‹ La bataille de Val-de-Cassel de 1677, ses préludes et ses suitesChapitre 9 sur 22 · T NOT£S · texte numérisé non relu

T NOT£S

Le dac d'Orléans avait employé louie sa valeur pour achever sa victoire; elle fal complète, dit de Larrey. Le

prince d'Orange, contraint de céder, Ini avait abandonné le champ de bataille couvert de morts : il se retira précipitamment. Monsieur, content de sa victoire» défendit

deux villages Noord et Zuyt de ce nom. Ce lieu se trouve proche et au-dessous de ce château actuel de M. Aimart, qui a été bâti sur un ancien manoir féodal. Il est situé au nord-est du champ du combat général; la voie ferrée passe maintenant

sur ce terrain. De là, comme du monticule du Toni, on plane sur le champ du combat, qui s'y verrait avec tous ses détails si des arbres nVn otïusfiuaient la vue, eu certains endroits.

Il est naturel de pens(;r qm ''est vers ce point, surtout, du ruissenu la Peenc-becque, que des ponts lurent jetés, puisque les troupes hollandaises et françaises les passèrent avant de s'attaquer en dernier Ifeu.

Obs. On a eu tort de désigner sur des cartes, d*après Gassini, le lieu de cette fin de bataille près de la SchaeJse, commune de Buysscheure; il est tout à l'opposé, à quelques kilomètres de là.

^ ses troupes de le suivre. Le duc de Luxembourg

eut seul Tordre do S. A. R de |M>ursuivre. Avec son aile gauche, il n'avait pas trop trouvé de résistance dans la droite des ennemis, quoiqu'il vint de défaire entièrement cette aile; aus^i ses troupes étant moins fatiguées, Monsieur le chargea de marcher vers les fuyards avec dix escadrons du colonel-général et quelques autres, qu'on tira de l'aile droite du maréchal d Ilumières, et que le comte du Plessis eut soîu de lui conduire. S'étani détaché, ie maréchal atteignit une partie de Fennemi qu'il tailla en pièces, même après avoir dépassé de deux lieues le mont Cassel (i). Si les Français n'avaient pas rencontré sur leur route, en poursuivant les Hollandais, les bagages de ceux-ci, qu'ils pillèrent, tout ce qui restait de troupes du prince d'Oi*ange aurait été pris. Guillaume avait perdu cinq mille tués (u) et blesséa

(i) Une partie de l'armée hollandaise passa par Wemaerseappel, delà au chemin dit de St.-Omer, proche du lieu appelé le PeMt près Hardi fort, à la gauche de Gassel; puis vers le bois du Temple, et delà, par Watou, à Poperingue, en laissant Steenvoorde à droite. Les chariots de cette division de Tarmée restèrent embourbés à la Groene Straele, où ils furent dévalisés. D'autres fractions de l'armée hollandaise, conduites par le com te (le Nassau, an ivc en dernier, passèrent à droite, ou au sud de Casscl, et pur la route fjui de là se rend dire clément à Steenvoorde, où elles furent aussi poursuivicb ci uUuquées; ce lurent le prince et le comte de Waldcck qui firent leur retraite par la gauche de Gassel avec une partie de la cavalerie et de rinfauterie.

La nuit survenue, les fossés, dont la campagne était coupée, et les sentiers détournés, sauvèrent les débris de l'armée hollandaise.

(ti) De Lurrey, conseiller du roi de Prusse. (Histoire de Louis XiV. Rotterdam 1794.)

hoi's d'état de servir, et deux mille cinq cents (irison-

Tïicrs (i); cl il avait laissé dans la plaine de la Peeuc * plus de soixante tant drapeaux qu'étendards.

D'antres disent anssi que le maréchal de Lnxeml)ourg iiu le bonheur do se rendre maUre des vivres et provisions. Il mit en pièces, dans sa poursuite, beaucoup de troupes qui se ralliaient pour sauver le bagage dont il somparn. Enfin il lit prisoniiiers beaucoup d'of- Ocicrs et de soldats, tout en prenant le reste de l'artillerie hollandaise. Puis, après avoir poursuivi les troupes débandées jusque près de Stcenvoorde, le duc retourna au camp, ou quartier- général^ et ses mousquetaires campèrent quelques jours tout proche du champ de bataille.

Le prince d'Orange, voyant la bataille perdue sans ressources, s'était retiré après tous les siens débandés; il était triste, suivi de peu de monde et ne savait pas où il voulait aller. Il se rendît b Poperiogue, Ik il rallia ses troupes harassées. Éprouvant encore en cette occasion que le bonheur ne voulait s'accorder avec sa bravoure, dans aucune de ses entreprises, ce prince ne se découragea pas, cependant^ il se retira aux environs d'Ypres (u) d'où il gagna le pays de Waas et alla passer le canal de Bruges, fl mit son armée aux environs d Ëkeloo, ahu qu elle se rafraîchit. Il se rendit de la à Àlost, pour y attendre les troupes que lui amenaient

(i) Voir Gà Vanlûo, traduction de son histoire métallique des Pays-Bas, tome lU, p. 215.

(u) Où il fit la revue de son armée et fit punir de mort quelqiH's officiers et soldats des bataillons qui s'étaient conduits avec tant de lâcheté.

les géoéraox de Munster et de Laxembourg, avec des

Espagnols.

Malgré ce cruel cchcc, le prince dOraDge remporta («resque autant de gloire à la bataille de mont-Cassel, que s'il avait été victorieux; et les Français, qui savent honorer la vertu jusque ilaus leurs ennemis, lui reudirent eux-mêmes ce témoignage qu'il s'était exposé 2i tous les dangers et comporté partout en grand capilaîne et en brave soldat. Deux coups qu'il reçut dans ses armes en étaient de bonnes marques, et si elles eussent été d'une trempe moins fine, il lui en eut coûté la vie (i).

On ne pouvait donner tant de louange au vaincu qu'on ne fit Téloge du vainqueur. On eut dit que la fortune avait pris plaisir b en égaler les dangers aussi bien que la valeur, car le duc d'Orléans courut risque de la vie par deux coups de mousquet qu'il reçut dans sa cuirasse (ii), et il perdit aussi beaucoup de braves gens de son côté : la victoire l'en consola. Après cette victoire, Monsieur s'avança jusqu'à la hauteur qui est

(i) « H fit une retraite, dit le chevalier du Temple, qui ne

» fut guère moins honorable qu'une victoire, et qui contribua » beaucoup, de l'aveu même de ses ennemis, à augmenter la » réputation qu'il s'était acquise avec tant de justice. On attri- » bua entièrement à la conduite et à la v aleur de ce prince, le > salut du reste de l'armée boiluiidaise, après la déroute de » leurs premières troupes. »

(u) • Monsieur, dit le président HainauIL, y donna de graii- » des preuves de valeur; il eut un cheval tué sous lui» un f coup de mousquet dans ses armes. Le chevalier de Lorraine, » parlant à lui, eut un coup de mousquet dans le chapeau qui i lui effleura le front; le chevalier de Nantouillet eut la cuisse 9 percée, à ses côtés, et quelques-uns de ses domestiques » furent tués derrière lui. »

au-Hlelk du second ruisseau, la Peeae, avec les brigades d'Aubarede et de Villeehaiide, pour attendre le marchai

de Luxemliourg, ou pour le s'jui€nlr, au cas où le comie de Nassau fut venu l'attaquer.

Il demeura ensuite quelques jours dans son poste (i), tant pour observer Tétat de l'armée ennemie, que pour atleadre quelque temps le prince d'Orange, dans le cas où il Ini prendrait envie de tenter un second combat; et pour empêcher que quelques-unes de ses troupes ne s'allassenl jeter dans St.-Omer. Sou but, aussi, était de donner le temps 11 sa cavalerie de profiter des fourrages qu^on avait trouvés aii-delh de Cassel, et h l'infanterie de consumer les munitions que les Hollandais avaient abandonnées : il y en avait, pour la subsistance ie leur armée, pour pins de dix jours.

Son Altesse, Monsieur, envoya d'abord, sur le diamp de bataille, des chariots et autres voitures avec des médecins, des chirurgiens et des vivres spéciaux, pour secourir ceux des euucmis qui se trouvaient encore en . état d'être secourus; ne voulairt pas que Ton fit, en cette occasion, aucune différence entre ces malheureux et les soldats de 1 armée qu'il oommaudait (u).

(i) Son quartîer-général, proche I*abbaye de Woestine. S. A. R. logeait dans ce monastère de Dames.

(il) On voit encore dans cette plaine, non loin de la Lyncke, remplacement d'une ambulance après la bataille. C'est une

grande j^rangebien conservée, à cause de s:i ron^f motion trèssolide et ses solives énormes. Cette grange, qui tut convertie en infirmerie provisoire, pouvait contenir près de deux cents Wessés non transportabies, couchés en longueur sur quatre rangs. Elle a vingt-sept mètres de longueur sur huit mètres

Voyant qu'il n'y arvait point- d'apparence de nouveaux 'engagements avec les Hollandais, puisque le prince dOrange se retirait entre Bruges et Gand, Monsieur retourna, vers le 19, proche St.-Omer, dans son camp de Blandek, pour presser encore plus le siège de celte ville. Les troupes furent mises en grande partie en bataille sur les hauteurs d'Arqués.

Le maréchal de Humièrcs, imnicdiatement après la bataille au val de Cassel, s'était rendu devant la place, pour remettre toutes choses en état, et redoubler les altaques; ce qui ût cesser les surtics vigoureuses des assiégés, pendant Tabsence momentanée du plus grand nombre des troupes emmenées h la rencontre du pi Ince d^Orange.

Le priuce de Hobek (et non de Morbeck comme on Ta dit), qui commandait dans St. -Orner, ne se pressa pas de se rendre; il continua de se défendre, quoiqu'il se vil saos espérance d'être secouru : il ne se rendit que le neuvième jour après la bataille dite de Cassel ; le 20.

de large. M. Ternynck, vicaire-général à Ârras, est actuellement le propriétaire de la ferme.

C'est vers ce point que des individus ai'Pîvcrent en voiture, peu de temps après révacuation des dernières troupes; ils firent tourner les ailes des moulins du loin vers l'ouest, et, après s'être orientés, ils déterrèrent des sommes d'argent qu'ils se sont hâté d'emporter. — On dit dans le pa>s qu'il y a encore un trésor de caché dans un petit bois voisin.

C'est aussi dans ce voisinage que Ton trouve quantité d'Ossements, à peine à un mètre de profondeur; on les porte successivement au eimetierc du village; des armes diverses, des monnaies, beaucoup de balles ci des biscaïens, y ont été trouvés, et môme des boulets sont déterrés dans les environs, surtout proche la Lyneke inférieure : nous faisons une collection de ces objets d'histoire locale.

La nouvelle de la défaite du prince avait accéléré la prise de la eiladelle de Cambrai; le gottvmeur la rendît peu de jours après.

Le rot, après la capilulaiion de Cambrai, parui le matin du âO. Il arriva le 22 ii Terooane, où llonaieoç.' vint voir Sa Majesté; de ik S. A. R. revint k son camp avec les ordres du roi d'accorder imincdialement une capitulation des plus honorables aux assiégés de SL-Omer qui se rendaient; la ville étant snr le point d'être eniporuk; d'assaul. Les ironpcs espagnoles en " sortireot le 22 avec armes et iNigages. Ainsi fut faile la conquête de trois des meilleures places des Pays-Bas catholiques qui, de frontières qu* elles étaient aupat avant, auiL ennemis des Français, devinrent frontières contre • eux, pour arrêter leurs irruptions, et |K>ar faciliter celles de la France.

Le 25, S. M. l^uis XL Y se rendit k Gra vélines et le soir k Dunkerque, où il ordonna de nouvelles forti-

fications Le 27, elle passa b Bergues, et le 2S, elle retourna à Calais, puis s arrêta quelques jours a St.-Omer« k partir du i.*' mai.

Après avoir laissé le comni.nuleinent supéiicui de son armée au marcçltal de Luxembourg, le roi retourna, avec Monsieur, k St.-Germaln-en-Laife, où il médita sur de nouveaux projets de conquêtes mentionnées, plus haut, et dont la réalii^ation fut, pour la France, le prélude heureux de la paix de 1678.

Le prince d Oran^e, six semaines après la bataille de C«&seL se vit en état de se rendre en campague, ayant.

réuni ses forces aux secours envoyés par ses alliés. Vers la fin de jaillet il avait formé une nooTelle année de 50,000 hommes^ y compris les troopes d'Espagne.

Les Etats avaient assigné, immédiatement après les pertes considérables du prince, six cent mille florins pour le recrutement de ces troupes (i).

(i) G*'' Vanloo ou Van Loon. — Histoire métallique.

Note sur le nombre des maris ^ blessés et

prisonniers de formée de Hollande, et sur les Mires de ses pertes à la bataille de Cassel.

Les âiiiours vaticnl assez sur le nombre des morU et blessés k la bataille de 1677; nous pensons que pour concilier il ne faut en prendi^ que la moyenne. Noos avons vu que de Pélisson dît qu'il demeura 6,000 Hollandais sur place, sans parler des Français.

Reboolel : Les alliés laissèrent 3,000 morts sur le cbamp de bataille; on leur fii plus de 3,000 prisonniers.

De St.-Géniès dit la même cbose.

Le baron de Vuorden : 4,000 bollandais tnés sur f)Iace et autant de prisonniers, près du quart de Tarmée du prince d 'Orange.

De Mezeray : La journée de Mont-Gassel coûta aux alliés plus de quatre mtlk Iwmmes lués , oulro près de trois mille prisonuiers.

G. Vanloo, hollandais, dit : S'il faut en croire les

Français, les alliés f>erdiront dans celle balaille plus de 4^000 morts sur le cliamp de ixilaille, sans compter pins de 2,000 prisonniers.

De Larray avance qu'il y a eu 5,000 morls et 2,500 prisonniers.

Dans un oavrage (i) ioipriDié ë Amsterdam, en 1754, et que Ton ne peut suspecter, il est dit que les alli^ y perdirent plus de 3,000 hoiriines.

Le journal chronologique de Lamoral de Neufville, dit aussi 2,500 prisonniers.

Enfin riiisloirc de Louvois rapporte qu'il y a eu du eèté des Hollandais, irais millê morts, quatre à dnq miUe blessés et deux mille cinq cents prisonniers, et du côté des Français douze cents morls et deux mille blessés.

De St.^éniès dit, lui, pour les Français; deuœ miUe hommes htês et deux mille quatre cents blessés.

Ëniiu, dans la Campagne du Roy (n), il est dit : pins de dix mille hommes furent perdus du c6té des Hollandais; c'est-b-dire plus de 3,000 morts, autant de blessés ou prisonniers, et le reste débandé ou rendu incapable de servir.

11 a été écrit que la défaite de celle armée aurait été ealière sans 1 inégalité du terrain, les marais, les haies, les forêts, les broussailles et la nuit qui survint.

(i) Histoire du traité de Nimègue.

(il) Par P. V. (anonyme) ItiTb. — Imprimerie de E. Michallel.

On esi plus d'accord dans les réIevÀ des pertes des lloiiauduis en fait de drapeaux et munitious, aiasi daos VHislaire de Louvois on trouve :

Qu'il y a eu, du c6Xé des Hollandais, perte de quarante drapeaux, quatorze étendards, tout le canon, toutes ies muniiioDS, tous les magasins aussi perdus.

L'auteur ajoute que ce sont Wa les résnHats de la bataille sanglante de Cassel, vraie l)alaillc rangée dans la force du mot. U énumère le nombre des morts et de blessés comme ci-dessus (i).

Reboulet dit : Lss alliés perdirent, outre leur bagage, treize pièces de canon, deux mortiers, quinze étendards et quarante-un drapeau i^, enfin tous leurs caissons, farines, avoines, et généraleuicnt tout ce qu'ils avaient de munitions de guerre et de bombes.

De St.-Géniès avance qu'ils perdirent tous leurs bagages, et les autres objets désignes ci-dessus par lieboulet, ce qui semble avoir été copié Tun de Tautre.

De Larrey dît : Le prince y laissa plus de soixante tant drapeaux qu'étendards, avec le nombre de canons et de mortiers désignés ci-dessus.

D'autres auteurs varient peu aussi dans cette énumération, même Van Loon, qui était hollandais.

Parmi ces drapeaux hollandais et espagnols il y en avait qui présentaient, au centre, une branche d'oranger terminée par une orange, avec la dévise Noli me tamjere; d'autres avec la devise Pro palria mea, A certains

(i) Détail de la bataille de Gassel, 11 avril. — Saiat-Pouenge à Louvois, 13 avril. — Louvois à Gréqui, lâ avril.

étendards espagnols, il y avall nne croix de St-.^André de Bourgogne, ayant aux quaiie intervalles des branches le chiffre couronné du roi Charles il, c'est-k-dire C. H.

Noions ici qu^k la bataille de Steinkerke, le 3 août i692, le prince d^Orange n^avait pas tant de drapeau!

qu'aux combats précédents et a celni de Cassel; il avait ordonné, quelque temps avant, que son infanterie n'aurait qu'un drapeau par hataiUon. Guillaume de Nassau se souvenait que ses drapeaux avaient été vus souvent à Paris, et que les rues en avaient été remplies surtout après les batailles de Caiseî et de FUurug; il avait voulu éviter une pareille honte, s'il ne pouvait éviter plus tard un pareil malheur.

Outre ses ordres de dimiuuer le nombre de ces drapeaux, donnés dans toute prévision, (mais pas immédiatement avant le combat, pour ne pas donner Téveil et le découragement ï ses tifdupes), il ordonna encore secrètement, que tous ceux iiui se verraient hors d'état de conserver leurs drapeaux, eussent a les déchirer plutôt ^ue de les abandonner aux ennemis (i).

Le maréchal de Luxembourg vainquit encore cette fois , Guillaume, prince d'Orange.

(I) Relation du combat proche de Steinkerke, brochure d'un anonyme, f 69S, imprimée, in>13, à Paris, chez Michelet.

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