Appien. Piin
ilO LA SECONDE (.1 EHKE MEDIOIE
nière guerre puniquo. Après un court engagement, l'entrée de la rade se trouva obstruée par les petits navires de la flollc carthaginoise en retraite, ce qui obligea ses plus gros vaisseaux à fuir vers la côte voisine et à sadosser à la plage; ils s'y appuyèrent par leurs poupes et se formèrent en bataille, el c'est là que les Carthaginois reçurent l'ennemi en le combattant à la fois et du haut des navires et de la terre.
Un des arguments de Thémistocle fut que par le mouvement inconsidéré d'une retruite vers l'Isthme, la tlotte perse ayant besoin d'être constamment soutenue par Tarmée aurait été immédiatement suivie par elle, et ainsi les Grecs eux-mêmes auraient précipité l'invasion '. C'était la règle, et de cette règle Thémistocle tii'e un argument irréfutable.
Xerxès, dès qu'il s'approche des parages où le contact avec l'ennemi devient imminent, ne prive pas un seul instant ses escadres de l'appui de son armée de terre. Ainsi, formant son armée en trois colonnes, il tient constamment l'une d'elles à proximité de la mer, et lui fait suivre le littoral à côté de la marine naviguant en vue. Cette armée chargée de soutenir sa flotte, il la coniie à ses plus vaillants généraux, Mardonius et Massistès, ce qui prouve l'importance de la tâche ^.
Pendant toutes les opérations maritimes de ces guerres, l'esprit des stratèges est constamment hanté par le besoin d'nller appuyer à chaque instant la flotte sur l'armée, et toutes deux s'efforcent de ne jamais se perdre de vue. Lorsque les chefs de la flotte perse apprirent l'appareillage du roi Léotychide, démoralisés, ils décident sur le champ de s'enfuir vers Mycale et de placer leurs navires sous la sauvegarde de leur armée Otto -^ov tc^^ov arpaTov, qui campait sur le rivage '\ Ces dispositions, en usage constant dans les guerres maritimes du v® siècle,
1. Hérodote, VIII, 60 : àixa yàp tw vauxtxû) aj-rûv è'ij/îxat y.ai ô tteI^oî ffToaxô;.
2. [lérodote, YII, 121 : Tpsîç [xoioaî 6 îép;T,; Sxsâjxevoî lîïvTa tôv xe^ôv, iiiav aùxéwv j'xa;? Ttapi ôiXasjav ÎÉvat ôao'j vajtivtiô. Taûir,; aiv 5y, ÈTTpaxr.YO'jv Mxpôoviô; x£ -/cal Majîîxr,^.
3. Flérodote, I.\, 96 : o-w; vùi: jtîo xôv iiî^ôv axç-aTÔv xôv ffiiéxspov jôvxa èv xr, M'jxâ)v-r,... TTrà xoOxov ij.âv 5r, xôv sxpxxôv jëo'j'Xs'jjavxo xaxaaoyovxîs o! xoû vauxinoû ffTpaxf,Yoi...
LA TACTIOLli NAVALE 111
constituent, pour les marines d'alors, un principe qu'au début même de la seconde guerre médique Tamiralissime Acliémenès fait valoir aux yeux du grand roi. « La marine, dit-il, secondera l'armée de terre, et l'armée, la marine, les deux marchant ensemble ' ». D'un autre point de vue, sans doute beaucoup plus général et indépendant de toute considération tactique, on peut dire qu'aujourd'hui encore, malgré les endurances de onze et de douze mille nœuds, une escadre de guerre n'est que très peu indépendante de la terre, à laquelle elle doit revenir très souvent pour se ravitailler en combustible. La base terrestre est d'ailleurs indispensable à toute entreprise sérieuse. L'Angleterre, qui s'est ménagé sur toutes les grandes voies stratégiques des points d'attache pour ses flottes, a ainsi préparé des moyens d'olTensive navale sur tous les points du globe. La marine à voiles fut la seule des marines de guerre qui, grâce à ses ailes, pouvait tenir indéfiniment la haute mer, à rencontre de la marine à rames qui ne pouvait pas se concevoir en dehors d'une base terrestre à sa portée. Un amiral ancien aussi audacieux que le bailli de Suiïren n'aurait jamais osé répéter son mot célèbre : « Tant que je n'aurai pas un port sur la côte, mon port sera l'Océan, » et agir en conséquence, c'est-à-dire se livrer à des croisières infinies loin de la terre, et sortir chaque jour de la brume, comme les autres sortent d'un port, pour harceler l'ennemi. Chez Diodore également, nous trouvons des exemples de cette tactique. A l'issue d'un engagement malheureux, tout ce qui reste de navires aux Perses se réfugie sur la terre, où Mégabaze campait avec son armée '\ Les engagements navals dégénérèrent souvent en batailles mixtes, moitié sur mer, moitié sur terre, démontrant que la
1. Hérodote, VII, 236 : xal izi^ b vï'jtixô; aTpaxàî tw irs^w iprX^'. xal ô Tre!J6î T(T) vajT'.xû), ô;j.oû ■7rop£uô[j.evo;. On s'efforce, par contre, d'enlever cet avantage à l'ennemi. D'après Diodore, XI, 17, 2, Xcrxès bloque et attaque la flotte grecque a Salaminc pour euipècher sa jonction avec l'armée de Cléombrote à Kenchrées :
« è'jTTc'jÔE x(j)Xû7at Tiî vay-cixi; o'j/ï;x£;î twv 'Ea)./,viov toî; -cJ^oTî UTpaToriooi; ~)>t,ïiâ^c'.v. »
2. Diodore, Xil, 3 • o'. [J-Èv ojv llepjai xat; 'J-oAeisÔcÎjai; va'jji xaTs'ïuyov ci; Tr,v yr,'/ xaO' Sv xÔTtov Y,'/ MîyâÇaÇoî èaTpaTOTrîôêytj.svo; ixsTi xf,? Tce^txf,; ô'jviasw;.
112 LA SECONDE G L'ERRE MÉDinUE
trièr^ naviguait lihromcnl ilans les endroils où un homme peut se tenir sans perdre pied. Un soldat armé ne peut pas marcher, agir, combattre, avec une profondeur d'eau supérieure à un mètre. Le tirant d'eau de la trière ne dépassait donc pas, nous rayons déjà signalé, cette limite. ]t Im •
Les flottes sont plutôt des armées amphibies que des armées proprement navales. Avec quelle facilité les équipages ne se Iransformaient-ils pas en phalange, débarquant presque en entier ; parfois même, incendiant leurs vaisseaux, ils s'enfonçaient dans les terres et menaient de longues et rudes campagnes. En Egypte, lors de l'insurrection contre Artaxerxès, le siège de la « muraille blanche » levé, et les Athéniens, alliés des Egyptiens, repliés sur l'île Prosopite, les généraux Artabase et Mégabyse ayant fait dévier le courant du fleuve, les trières athéniennes se trouvèrent échouées à sec. Les Athéniens brûlent alors sans hésiter leurs navires, et forment la phalange. L'aspect de leur troupe fut assez formidable pour imposer à l'ennemi qui traita avec eux '. Agathocle les imitera plus lard ".
Hérodote raconte comment les Cypriotes, lors de la marche du général perse Artyvios contre Salamine de Chypre, et au moment où la flotte phénicienne apparut au cap de Kléïdes, demandèrent aux Ioniens, leurs alliés, accourus avec une grande flotte, ce qu'ils préféraient : aller contre les Perses comme infanterie,
— en ce cas ce seraient les Cypriotes qui devraient s'embarquer,
— ou contre les Phéniciens comme marine ^ C'est seulement dans une mai'ine à rames que de pareils paradoxes sont possibles.
Le manuscrit de la Bibliothèque Ambrosienne sur la tactique navale des anciens nous rapporte les règles dun débar-" quement d'équipages transformés, le plus naturellement du monde, en colonne de marche \