ET LEURS ÉPISODES
»— XS2r-Tr
Il est nécessaire de parler d^abord de ce qui se passa avant l'engagement général du 11. Un fait d'armes eut lieu vers rextrèmité gauche de rarmée française, la veiUe, dans Tafirès-midi.
Monsieur, qui voyait les ennemis selendre sur la droite de la Peene, par la butte des Moulins de Tom (i) ordonna au maréchal de Luxembourg de poster les dragons de Saiusandoux ci la cavalerie de sa seconde ligne au moulin de Balemberg, pour leur couper le chemin de Walte, en cas quils voulussent s^avancer de ce côté la; et ensuite, apprenant que les dragons d'Orange se saisissaient du passage et de Tabbaye de Pênes (n)
(i) Deux moulins alors.— Vofr la gravure de Vandermeulen.
(Ji) Abbaye de moines les GuiMmU«$, avec église datant de 1464, ou peu après; et avant ce temps, prieuré ou couvent dit Maison de Nazareth. Les frères de l'ordre de St.-Guillaume de
il envoya les dragoos de Ustenay cl le régimeul Lyounais pour les en chasser; mais le prince les ayant renforcés de quelque infanterie, il se commença, à cet endroit, une escarmouche qui dura jusqu'au soir du 10, que le maréchal de Luxembourg les contraignit de se retirer, demeurant maître du poste et y laissant des soldais avec uu sergent pour le garder. Ainsi iurenl trouvés fermés pour le prince tous les passages pour le secours de Saint-Omer. Cependant le prince attaqua de nouveau Tabbaye, et y logea une partie de ses dragons, car, durant la nuit, les régiments français l'avaient abandonnée, k cause de leur peu de sûreté dans cet endroit isolé, par l'approche des troupes du prince d 0range. Mais le maréchal de Luxembourg reçut l'ordre d^y débusquer les hollandais, et de reprendre ce poste situé du côté de Taile gaucho qu'il comaiandait. Il pouvait être un passage assez sûr aux Hollandais pour s'avancer, et, ainsi, il était de la dernière importance. Cet ordre fut exécuté avec deux bataillons du régiment royal et un de la couronne, un bataillon de Sloupp, les dragons de Listenoy avec autres troupes, et quatre pièces
Peene rétublii eiit leur monastéic détruit à la fin du 1 7. « siècle» c'est-à-dire j^eu d années après leur désastre de 1677.
Ce couvent cLait situé sur remplacement de la grande terme à l'est de l'habitation de M. Debaecker, mais de l'autre eôté de la route on y voiteneore d'anciens pans de mur de ré|)oque. Ce monastère fut restauré surtout vers 1733. — L'église qui était contre le chemin conduisant à Peene et un moulin, dit du Couvent, proche de là, et du campement des Français, n'existent plus. — Les Hollandais en se rendant à ce couvent, avant le combat, avaient laissé Noordpeeno à leur droite, vers le nord.
ûe . canon envo]|ées en tonte hàtc par le maréchal de Luxembourg.
Le régiment de €ontl se logea dans les débris d^un ichâteau en ruines d*où(i), ayant li fa tête le mafqnis de
Laré, quarlier-mailre, il fit un teu lorl vil qui liai les ennemis en respect (ii). Pnis les chassa du jardin, du cimetière et de Vép^ïse de Tabbaye.
Après une résistance de deux heures* ceux-ci lurent repoussés k la droite de la Peene, quoique un renfort de quelques régiments leur fut arrivé» et le feu fut mis, par les liollauUais, à ce monastère, afin qu'il n'y eut plus moyen de l'occuper, et pour que ceux-ci ne soient pas incommodés de ce côté par les Français (ui).
(C'est ce corps do hàtiniciit qu'on voit en llammcs a la droite du tableau de la bataille, peiut par Yandermeulen, on y voit aussi Tancien cb&teau en ruines).
Après cette action préliminaire, qui fit perdre k Vennemî beaucoup d'olïiciers el de suidais, les troupes des deux côtés rentrèrent sans encombre dans leur ordre de ba-
(r) C'était probablement sur l'emplacement où est actuellement le chAteau de M. Debaecker, car là on a trouvé dernièrement des vestiges de ruines:.
(il) M. Selinyes, èJeiuones de la Société des antiquaires de la Morinie, tome "2.
Cet auteur n'y parle pas de rengagement de la veille, mais il y avance, d'après un rapport, qu'à cinq beures du matin, les Hollandais cherchèrent à so rendre maîtres du passage sur la rivièrt âê Pêtne, près Tabbaye, etc.; plus loin il dit, dans le même travail, qu*aIors, le H au matin, ils se rendirent maîtres de ce couvent, un sergent français l'ayant abandonné avec ses soldats...
(in) Extrait de la cauipagnc du Uoi, La Campagna del Hé chrittianissimo neW anno lb77.
iaiUe. — Les Hollandais ne se seraient pas retkés ainsi sans de très-grandes pertes de ce côté, si le eanseil da
marquis de Yillars (i) qui commandait, a la gauche de Tannée firançaise, une réserve de cinq escadrons, avait été suivi. Il voulait une charge qui, faite ^ temps, eit rendu de suite la victoire décisive; mais un ordre précis de la cour le força de s'abstenir et de se diriger ailleurs. Pïen après» le maréchal de Luzembonig ayant gagné le champ de bataille, et voyant la droite des ennemis se retirer sans encombre, ne put s'empcdier de dire k Yillars : « Je voudrais que le cheval de Chamlay mt eu lee jambes eaàséei quand U vous opportait ce maudit ordre! »
Sur jses entrefaites, le prince d'Orange fit occuper le moulin situé dans la plaine, entre les deux ruisseaux; il y avait posté de prime-abord un corps d'infanterie. Ën même temps il ût reconnaître, par ses troupes, le pays environnant, mais il fut jugé d'un accès difficile au [101 nt de déses[>érer ce prince par rimpossibilité (]u il y aurait dy faire passer son armée et son artillerie; les Firançais occupant d'ailleurs tous les postes essentiels de passage : ils s'étendaient d'Ebblinghem h Balenberg (iî),
(i) Ce de \illars, depuis illiiistie maréchal, avait à peine 30 ans quand il commanda, à la bataille de Cassel, comme colonel. Le Roi l avait distingué de bonne heure; il servit d'abord en Flandre, sous Gondé; puis sous Luxembourg et le maréchal de Schomberg. (Note d'après Sainte-Beuve.)
(Il) D'autres auteurs disent jusqu'à l'abbaye de Peene seulement, ce qui paraîtrait moins exact, car il y avait une réserve vers la colline de Bajlenberg pour y défendre la route qui conduit à Watten.
e'est-k-dire, selon les mémoires de Loovois, que Tarmée était rangée en deux lignes^ avec une réserve; la droite appuyée à une hauteur qu on uommail dans le pays le mont à'Aplinghm (Ëblenghem), la gaucbe extrême au moulin de BaUnberçh.
Dans la uuit du 10 au 11, les oeuf bataillons envoyés en dernier *lieu par le Roi, avaient réjoint leurs
camarades au bivouac, par conséquent les deux armées étaieoi au il avril, à la pointe du Jour, k peu près ^les en nombre.
Malgré Téchec éprouve par le prince d'Oran^^e près de rabbaye de Peene, dont il avait voulu s'emparer avec le dessein de faire un grand effort sur sa droite, Guil-^ laurae résolut sérieusenieni <\e se fortifier de ce c<ôlé, afin de tourner Tarmée française et de s'approcher ainsi de St.-Omer. Il y envoya, mais trop tardivement, un graud nombre des siens qu'il fit défiler pour ainsi dire clandestinement derrière sa première ligne; mais celte tactique , fut bientôt aperçue par ses adversaires qui ne lui en laissèrent pas le temps. Ils connaissaient d'ailleurs raiïaibiissemeni de sa gauche, quoique ses escadrons y fussent protégés par des retranchements et des haies dans lesquelles étaient postés aussi deux bataillons d'inianterie, et quoique le prince vint encore d'y envoyer trois autres bataillons et quelques escadrons, pour faire face aux attaques de ce côté. Mimsieuty impatient d'en venir aux mains, opposa, dès les neuf heures du malin, aux Hollandais qui s'avançaient, les deux liataillons d'Anjou vis-k-vis les ponts du deuxième ruisseau, la
•Lyiicke, cl ordonna que de l'aîle droite ou coaduisil au même endroit rartillerie qui eaaonna le corps de bataille
des cnuemis ju3(iuc vers deux heures de l apie:>-iiiidi.
S. À. B. apprit, par les recounaissauccâ faites par le chevalier de Clinvîlliers , avec quelques officiers, que 1 ennemi abandonnait la liauteur au-dela du i aisseau qui vient de Casse! (la Peene), et s'avançait avec le dessein apparent de combattre; elle savait aussi qu1l n'y avait au-dcla du pont de lautre ruisseaii la Lyiieke (resté presque sans garde et sur lequel on pouvait passer], que quelques -escadrons soutenus par des bataillons mal for- !nés et faciles a rompre, formant I aile gauche des Hollandais. Aussi S. Â. R. Monsieur profita de suite de cette belle occasion de vaincre. L'armée de droite du roi s'avança vers le front des Hollandais pour combattre, d'abord^ ceux qui gardaient ce ruisseau. Le marcfchal de Hiunières qui commandait cette partie, autorisé par Monsieur (i) se disposa a attaquer Taile affaiblie en ( entamant par les côtés (iij. U commença le combat vers deui heures; mais il engagea en trop son aile; il fit passer une partie de sa cavalerie sur un pont de pierre
(i) « Je vais à droite, c avait dit le maréchal, en quittant le » duc d'Orléans; » je vais passer le ruisseau avec les deux » compagnies de mousquetaires; je n'aurai pas le loisir de » vous envoyer un aide-de-camp; si vous entendez tirer c'est » que j'aurai commencé le combat. » Cependant il lit savoir à Monsieur, pur le im.réclial-de-logis Chanlay, bon olticier, que l'affaire s'engageait.
(il) 11 fallait, pour tirer sur les ilullandais, s'enarager dans des champs entourés de fossés el de haies, passer un ruisseau, et dans quelques endroits faire de grands détours (journaux fk'ançals du temps.)
Diyilizeo by GoOglc
qui se trouva devant lui ot aussi sur divers endroits du ruisseau faciles à passer, et cela malbeureusemeDl avant que le centre et la gauche de la première ligne ne se fussent encore rendus maîtres de ce ruisseau sur tout le front. Sans ce contretemps, l'occasion ne pouvait s'offrir meilleure. Ce mouvement hasardeux qui séparait la cavalerie de la droite du reste de l annto, ne réussit pas. La cavalerie fut chargée par toute celle ennemie de la gauche et tomba même sous le feu d'une partie de rinfanlorio hollandaise. I.a chai g*' lut si violente que cette cavalerie fut obligée de repasser eu grand désordre pont qn^elle avait traversé peu avant; cependant Tinfanterie française lin il par occuper les haies que les Hollandais abandonnèrent forcément, quoique y étant placés de la manière la plus avantageuse.
Autre narration. — Passant ic ruisseau (la Lyncke), le maréchal de Humières se présenta devant Taile gauche du prince d*Orange^ ayant avec lui la gendarmerie et les mousquetaires du roi, suivis par deu!L bataillons de Navarre. Le maréchal avait le dessein de gagner les haies et jardins, au milieu de la première ligne des ennemis. H se trouva d abord dans deux gros bataillons hollandais soutenus par neuf escadrons de Brederode^ Kimkel et antres. Pour s'en débarrasser, le maréchal commanda aux deux bataïUuiis Je Navarre et aux mousquetaires de les attaquer, faisant mettre pied à terre aux derniers.
Dès que les Hollandais virent paraître Ici? habiis louyes (c'est ainsi qu'ils appelaient les mousquetaires), le ba~
taillon d'Oalkeinlx>urg fit deax décharges de moasqoel sur
eux, a lâ portée de pislolel, ce qui n'empêcha pas les vaillants mousquetaires d'enfoneer, l'épée à la main, le régiment qni leur était opposé, pendant que Navarre renversait l'autre; après quoi, voyant venir ^ eux la cavalerie ennemie^ ils retoamèrent en hâte poar reprendre leurs chevaux, ce qui semblait être une fuite, mais c'était qu'ils appréhendaient de perdre 1 occasion de hi charger (i).
Afin de combattre les escadrons ennemis qoi s'avan-
çaieul au galop, le marquis de Livournc se joignit aux mousquetairea avec la gendarmerie; ceux- ci, après avoir essuyé deux décharges des Hollandab, ^ hrùh pourpoini, les poussèrent Tépée a la main et passèrent sur le ventre de toute leur première ligne, ayant été soutenus par des dragons et des cuirassiers qui étaient venus de l'aile gauche (ii). Plusieurs étendards y furent pris et beaucoup d'hommes.
Voici comment ce même fait est raconté par l'historien de Louvois : le lexle eu est un peu différent.
« 11 était dix heures (deux heures) (ni), dil-il, lorsque •)* la bataille s'engagea ainsi sur la droite. Les mous-
(i) Ce qui obligea même le chevalier de Sourdis, maréchal de camp, do leur dire de n$ pat te pretter tant ptmr ne donner pat lUu de erûifê aux troupet qui t'avan^aUnt^ 9«*oi» avait àé nuU traité,
(u) La brigade de Souoray, défit les régiments qui lui faisatent face, les brigades do BuUonde et de JUontrevel, aidèrent aussi les mousquetaires à renverser les Hollandais sur ee point.
(m) La première ligne tout entière se mit en marche à deux heures de l'après-midi et passa en divers endroits la Lyncke» dont les bords étaient escarpés.
9 qnetaires passèrent le roissean; arrivés en vue des
» retranchements qui étaient occiipc's par (]< ux bauulluiih » des gardes du prince dOrauge, le maréchal leur lit I» mettre pied ^ terre et les lança en avant, comme » nne tronpe d'infanterie. Les Hollandais les rej^ardaiciiL M venir, immobiles, en silence, prêts k fair< l< u; déjà n les monsqnelaires s'accrochaient, pour escalader l épan- »* leraenl. anx canons des fusils; une décharge à bout }) portant les renversa dans le fossé (i); quarante y » demeurèrent tués ou blessés, les autres se relevèrent, » forcèrent le retranchement et firent main basse sur » tout ce qui ne battit pas assez vite en retraite. » Pendant ce temps, la gendarmerie et les autres esca- » drons défilaient rapidement \l droite et li gauche, M [Njui se déployer sur un lerraiu favorable^ le maréchal » fit sonner pour rallier les mousquetaires; en un mo- » ment ils se retrouvèrent li cheval, en ligne, k leur » place d bouiieiir. Le peu de cavalerie que le prince » d'Orange avait laissé à son aile gauche fut bientôt » mis en déroute et s'enfuit honteusement. Alors tous » les escadrons français, mousquetaires, gendataies, cui- » rassiers, chevaux-légers, dragons, se rabattirent par » un^ charge impétueuse sur le flanc découvert de » riufanlerie hollandaise. »
La Cordonnière, lieutenant-général, à ce moment, aveKit le maréchal de Humières qu'on voyait encore descendre du côlc de la hauteur des Mouiiub, plus de
fi) La ptihc gravure ci jointe, de rallaque des mousquetaires à pied, représente cet épisode. — Planche iv.
Digitizea by <jOO^it:
qufoze escadrons qui venaieot prendre ion aile en flanc.
Il lui fut OKiotiné de leur faire face avec les escadrons Konismark, et au chevalier de Sourdis d'y conduire les mousqnetaires qui avaient repris leurs chevaux.
En avançant, par une singulière rencontre, ces mousquetaires, à cheval, trouvèrent devant eux les déhris rzWiés de ces mêmes gardes du prince d^Orange qu^ils avaient assaillis tout à Theure, comme gens de pied; ils achevèrent de les détruire Puis, en gagnant du terrain, ils prirent en flanc l'aîle gauche du prince avec grande impétuosité; le maréchal d Huinières, dit le baron de Vuorden, mettant en déroute cette gauche, passa au fil de répée le meilleur des bataillons hollandais. Ceux-ci furent culbutés avec un désordre et une confusion extrêmes, les uns sur les autres.
Le maréchal de Humières trouvait partout de nouveaux périls et de nouveaux obstacles. Les deux bataillons qui élaient dans le grand espace, dont Tun d'eux était des gardes du prince d'Orange, tenaient ferme devant les escadrons des cuirassiers et de TiLladet , et on ne pouvait les renverser sans infanterie. U commanda donc îi Crevant, avec le bataillon de la reine, a Desbordes et Kaousset, avec ceux de Navarre, de les chasser, ce qui fut exécuté avec une vigoureuse résistance. Ayant donné ia chasse k ces bataillons, il trouva dans une grande
(i) Voir à la fin de cette notice pour d*aulres détails sur les mousquetaires et rengagement du maréchal de Humières. \ oir aussi aux Notes sur les officiers supérieurs de l'armée devant Gassei, etc.
plaine tome la cavalerie ennemie qui se préparail à le bien recevoir. Il y avait entre autres un escadrmi des
chevaux blancs du prince ii'Orauge; et comme la brigade de Revel avait beaucoup souffert, il fit avancer la gendarmerie qoi s^était ralliée, et, ayant la liberté de
i^'éteuilre de tous coiés, il recommeuça a donner.
Ce fut alors que Moniteur commença a s'ébranler de son côté. Après avoir donné ordre au duc de Luxembourg
dattaquer a la droite de Tennemi de la |»l.tiiie, il fit avancer T infanterie et survenant au centre avec le corps de bataille à la tête de la gendarmerie écossaise, S. A. H. tailla en pièces tout ce (jui se présenta devant sa troupe. Cependant Monsieur qui se trouvait partout, voyant que plusieurs bataillons et escadrons pliaient (i) devant un i;ros corps d'ennemis, dans le même endroit où il avait commencé à combattre, courut k eux en leur criant : « Vous fuyez et vous me voyez : » et où est l'honneur de la France? »> Il fit marcher eu même temps les bataillons de Greeder et de Philfer; il y joignit la compagnie même de ses gardes et ne retint auprès de sa personne qne (jueKpios gentilshommes (ii) et ses domestiques. Après ces ordres, il rallia les fuyards,
(i) La cavalerie ennemie avait mis en déroute la brigade de Tracy et deux autres bataillons après qu'ils eurent traversé
le ruisseau.
(u) Les plus considérables de ceux-ci étaient le cîirvalier de Beuvron, capitaine d(^ ses f^ardes, le marquis d'Kffuit, premier * écuyer; le marquis de Pluvault; le chevalier de Nantouilletî M. de Grave et plusieurs autres.
les ramena au combat, les eocourageant par son exempte, et renversa toute l'iofanterie ennemie qui, s'étant prévalue de ce désordre de troupes françai^s, avait presque coupé 1 armée de S. Â. R. Monsieur s'exposa si fort k cette occasion qu'il reçût un coup de mousquet dans ses armes. Le chevalier de Lorraine fat blessé au «front, et quelques autres gentilshonmies et domestiques de Son Altesse furent aussi blessés à ses côtés (i).
Le maréchal de Humières , s'apercevant du désordre de l'infanterie hollandaise, jugea bien que Monsieur avait remporté quelque avantage considérable. Voyant donc quMl nV avait plus rien 2i craindre de son e6të, et s étant assuré de i autre, avec la brigade de Moutrevel, de la seconde ligne, qui était en fort bon ordre, il renforça encore une fois la gendarmerie qui avait beaucoup soulier t, de la brigade de Kevel et d'autres escadrons qui venaient après elle, et donna sur le gros de la cavalerie hollandaise Après un combat fort opiniâtre, celle-ci commença à repasser le ruisseau, ensuite à se débander et à prendre la fuite. Monsieur ' parut en ce moment avec son infanterie sur la gauche de cette aile victorieuse et trouva le maréchal qui venait
0) Le sieur de La Motte, maréchal de camp; le chevalier de Nantouillet; le marquis d'Effiat, premier écuycr de S. A. R.; le marquis de Pluvault; le chevalier de Sîlly, se rendirent alors fort utiles. Beaucoup y furent blessés avec nombre d'autres ofliciers.
(Il) Voir aux planches la petite gravure des cavaliers se dirigeant vers le moulin ou lut le centre du combat. Les mousquetaires prennent Tennemi en flanc et les autres gardes françaises chargent de front au centre.
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de ?aîncre, avec la cavalerie, Taile gauche des ennemU,
où étaient leurs plus (grandes forces, et oii il semblait que la toriuoe Tavait voulu disputer avec la bravoure de ses troupes.
A l'autre extrémité du champ dr luiaille, le maréchal de Luxembourg, qui avait reçu l'ordre de iaire avaucer son aile, eut d'abord fort à faire pour défeodre le passage du ruisseau la Lyncke, et peut-être aussi la Peene, vers leur conjoiiclion, et au-delà (i), contre uue cavalerie deux fois plus oombreuse que la sienne (ii)* Enlevés par sa brillante victoire, les escadrons français reprirent l'offensive; mais de ce côté les charges se succédaient sans produire de résultais décisifs (ni).
Cepaiidant Telforl pour passer le ruisseau, la Lynckebecque, devint général par tout le front de la ligne française. Alors le maréchal de Luxembourg ne tarda pas 11 faire abandonner les bords du même ruisseau aux soldats ennemis qui le gardaient de ce côté, el tout le front donna k la fois. Le choc fut rude et sanglant, les hollandais le soutinrent assez bien, pendant quelque temps; s étant défendus avec beaucoup de valeur, ils perdirent enfin courage, après un combat de trois heures*
(i) Le duc de Luxembourg passa le ruisseau dans la direction Est de Tabbaye de Peene avec le comte du Plessis, Heu^
tenant-général, le sieur d'Albret, maréchal-de-camp» et les brigades d'infanterie d'Auberval et de Yillechauve, celles de Cournay, etc.
(il) Son aile gauche avait été affaiblie par les troupes qu'en avait détachées le prince de Soubise pour empêcher de se« courir Saint-Omer.
^ (m) Histoire de Louvois, précitée.
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Le régiment des gardes du prînce d'Orange fut le premier qui lâcha le pied, les régiments qui étaient auprès, les suivaient, après quelque rcsislance; la fuite de ces derniers» et le désordre communiqué {)ar là à la seconde ligne, entraînèrent la fuite de tonte son armée : ce fut une déroute générale (i).
L'auteur de T histoire de Louvois s'esprime de la manière suivante, pour quelques épisodes de la bataille; ces détails sont, aussi, bons a conscrvcîr.
« Âu centre, dit-il, après une vive canonnade, les » bataillons de la première ligne (u) avaient abordé, au- » delà du ruisseau (la Lvuckcj, riDianlerie hollandaise; » ils avaient même commencé a la mettre en désordre» » lorsque le prince d'Orange, ordonnant la même ma- » nœuvre que le maréchal d'Humières exécutait en ce 1» momenl Ih contre sa gauche, lança sur le flanc des n bataillons français une partie de la nombreuse cavalerie » de sa droite. Surpris par celte brusque attaque, ils » plièrent sous le choc et se laissèrent rameuei jusqu'au » bord du ruisseau. Â cette vue» Mousienr courut à » rinfanterie de la seconde ligne, Tamena au pas de » course et rétablit le combat. Chargeant, à la tête des n bataillons, comme un capitaine de grenadiers, il vit » tomber autour de lui vingt officiers de son état-
(ij Uay de St.-Géniès.
(ii!\'oir, ;i îa fin les pièces justificatives, pour notes concernant les noms des chefs des gardes françaises et des secours du seif^ncur de Tracy, arrivés à temps pour seconder Monsieur, au centre, ies forces étant là encore intérieures à celles des hollandais.
. i» majora sa cuirasse lui faussée par une balle, mais il » eut la joie de voir les Hollandais reculer li leur tour.
» l'uusses tle front par le prince, pris en flanc par le » maréchal d'Uumières, leurs batailloos ne tanlèrent pas > k se confondre en* une masse flottante et désordonnée » qni , sous un dernier chue de lîi cavalerie , se divisa » de nouveau, mais en groupes plus ou moins nom- » breux de fuyards. »
Le prince d Oranj^c, dit le président Ilénault, fui baltu à plate coulure. Les trauçais ne voyaient plus devant eux, sur tout le champ de bataille, qne des fragments d ai iaée; car do son côté, le maréclial de Luxemlwurj; avait suivi le mouvemeut offensif du centie, et donné à ses escadrons un dernier élan qoi avait tout emporté : la mêlée l'ut dos plus sanglantes.
L'ardeur dn combat fut de trois heures et deauo; c'est-k-dire depuis deux heures de Taprès-midi jusqu'à cinq heures et demie du soir. La cavalerie victorieuse portait la terreur et la confusion partout. Le prince d^Orange montra aussi beaucoup de bravoure qui lit balancer pendant quelque temps la victoire : il se trouva partout. La cavalerie française ayant rompu ses escadrons, il ent assez de peine à les remplacer par son infanterie, qui fut obligée de plier, ayant été attaquée en flanc et de front. — Guillaume s exposa plusieurs lois pendant le combat, il y avait reçu plusieurs coups. Âu désespoir de se voir toujours battu, repoussé et vaincu, il essaya de rallier les fuyards, ramena môme quelques corps a la charge (i),
(i) Keboulet, doc leur ès-ih oit, histoire du Louis , déjà citée.
appela à lui presque toute la réserve de la accoude ligue; mais la peur les ayait saisis au point de n'être plus capables d'entendre la voix de leur ehef. Ce prinee se vit entraîné par le torrent, saus qu il lui fut possible d*y remédier.
Il est dit dans la vie de Guillaume de Nassau, depuis roi d Angleterre, qu'en ce moment, outré de colère, ce prince coupa le visage à un des siens qui fuyait, en criant ^ hante voix : « Coquin, je te marqu/erai du » moins ^ afin de le connaître, pour te faire pendre j» après la bataille, » (i)
L'armée hollandaise, entièrement vaincue, gagna en confusion la hauteur, près le cbemiii de Cassel à TAbeele : Ëlle fut poursuivie de près. N'oublions pas de dire qu'au moment de cette fuite, il v eut un dernier engagement un peu au-delà des ponts jetés la veille sur la Peene, par les Hollandais. LÀ, les fuyards et des troupes ennemies de la réserve, et autres qui s'étaient ralliées dans l'espoir de couvrir leurs bagages et leur artillerie, s'entrechoquèrent vigoureusement avec les Français qui avaient, de même, traversé les ponts de ce ruisseau, dans leur élan luiioiix et en poursuivant les vaincus. Cet endroit, de dernier combat, est, encore aujourd'hui, appelé, dans le pays, la fin de la bataille. Il est au bas de la colline appelée le Tom ou Schu, et au versant de sa partie orientale, non loin du nouveau château de Zuydpeene (u).
(i; Mémoires du chevalier du Temple, sur Tannée 1677. (n) La fin de ta bataille est a la droite de la Peene, entre^ les