournir à leur pays des documents historiques? Honneur aux dames qui emploient ainsi leurs loisirs.
Le docteur Paré n'était [n\s seulement habile en médecine et en chirurgie , il était expert en l'art d'obsener et de négocier, et plus d'une fois le n>i Henri II, et divers liauls i»ersonnages l'ont chargé de missions assez délicates. C'est ainsi qu'il nous raconte sans détours par ((uels moyens il put pénétrer dans Metz, investi en 1552, comment, étant prisonnier de guerre à Hesdin, en 1555, il « prenoit garde que fai.soient nos ennemis » et à son retour de capti^ité, il ne manqua pas d'en informer le roi , son maître, vers lequel il se rendit, à Ausi)no}i. Quelle est cette localité ? Paré déclare que , pour s'y rendre, il prit la puste à Abbevillc, jusqu'où M. de Vaudeuille, i)ar reconnaissance de ce qu'il l'avait guéri, le fil conduire avec un passe-port, par une trompette.
Homme de science par excellence, Ambroise Paré ne croyait pas aux remèdes surnaturels ou empiriques, c'est ainsi qu'il se moqua fort d'un imposteur, qui pendant le siège de Metz, prétendait guérir le chevalier de Magnane , d'une rupture de la jambe, par le moyen d'une ceinture, avec certaines paroles, sans appareil chirurgical.
La vttle de Metz soulTrit beaucoup de ce siège , mais ello triompha cette fois des ennemis (jui l'assiégeaient, cl Auparavent nous rendre à la mercy des ennemis , dit Paré , auions délibéré de manger les unes, mulets, chevaux, chiens, chats et rats, voire nos bottes et collets, et autres cuirs qu'on eust pu amollir et fricasser, (tristes ressources dont les exemples ne sont pas rares en cas de blocus), et en même temps de se défendre par tous les moyens. »
Il n'est pas jusqu'aux femmes qui devaient prendre part à la lutte, en jetant plomb fondu, huile bouillante, chaux vive, meubles, pavés, dits : Miches de Saint Etienne.
Ambroise Paré, tout prisonnier qu'il était, avait refusé ses services à l'Empereur et au duc de Savoie , (jui l'aurait envoyé aux galères, si M. de Vaudeuille , gouverneur de Graveline, n'avait obtenu qu'il lui fui remis , pour le traiter d'un ulcère h la jambe. « Je n'avais, dit le docteur Paré, nulle envie de faire service aux étrangers et ennemis de ma patrie. » C'est mû par cette crainte de servir les étrangers , qu'au siège d'Hesdin, pour ne pas être reconnu comme médecin parmi les prisonniers, il s'était gri;né en ramoneur de cheminée. Mais on vient de voir que cette précaution fut inutile.
On a beaucoup discuté sur la question de savoir si Paré était catholique ou huguenot , ce qui n'a jamais été bien éclairci. En tout cas il y a un fait certain , c'est qu'en plusieurs de ses écrits et dans la partie de ses œuvres que le célèbre docteur intitule Apologie et Voyages, il manifeste des
sentiments religieux qui ne peuvent être répudiés ni par les catholiques ni par les protestants. Après les relations du siège d'Hesdin, notammenl, il témoigne sa joie « d'estre loing des soldats blasphémateurs et renieurs de Dieu. »
Il parle souvent dans ses récits de sa croyance en Dieu, de sa foi dans la prière, « Je le pensay et Dieu le guarit; (1) Dieu bénit mon œuvre; il guérit par la Grâce de Dieu; (2) » sont des expressions ferventes dont se sert fréquemment le docteur.
A propos de son voyage de Flandres, et des soins qu'il fut appelé à donner au marquis d'Auret, dangereusement blessé, il dit : « après avoir vu le malade, je priai Dieu qu'il me fist ceste grâce qu'il guarist et quil benist nos mains et les médicaments. »
(1) Le comte de Mansfeld, blessé à Montcontour 15(Ki.
(2) Cassompierre, blessé à la môme bataille.
Amiens, 2:^ Mai 187i.
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