‹ (La) bataille littéraire (volume 2)Chapitre 34 sur 62 · CHARLES · texte numérisé non relu

CHARLES

... Dieu veut que, parfois, l'ombre ait une âme gaie;

Et cette âme, c'est toi. Ma tète fatiguée

Se pose sur ton sein, point d'appui du proscrit.

L'ombre, te voyant rire, a confiance et rit.

Les roses pour s'ouvrir attendent que tu passes.

Nous sommes acceptés là-haut par les espaces,

Et, tu dis vrai, les champs, les halliers noirs, les monts

Sont de notre parti, puisque nous nous aimons.

Oui, rien n^est méchant, rien, rien, pas même l'ortie.

Que c'est charmant, Télang, l'aurore, la sortie

Des nids au point du jour, chacun risquant son vol,

L'herbe en fleur, Dieu partout, la nuit, le rossignol ;

Toute cette harmonie est une sombre joute,

Exquise en son mystère, et ta beauté s'ajoute

A la forêt, au lac, à Fétoile des cieux.

Le chêne, en le voyant, frémit ce pauvre vieux;

La source offre son eau, la ronce offre ses mûres,

Et les ruisseaux, les prés, les parfums, les murmures,

Semblent n'avoir pour but que d'être autour de toi.

Emma, tu vas, tu viens, tu me parles; sans quoi

Je mourrais. Avec nous l'ombre est de connivence :

Peut-être quelque bras pour nous saisir s'avance.

Mais cet âpre désert nous cache, et, doucement.

Nous adopte, gagné par ton enchantement,

On te sent dans ces bois une espèce de fée ;

Tu dois, à ton insu d'un nimbe d'or coiffée,

Être une sainte ailleurs, dont c'est la fête ici.

Tu m'aimais à seize ans ! Oui, tout te dit : merci !

L'épanouissement universel t'encense.

Être une grâce, Emma, c'est être une puissance.

solitude! on aime, et vivre semble aisé.

C'est l'été, c'est midi, tout pardonne apaisé.

L'eau cour.t sous les cressons, l'oiseau dans l'azur plonge.

Et les arbres profonds ont Tair de faire un songe. Dieu tient Thomme et remplit d'amour, en se servant Des bois, du mois de mai, du nuage et du vent. La vie auprès de toi, que sais-je? c'est le charme. Nos enfants sur le seuil, dans les fleurs une larme, Tout jusqu'à ces gazons qui languissent le soir. Prétextes à te mettre aux mains un arrosoir, Et quelque pâtre au loin dont on entend la flûte 1

Le reste est encore plus charmant. L9 grand'mère accourt avec ses soldats pour séparer le mari de la femme ; elle a voulu tout voir par elle-même ; elle se glisse furtivement et surprend, dans une pièce de Thumble logis, ses petits-enfants, les enfants de son fils, jouant ensemble. Elle écoute leur dialogue, voit s*ébattre leurs grâces ; elle les regiarde, les aime, ouvre ses bras et les serre sur sa poitrine. Voilà tout, le drame est fini ; il y a peutêtre dix vers de dénouement ; c'est un chef-d'œuvre.

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