DuncUci-, Gescinclile des Allei IIudus, IV, p. 703, IT
2. Lolling, Meerençje von Salamis , {Wislov . u. Phil. .Vufsiitze, etc., 1884), p. j.
cette île, dans toute la partie de Saronique qui se trouve entre Kgine, Salamine et le Pirée. Pour qu'on n'ait rien pu voir, ni même entrevoir ou soupçonner, il a fallu que non seulement la lune n'ait pas éclairé la nuit avant la bataille, mais que l'obscurité, — ^ô'jo;, yvô'^o;, le xvsœa^ d'Eschyle, — ait été si profonde qu'on ne pouvait y voir à deux pas devant soi. Si c'eût été le contraire, Hérodote n'aurait jamais dit que les Grecs supposaient les Perses encore à la môme place, où ils les voyaient, rangés en bataille, quelques heures auparavant, c'està-diie en face dos issues, sous Psyltalie. Seule l'obscurité complète pouvait les induire à cette erreur, en les empêchant de voir de la côte de Salamine, à deux portées d'arc de distance, les mouvements des escadres ennemies composées de plus de mille navires. S'il y avait clair de lune, on ne voit pas trop pourquoi les Grecs auraient eu besoin des navires venant du large pour apprendre qu'ils venaient d'être cernés. Si Xerxcs ne projetait pas de faire pénétrer la flotte dans le détroit à la faveur de l'obscurité, pourquoi attendait-il minuit? Croit-on qu'il n'y ait pas eu une raison à cela? Si les Perses manœuvraient à grande dislance du camp et du mouillage grecs, comme la veille, il n'y aurait pas grand besoin qu'Hérodote mentionne que tout fut exécuté en grand silence pour que l'ennemi ne les soupçonne pas '. Ceci combiné avec l'expression Ittsiô-^ èyivovTo aso-a-. vjxteç du VH!, 76, démontre que minuit et obscurité comme aussi le silence /urent les conditions indispensables du mouvement. Il n'y avait de nécessité à souligner le silence que si le mouvement s'exécutait dans le détroit et à proximité des Grecs. De même pour la durée des préparatifs, <( o-jo£v à7:oy.o'.jj.Y/JivT£; TcapapTÉovTo », car ils ne devaient pas simplement bloquer les issues, mais y pénétrer, et avec une lenteur prudente, et toutes sortes de précautions, aller prendre leurs postes de combat sous le mont Aegaléos, ce qui exigeait du temps.
Les habitués de ces parages savent bien ce qu'y est une nuit
I. lli'i'Oilole, VII, *6 : 'Knoiouv iï ïiyr, xaÛTa. l'o; \xr, ~uv6avoiaTO ol èvxvtîoi.
(le clair de lune ; tout resplendit. Celui qui débouche du canal de Corinthc pour conlourner Salamine, ou celui qui vient du large pour gagner, en côtoyant Eginc, le fond du golfe Saronique et le Piiée, a devant lui, par une nuit sereine, un spectacle inoubliable. Des falaises de Sunion au cap Skyllaeon, et aux cîmes de l'IIymelte et du lointain Pentelikon, la lune, promenant sur les cieux son profil argenté, inonde de clarté un immense panorama. La moindre embarcation est visible à de grandes dislancos, par une nuit de clair de lune; de la cote de Salamine, de ses hauteurs, on voit tout ce qui se passe sur mer jusqu'à Kgine, jusqu'aux rochers de Zoster. Ce devait être une nuit bien sombre celle qui précéda la bataille, sans quoi, ce fait devient inexplicable. Les confédérés ne soupçonnaient pas qu'ils élaient cernes, et ils croyaient les Barbares à la même place où ils les voyaient le jour '. 11 est clair donc que les Grecs, qui, des caps et des sommets de Salamine pouvaient voir très bien toutes les évolutions des Hottes ennemies, en étaient à présent empêchés par l'obscurité profonde de voir les navires perses, si nombreux qu'ils fussent. Il est donc certain qu'en celte nuit mémorable, il devait faire très noir. Profitant de cette obscurité, Aristide s'embarque sur un léger esquif, glisse à travers les rangs ennemis, et vient, lui, premier, annoncer à Thémistocle qu'on était cerné. On sait par Hérodote comment l'événement a eu lieu : la fameuse entrevue et la réconciliation momentanée de ces deux personnages politiques, sur lesquelles Plularque a tant brodé et avec tant de succès, dans ses vies d'Aristide et de Thémistocle, ne puisant, c'est évident, dans aucune autre tradition que dans le récit même rapporté par Hérodote.
Aristide sait bien qu'il apporte une bonne nouvelle à Thémistocle en lui apprenant l'investissement, et ses paroles après celles de Mnésiphile sont la preuve que pas un seul Athénien n'aurait pensé que la flotte d'Athènes pût aller combattre hors des eaux nationales. Il n'y avait pas là une inspiration géniale
1. Hérodote, Vlll, 18 : "HoETav Si ojvcw oii aasa? itspisxyxîkÉovto tr,a'. '/r.vul o'. jiâpêapoi, âXX' utsr.zç) tf,; TjjiÉpT,; cipsov aùxo'J; TcTaytxEvouî, sôôxeov xaTi y/ôpV îîva'..
('.. N. lUnos, La lintaiHe île Salamine. . -0
296 LA BATAILLE bÉCISIVE
do stratège; celait ce (|U(» lesontimont national dictait à tous les citoyens dWtliènes. (Tesl pour cela qu'Aristide parle comme s'il connaissait déjà le plan de l'iiémistocle : « Ni les Corinthiens, ni Eurybiade ne pourront plus sortir de ces eaux, puisque j'ai vu de mes yeux que nous sommes cernés de tous les côtés » '. Sur quoi Thémislocle le pria de rapporter luimême la nouvelle à l'assemblée des généraux qui, cependant s'enti^lent toujours à n'y pas croire, jusqu'à l'arrivée du déserteur Ténien qui avait quitté les rangs perses pour venir combattre avec les Grecs, et qui confirme la nouvelle ". L'Iieure était déjà trop avancée, l'aurore allait se lever ; néanmoins le xvscoa; était si épais qu'on ne distinguait rien encore, et Thémistocle disait à Aristide : « Bon gré mal gré les généraux péloponésiens doivent rester, puisque nous sommes de tous côtés cernés comme lu le dis » \ Donc Thémistocle n'avait aucun autremoyen de vérifier le fait; preuve que les vigies, tant sur mer que de la côte, ne pouvaient rien distinguer. En vérité, les dissertations astronomiques ou méléorologiques, ayant pour but d'établir un clair de lune dans la nuit qui précéda la bataille, sont vaines. Hérodote et Eschyle se sont exprimés d'une manière positive. C'est toujours sous le manteau de la nuit que Sikinos parvient à appareiller sur son navire sans être vu du reste de la tlotte grecque \ que les Perses jettent des troupes sur Psyltalie et qu'à minuit ils entreprennent l'investissement de l'ennemi.
Le fait d'avoir attendu minuit n'indique-t-il pas l'intention de se porter beaucoup plus près de l'ennemi qui se trouvait dans le détroit, de dépasser les issues sur lesquelles les Perses se trouvaient à la suite de l'occupation de Psytlalic? S'ils ne se proposaient que de surveiller et de bloquer les issues, en réalité, ils s'y trouvaient déjà, et n'avaient qu'à continuer d'y rester. Le nouvel appareillage •' ne pouvait avoir comme suite
\. Hérodote, VIII, 19.