‹ La bataille de SalamineChapitre 282 sur 325 · C. N. Rados. La Bataille ilr Snlitminf;. il · texte numérisé non relu

C. N. Rados. La Bataille ilr Snlitminf;. il

tour et les tyraas des villes grecques d'Asie-Mineure cherchimJ à fuir, comme Ârtémtse. Eux aussi ont déjà à leurs trousses les Athéniens et toute la marine des petits éluls confédérés qui formaient le centre de la ligne grecque, qu'on ne peut supposer inactive et stationnaire sur la côte de Salamine. Mais les fuyards barbares non seulement trouvaient devant eux les issues du détroit obstruées, ils se heurtaient encore sur les passes aux trente trières éginètes les plus agiles et les plus ardentes de toute la ilolte, qui, ayant repoussé, avec le reste de la droite hellénique, les Ioniens, avaient à présent les mains libres pour accueillir comme il convenait ceux qui cherchaient à fuir par les bouches du détroit.

Le tableau d'ensemble est éclairé par Uérodote dans tous ses recoins, et il faudrait être aveugle pour ne pas distinguer la scène qu'il retrace. Après nous avoir dit que les Athéniens ont battu les Phéniciens qui étaient en face d'eux, et en ont rejeté une partie sur le rivage même où se trouvait Xerxès, le reste prenant la fuite vers le sud ; après nous avoir appris que la poursuite fut poussée si loin que les trières athéniennes avaient déjà touché les rangs oîi se trouvait Artémise, c'est-à-dire la gauche des Perses, — les Ioniens, — il ajoute : « Gomme les Barbares en déroute s'échappent du détroit pour s'enfuir à Phalère, les Eginètes s'étant postés sur la passe, accomplirent de mémorables exploits, car tandis que les Athéniens, dans cette tourmente, brisaient les navires ennemis, tant ceux qui tenaient encore tète que ceux qui fuyaient, les Eginètes recevaient et brisaient ceux qui sortaient du détroit. Ainsi les trières qui fuyaient les Athéniens tombaient sur les P]ginèles » '.

Les mouvements décrits par Hérodote ont un cadre topographique bien précisé par l'auteur lui-même. Ils se déroulent dans le détroit, à travers lequel les Barbares fuient poursuivis par les Athéniens, tandis que le roij^ du pied d'Aegaléos, est

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lémoin de la scène lunuiltiieuse et déchiranle. Le passage ci lé est vraiment la clef de la (juesliou du lieu où a élé livrée la bataille et de la disposition des armées. Le combat ayant eu lieu dans le détroit, c'est-à-dire dans le couloir sinueux qui mène du golfe Saronique à la baie d'Eleusis, la llolte perse dût être entrée dans le détroit avant rengagement, et dans la nuit, ce mouvement nécessitant plusieurs heures pour êlre efTectué. De ces eaux étroites, devenues vraiment pour eux le lac de Charon, les Barbares peu à peu s'éliminent; qui n'est pas coulé ou jeté à la côte peut réussir à s'échapper pour courir à Phalère sou^ la protection de l'armée qui y campe '. Ainsi entre Athéniens et Eginèles il n'y a plus (jue très peu de navires barbares pour les séparer. Les Athéniens qui, le matin occupaient l'extrémité de la ligne vers Eleusis, donnent à présent la main aux Eginètes sur les passes de Kynosoura et de Psyttalie. C'est à ce moment que Thémislocle lui-même poursuivant l'ennemi passe devant les Eginètes, dont l'intrépide triérarque Polycrite, fils de Krios, venait de prendre la trière sidonienne, la même qui, à Skialhos, lois du commencement de la guerre avait pris la trièiiî éginète de grand'garde, et le superbe épibate Pythès, lils d'Ischenoos, qui recouvre maintenant sa liberté. Le triérarque Polykrilos, reconnaissant au guidon la trière amirale d'Athènes, crie à Thémistocle : « Voilà comme les Eginètes sont pour les Mèdes! » et au même instant se jetant contre le navire poursuivi pai^ Thémistocle, il le coule. Ce fut le dernier épisode de la grande bataille. Les Grecs ne ^sortirent pas du détroit pour continuer la poursuite. Ils ne ten- . tèrent même pas d'approcher la côte opposée du détroit, occupée par l'armée perse, et se tenaient prêts à tout événement. Toutefois, vers la lin de la bataille, Aristide, à la tôle d'une élite prise parmi les hoplites athéniens rangés sur la côte de Salamine, débarqua à Psyttalie, cerna les Perses qui l'occupaient, et qui maintenant, y étaient abandonnés par la tlotte qui fuyait éperdue, et il les fit- exterminer. Ce fut un épouvantable car-

\. Hérodote, YIII, 93.

nage '. La maison Jn roi y périt presque en (Mitier, ce fui le grand deuil de Suse et d'Ecbatane. Eschyle ^ consacre une dizaine de vers à ce sanglant épisode que fut la rencontre de la jeunesse noble des Perses avec les eupatrides Aliiéniens, et dont le souvenir llattait parliculièrcment la haute bourgeoisie athénienne, car ses fils y avaient participé sous le chef vénéré du parti conservateur auquel corps et âme elle appartenait. Ce fut pour elle une compensation en face de la grande victoire maritime de la démocratie et de son intrépide chef. L'amiral Jurien de la Gravière décerne force éloges à l'inilialive d'Aristide '. « S'il y eut une inspiration de génie dans la grande journée de Salamine, dit-il, on doit la chercher là où elle existe réellement, c'est-à-dire dans la décision d'Aristide ». A vrai dire, le cours même des événements conduisait à l'occupation de l'îlot qui a amélioré la position des Grecs s'attendant à une nouvelle attaque.

Ainsi finit cette longue bataille, commencée au lever du soleil, par unë'attaque générale et inopinée de la ligne grecque, et prolongée jusqu'à la tombée de la nuit^La bataillede Lépante n'avait duré que quatre ou cinq heure^ Résumons les faits. Après les pi'emiers mouvements de surprise, les Perses se ressaisissent. Ils mettent le cap coiihe l'ennemi^Mais malgré tout les Athé-^ niens, — la gauche, — profU«il de 2a^iillesse relative de la droite perse, — PhénjciMis^--^dont les navires virant de bord, louFaTafois, avaient laissé des vides, la refoulèrent vigoureusement avant que rien de décisif ait pu se produire dans le reste des lignes opposées. Sur les entrefaites, la droite grecque, pla.céc-à— proximité de l'entrée du détroit, c^urt de grands périls^en rais^n de Parrivée ininterrompue des réserves perses, qui, venant du golfe Saronique, coiublentJcs intervalles causes pai' le mouvement des trières portant le cap vers l'ennemi. Mais après quelques heures de combat, les Athéniens, ayant purgé le

/ i. Hérodote, VlU, 9o : xaTsaôvcjjav -îvta;.

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