‹ La bataille de SalamineChapitre 215 sur 325 · Thucydide, m. 51, IV · texte numérisé non relu

Thucydide, m. 51, IV

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est du mont dcCyllène et au débouché d'une vallée, le torrent, gonflé par une pluie diluvienne, de courte durée pourtant, sortait en furieux de son lit, sautait par dessus les haies des vergers et des vignes, et courait vers la plaine, tandis que Zeus, que la bonne humeur rend volontiers badin, l'accompagnait de tonnerres apjtrohatifs, joyeux des écai'ts destructeurs de ce torrent, vieux fou mis hors de lui par les agaceries de loudée. L'orage passé, on voyait des blocs énormes de grès, des débris de tuf, des milliers de tonnes de terre et de sable quart/eux couvrant les champs près de la route qui mène du petit lac desséché de Kaissari à l'entonnoir gigantesque de Stymphalie. Toute la large bande verdoyante et heureuse qui couronne le littoral nord de la Morée est l'œuvre analogue des torrents qui descendent des contieforts du massif central du Péloponèse vers le golfe de Gorinthe. Dans le détroit de Salamine, cependant, les apports provenant des hauteurs qui bordent le canal ne sont pas considérables ; les coteaux qui couronnent les deux bords sont rocheux et d'altitudes modestes, par conséquent, les surfaces inclinées sont insignifiantes. Ce sera môme là une des raisons pour lesquelles Saint-Georges reste encore une île, le petit canal qui la sépare de la côte de Salamine n'étant pas encore comblé. Ainsi, il est à présumer que depuis le temps des guerres médiques, le détroit de Salamine ne s'est pas notablement rétréci. C'est pour toutes ces i-aisons que M. Goodwin peut maintenir cette opinion si judicieusement formulée dans sa première élude ' : « Le coup d'œil de terres et d'eaux que présente aujourd'hui ce théâtre d'événements mémorables, est essentiellement le môme que celui qui s'offrit au regard de Xerxès, lorsqu'il vint s'asseoir sur les flancs du mont Aegaléos ce matin de septembre 480 avant J.-C. »

Le schéma ci-contre donne l'idée de ce que la théorie de la transgression de la mer laisse du passage entre Aegaléos et Salamine le jour de la bataille. Faire pénétrer une flotte par ce fossé de deux stades à la faveur de la nuit, et à l'insu des ennemis postés si près, ne serait sans doute pas chose facile.

1. Papers of Ihe American Sclioul nf Class Stiid. al M liens. Vol. I.

ii'A) LA BATAILLE DÉCISIVE

La théorie trop hardie de la tiausgression de la mer favorise singulièrement la manière de voir de l'école qui exclut tout mouvement de la Hotte barbare dans le détroit avant la bataille '. Seulement l'histoire ne se fait pas ainsi, et elle a besoin de fondements autrement solides.

Enfin, malgré les divergences de théorie sur l'aspect général des côtes d'Attique et de Salamine aux temps classiques, et sur la largeur du détroit ; malgré les difficultés qui se présentent à propos de plusieurs localités dont les noms sont rapportés par les auteurs, mais que nous ne parvenons pas à identifier sur la carte, il reste heureusement assez de points topographiques reconnus, pour nous permettre de nous orienter dans le vague géographique créé par les distances des temps et l'éloignement des événements et par le manque de documents. Ces points peuvent nous mettre en état de suivre les mouvements et les dispositions des deux flottes avant et pendant la bataille.

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