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Scène à frémir d'effroi, scène que nul pinceau

Ne peut rendre, où l'horreur semble avoir mis le sceau î

Fatals déchirements, suprême gémonie.

Triste râle étouffé d'un peuple à l'agonie

Pour qui, pâle et sanglant, le dernier jour a lui,

Et qui, d'un œil hagard, ne voit autour de lui,

Dans ses champs ravagés, immense solitude.

Qu'images de sa honte et de sa servitude !

Quel triomphe pour toi, quel exploit éclatant,

Philippe, ô grand roi ! Réponds, es-tu content?

Ton aigle nous tient-il assez fort dans ses serres ?

Est-ce assez de douleurs, est-ce assez de misères

Et de cachots comblés et de têtes à prix ?

Roi cruel! Eh! quoi donc, n'avait-il pas compris

Combien au fond du cœur les injures anciennes

Nous avaient mis de force à nous venger des siennes I

Que pour base première à tout gouvernement,

Hélas ! la tyrannie est un mauvais ciment !

Quand l'arc est trop tendu qu'un faible effort le brise!

Que lui-même hâtait une effroyable crise,

Et que le peuple enfin, quand il lève le front,

Mieux qu*un prince énervé sait punir son afifront !

A quel rêve menteur s'est-il laissé surprendre ?

Cette guerre implacable avant de l'entreprendre.

Avait- U oublié de quel secours paissant

Peut disposer ce peuple actif et commerçant.

Combien ses libertés en miracles fécondes

Ont jeté dans le sol de racines profondes,

Et qu'au jour du danger il saura bien enoor

Échanger pour du fer et prodiguer son or!

Avait-il oublié quelle magnificence

Bruge étala jadis pour charmer sa présence.

L'éclat vraiment royal dont brilla la cité

Quand, des femmes de Flandre admirant la beauté,

Les joutes, l'appareil, le luxe de la fête.

Et, d'un si noble accueil rien moins que satisfaite,

La reine des Français dit à ses courtisans :

« Pour une reine ici, Messieurs, j'en vois six cents! »

Avait-il oublié (toujours les rois oublient I )

Ce que de nos exploits les temps passés publient,

Et, lui-même à sa perte empressé de courir,

Rien de son fol orgueil ne peut-il le guérir!

n est temps toutefois, car le Belge se lasse;

L'aversion du joug gagne la populace.

Ses tribuns ont parlé ; les fils du comte absent

Attisent la fureur d'un peuple incandescent.

En vain des cris de guerre au loin se font entendre ;

En vain le roi menace ; ils sont là pour l'attendre.

Lui, ses grands, ses vassaux, ce torrent d'ennemis

Que sa rage bientôt sur eux aura vomis.

Voici l'heure! venez ! le front haut, casque en tête,

La Flandre vous défie et sa vengeance est prête !

Courez dans Bruge encore, au mépris des traités,

Jeter vos bataillons jusqu'alors indomptés,

Ramenez la menace et la mort par ses rues ;

La menace et la mort, avec vous reparues,

Ne lui diront que trop par quel terrible effort

Un noble désespoir se soustrait à la mort,

Et que de sang il faut, dans un jour de colère,

Pour assouvir trois ans de haine populaire.

Allez ! — Le temps n'est plus des paniques terreurs ! -

De maux plus grands encor sombres avant-coureurs,

Allez!... Ceux d'entre vous qu'à ce massacre immense

Soustraira dans la nuit un moment de clémence,

Toi surtout, Châtillon ! que le peuple indigné,

S*il t'eût tenu vivant, eût le moins épargné.

Et que dans son courroux, que lui même redoute.

Pour première victime il eût choisi sans doute !

Vous tous qui, par la fuite échappés au trépas.

Bientôt pour vous venger reviendrez sur vos pas.

Aveugles instruments d'un monarque cupide

Moins fier qu'astucieux, moins juste qu'intrépide,

Allez ! le cri de guerre au loin a retenti ;

Le glaive du fourreau de lui-même est sorti,

Et la France, à son tour de vengeance animée.

Sur ses vainqueurs d'hier tombe avec une armée.

Elle va châtier d'un revers de sa main

Ce vil peuple qui crut la braver; dès demain,

Dans nos champs dévastés, dans nos villes en cendre,

Comme un fléau vengeur, son courroux va descendre.

C'est à peine pour elle une lutte à tenter!

Dans sa marche un moment qui pourrait l'arrêter ?

A d'obscurs insurgés d'où viendrait tant d'audace!...

Mais quoi! nul d'eux n'a fui, tremblant sous la menace;

Nul devant elle encor n'a ployé les genoux !

Ces rustres, ces manants, Courtrai les verra tous,

Soldats improvisés, grands de toute leur taille,

Inférieurs en nombre, accepter la bataille.

Ils sont tous là, voyez 1 comme un rempart vivant.

Le goden dag au poing et la lance en avant,

Ces bourgeois que vos tours, vos hautes citadelles

Ne pouvaient contenir, et qui se jouaient d'elles;

Les frères, les amis, les fils de ces héros

Que Flotte et Châtillon envoyaient aux bourreaux :

De Coninck et Breydel qui, rugissant de joie,

Bondissent tout armés à l'aspect de leur proie,

— L'un, pour qui le carnage en tout temps fut un jeu ;

L'autre, en qui l'âge encor n'a point éteint le feu,

Et dont l'œil flamboyant darde des étincelles ; —

Deux ours démuselés rôdant sur les deux ailes !

Au centre, va s'unir avec ses cavaliers

Au comte de Namur Guillaume de Juiliers,

Qui déjà, préludant à ce jour de victoire,

De blessés et de morts couvrit le territoire ;

Intrépide vengeur que nul revers n'abat,

Et qui ne fit qu'un saut de l'autel au combat ;

Sublime destructeur dont la torche hardie

A d'abord sur vos fronts promené l'incendie.

Et dans Maele vaincu comme un foudre passant

N'a laissé qu'une mare et de chair et de sang.

Tous ceux qui du pays ont juré l'alliance :

Dampierre dont le peuple exalte la vaillance,

£t qui depuis long-temps veille sur son salut; Ceux de Bruges, de Gand, et Sporkin et Borluut Dont l'esprit inquiet, Tâme passionnée D'un autre Woeringen rêve encor la journée; Gavre qui, dans les rangs où son bras va plonger, Â sa patrie ensemble et son père à venger ; Amould, un des captifs qu'au vieux comte leur maître Avait adjoints naguère un roi parjure et traître, Mais qui, libre à la fin et de ses droits jaloux. Sous les murs de Courtrai les a devancés tous; Butterman, dont Philippe et ses tortionnaires Ont osé refuser les secours mercenaires Qu'au prix d'un trésor même ils voudraient racheter, Butterman, à qui rien ne va plus résister ; Saeftingue qui, fuyant l'obscurité du cloître, A chaque pas qu'il fait voit sa force s'accroître, Et, par le peuple armé, moins prêtre que soldat. Semble accepter du ciel son terrible mandat!

Debout sur son coursier, la tête échevelée.

Qu'il fera beau le voir, au fort de la mêlée, Bras droit du dieu fait homme, ange exterminateur, Dominer le combat de toute sa hauteur, Et ps^tout et toujours, leur fermant toute issue, toudrojer les vaincus du poids de sa massue, Arme qui dans ses mains, en sanglant tourbillon. Dans les rangs labourés creuse un vaste sillon, Re;nverse, écrase tout, et, formidable meule, A broyer l'ennemi suffirait elle seule I

Ils sont tous là, voyez 1 l'œil ardent, le front haut; A l'appel de ses chefs nul d'eux n'est en défaut.

Ce seul cri répété dans leurs villes : Aux armes! Les a fait arriver, le cœur exempt d'alarmes, Pour combattre, pour vaincre,... et, fût-ce pour mourir, La mort même à leurs yeux est belle à conquérir !

vn.

La bataille, de sa voix sourde, Les appelle ; — échangez le soc Contre la lance haute et lourde Et la massue, immense bloc Qui, sur le cheval qui se cabre, Fait voler les éclats du sabre Brisé dans la main des vaincus, Le riche haubert qui les masque.

Et la crinière de leur casque Et le lambel de leurs écus!

L'ange de mort de sa fanfare Frappe les échos désolés.

Pareille à la voix qui s'effare De preux en champ clos immolés.

Nobles soutiens de la Belgique!

Brûlant d'un courage énergique, Nous les avons vus accourir :

Sous les fers si long-temps meurtrie, Pour ta défense, ô ma patrie !

Qui ne serait fier de périr !

vni.

Derrière eux est la Lys, ainsi qu'une barrière Qui vers le sol natal leur ferme la carrière ; A l'occident, Courtrai, ce témoin glorieux Qui les gardera tous, morts ou victorieux ; A leur frout, à leur gauche, nn long ruisseau serpente Qui va rouler du sang au lieu d'eau dans sa pente, Et qui sur ses deux bords, en remparts élevés. Montre de lourds troncs d'arbre aux forêts enlevés. De fossés alentour un triple rang se creuse ; Piège tendu dans l'ombre, embûche ténébreuse, Gouffre sans profondeur, impénétrable à l'œil. Où des Français bientôt doit échouer l'orgueil. Et qui, de tant de preux déplorable hécatombe, Pour eux, après leur mort, n'aura pas une tombe.

Jean de Renesse alors :

« Soldats, serrez vos rangs !

Sourds aux cris des blessés, sourds aux cris des mourants, Quand un de nous succombe aux coups d'un adversaire Que toujours des deux bouts la ligne se resserre ; De ces fiers ennemis pour soutenir le choc, Soldats! serrez vos rangs et combattez en bloc! Visez à leur monture : inhabile à combattre, C'est un homme de moins celui qu'on peut abattre; Sur l'arène derrière où, sanglant, il se tord,

Qu'importe d'un instant qu'il retarde sa mort,

Et, pour se relever, sons ses armes pesantes

Consume en longs efforts ses forces impuissantes!

En avant ! en avant ! Tant que le glaive en main

Un seul resté debout nous barre le chemin,

C'est là qu'il faut marcher, c'est là qu'il faut me suivre!

Qu'importent des vaincus que déjà Dieu nous livre î

A l'œuvre! à l'œuvre encore! un moment de retard

Peut toutperdre... — Et ceux-là nous reviendront plus tard.»

Il dit ; et ses accents, impétueuses flammes. D'un élan sympathique électrîsent les âmes ; Un seul cri lui répond du rang des Commun iers : « Allons, peuple, en avant! et point de prisonniers. »

C'est le grand jour de la bataille, Où, sous l'étendard du Lion, Se dressant de toute sa taille Et fier de sa rébellion, Pour punir des maîtres parjures, Pour venger d'infâmes injures.

Pour défendre ses libertés, Tout ce que le pays repferme D'hommes au bras fort, au cœur ferme, Tombe et bondit de tous côtés.

Vierge sainte, reine des anges, Toi qu'ils implorent à genoux,

Protège nos nobles phalanges, Du haut des deux combats pour nous !

Et toi, dont la bannière aimée Se déploie au front de Tarmée, Saint Georges, patron du Croyant, Guide leurs bataillons rapides.

Et que dans leurs mains intrépides Brille ton glaive flamboyant!

Arme leurs bras, Dieu de vengeance, Dieu du faible et de l'opprimé, Et qu'avec toi d'intelligence A l'effroi leur cœur soit fermé ; Contre les hordes ennemies Que par toi leurs mains affermies En retour t'offrent leurs lauriers ; O Dieu, conserve la victoire A qui défend son territoire, A qui combat pour ses foyers !...

De l'aube cependant Tincertaine lumière A dissipé l'éclat de sa splendeur première ; Un voile de brouillards sous le ciel étendu Semble sur les deux camps un crêpe suspendu.

Loin de s'en alarmer, le chef adroit et sage En tire à l'instant même un fortuné présage : « Courage, leur dit-il, au ciel levant les yeux, Le soleil s'obscurcit : nous en combattrons mieux ! >

Des oiseaux tout à coup de Tombre de leurs ailes Estompent en passant ces plaines immortelles ; Les uns — fatal augure ! — au duvet triste et noir, Les autres rayonnant de blancheur et d^espoir.... Et dans ce signe encor de la bonté céleste En faveur des Flamands le sort se manifeste !

Mais pour récompenser les plus vaillants d'entre eux, Tous ceux dont le concours en ces jours désastreux A d'un plus vif éclat brillé pour la défense, De posthumes honneurs seraient presque une offense. Et qui sait aujourd'hui si tous vivront demain! Le fer des chevaliers doit seul armer leur main. De ce titre sacré les glorieux insignes Au front des rangs émus attendent les plus dignes, Et, pour les recevoir, des premiers sont venus Breydel et de Coninck, aux deux noms si connus.

Tout est prêt maintenant, tout; — et jamais armée D'un plus noble transport ne parut animée.

xn.

Venez, beaux paladins, sublimes fanfarons!

Fourbissez vos écus, chaussez vos éperons ; Sous vos habits de fête et vos riches parures, Les casques, les cimiers ruisselant de dorures Qui de votre origine attestent la splendeur, A leur mâle assurance insultez sans pudeur ; Montrez à ces manants, à ces gueux, à ces reitres. Montrez, le glaive en main, que vous êtes leurs maUres!

Courage ! à vos destins vous ne pouvez mentir. Le clairon dans les airs commence à retentir; C'est le signal!... — Et toi, peuple que Ton opprime, Courage aussi! jamais dépouille plus opime, Butin plus précieux ne te fut présenté ; Ces armes, c'est de Tor ; Tor, c'est la liberté !

Venez !... Cène sont plus des villes sans défense, Un sexe inofiensif, la vieillesse, l'enfance, Des églises croulant sous leurs toits en débris, Des castels dont le sang inonde les lambris ; Mais c'est un mur épais d'hommes forts, impossible A renverser ; un mur pour vous inaccessible Où viendront se briser tous ceux que sur vos pas Ce sol a vus surgir, et qu'il ne rendra pas!

C'est à tant de valeur trop faire violence ; Où sont-ils ces balais, pendus à votre lance. Qui devaient devant vous, symbole ambitieux.

Disperser en courant ce tas de factieux ?. . . Venez, vous qui pour vaincre avez quitté la France, Venez, elle a sonné l'heure de délivrance ; Approchez, Espagnols, Provençaux et Lombards, Navarrois, dont sur nous vont s'émousser les dards ; Vous tous à qui Philippe a dit dans sa colère : « Point de paix, point de trêve à l'hydre populaire ; Disparaisse, du monde à jamais effacé, Ce peuple où mon courroux une fois a passé, Et que nos fils un jour, pour en peser la cendre, Sur ses propres débris cherchent où fut la Flandre !... Vous surtout, chevaliers hennuyers, brabançons, Venez de vos forfaits et de vos trahisons,

Ingrats qui désertez une cause si belle, Sous le pied des vainqueurs courber un front rebelle ; Vous tous, qui de vos corps allez couvrir ce sol : Gheldoph, Jean de Vierson et d'Artois et Saint-Pol, D'Artois qui, promenant la mort de ville en ville, N'as rien laissé debout de Douai jusqu'à Lille, Et, sous ce ciel maudit fier de tout ravager, Comme Gavre son père, as ton fils à venger ; Soissons, de Foix, Renauld, Ligny, de Wesemaele, D'Eu, Seguin, d'Abbeville, Alain, Forest, d'Aumale, Boulogne, d'Ostrevant, d'Henin, Froald, et toi, Châtillon, vil bourreau qui, tombant pour ton roi Au poste périlleux que le plus brave envie, Rachetas par ta mort la honte de ta vie; De Nesle, vieux soldat sous le harnais blanchi, Dont jamais, à ce jour, la dague n'a fléchi.

Et qui les sauvais tous, si d'Artois n'eût fait taire Les utiles conseils de ta prudence austère !...

Fleur de chevalerie, honneur du nom français, Intrépides soldats toujours sûrs du succès.

Qui leur eût dit alors, oh! qui leur eût fait croire Que vingt mille des leurs, morts du moins avec gloire, Douze cents écuyers et soixante barons.

Bientôt resteraient sourds à la voix des clairons Et, sur ce sol lointain couchés sans sépulture. Des oiseaux dévorants deviendraient la pâture! Eux, si jeunes, si beaux, si brillants d'avenir! Eux, en qui tant de dons semblaient se réunir.

Et que de tant d*amour idolâtraient leurs mères !

Espoirs si tôt détruits! décevantes chimères,

Présages imposteurs, toujours trop écoutés,

Qui leur montraient nos bords en leur disant : « Partez î

Partez!... La France encor, sublime aventurière,

Des combats éclatants vous rouvre la carrière.

Et, déjà de l'Europe acceptant les défis,

Aux champs de Qroeningen a convoqué ses fils. »

Qu'il était beau ce jour où sa main souveraine Au loin vous indiquait cette nouvelle arène I Qu'il était beau ce jour où, le front radieux. De la France, au départ, vous portant les adieux. Vos amantes, vos sœurs, pour vous voir accourues, Au-devant do vos pas se pressaient dans les rues, Bénissaient vos drapeaux, et toutes, dans leurs cœur», Vous rêvaient de retour, toujours grands et vainqueurs. Rayonnant à leurs yeux des palmes déjà prêtes Que tressaient les amours pour en orner vos têtes ! Voici l'heure ! voici le sanglant rendez-vous ! Quelques instants encore, et la Flandre est à vous ! Quelques instants encor, sa révolte étouffée Devient votre premier, votre plus beau trophée ; Car pour solenniser ce triomphe éclatant L'Europe vous contemple.... et Paris vous attend!

Mais tandis qu'à l'espoir s'abandonne leur âme. Qu'ondule sur leurs fronts la paisible oriflamme, Et qu'à la voix des chefs leurs esprits exaltés

S'indignent des retards à la lutte apportés.... Dans les rangs ennemis quel prodige s'opère !

Le Belge est moins fougueux ; il attend, il espère, Mais calme, et sur ses traits ne laissant entrevoir Que cette fermeté compagne du devoir.

Cette abnégation de sublime héroïsme Que dans les grands périls enfante le civisme, Qui d'un peuple tremblant sous le fer des bourreaux Fait, vainqueur ou martyr, un peuple de béros. Immortels souvenirs aux enfants de la Flandre ! Les droits qu'on leur dispute ils sauront les défendre, Leur sol qu'on envahit le faire respecter, Et, quels que soient les coups qu'il leur faille affronter, Donnant un grand exemple aux nations esclaves, Mourir, s'il faut mourir, mais de la mort des braves î —

Dieu seul sait du combat quel peut être le sort ; Dieu seul sait combien d'eux sont promis à la mort ! Mais la mort peut venir, car, dans leur foi fervente, La mort n'a désormais rien qui les épouvante ; Tous y sont préparés : ferme et dernier soutien. L'espoir leur a montré les palmes du chrétien ; Un saint prêtre a reçu l'humble aveu de leurs fautes ; Devant le Dieu vivant les têtes les plus hautes Se courbent, et le prêtre à leur lèvre a porté Le pain qui nous enfante à l'immortalité !

.... Et tous, purs de reproche à cette heure suprême. Armés pour leurs foyers, soutenus par Dieu même, Adorent, prosternés aux pieds du créateur, Du Viatique saint le signe rédempteur.

Noble communion! dévoûment magnanime D*un peuple qui se lève en ses vœux unanime, Et fait de se venger le serment solennel !

Se redressant alors, et du sol paternel Dans le creux de la main prenant un peu de terre, Ils font de la baiser le simulacre austère, Dans un noble transport la ^pressent sur leurs cœurs.. Comme pour témoigner que, vaincus ou vainqueurs, Pour eux — constant objet de leur idolâtrie ! — C'est du ciel que descend l'amour de la patrie !

De vaincre ou de mourir le moment est venu !

Pêle-mêle, sans chefs, au signal convenu Par delà les fossés quelques troupes légères Harcèlent l'ennemi d'attaques mensongères.

Stimulent sa valeur à de sanglants tournois, Le provoquent des yeux, du geste, de la voix, Par d'insolents cartels excitent sa furie.... Et, de partout déjà, la lourde infanterie.

Polype aux mille pieds, en ordre s'avançant, A l'insultant défi répond en menaçant.

Tout cède à son approche, et bientôt devant elle Plus d'un brave, frappé d'une atteinte mortelle, Appelle, engage encor de ses regards mourants Ses frères à combattre, et tombe aux premiers rangs.. Cependant qu'achevant la tâche commencée En deçà des fossés elle s'est avancée,

Transportant le combat dans ces mêmes sillons Où les nôtres, rangés en épais bataillons, Sous Tétendard flottant du Lion de la Flandre, Ont leurs droits à venger plus encor qu'à défendre.

C'est une lutte alors telle qu'en aucun temps N'en citent des combats les fastes éclatants, Un duel sans égal, une horrible mêlée, Une bataille immense, ardente, échevelée.

Où chaque homme, étreignant l'ennemi corps à corps, Fait pour le terrasser d'incroyables efforts, Pied contre pied, la main affreusement crispée. Pour tuer plus à l'aise a jeté son épée, Et ne rendra, sanglant, à la nuit des tombeaux Que cadavres meurtris dispersés en lambeaux.

Partout le glaive frappe et plonge, Et, renversés sur leurs écus, La terre au loin, comme une éponge, "S'imbibe du sang des vaincus.

Fête du meurtre ! horrible orgie Où des pas l'empreinte élargie Toujours s'enfonce plus avant.

Où la soif de vaincre excitée N'épargne en sa rage indomptée Nul ennemi, mort ou vivant !

La victoire, d'abord quelque temps incertaine, Seconde du Français l'espérance hautaine ;

D'une si noble ardeur qn'ils marchent entraînés. Moins aguerris sans doute et moins disciplinés, Les nôtres, quels que soient leur force et leur courage. N'opposent à ses coups qu'une impuissante rage. Et, tombant écrasés sur des monceaux de morts, Se consument pour vaincre en stériles efforts.... Quand, des Flamands déjà contemplant la défaite, Chacun des ennemis veut sa part de la fête.

Et, sentant au fourreau frémir le fer captif. S'indigne hautement de son rôle inactif; Tous ces nobles surtout de si fier parentage, Et chez qui la valeur est presque un héritage. Compriment vainement leur électrique ardeur Et de d'Artois lui-même accusent la tiédeur.

Impatients de voir la part de renommée Que moissonne sans eux le reste de l'armée.

Ces rustres à la glèbe attachés sans retour, Ces soldats, serfs obscurs et maîtres tour à tour. Selon que le pouvoir, ménageant leurs services, Exploite leur courage ou tolère leurs vices.

Non moins brave qu'eux tous, mais calme et le plus prudent, Modérant de son chef le zèle trop ardent, De Nesle conseillait qu'une manœuvre habile Séparât l'ennemi des remparts de la ville, Et, vers le sol natal lui fermant tout accès, Des armes de la France assurât le succès ; Mais, soit qu'en ce moment il prît pour une honte De rendre aux yeux de tous la défaite moins prompte, Qu'un vertige funeste obscurcît sa raison.

Qu'il vît dans ce projet presque une trahison.

Et de ce souvenir ne sût point se défendre

Que de Nesle pour gendre a pris un fils de Flandre,

Ces suprêmes conseils à peine il les entend,

Que d'Artois y répond par un doute insultant,

Et le vieux chevalier, qui de rage frissonne :

« Eh ! bien, Sire, en avant, et que la charge sonne !

A cheval ! Mes avis, qu'on ne les suive pas....

Mais iront loin bientôt ceux qui suivront mes pas ! »

n dit ; et, s'élançant le premier de l'armée, Reprend au champ d'honneur sa place accoutumée.

Mais ce terrain bourbeux, que nul n'a soupçonné, De branchages couvert et par les eaux rainé, S'afiaissant sous leur poids, immense, infranchissable. Les étreint à mi-corps dans une mer de sable. Vainement obstinés contre le sol mouvant, Ces agiles coursiers, qui défiaient le vent, A chaque élan nouveau de plus en plus j plongent. Les hourras des Flamands dans les airs se prolongent, Et, vaincus sans combat, sans défense attaqués. Ecrasés sous les coups qu'eux seuls ont provoqués, Dans un cercle de fer, désormais sans issue.

Dominés par les dards, la lance, la massue, Ces brillants cavaliers, jusque-là sans rivaux. Moins assis que couchés au dos de leurs chevaux. Le sabre aux dents, les bras déjetés en arrière, Comme un cadavre froid gisent sur la carrière,

Et, soutenus à peine au fer de Tétrier, >ropposent déjà plus à l'assaut meurtrier Que ce calme imposant d'impuissance sublime.

Cet éclair dont son front et rayonne et s'anime Quand d'un linceul de gloire aux yeux de l'ennemi Le brave s'enveloppe, et repose endormi.

Par Saint- Georges! la curée Vaut les chances d'un combat, Et, dans le piège attirée, La France en vain se débat î Lion, dresse ta crinière :

Voici la sanglante ornière, L'abattoir où par milliers Sous le coup qui les rassemble Vont tomber broyés ensemble Fantassins et cavaliers !

De morts le sol s'alimente ; Un flot puissant en jaillit Qui, sous sa pourpre écumante, Bientôt les ensevelit.

Couvert de poudre et d'écume, Le cbeval s'arrête et fume, / Et, du sang jusqu'au jarret.

Lutte en vain et s'épouvante.

Et dans la vase mouvante En peu d'instants disparaît.

Sous nos pas le terrain brûle Et tresaille sous nos pas.

Honte, honte à qui recule Devant un noble trépas!

C'est la patrie en alarmes Qui nous fit prendre les armes:

Sachons tous la secourir.

Fier de venger sa querelle, Qui ne peut vivre pour elle Pour elle saura mourir !

Mais non!... du Christ déjà la faveur tutélaire A tant de dévoûment accorde son salaire!

Là-haut, là-haut, bien loin, où se fixent les yeux, Voyez-vous ce point noir qui sillonne les cieux Défiant le soleil dans ses palais splendides? Symbole de malheur en ces âges candides, Au-dessus des Français un sombre goéland Promène dans les airs son vol pénible et lent, Et Toiseau fatidique à la vaste envergure D'un désastre assuré leur apporte Taugure.

En vain, cédant au nombre, ou plutôt au hasard, Guillaume de Juiliers et son porte-étendard (Ferrand, un de nos preux les plus grands dans la lutte ! ) S'arrêtent désarmés par une double chute; Godefroid qui les presse, à leur défaite ardent. Va payer de ses jours ce succès imprudent ; En vain le chevalier, qui partout se prodigue. Fait trêve à ses exploits, excédé de fatigue ; Sous les traits de Ferrand, toujours victorieux, Guillaume de Juiliers reparaît à leurs yeux.

Et, renversé cinq fois, d'un courage indomptable Cinq fois a relevé le drapeau redoutable

Qu'à sa garde, à ses soins nos pères ont commis. Et qui glace d*eflProi nos plus fiers ennemis ! Là, de Nesle au combat refuse de survivre ; Là, Flotte à ses vainqueurs de lui-même se livre; L'un, mourant en héros ainsi qu'il a vécu ; L'autre, tombant sans gloire et sans gloire vaincu, Pâle devant la mort, tremblant comme une femme, Et, teint de notre sang, criant : Grâce! — l'infâme ! • A ceux qu'hier encore avaient proscrits ses lois, A ceux dont l'échafaud se dressait à sa voix.

Et, les chefs vainement, de la voix et du geste, A vendre cher ses jours excitent ce qui reste ; La rage à leur aspect prend un nouvel essor.

Ce noble désespoir suffit pour rendre encor Les coups plus acharnés et la mort plus fréquente. Jacques de Châtillon, Jean-sans-pîtié, cinquante Des plus braves, broyés sous l'effort belliqueux. Cèdent au même choc et tombent avec eux ; Le carnage partout enfante le carnage, Et dans des flots de sang la mort au loin surnage. Toute aide, tous secours déjà sont superflus ! On s'étreint, on s'égorge, on ne se connaît plus, Et d'Artois vainement, que le péril entoure.

De ses soldats épars ranime la bravoure.

Lui-même au sort commun ne saurait échapper, Et, sous vingt bras déjà levés pour le frapper

Tombant, percé de coups, hélas ! trop légitime». Accroît en s'y mêlant le nombre des victimes.

Ceux que tu défiais, ô Prince l les voici.

N'attends d'eux, n'attends d'eux ni quartier ni merci. En vain tes premiers pas dans la sanglante ornière T'ont conduit, triomphant, jusque sous leur bannière Dont un noble lambeau dans tes mains est resté; L'entends-lu pas bondir le Lion indompté Qui d'un rugissement de sa voix souveraine Sous ton fier destrier fait osciller l'arène? Oh ! qui Ta réveillé, de rage frémissant, Pour laver cet affront n'a pas trop de son sang ! Tu le sauras bientôt. De sa haute demeure Le beffroi de Courtrai sonne la neuvième heure, Et ton fils désormais, ton orgueil, ton soutien. N'a plus pour le venger d'autre bras que le tien î Vaincu, désarçonné, ta ruine s'achève.

Cherche un noble, il est tçmps, à qui rendre ton glaive, Car ces terreuses mains qui viennent le chercher Ne sont pas à tes yeux dignes de le toucher.

Plus de noble pourtant ! De tous ceux qu'à ta suite Ces bords ont vu surgir l'étendard est en fuite, Et dans les rangs pressés de l'ennemi vainqueur La noblesse du nom cède à celle du cœur.

Plus de noble ! et partout mille voix inconnues En éclats prolongés font vibrer jusqu'aux nues Ces cris que ton oreillq entendra les derniers : « Allons, peuple, en avant! et point de prisonniers ! » Hâte-toi, le temps presse et la hache est levée ; Cette épée, aux combats tant de fois éprouvée,

Il faut la rendre, il faut.... Mais non, dans ton malheur

Ce sacrifice enoor répugne à ta yaleur.

Eh ! bien, donc, que la hache, à deux doigts de ta selle,

Te Tenlève d'un coup et le bras avec elle !

Saeftingue a commencé ; c'est Breydel à présent

Qui surgit comme un tigre^ altéré de ton sang.

Place à lui ! De tes jours pour dénouer la trame,

Pour clore dignement cet eflroyable drame

Et qu'à l'œuvre le bras ne fasse point défaut,

Ce n'est plus un soldat, c'est un boucher qu'il faut.

Son front étincelant de colère s'embrase,

Son genou vigoureux et te presse et t'écrase,

Ses regards délirants luisent, ardents flambeaux ;

Tout ton corps sous ses coups se dépèce en lambeaux ;

Ta langue par son fer la première est tranchée,

Et, parmi les débris dont la plaine est jonchée.

Ce regret seulement semble le torturer

De ne trouver plus rien bientôt à dévorer.

Terrible anthropophage acharné sur sa proie,

n la lui faut entière, il la tient, il la broie,

La déchire en ses dents, et, sourd à tout remord,

Dans tes flancs entr'ouverts se repaît de ta mort.

Sang pour sang, coup pour coup, torture pour torture î

Et tes membres épars, laissés sans sépulture,

Ne devront, retrouvés sur ce ftital écueil.

Qu'à la pitié des chefs l'aumône d'un cercueil.

Le Brum pour le venger tente un effort suprême; Mais, attaqué bientôt et repoussé lui-même, Il s'arrête, d'un œil de rage consterné Voit le champ du combat des siens abandonné.

Et, du Flamand vainqueur retardant la poursuite. Ne peut que protéger ses soldats dans leur fuite. Triste et dernier essai d*un courage impuissant î Car partout le désordre à tel point va croissant, A tel point des clauwaerts redouble la furie, Qu'à travers ce qui reste encor d'infanterie Les cavaliers français précipitant leurs pas Des leurs même bientôt achèvent le trépas, Et, sur les corps meurtris, les lances, les massues, Pêle-mêle fuyant par toutes les issues.

Ne laissent derrière eux sur le sol dévasté Qu'un bétail sous nos coups tombant de tout côté, Et dont le sang, jailli de blessures profondes, Des ruisseaux débordés fait refluer les ondes. O prodiges du meurtre, ô vengeance, ô terreur ! Comment donc te nommer, implacable fureur.

Transport cruel, horrible et coupable démence, Soif du tigre, incessante, inassouvie, immense. D'un peuple qui, longtemps aplati sous l'affront, Marche, la fièvre au cœur et le vertige au front !

Oh ! repoussons des yeux, recouvrons du silence Ce délire du sang où leur haine s'élance ; Laissons rugir au loin l'indomptable Lion Que peut absoudre seul le droit du talion !

Sous les lauriers nombreux, doux prix de la victoire. Dérobons à nos fils, dérobons à l'histoire Ces horreurs que toujours, par une dure loi, La Guerre, au pied d'airain, partout traîne après soi t Qu'une éternelle nuit nous en cache l'image,

Et que ce chant guerrier, faible et tardif hommage Après un si long temps à nos pères rendu, Avec d'affreux excès ne soit point confondu ! Où cesse le combat notre tâche est finie.

D'un peuple brave et fier respectons Tagonie ; N'allons pas, ravivant des souvenirs éteints, Réveiller dans les cœurs de féroces instincts ; Loin ces tableaux hideux, loin ces scènes funèbres Qu'obscurcissent les ans de trop justes ténèbres. Dont toute âme frémit et se sent attrister î Un seul fait maintenant nous reste à constater, Un seul, et le voici :

Que jamais peuple encore, De quelque nom brillant qu'un siècle le décore, Jamais peuple, affranchi des maux qu'il a soufferts. D'un plus sublime élan n'a su rompre ses fers. Respire désormais, ô ma belle patrie I Libre du joug honteux dont le poids t'a meurtrie. Relève avec espoir ton front cicatrisé !

Vois : de tes oppresseurs le sceptre s'est brisé ; Dans leur fuite déjà plus rien qui les arrête! Si grand est le succès, si grande la défaite, Que Philippe vaincu, sans secours, sans appui. Sent son, trône sapé se dérober sous lui.

Et que, nouveaux Brennus de la nouvelle Rome, A nos preux triomphants rien ne manque qu'un homme, Un chef habile et fort, dont la puissante main A travers l'ennemi leur montre le chemin, Pour que Paris lui-même à nos fières cohortes, Paris épouvanté, Paris ouvre ses portes,

£t, d'un erépe de deuil voilant son écusson, Du pur saug de ses fils acquitte sa rançon !

Mais Dieu ne voulut pas qu'au livre de l'histoire S*inscrivît plus au long cette sainte victoire, Et l'ange de la France, en ce grand désarroi, Absolvant le pays des fautes de son roi.

Comme le chêne accru sous le fer qui l'émonde, Fit qu'il resta debout équilibrant le monde, Pour qu'après cinq cents ans de révolutions, La France, désormais reine des nations, Après avoir ployé sous son sceptre superbe Les fronts les plus altiers, comme l'ouragan l'herbe, Espoir des opprimés, effroi de l'oppresseur.

Dans la Belgique enfant embrassât une sœur, Et que la liberté chez chaque peuple adulte Par elle éternisât ses bienfaits et son culte!

Jouis, ô mon pays, du fruit de tes travaux !

Sans maîtres dans les arts, et presque sans rivaux, Quelles palmes jamais plus belles que les nôtres ! Pays aimé du ciel! ce combat et cent autres N'ont-ils pas assez haut dès long-temps exalté Ton nom, de siècle en siècle à ce faîte porté Que, si puissant qu'il soit, si grand et si sublime, Nul peuple ne te peut refuser son estime!

Loin de ces jeux sanglants aux succès incertains, Sois heureux de ton lot, heureux de tes destins, Et, de la liberté sentinelle avancée, Par le glaive ennobli, règne par la pensée!

Pour nous, dont son beau ciel éclaira le berceau. Unissons sous ses yeux nos talents en faisceau ; Faisons redire à tous cette phase nouvelle; Qu'une splendeur de plus constamment s'y révèle. Aux arts consolateurs rendons un libre essor ; Montrons à l'étranger, qui nous jalouse encor, Qu'aux jours contemporains, jours calmes et prospères, Le Belge est toujours Belge et digne de ses pères ! Déroulons, en dépit du Temps et de sa faulx, Notre Iliade à nous, nos fastes triomphaux !

Debout, fiers souvenirs de notre antique gloire : Vieux donjons dont le siècle a gardé la mémoire ; Églises où priaient ces hommes d'autrefois Qui naissaient et mouraient à Tombre de la croix ; Ducs tribuns, au milieu des discordes civiles, Réveillant en sursaut le tocsin de nos villes, Et, des dissentiments quel que fût le pouvoir. Ralliant tous les cœurs au seul cri du devoir ! Morts puissants, immortels, aux galvaniques flammes. Venez, versez à flots, infusez à nos âmes Cette sève d'honneur qui dans vos veines bout ! Debout, Ambiorix ! Charlemagne, debout !

Debout, vous qu'applaudit une foule idolâtre : Van der Meule, debout ! debout, Roland de Lattre,

Grétry, que pleure encor le sol des Eburons î Vous, de notre guirlande ô les plus beaux fleurons, Van Dyck, Jordaens, Rubens, trinité du génie, Rois du pinceau savant et rois de l'harmonie ! Vous qu'ont éternisés des travaux immortels, £t pour qui le présent n'a pas assez d'autels : De l'Escluse, Spiegel, Vésale, Dodonée Au trône végétal précurseur de Linnée !

Levez-vous, levez-vous, ô paisibles vainqueurs! De souvenirs brillants ensemencez nos cœurs!... Et nous, que de là-haut leur pléiade contemple, Formés par leurs leçons, instruits à leur exemple, De ces morts couronnés glorieux héritiers.

Au champ fécond des arts retrouvons leurs sentiers ! Qu'un noble entraînement de l'avenir s'empare. Et que l'Europe, un jour, avec orgueil compare, A travers les splendeurs dont leur nimbe a relui, Les Belges d'autrefois aux Belges d'aujourd'hui !

Do mèuie auteur :

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