Hérodote, VllI. ijû et passim
aller que n'auraient jamais risqué les plus humbles chaloupes d'aujourd'hui.
Des reconslilulicns de ce navire que l'érudition a tentées jusqu'à présent, ni celle de Graser, ni celle de Jal, ne s'adaptent d'aucune façon au genre de services rendus par la trière à Salamine ou ji Artémision, à la manière d'être, en général, iIe.-CeLé.ger et puiss(int navire, qui pouvait, à chaque momen t, être facileiiient tiré sur la grève par son propre équipage sans le secours de machines. Les maquettes résumant ces reconstitutions sont lourdes et massives, d'une instabilité encore plus grande que celle des trières véritables.
Depuis Hamsès, — pour ne parler que des temps dont les monuments écrits ou gravés nous ont, lant bien que mal, conservé la mémoire, — jusqu'à l'avènement du vaisseau de guerre à voiles, l'humanité n'a connu qu'une seule marine militaire, la marine de guerre à rames. Navire des Pélasges ou des pharaons ; triacontères ou trières des Hellènes, exères ou libyrnides des Romains, dromons ou pamphyles des Byzantins, galères vénitiennes ou génoises, môme les remberges britanniques ne sont que des bâtiments mus par la rame. La voile n'était qu'auxiliaire, même dans les navires des viJiimj.s.
Parmi tous ces types de navire de guerre à rames, la trière, par sa force, son agilité, sa beauté, occupe sans contredit le premier rang^. Les maîtres de liac/ie des constructions navales des arsenaux antiques résolvaient triomphalement vingt-cinq siècles avant leurs collègues, les architectes navals des Etatsl nis, le problème qui se posait à ces derniers lors de la guerre de Sécession, d'un naviie combinant le plus faible tirant d'eau et le moins d'cnuvrcs mortes, avec le plus puissant propulseur possible, les plus grandes qualités oiïensives, problème dont la solution fut donnée de notre temps par l'ingénieur Eads, lorsque le premier, il lança ses admirables rams sur les eaux du Mississipi.
En vérité, dans le long règne de la marine à rames, la trière apparaît comme le navire de combat qui résume les
combinaisons les pins rationnelles cl constitue un instrument de domination maiitime merveilleux pour son temps, eu égard surtout à ses dimensions modestes et à son faible prix de revient.
La pentécontère, avec son unique rang de rames, était déjà un très long navire d'une capacité de navigation égale, si non supérieure, à celle de la trière '. On a songé à tripler sa force motrice sans augmenter sensiblement ni la longueur ni le poids de sa coque. Devenue trière, elle continue à être hissée le plus facilement du monde sur la plage ; mais son propulseur renforcé, son éperon perfectionné donnent des résultais terribles et foudroyants. Si l'on songe de quelles transformations furent capables les plus légères innovations introduites dans la marine, voire même le remplacement de la pagaie par l'aviron, ou l'idée qu'eût Décharge, en 1416, de scier la muraille du navire pour pratiquer le sabord, on peut s'imaginer la révolution amenée dans les constructions navales par l'œuvre géniale d'Aminoclès de Corinthc ou des architectes phéniciens dont il a imité les procédés.
Xia^trière, comme l'examen des monuments ligures le démontre, dérive du vaisseau long phénicien, quoique son ijivention soit rapportée par Thucydide aux Corinthiens '. , « Les premiers, d'après la tradition, les Corinthiens se rapprochèrent, dans les constructions navales, du système actuel, et c'est àCorinthe que furent bâties les premières trières ;jl semble prouvé que le constructeur Aminoclès de Corinthe édifia pour le compte des Saniiens quatre trières, il y ;i de cela environ trois cents ans. » D'après Thucydide ', ce n'est que peu de temps avant les guerres médiques qu'on rencontre des trières en grande quantité dans les deux marines les plus con-
1. Hérodote, 1,16.{, dit (jue les Phocéens utilisèrent de bonne heure dans leurs lointains voyages de longs bâtiments de guerre à un simple rang et à cinquante rames : 01 Se <I>o)xaée<; oijTot vauTi>v£-fiTi ixaxp?,at TzpCiT:o\."E'K'K-r\w£^ È/pr'iTxvxo xai xôv tz \\5p(ïv xaLTTjv Tup<TT,vtT,v xal TT,v '16T,p[av vtal xôv Tap^TiffévouTOi elai o'. ■/xTaôiîavxc; ■ èvauTÎXXovxo oè où nxpoyyijXTiî'. vr/jsi, àXXà i:£vxT)-/tovTE'poiffi.