‹ La bataille de Woeringen [microform]Chapitre 8 sur 10 · DE WO£RING£N · texte numérisé non relu

DE WO£RING£N

» l'invita à mettre un terme aux tortures de Tarchevêque. » Me cwjeZ'Vous assez fou ^ répartit le duc,/?OMr causer >» le moindre mal à un prêtre? Je ne fai pas fait^ et que » Dieu m^en préserve a Va{>enir ! Il est vrai que Je fis des

• prisonniers dans la dernière bataille^ et que f en garde » un armé de pied en cap , comme un chevalier ; mais je » vous le demande , est-ce là ce que Von appelle un pré' » tre ? Je ny vois rien de semblable,

» Le légat témoigna le désir d'avoir une entrevue avec » le prisonnier, et il lui fut répondu, ^o/f. Introduit dans » la prison , il trouve l'évêque assis comme je viens de le » dire. Il lui adresse la parole en latin. Siffroid, sous le » heaume qui le couvre, fit entendre des sons confus et «grommelants, pareils au bruit sortant d'une pierre M creuse. Alors, le légat, de sa propre main, lui ôta le » heaume de dessus la tête, et ne sortit pas de là sans >» avoir entendu le lamentable récit de tout ce qui lui » était arrivé. Sur ce, l'envoyé du pape travailla sans » relâche, et de tousses moyens, pour rétablir la paix et

• l'amitié entre les partis : il y réussit ». »

La gloire de l'immortelle journée de Woeringen appartient particulièrement à Jean 1"^ qui non-seulement dirigea les divers mouvements de son armée, mais encore paya partout de sa personne, fit bon nombre d'actions d'éclat et de bravoure, et qui, par sa valeur à toute épreuve, donna du courage aux plus timides. Godefroid de Brabant, sire d'Arschot et de Vierson, frère du duc, se montra digne d'être issu du même sang; Hugues et

» Introd. au Jean Van Hcelu , p. xiviii et XLix.

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Gui de Chàiillon, fils du comte de Sl.-Pol , qui par leur mère étaient aussi de Brabant, et Gilles, bâtard de Brabant, oncle du duc, prirent à la bataille une part non moins glorieuse. Rases de Gavre, sire de Liedekerke et de Bréda faisait aussi partie du corps de bataille et menait sous sa bannière ses trois fils, Rases, Philippe et Siger, avec trois barons démarque, ses cousins^ Jean Berthout, sire de Gramines, Jean de Gavre, sire d'Escornaix et Wautierd'Antoing, dont les bannières étaient aussi accompagnées de braves chevaliers et écuyers qui firent sentir à l'ennemi la force de leur bras. Waulier Berthout, avoué et sire de Malines, fut malheureusement tué dès le commencement , ayant été emporté par son coursier dans un escadron ennemi : avec lui perdirent la vie le chevalier Guillaume de Lierre et quelques sergents; ce nonobstant, sa bannière resta en pied , car elle était très-bien accompagnée de barons et de chevaliers, parmi lesquels on distinguait Gilles Berthout, sire de Honnebeke, son oncle, Gérard, sire de Rotselaer, sénéchal de Brabant, et Arnoud, sire de Walheim. Otton, frère, et Godefroid, fils du sire de Walheim, se comportèrent dignement; mais Godefroid, nouvellement reçu chevalier, fut tellement blessé, qu'il en mourut quelques jours après à Aix, dont ce fut grand dommage. Godefroid, comte de Viane, sire de Grimberg, Perweys, Ninove, etc., se tint près du duc pendant toute la bataille et se comporta très-valeureusement à la défense de sa personne et de tout le corps des Brabançons; il montra assez par sa bravoure qu'il était aussi de lillustre sang de Perweys et de Brabant; il menait avec lui Ro-

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bert de Grimberg, sire d'Assche, avec sa bannière; Jean d'Assche, son oncle, Henri de Grimberg, sire de Moerseke, son cousin, et autres braves chevaliers en bon nombre. Arnoud, sire de Diest, avec Gérard son fils aîné, fut des premiers à commencer le combat : il s'avança si loin au milieu des ennemis, que son écuyer Bastin de Nedermolen fut tué, et sa bannière renversée; mais elle fut relevée aussitôt. Parmi les chevaliers de distinction qui l'accompagnaient, se trouvait son cousin Henri de Zeelhem, qui y perdit la vie; mais elle coûta cher aux ennemis. Gérard de Wesemale, sire de Berg-op-Zoom et de Woude, combattait sous les ordres du sire d'Arschot; il attaqua avec impétuosité ceux de Luxembourg, et se trouva tout à coup tellement environné d'ennemis, que ses hommes d'armes ne pouvaient le secourir. Le comte de Luxembourg s'écria qu'on eût à tuer le chevalier de Wesemale; mais celui-ci frappa de si rudes coups, qu'il donna à Gilles de Beusegem, chevalier, et à Guillaume de Pipenpoy, écuyer, le temps de le seconder; ils firent tant eux trois, qu'ils rompirent les rangs de leurs ennemis, et rejoignirent les Brabançons, où le sire de Berg-op-Zoom fut remonté par les siens; mais en cette rencontre fut tué le frère du chevalier de Beusegem. Son oncle Arnoud, sire de Wesemale, faisait selon son droit, l'office de maréchal de camp, il se tenait avec sa bannière déployée près de la personne du duc, et fit plus d'une fois éprouver aux ennemis la force de son bras. Jean de Louvain, fils du sire de Gaesbeke, ne put, à cause de son jeune âge, prendre sa part aux lauriers de cette victoire; mais sa bannière était

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portée par un très-brave et valeureux ëcuyer, Guillaume de Pipenpoy, que nous avons déjà cité. Gérard de Louvain, prévôt de Nivelles, oncle du fils du sire de Gaesbeke, avait aussi levé sa bannière et s'était conduit avec beaucoup d'intrépidité; il avait avec lui deux chevaliers de marque, Libert de Dormale, Gilles deBeusegem, et quantité d autres bons écuyers. Waulhier, sire d'Enghien, ne put assister à la bataille; mais il y envoya sa bannière, qui fut portée par un chevalier de distinction , Etienne, sire d'Ittere, dont la valeur fut digne d'éloges. Régnier de Viset, châtelain, menait la bannière de Daelhem, très-bien accompagnée de ceux de ce pays avec quelques Haisbignois, qui firent merveilles. Nous terminerons l'énumération des seigneurs bannerets qui prirent une si grande part à cette victoire, par le sire de Kuyk , qui doit tenir à leur tête une place distinguée. 11 avait sous ses ordres deux barons, Jean, sire d'Arkel et Jean, sire de Heusden, dont les bannières étaient accompagnées de braves chevaliers. Au commencement de la bataille, ils furent attaqués si rudement, que le sire de Heusden fut emporté prisonnier et quelques sergents tués; mais leurs compagnons se défendirent si bien , que l'ennemi fut repoussé avec une perle considérable. La bannière de Heusden ne laissa pas toutefois d'être portée continuellement : elle était défendue par Arnoud Clerc, frère du sire de Heusden, et par ses cousins, Arnoud van der Sluys et Thierry de Heusden, dont le second succomba, peu après, de ses blessures à Cologne.

Outre les barons mentionnés ci-dessus, une foule

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d'autres chevaliers méritent encore que leur mémoire soit conservée, à cause de leurs beaux faits d'armes: Franco, bâtard de Wesemale et Wautier de Warfusée, sire de Momale, son compagnon, auxquels fut confiée la garde de la personne du duc; Henri de Belanden, sire de Bierbeke, Simon de Jodoigne, et Abraham, son frère, qui furent désignés pour la garde des fils du comte de St.-Pol; Wautier, sire de Rêves, et Allard son frère, Gérard de Moere et Masuin de Redingen, qui firent merveilles sous la bannière d'Arschot ; Arnoud, sire d'Issche , qui commença l'attaque parmi les Brabançons; Wautier van den Bisdomme, qui tua le comte de Luxembourg; Rases, sire de Grez, qui porta la bannière de Brabant ; Nicolas d'Ouden ainsi que Wauthier van der Cappelle qui la relevèrent, lorsque le cheval du sire de Grez eut été tué: le comte de la Marcke et le sire de Mérode, qui firent preuve de beaucoup de valeur, quoique n'ayant pas été attaqués avec autant d'acharnement que les Brabançons. Nous citerons encore Henri, sire de Bautersem, Jean de Lierre, sire de Wommelghem , Régnier de Mariesart , Jean de Winde, Jean d'Arschot, sire de Schoonhove, Jean de Lombeke et beaucoup d'autres que citent Van Heelu etButkens i. Bon nombre de bourgeois et paysans prouvèrent qu'ils ne le cédaient pas en bravoure aux plus nobles chevaliers. Louvain, Bruxelles, Anvers, Tirlemont et Nivelles avaient fourni chacune leur bannière pour la bataille; et leurs gens étaient très-probablement des arbalétriers.

' Jean Van Heelu , vs. 7584 à 8556. — Butkcns , page 318 à 321.

La bataille avait duré depuis six heures du matin jusqu'au milieu de raprès-midi. Lorsque la victoire fut bien assurée et qu'on eût recueilli les prisonniers de distinction, le duc, les princes, les barons et chevaliers se désarmèrent et se mirent un peu au repos, louant Dieu de leur avoir accordé la victoire contre de si puissants ennemis. Le château de Woeringen se rendit, et quelques jours après fut rasé de fond en comble. Le soir même de la bataille, le duc blessé en plusieurs endroits se fit conduire parle Rhin jusqu'à Cologne : le comte de Juliers, avec plus de cent barons et nobles Brabançons, fit de même, pour pouvoir être mieux pansé. Plus de 600 cadavres furent ensevelis dans le cimetière de Woeringen; les autres le furent aux environs ». Mais les corps du duc de Luxembourg et de son frère , celui du sire de Malines, ne purent être reconnus, quelque diligence que Ion fît d'après les ordres du duc. Quant à l'armée des Brabançons, elle passa la nuit en plein air, car ses pavillons et bagages avaient été pillés par le drossart de Gueldre. On avait fait un butin immense; on en réserva avant tout une forte part, qui fut affectée à élever, sur le champ de bataille même, une chapelle où, pendant longtemps, l'on chanta des messes pour le repos de ceux qui avaient succombé dans cette journée.

Le retour d'Adolphe de Berg dans son comté fut marqué par des fêtes et des preuves de la plus vive allégresse. Ce prince, en souvenir du triomphede Woe-

» Voyri lu Chronique de l/erman Coruenis, publiéopar Eccard [Corpus hutor. mcdii œri , tome iv, pai;e 038}.

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ringen, construisit l'église collégiale de Dusseldorf ». « Outre les trophées que les vainqueurs emportèrent d'un ennemi trois fois plus nombreux, dit M. Willems, les résultats politiques de leur triomphe furent immenses, non-seulement pour le Limbourg, qui devint une propriété du Brabant, et dont les habitants furent assimilés aux Brabançons, mais également pour toutes les provinces situées sur le Rhin. Aussi, les habitants de Cologne, que Jean 1" affranchit des entraves mises à leur commerce, reçurent-ils ce prince à son entrée dans leur ville, avec les transports d'une allégresse unanime et les sentiments de la plus vive reconnaissance. Ils lui décernèrent le litre de Bourgeois de Cologne, et lui firent don d'une magnifique maison, nommée depuis la Cour de Bradant, avec droit de franchise et d'asile. De plus, pour perpétuer le souvenir d'un combat si glorieux , ils érigèrent dans la rue de Saint-Séverin, à Cologne, une église, aujourd'hui détruite, à saint Boniface, fêté le jour de la bataille. Le magistrat de la ville s'y rendait processionnellement tous les ans, le 5 juin, et Tauteur de la chronique de Cologne, imprimée en i499, affirme que cette cérémonie se pratiquait encore de son temps. Enfin, dans une inscription placée au-dessus de la porte de l'édifice, et concervée au musée de Cologne, on lisait en caractères gothiques :

ANNO MCCLXXXVIII FUIT PROELIUM IN WOERINGEN ET HOC IN SABATH.

« A l'occasion du retour de Jean 1" dans son duché,

» W. Aschenberg , bli. 16.

eurent lieu, avec nos moins d'allégresse, des processions, des fêtes, des marches triomphales et des feux dejoie dans toutes les villes et surtout à Bruxelles. La confrérie des arbalétriers de la capitale du Brabant qui, selon toutes les probabilités, avait combattu à Woeringen, fit bâtir, sur la place du Grand-Sablon , en commémoration de la grande journée qui avait décidé de la conquête du Limbourg, une église dédiée à Notre dame- des- Victoires, Tous les ans, en souvenir de cette conquête, il y avait procession et cavalcade, avec des chars de triomphe, appelées en flamand Ommegank. Le duc Jean fonda, de son côté, une chapelle dans l'église de Sainte-Gudule, en l'honneur des trois rois dont on vénère à Cologne les reliques, qu'il avait invoquées pendant la bataille : il la dota de seize livres de Bruxelles, dont il ordonna de distribuer annuellement vingt sous en aumônes, le jour même de saint Boniface. Cette grande et mémorable victoire, devenue populaire dans le Brabant, fut surtout célébrée avec le plus de magnificence, aux fêtes séculaires, jusqu'au commencement du siècle dernier.» De nos jours, deux hommes, de l'intime amitié desquels s'honore l'auteur de ce récit, MM. J.-F. Willems et N. De Keyser, en rattachant leurs noms déjà connus aux glorieux souvenirs de Woeringen, auront contribué à rendre la popularité à l'un des plus beaux faits d'armes de nos pères et à réveiller dans lame de nos compatriotes un noble et juste orgueil.

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