Plutarque, Malignité d'Hérodote
d'Alexandre, les rois perses, ne parvenant pas à former une phalange, empruntaient aux Grecs des hoplites mercenaires. De même pour k^s Hottes perses, qu'il s'imagine composées d'unités grosses et pesanles et autrement puissantes que celles des escadres grecques. Il est vrai aussi qu'il ne connaît pas la technique de la marine qui a livré le combat de Salamine, et il suppose les vaisseaux perses hauts et lourds, de véritables forteresses floltantes qui dominaient de leur hauteur les trières basses des Hellènes, à peu près comme les vaisseaux de Gléopàlre et d'Antoine les liburnes d'Auguste et d'Agrippa, et qui avaient un tirant d'eau tel qu'ils ne pouvaient se mouvoir aisément dans les eaux peu profondes du détroit. Plutarque, comme tous ses contemporains, n'avait aucune idée concrète de la trière, qui disparut de bonne heure.
Mais s'il ne peut pas nous renseigner sur le matériel naval qui fit ses preuves à Salaniine, il nous donne en revanche un ensemble net de la situation stratégique et il nous aide beaucoup à comprendre les mouvements des Perses avant la bataille, et à préciser le lieu du combat, en confirmant les données d'Hérodote.
Plutarque est venu six cents ans après la bataille; d'invraisemblables détails ' diminuent le mérite de son récit; mais malgré tout, celui-ci contient beaucoup de renseignements utiles. Nous lui devons surtout un magistral portrait du grand chef qui joua le premier rôle dans les événements qui nous occupent. Mais est-ce bien le profil du véritable Thémistocle qu'il nous donne? On ne saurait aisément contrôler ses sources, et s'il réussit à jeter un peu de clarté sur l'homme politique, il nous renseigne très peu sur l'homme militaire.
1. Plutarque se fait un plaisir de recueillir avec soin toutes les fables nées autour des grands événeuients qu'il raconte. Si Phanias <1c Lesbos s"iaiagine qu'un mom&nX avant la bataille de Salamine les trois fils de la sœur du grand roi, Sandauké, ont été saci-iliées sous la poupe de la trière caiùlane d'Athènes, ce n'est pas Plutarque qui aurait oiuis de le menlionner, et ceci après l'inforniation qu'il donne dans son Aristide (§. 'J) que les trois princes avaient été caplurésà la prise de Psyltalie, c'est-à-dire à la fin de la bataille.
Malgré tous ses défauts, Pliitarque, avec ses qualilés solides d'agréable narralcur et d'admirable éducateur, sut glorifier celte grande époque et ses hommes cl en fit l'enseignement de plusieurs générations belliqueuses. Si l'on a dit que les « Vies parallèles » de Plutarque furent le livre de chevet des jeunes chefs des armées de la Révolution, c'est à son Aristide et à son Thémislocle qu'on a surtout songé.