VICTOR HUGO
Théâtre en liberté. — 1886
Il importe peu que la critique parle le jour ou le lendemain d'un livre de Victor Hugo ; dès Tavantveille de son apparition, la France qui lit en sait déjà les plus beaux morceaux par cœur. C'est ainsi que, quand le Théâtre en liberté a été mis aux vitrines des libraires, chacun citait des fragments de la Forêt mouillée j des Gueux, de Mangeront-ils? d^Être aimé, de VÉpéCy etc.
Ce livre, que les pieux soins de MM. Vacquerie et Paul Meurice viennent de former des pages éparses du grand poète, n'a pas à être jugé plus que Ruy Blas ou les Feuilles d'automne. Ce n'est pas une œuvre des dernières heures de Victor Hugo, et chacun de ces vers inédits est frère d'âge de ceux
qu'il a publiés aux plus beaux jours de son talent. Qu'on ne s'évertue pas à y sentir le poids de Tâge, ils sont tous du temps de la vigoureuse jeunesse de Fauteur des Contemplations.
Parmi les beaux morceaux du Théâtre en liberté, je lis le roman de cette grand'mère qui, du haut de son margraviat, a maudit Tamour de son fils pour une pauvre fille. Le fils et la bru ne s'inquiètent guère des fureurs de la brave dame, et leur amour, qui a pris une forêt pour cadre, s'y écoule de la façon la plus poétique et la plus charmante. Un exemple. Germaine dit à Charles : « Je n'aimerai que deux choses au monde, toi et nos enfants. »