OBJET DE CE TRAVAIL. — DIFFICULTÉS TECHNIQUES
L'objet de ce travail est de reconstituer la bataille de Salamine telle qu'elle a été livrée, dans les eaux qui séparent cette île de l'Attique, avant d'aller, poussées par l'âpre Notos, se mêler à celles de la baie d'Eleusis pour s'étendre en une nappe d'azur resplendissante. De toute nécessité, les faits navals de la seconde gueri-e médique, qui ont précédé et amené la grande bataille de l'an 480 avant notre ère, feront partie de cet^e étude. La tâche est ardue, mais ne saurait plus être téméraire, ni prématurée, après les découvertes effectuées, depuis un demi-siècle, dans le domaine de l'histoire et de l'archéologie navales. Elles nous permettent aujourd'hui de nous faire une idée assez complète de ce que fut, au v^ siècle, la marine des anciens. Ces notions, laborieusement acquises par de patientes recherches, projettent une nouvelle lumière sur les documents qui constituent les sources de notre sujet, ot rendent possible l'intelligence des textes. La difficulté de tirer un récit clair, bien enchaîné et complet, des écrivains anciens qui se sont occupés de cet événement mémorable, provient en grande partie de ce que ces
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ailleurs supposent au lecteur, leur contemporain, une connaissance suffisante des engins et de la lactique de guerre de celle époque lointaine. Cela les dispense de faire des descriptions, de donner des renseignements qui seraient pourtant précieux pour les modernes. Deux siècles déjà après les guerres médiques, la marine militaire avait commencé de subir une évolution qui Ta éloignée peu àpeu des constructions navales en usage dans les guerres marilimes, de la révolte de Tlonie aux campagnes d'Alexandre. Le temps d'Auguste n'a plus qu'un vague souvenir du type des navires qui se sont couverts de gloire dans les mers grecques sous Thémislocle, sous Cimon ou sous les navarques habiles delà guerre duPéloponèse.Plus lard la notion du type Iriérique, Tou.pwô,- tû-o;, disparaît complètement. Aussi, tous les documents rattachés aux faits maritimes (le la guerre médique perdent-ils quelque chose de leur autorité s'ils dépassent en date une certaine époque; s'ils sont relativement modernes. Au début du n^ siècle déjà, Denys l'Ancien donnait le signal des constructions navales d'un tonnage plus important que les trières, et, à ce qu'il paraît, assez éloignées du type Iriérique. Denys n'est pas allé, il est vrai, au delà des penlères. Les successeurs d'Alexandre, et notamment Dcmétrios Poliorcète, ont poussé jusqu'aux décères. Pendant les guerres puniques, on ne voit que quelques exères dans les marines de Rome et de Carlhage, mais la marine d'Antoine et de Cléopâtre n'est composée que d'octères et de décères, hautes, d'un tirant d'eau considérable, portant tours et catapultes. Ces colosses furent battus par la nuée des liburnes, véritables guêpes, cfïilées et légères; elles non plus ne rappelaient guère le type de trière '. Mais ce n'est pas tout;
1. Appicn. Ouer. Ciu., V. 100. - Suidas, .V/yjo-jv^xi : vr^i î,*av ryl xa^à tov •eoiTiP'.xôv èa/'r,;j.a-'.5tj.iva'. fj-ov.