Cartault, op. c. p
LES FLOTTES API'ARF.TLLENT 199
caraclère; nous voyons par les discours du commandant son influence s'exercer sur ses soldais, et, l'action engagée, nous recevons tour à tour l'impression des sentiments divers, des alternatives de découragement et d'ardeur, par lesquelles [passent les combattants. Mais tout cela, il nous semble, n'est pas au détriment des faits dont la description est toujours exacte et très militaire. Les causes, môme d'ordre matériel, ne manquent jamais d'être signalées, qualité des navires, supériorité de l'armement, cllets de la discipline, tactique employée. Il n'y a donc pas lieu de penser que les liistoriens anciens insistaient sur les faits moraux en raison de ce que, dans le combat, tout dépendait de ceux-ci, la guerre n'étant pas encore une science. Action morale et action matérielle y avaient leur place, comme elles l'ont aujourd'hui et l'auront toujours, et les historiens anciens ont su nous les décrire toutes les deux d'une manière incomparable.
La flotte perse sortant des détroits, le passage des troupes eflcctué, et doublant la pointe méridionale de la Ghersonèse, se dirigea vers le golfe d'Enos pour aller tirer h sec ses navires sur la plage qui s'étend des deux côtés de l'embouchure d'Ebros, non loin de Dedeagatch de nos jours, et de la plaine immense de Dorisque où les colonnes de l'infanterie et de la cavalerie perses se massaient pour être dénombrées et passées en revue par Xerxôs. Les amiraux s'étant arrêtés là, suivant l'ordre du roi \ font calfater et rajeunir les coques en attendant le jour de la grande revue royale qui ne tarda pas à venir. Avec son talent descriptif, Hérodote nous peint la toile magnifique de la grande revue navale de Dorisque. La marine, aussitôt après la revue et le dénombrement de l'armée dans la plaine, lance ses trières du rivage à la mer. Xerxès met alors [)ied à terre et quitte son char jjour s'embarquer dans la rra/r sidonienne, dont on peut s'imaginer la beauté et le luxe. A bord, il s'asseoit sous un dais couvert d'ornements d'or. Heureux et puissant, il traverse les rangs des escadres
i. Hérodote, Vlll, 59.
■ion LES DEBUTS TRAC.IQUES
qui, à quelque dislance du rivage, se tiennent rangées en bataille. Le navire passe suecessivemenl sous la proue de toutes les trières ; le loi les examine attentivement, et s'enquiert du nombre des combattants et des chiourmcs, que les secrétaires enregistrent. Les auîiraux, faisant appareiller les trières, puis virer de bord, avaient mis en panne à une distance de quatre plèthres, — une encablure, 200 mètres à peu près, — du rivage, cap sur terre, en ordre de front, sonné le branle-bas de combat, et armé les épibates. Le grand roi, faisant route entre le rivage et l'armée, prolonge la ligne des pioues tournées vers la terre et passe en revue les escadres '. Déjà à Abydos où, assis sur le trône de marbre blanc, ofTeit par la ville, il suivit la joute, les régates, oii les Sidoniens furent vainqueurs, elles lui avaient montre la vigueur et l'adresse des cbiourmes et des kéleustes. De Doriskos, la flotte cingla vers le canal d'Athos, et doublant le reste des pointes de Ghalcidique, se dirigea sur Therma, après avoir embarqué des troupes auxiliaires de toutes les villes du littoral. A Tberma l'armée navale, 6 vauTuoç o-Tpaxô^;, la troupe maritime, comme l'appelle Hérodote, campe ^ sur les plages qui s'étendent des bouches d'Axios à la ville de Therma, pour attendre le roi. Xerxès à son arrivée, alla, à bord du navire sidonien, reconnaître lui-même les bouches du Pénée. Les équipages contenaient leur ardeur attendant l'avance des troupes, de la troisième armée surtout, commandée par Mardonius et Masistès, ayant reçu l'ordre de conccKter tous leurs mouvemenis avec la flotte qui longeait la côte. Toutefois les éclaireurs sont lancés en avant. Dix trières atteignent le groupe des Sporadcs où elles donnent la chasse à la grand'garde grecque composée de trois trières et croisant devant Skiathos. Lune de celles-ci, trière athénienne, traversant avec audace la ligne ennemie, s'enfuit derrière elle vers l'embouchure du Pénée, et avec la facilité que l'on sait le triérarque Phormos débarque son équipage et en forme une compagnie de marche qui se dirige vers le sud, après avoir tiré et abandonné le navire sur la côte à la