Hérodote, VU et VUl passim
étaient déjà allés à Troie à bord de 1,100 navires, ce qui ne saurait nous surprendie, puisque environ cinquante petits états grecs armaient à celle époque, où la seule voie importante était la mer.
Coml)ien nombreuses aussi étaient au moyen âge les flottilles armées par Venise, (icnes, ou Pisc, et, en général, les Hottes de galères? En etTet, on ne s'attend pas aujourd'liui à une bataille rangée de cinq cents navires comme à Lépante en ir571. Cependant, vus de près, ces grands chilTres sont moins eiïrnyants. Un contre-torpilleur de 1,300 tonnes a sept fois le déplacement d'une réale et vingt-cinq fois dune trière du v' siècle. Les 103 vaisseaux de ligne que la menace de Boulogne obligea l'.Vngleterre à tenir constamment sur mer les premières années du xix*" siècle, atteignaient un déplacement total de 400,000 tonneaux ; nous ne comptons pas les frégates. Les Hottes mêmes de la petite Hollande, au temps des Ruyter et des Trorap, étaient en fait de tonnage beaucoup plus considérable que les grandes flottes à rames qui ont illustré Salamine, Ecnome et Lépante.
Les concentrations annuelles de la flotte britannique en vue de manœuvres * peuvent nous démontrer combien injustifiée est la frayeur que nous inspirent les chiffres de ces flottes d'apparence si formidable dont nous parle Hérodote. Elles n'ont que la richesse du nombre, mais le déplacement des unités est réellement dérisoire. Les 346 navires anglais qui se sont réunis l'été dernier dans la Manche et le George's Channel, à savoir 41 dreadnoughtset superdreadnoughts, 32 croiseurs de bataille, 40 croiseurs protégés, 160 destroyers, 40 sous-marins, représentent un déplacement total de 1,600,000 tonneaux. Comment comparer à celte flotte formidable le total infime de 4.'), 000 tonneaux tout au plus de la flotte de Xerxôsà Salamine? Ce n'est que le déplacement de deux cuirassés d'escadre. Il n'existe qu'un seul point sur Ictjuel la maiine antique l'emporte : c'est le chiffre des équipages. (iCttc grande flotte bri-
1. Ces lignes étaient érritcs avant la guerre actuelle qui provoqua la mobilisation (lo forces navales beaucoup plus considérables.
tannique de la Manche était monle'e par 50,000 hommes ; la flotte grecque des guerres médiques par 80,000, celle de Xerxès par 240,000! C'était une nécessité imposée par la nature du propulseur.
Il ne faut pas trop s'extasier devant les chiffres des armées navales des anciens, et se laisser entraîner à des modifications arbitraires '.
L'importance des armements du grand roi s'explique aisément pur les moyens immenses que lui procuraient les provinces marilimes de l'empire. Diodore trace en traits expressifs le tableau des préparatifs de Xerxès : « Des ordres, dit-il, ont été donnés pour que les constructions navales fussent commencées simultanément sur tout le littoral soumis au
l. Pour voir de quelle manière on combat les chiflrcs trilérodote, et de quelles exagérations est capable une critique par trop méticuleuse, il sutlit de lire les considérations de M. Beloch, sur l'authenticité de ces chilires, dans son livre Die Devolkerung der fjriechisch-rôinischen Well, Leipzig 1886, ouvrage très consulté d'ailleurs sur les questions de statistique et d'économie politique du monde ancien. D'abord l'auteur est obsédé de l'idée qu'Hérodote invente de toutes pièces des chifl'res pour expliquer le nombre des vaisseaux que lui donne la tradition. Ainsi (p. 508 et suiv.) dans les j;{ navires ayant renforcé les Athéniens aussitôt après le premier combat d'Artèmision, il voit une manière de compléter le chillre de 200 que latradiiion attribuait aux Athéniens à la bataille de Salamine, à savoir, 121 expédiés primitivement par Athènes, 20 aux équipages chalcidiens, o3 de renfort = 200. Quant au chiH'rc de 380 vaisseaux ayant participé à la grande bataille, M. IJeloch le voit composé de deux chiffres ronds, c'cst- • à-dire 180 vaisseaux athéniens et 200 du reste des confédérés. Do ce dernier chiffre, de la tradition 200, — qui d'ailleurs est erroné, Ilérudole citant 198, et ne comprenant pas, dans son catalogue de Salamine, les deux transfuges Lemnieii et Tenien, — le détail, selon M. Beloch est de l'invention de l'historien. Hérodote donne toujours et partout, dit-il, des chiffres ronds : 1, o, 7, 8, 10, 12, IS, 16, 18, et, à partir de 20, il ne donne plus que des multiples de 10. Mais ce chiirrc 127 n'est pas un multiple de 10. M. Beloch y voit une exception I
M. Beloch veut de toute façon démoutrer quant au nombre de navires grecs, que la vérité se trouve dans le chiffre d'Eschyle : 310. Pour préciser, il donne 110 navires aux Athéniens et 200 au reste des alliés. Mais, justement, Hérodote, pour corriger ce chiffre, dicté par le désir d'exalter la vaillance grecque, en grossissant la différence numérique des deux armées, se donna le labeur, en historien consciencieux qu'il est, de chercher et trouver les chiffres précis et officiels des Irières chez les villes ayant participé à la lutte. 11 en a fait de même pour les pentécontères qu'il chifire : 5 pour Locride, 2 pour Céos, 1 pour Kythnos, sans viser à aucune sorte de chiffres ronds ou carrés.
LKS CHIFFRES 127
grand roi ; en Egypte, en Phénicie, à l'île de Chypre ainsi qu'en Cilicie, Pamphylie, Pissidique, et encore en Lycie, en Carie, en Mysie, en Troade et dans toutes les villes de l'Hellespont, de la Bylhinie et du Pont, on ne faisait autre chose que construire des trières '. Tous ces rivciges florissants et riches, étaient couverts de ports, de chantiers, de populations maritimes et ce n'est pas un miracle qu'ils aient pu mettre à la mer une flotte militaire de 45.000 tonneaux de déplacement, à laquelle s'ajoutaient les innombrables flottilles de transports, formées des olcades et des hourques, qui desservaient les villes de cet immense littoral. Le grand nombre des navires de guerre dont Xerxès disposa ne doit pas nous étonner, puisque Athènes, dans ses beaux jours, tenait constamment prêtes, dans ses ports, presque quatre cents trières, malgré les faibles subsides de Ta ligue maritime à laquelle elle présidait et qui en fait étaient loin d'être comparables aux richesses des contrées maritimes de l'empire perse. On pourrait établir la même comparaison entre le trésor royal de Suse et celui de l'opisthodome du temple d'Alhéna -. Pendant la guerre même, si Corcyre, la Crète et Syracuse deGélon étaient venues au secours de Sparte et d'Athènes, la flotte de trières grecques aurait presque atteint 800 unités \
De tout temps les flottilles à rames ont cherché à suppléer par le nombre à la faiblesse des unités dont elles étaient composées. L'empereur Léon envoyait contre les Vandales, Basiliscos à la tête d'une flotte de mille cent trente navires *. Bélisaire marchait contre ces mêmes Vandales, l'an o34 de notre ère, avec 100 dromons et oOO stratiotides ^ . En 648, Moaviah