Eschyle, Perses. 249 el s
2. Breitung, Zur Sc/ilac/il hei Salamis, Neuo .lahrhi-, t. CXXIX ,1884). ■i. Eschyle. Persps, il.'î.
16 LKS SOURCES
pour toutes il iaiil s'enlendrc sur la valeur réelle du « témoin oculaire », en fait de batailles et d'opérations militaires, et réduire l'expression à son sens slricl. Des écrivains fort compétents, anciens officiers et anciens combattants, ont raconté le peu qu'ils ont vu des batailles auxquelles ils ont pris part. A la vérité que peut-on voir sur un champ de bataille où un pli de terrain couvre souvent des divisions entières? Que peut-on voir dans un combat naval, où un beaupré suffit à intercepter la vue des plus grosses unités?
« Il y était. » Mais qu'a-t-il pu voir, l'hoplite qui défendait la proue d'un navire? Il ignore ce qui se passe en poupe de son propre bâtiment, et ne voit devant lui que le vaisseau ennemi qui fonce. Môme avant le combat, son regard ne peut pas embrasser • l'ensemble des dispositions d'une armée navale ou d'une armée de terre. L'amiral Jurien de la Gravière, très compétent aussi en pareille matière, écrit avec raison quelque part : « Ce n'est pas toujours, — je tiens à le répéter, — des acteurs d'un drame qu'il faut attendre le récit le plus exact et le plus complet de l'événement auquel ils ont été mêlés. M. Thiers prétendait connaître beaucoup mieux que le maréchal Soult le siège de Gênes, où le maréchal cependant eut un rùle si glorieux. La Chambre, s'il m'en souvient bien, sembla lui donner raison. » Nousmêmes aujourd'hui, nous connaissons mieux la bataille de Lépante que ne l'a connue Miguel Cervantes, le glorieux mutilé de la « Marqueza », et la bataille de Waterloo avec Henry Houssaye mieux que l'empereur lui-môme.
D'ailleurs le témoin oculaire raconte les choses comme il les a vues. L'historien les rétablit telles qu'elles se sont passée&,. et cela se fait seulement après de longues recherches, avec la volonté de découvrir la vérité, et de décrire les faits avec exactitude. Les récits des témoins oculaires ne valent qu'après le triage de l'historien.
D'après l'amiral Borckenhagen \ « Eschyle soldat de Salamine fut, comme combattant, partout et prétend à juste titre à la
1. Adm. Borckenhagen, Salamis, Eine seekrieijsfjesc/ticlitliche Stuclie, p. 3 (Beilage zur Marine-Rundschaii, Deceniber-IIeft, 1910).
première place. Là où la liberté poétique n'entraîne pas trop sa plume, le tableau de la bataille porte l'empreinte de la vérité historique; mais il ne faut pas attendre de lui dans les détails une exacte description du combat. Toutefois, il faut admettre qu'aucun récit de cette bataille n'est acceptable, s'il ne s'accorde pas avec les grands traits donnés par Eschyle». Mais, à la vérité, ses traits sont si généraux et si vagues, et son récit si court qu'ils ne contredisent trop ni Hérodote, ni Ephore. Quant à l'opinion d'après laquelle le poète fut partout présent, dans la journée de la bataille, nous sommes trop sceptiques pour être du même avis, avec l'amiral, quand il s'agit d'un engagement de plus de mille navires, de la durée d'un jour entier, dans un détroit sinueux, avec un front de bataille de cinq kilomètres.
En somme, Eschyle a plus de valeur en répétant r/rosso modo tout ce que son époque savait et disait de la bataille de Salamine, que par ce qu'il savait comme témoin oculaire, si vraiment il le fut.