‹ La bataille de SalamineChapitre 136 sur 325 · Hérodole, VIII, s · texte numérisé non relu

Hérodole, VIII, s

bousculant pardessus bortl, s'emparent da vaisseau athénien. Donc tout à fait comme plus tard, dans les combats des vaisseaux à voile, où souvent une salve des fusiliers balayait le pont ennemi, le proparant à l'abordage, les Samothraces se servirent ici de leurs javelots avec un égal succès ».

Il nous semble qu'à Salamine les armes d'attaque et de

^fense des épibates n'élaient pas assez supérieures d'un côté

[pu de l'autre, pour donnerjine issue décisive au combat; mais

! j)artout où les divisions de l'abordage venaient aux mains,

i l'avantage restait aux hoplites.

Pour manier la rame, comme [)0ur les Iroupes légères, il fallait recourir aux éléments inl'érieui-s de la population, car rhoplite dédaignait le travail servilc de la cliiourme. C'était dans des cas exceptionnels que l'épibate mellail la main à la rame; cet équipage à double fonction prenait le nom d'aÙTôpsTai « lameurs eux-mêmes ». Cependant les Ihètes, les ilotes, les serfs de toutes sortes qui constituaient les Iroupes légères, aussi Vérétikon, les équipages des matelots, les corps de frondeurs ou d'archers, étaient également rompus à leur métier, car les guerres incessantes entre les villes les tenaient constamment en haleine. La cité antique était consciente, dans les heures troubles qu'elle vivait sans cesse, que non seulement la force prime le droit, mais que, hors de là, il n'y a plus de droit pour les peuples, pas même le droit à l'existence.

Matériel à part, il n'y avait pas dans l'antiquité grecque de limites nettement tracées entre armée et marine. Les institutions du présent ne parviennent pas à donner une idée de ce qui existait alors. A proprement parler, il n'y avait qu'une seule armée à double lin, servant inditféremmeut aux opérations sur mer ou sur terre, armée amphibie, les états-majors surtout. Les grandes roules de communication dans le monde grec, étant essentiellement maritimes, il n'était pas de stratégie possible dans un cadre exclusivement terrestre. Très rares sont les généraux qui n'ont pas alternativement conduit des opérations sur terre et sur mer. Thémistocle occupe la vallée de Tempe à la tète d'une armée, comme à Marathon il avait com-

battu en qualité de chef d'une division ou tribu. Aristide, à Marathon, à Salamino, à Platées, est général d'infanterie, mais à rileilespont et à lîyzance, il est amiral, et il en est de même de Cimon, de Nicias, de Démosthène, et plus tard de Ghabrias et de Timothée. Alexandre lui-môme conduit en personne sa tlotle à la victoire devant Tyr. La tlotic de Néarque, fameuse par l'exploration du golfe Persique, n'était qu'une division du conquérant macédonien, laquelle, après avoir fait toute la cainpcigne de l'Inde, se construisit des Iriacontères aux bords de l'IIydaspe et prit par l'Indus la route de la mer.

En dépit des moyens maritimes surabondants de la Grèce, on pourrait cependant observer avec raison, que ces gros contingents embarqués ne valaient pas des équipages exclusivement composés de marins de métier. Au temps delà marine de guerre à voiles, il n'était pas aisé à un peuple de créer une bonne et puissante marine militaire, sans avoir, pour la recruter, une forte et nombreuse marine marchande. L'éducation de l'homme de mer est longue et coûteuse, et aucun état n'aurait pu, à moins de s'imposer des sacrifices énormes, former et entretenir constamment le nombre de marins nécessaire pour garnir ses flottes au jour du danger. Cet apprentissage et cet entretien du matelot, le commerce et la pêche se chargeaient d'en faire les frais, et lorsqu'une guerre éclatait, les navires marchands et les barques de pêcheurs fournissaient à l'état des hommes accoutumés de longue main à supporter les fatigues et les dangers de la mer. Cela toutefois n'a pas trop d'applicalion à la marine à rames. Parmi les innombrables équipages d'une grande tlotte militaire à rames, l'élément réellement marin est à la vérité minime. Comptons plutôt. Dans une Hotte de cent trières, au v'' siècle, il y a bien 20.000 hommes d'équipage, dont 17,000 rameurs au moins, et 1,800 épibates. Ajoutons 200 triérarques, ce qui nous donnerait 19,000 hommes. Il ne reste donc (jue 1,000 hommes à répartir entre les capitaines ou pilotes, les kéleusles, les prorates, les timoniers, les gabiers, une dizaine tout au plus do véritables marins [)Our chaque unité, et nous disposons encore d'un excé-

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dent de cent triérarques, qui, d'ailleurs, n'étaient que des militaires '. Dans les galères aussi, les choses ne se passaient pas dillerenimcnt. Il n'y avait que très peu de véritables marins à bord. Les rameurs, forçats de toute provenance, étaient pour la plupart des terriens. C'est que dans les vaisseaux à rames, les galériens comme les thètes n'ont pas autre chose à apprendre qu'à ramer; c'est l'an'aire d'un apprenlissage relativement court. Les travaux à bord incombaient aux matelots ; quant à l'infanterie, les capitaines d'arquebusiers et leurs soldats embarquaient au dernier moment comme le triérarque et les épibates. Cervantes de Saavedra qui s'y connaît, donne de désopilantes descriptions de la vie commune des deux éléments si diiïérents qui composaient l'équipage des navires de guerre à rames.

Voici donc ce qui était des deux côtés, en ce qui concerne l'élément humain, c'est-à-dire les équipages qui, à bord d'un matériel à peu près identique, vont se trouver aux prises, après une série d'escarmouches et de combats, pour un suprême engagement dans les eaux de Salamine. Dans le camp grec, l'homogénéité, l'entraînement militaire, une longue et savante préparation des troupes, une exaltation des sentiments nationaux, un idéal déterminé, le but précis de ce que chacun des combattants cherche : l'indépendance du pays. Dans le camp perse, tout est disparate : langue, nationalité, sentiments, mœurs, armes; tout diffère, non seulement de navire à navire, mais dans le môme bâtiment entre i*ameurs et matelots, entre matelots et épibates, entre épibates eux-mêmes ; souvent le contraste est déconcertant. Le manque d'harmonie est au comble, grâce à l'idée dembarqucr une infanterie sûre pour maintenir dans la discipline une marine qui n'était pas sûre du tout. Car à la vérité, marine phénicienne à part, tout le reste suivait par crainte les vainqueurs de Ladé. Les Ioniens, pour la

1. Qii.-ial aux épibates, la vériti' est que ceux-ci, inêine dans la marine athénienne, n'étaient nullement censés avoir la moindre sorte d'expérience nautique ; ainsi (Hérodote, Vlll, 1 llXxTxih;, à-z:po: xr,; vrjTixf,; èô'm;, Tjvs-Vr.pouv To'st '.\Or,vxîoi; -ci; vix;.

plupart, appareillaient à regret contre la métropole ', et les Egyptiens contre ceux dont ils ne tarderont pas à solliciter le secours pour reconquérir leur indépendance, — et cela pour un despote contre lequel ils ressentaient une haine implacable, à cause de Tinsulte que Cambyse avait fuite à leurs dieux et des atrocités qu'il avait commises contre leur peuple. Le peu de confiance que Xerxès avait en ses équipages est une des raisons qui le déterminèrent à assister à la bataille de Salamine, afin de les retenir dans le devoir '.

La conclusion est facile. — Le moral de la flotte perse ne se trouvait pas au même niveau que celui de la flotte grecque, qui avait conscience d'ètie le bouclier protecteur de la patrie, du foyer, des dieux de la Grèce. Le résultat est à prévoir.

1. Hérodote, VIII, 10 : 'Ojo: ;x£v vjv tûv 'Iojvwv Tijav e-jvoot Tr,<j'. "EXItiTi, à^xovxé;

Xc èffxpaTe'jovTO.

2. Hérodote, VIII, 69 : xioî xaTaooça;, Tzpôi |j.àv E'jÇot'-ri a-^éa; è6£)iOxaxéei.v w; où •zcapsôvxoî aûxoû, xôxe ô: aùxôî irapsaiCcOajxo f^rj^axiQn vaLiij.iy^£ovxaî.

CHAinTHF: NT

Le haut commandement dans les aimées du grand roi. — La flotte répartie en trois grandes armées. — L'amiralissime. — Les commandants en chef perses et les chefs d'escadre indigènes. — Le haut commandement grec. — Le navarque Spartiate et les généraux des républiques confédérées. — Les deux grandes physionomies de cette guerre, Xerxès et Thémistocle. — Essai de reconstitution de l'ordre de bataille de deux flottes.

Une véritable supériorité des forces navales perses consistait en ce qu'une seule volonté dirigeait leur action. Le haut commandement avait toute la cohésion désirable, présidé qu'il était par le monarque lui-même, dont le titre, Ilepa-éwv ts xal Tiàs-Yi;; Tf^ç ri-KtlQO'j |3a(7iA£Ù;, exprimait si bien la puissance. Xerxès n'embarquant pas, — la revue de Dorisko.s fut une exception, — dirige la flotte par ses navarques, mais ceux-ci sont de simples exécuteurs de ses ordres, parfois minutieux, précisant le moindre des détails. A Salamine, il vient surveiller luimôme l'exécution des dispositions qu'il a prescrites, avis pris de son état major général, conseil com'posé de rois et de généraux '. Somme toute, il se réserve tout ce qui concerne la stra- •tégie, et ses amiraux ne paraissent disposer d'autre liberté que de celle d'appliquer la tactique de marche et de combat.

Les officiers généraux, commandants en chef des grandes divisions de l'armée navale des barbares, étaient : Ariabignc, fils de Darius, commandant la flotte composée des trières d'Ionic et de Carie ; Achéménès également, fils de Darius, chef de la flotte d'Egypte ; Préxaspès, fils d'Aspathinéos et Méga-

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