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Le rôle de la marine dans les conllits entre Grecs et Asiatiques. — Les arsenaux phéniciens fournissent au grand roi les moyens de la suprématie mantim(\ — Importance des armements des cités helléniques. — L'offensive perse. — Les plans de défense des confédérés grecs. — Le point de vue athénien; celui du Péloponèse.
La bataille de Salamine, fait capital de la seconde guerre médiqiie, marque dans l'histoire, d'une façon particulière, par ses conséquences. Pour peu qu'on aime les phrases ronflantes, on dirait que celte bataille, au v" siècle avant notre ère, a sauvé la civilisation, comme on dit couramment de la bataille de Lépante qu'au xvi' siècle elle a sauvé la cbrélienté. Certes, un fait militaire n'aurait pas suHi à lui seul pour changer la face du monde méditerranéen; beaucoup d'autres facteurs y contribuèrent. Mais, quoi qu'il en soit, la bataille de Salamine, — par le nombre des vaisseaux et des combattants, par l'acharnement de la lutte, par les circonstances dramatiques dans lesquelles elle se déroula sur un fond encadré par les deux armées et par la foule de femmes, de vieillards et d'enfants réfugiés sur l'île, tous, la mort dans l'àme, suivant du rivage,
d'un œil anxieux, l'action sanglante, — est une des plus émouvantes scènes que rhisloirc de rhunuinité ait jamais eu à enregistrer. Du reste, la rencontre finale, quelques mois plus lard, des deux flottes à Mykale, ayant dégénéré en un débarquement et une action sur terre, la bataille de Salamine peut être considérée comme la véritable conclusion navale de la grande guerre médique, conclusion à la suite de laquelle l'empire de la mer passa des mains de Xerxès et des Phéniciens aux mains des Grecs.
Dans les grands conflits entre Grecs et Asiatiques, l'action de la marine fut toujours prépondérante. La raison en est simple ; les voies de communication entre la Grèce et l'Asie Mineure étant maritimes, il n'y aurait pas de prise sérieuse sur l'une ou sur l'autre de ces grandes presqu'îles projetées sur la même mer, sans la maîtrise de cette eau qui les relie et les entoure. Le coup d'audace de l'empereur Héraclius, débarquant dans le golfe d'Alexandretle, en 622, pour prendre en écharpe les armées de la Perse des Sassanides campées en face de Constantinople, et les forcer ainsi à évacuer précipitamment l'Asie Mineure, est un fait concluant à cet égard '. La nécessité de la maîtrise sur mer, Xerxès, tout en méditant de réduire la Grèce par une vigoureuse action sur terre, l'a bien comprise, et sut organiser, d'un gigantesque effort, sa puissance navale, dans les vastes arsenaux du littoral asiatique que ses précédentes conquêtes lui avaient assurés. Tant que la supériorité navale des Perses est incontestable, l'indépendance grecque semble perdue, et, après l'occupation d'Athènes par eux, l'invasion du Péloponèse ne paraît qu'une question de jours. Mais celte puissance maritime une fois etTondrée à Salamine, tout change d'aspect le lendemain même de la défaite sur mer. Certes, Alexandre, marchant contre les Achéménides, ne l'a pas eue d'aboid, cette suprématie maritime. Il
\. Georges Pisidis. De K.rped. l'ers. Acroas. II., iO, et lleracUade, Acr. II, 1.j2 (Cor. Script. Histor. Byz.). — Voir dans L. Drapeyron, L'empereia- Héraclius et l'empire byzantin au VIIl" siècle (Paris, 1869), un exposé clair de celte admirable stratégie.
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y remédia par un trait de génie, arrivant au môme but par un autre chemin. Dispersant sa petite marine pour ne pas offrir à l'ennemi l'occasion d'un succès facile, il enlève avec ses cavaliers et sa phalanj^^e, dans une campagne extraordinaire, tous les ports d'attache de la flotte perse. Etonnant le monde par cette stratégie nouvelle, au lieu de poursuivre l'ennemi défait à Issus, il préfère la conquête du littoral de Phénicie et d'Egypte pour enlever aux escadres ennemies toutes les bases indispensables à leur existence. Avant tout, il ne veut pas être coupe de la Grèce, et il ne s'enfonce en Mésopotamie que quand la mer est définitivement à lui. Celait justement, en sens inverse, le cas de Xerxès qui savait qu'il ne pouvait pas se maintenir en Grèce sans anéantir la Hotte hellénique. C'est dans cet effort qu'il sombra. On pourrait lui objecter qu'il devait préluder par une action maritime et, après avoir assuré l'empire des mers, faire marcher son immense armée vers une conquête relativement facile : mais les flottilles des trières n'opéraient pas sérieusement sans l'appui d'une forte armée de terre et l'échec de Datis et d'Arlhapherne lui enseignait que la réduction de Sparte et d'Athènes, à la fois, nécessitait une armée nombreuse qu'il ne pouvdll pas conduire en Grèce par mer. C'est la raison de cette marche en double front, dont Eschyle fait un des actes de folie du malheureux monarque perse '.
La conquête de l'Asie Mineure en face de la Grèce de Miltiade et de Thémistocle, a été pour les Achéménides ce que, vingt siècles plus tard, fut pour la monarchie espagnole l'occupation des Pays-Bas, en face de l'Angleterre d'Elisabeth et de Drake, ce que de nos temps l'occupation de Port-Arthur, en face du Japon du mikado, fut pour l'empire des czars. Le jour où les superbes cavaliers d'Iran sont venus caracoler sur les plages d'Ionie, le conflit du grand roi et des cités helléniques groupées autour d'Athènes et de Sparte devient inévitable. Les Perses eurent donc à préparer l'instrument de leur domina-
1. Eschyle, Pemen, vers 119 ; AAP. -£^0; t, vaÛTT,; Se -z'pav xt,v ô' àao'jpavEv TiXaî ; AT. 'A[AfÔT£pa ■ SizXo'Jv ii.-'xw;iov t,v Ô'joTv 5xpaTc'j|j.âTo:v.
tion sur la mer Egée. Ce fut chez les marins de Phénicie qu'ils trouvaient le meilleur appui de leurs projets, grâce àlaliaine que ces Chananéens maritimes ressentaient pour leurs rivaux de métier, pour ceux (ju'ils soupçonnaient de s'apprêter à leur ravir le sceptre de Tindustrie maritime. De cette haine implacable entre populations côtières rivales, maintes chroniques des ports des deux côtés de la Manche, aussi bien que les sanglantes querelles des Génois et des Vénitiens, peuvent seules nous donner l'image. Les escadres auxiliaires qu'offraient aux Perses PxAsie Mineure et l'Egypte, n'étaient pas aussi fidèles que celles de la Phénicie. Le grand roi comptait les tenir en respect par la présence des garnisons d'épibates perses à hord de leurs navires.
Les préparatifs de la guerre, Darius d'abord, ensuite Xerxès, les ont menés avec vigueur. Parallèlement, en Grèce, depuis les jours de Marathon, la marine s'éiait rapidement développée; l'effort d'Athènes surtout fut considérable. Le temps des coups de main, comme celui de Datis, était bien passé, et la marine du grand roi devait s'attendre à une vigoureuse résistance dans les eaux helléniques. En cas de coalition générale des Grecs, la marine de Syracuse pouvait ménager des surprises, et l'ensemble des flottes helléniques aurait égalé en nombre de navires les escadres barbares. Mais la vigilance diplomatique de la cour de Suse ou le hasard conjura ce danger. La Sicile menacée de l'invasion carthaginoise s'abstenait. Virtuellement, le sceptre de Neptune restait entre les mains de Xerxès.
Grâce à la curiosité d'Hérodote, nous avons une description assez détaillée de ces grands armements, et des chiffres très précis. Ces chiffres, — nous parlons des chilfres concernant la marine, — de prime abord invraisemblables, ne le sont pas au fond. Nous les analyserons en temps opportun. On est vivement surpris du nombre des unités qui constituent ces flottes de plus de mille vaisseaux, de ces naufrages (jui engloutissent des navires par centaines. On dirait des fables. Mais il ne faut pas oublier que ces gros chitfres sont la caractéristique
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des marines à rames obligées de suppléer parle nombre h la force des unités qui leur faisait défaut.
Plus formidables encore paraissent les chiffres concernant Tarmée de terre du grand roi, et leur exagération nuit aux chiffres de la marine beaucoup plus modestes pourtant et n'ayant rien d'excessif. Nous n'aurons pas à discuter, dans ce travail, les chiffres des Iroupes conduites en Europe par Tritantechme, Mardonius ou Masisie, lieulenants magnifiques du grand roi. Là dessus d'ailleurs la perspicacité critique a fait dégager la responsabilité d'Hérodote ou l'a réduite à ses justes proportions. Toutefois il importe de faire remarquer combien moins sont taxés de fables les témoignages des anciens sur ces levées en masses des peuples belliqueux et conquérants de l'antiquité, depuis que l'on a sous les yeux ce colossal spectacle desnalions armées actuelles. Evidemment on n'est plus aux temps où une armée de cinquante mille hommes élait amplement suffisanle pour les opérations d'un Turenne ou d'un Montecuculli ; tout le monde à celte époque trouvait que c'était là une grande armée. Dès lors on ne pouvait que faire de larges réserves sur les chiffres des traditions lecueillies par Hérodote, Arien ou Quinte-Curce.
Quant aux chiffres attribués à la marine de Xerxès, quatre siècles déjà avant lui, Ramsès H armait des flotlilles aussi considérables, et dans les derniers jours de la marine à rames, les peuples maritimes de l'Italie nous étonnent par la quantité de galères qu'ils rangent en bataille, quoique le déplacement de ces navires fût plus que le triple de celui d'une trière. Le grand roi disposait pour armer une flotte des moyens les plus riches et les plus vastes de son temps. Quelque considérables que fussent les armements des républiques de la Grèce coalisée, la flotte grecque, ni comme nombre, ni comme qualité de construction, négalait celle des Barbares, qui datait de pluj loin, notamment celle des Phéniciens, encadrée par une grande marine marchande merveilleusement outillée. A cette époque là, les Phéniciens sont encore les premiers marins du monde. Et après eux, avant les marines de la Grèce proprement dite.
il y a encore les Ioniens, siijc^tsjdu^rand roi^ jneilleurs^ que les Athéniens, les Mdgarieiis ou les Connjhiens. La marine hellénique n'est pas encore ce qu'elle est devenue plus tard. Hérodote n'en fait pas mystère, narrant, avec sa bonhomie coutumière, comment, quelques mois après Salamine, la Hotte du roi Léotychide s'étant avancée jusqu'à Délos hésitait à aller plus loin, non seulement parce qu'elle croyait les îles et les côtes de l'Asie Mineure couvertes de troupes ennemies, mais t^ussi un peu parce qu'elle estimait que la dislance entre Délos et Samos. comparée à celle de Délos aux colonnes d'Hercule ne présentait pas de trop sensible dilTérence. De leur côté, les Barbares fort impressionnés de leur défaite n'osaient pas paraître à l'ouest de Samos. Ainsi, ajoute-l-il, tout l'espace intermédiaire n'était gardé que pai- la ciainte '.
Qu'est-ce donc (|ui donna la victoire à celte marine nouvelle, celle d'Athènes surtout, née avec. la même rapidité que plus lard la marine de Home en face de celle de Carthage;?G'est que la marine des Asiatiques était non seulement moins homogène, mais surtout moins mililaire que la marii*e grecque. Malgré l'absence d'unité dans le haut commandement, la discipline est parfaite dans les Hottes grecques, et l'attachement aux chefs que la ville leur a donnés est réel. Les citoyens de Sparte, d'Athènes, de Corinthe ou d'Egine paraissent avoir profondément gravé dans leurs cœurs le dicton militaire : K Lorsque votre général vous commande, c'est la voix de la Patrie (jui vous commande. »
.vLa loi, dans chaque escadre, est rigoureusement appliquée. Le défaut d'barnionie, en elVel, ne règne (jiie dans les hautes sphères du commandement, résultat naturel des rivalités entre cités coalisées, du choc d'intérèls parfois falalement incompatibles, ce qui crée la faiblesse du ijuarlior général et enlève aux confédérés l'initiative stratégique (pii, dans la seconde guerre médique, est toute du coté des l*erses. Les Grecs se tiennent constamment sur la défensive, malgré lesclforts de Thémistocle