‹ (La) bataille littéraire (volume 2)Chapitre 35 sur 62 · TH. BENTZON · texte numérisé non relu

TH. BENTZON

Une Conversion. — 1886

Une conversion^ tel est le titre du dernier livre que M. Th. Bentzon vient de publier chez Calmann Lévy ; il se compose de trois nouvelles absolument charmantes et dont la dernière : la Dot de Kately est particulièrement attachante. Bentzon est trop connu par ses œuvres personnelles et ses très remarquables traductions pour que nous ayons à le recommander autrement qu'en lui laissant la parole.

L'idée de cette nouvelle est des plus simples ; il s'agit d'un médecin qui reçoit une sorte de confession d'un pauvre diable, d'un galérien qui va mourir ; il veut laisser à sa fille un peu d'argent et l'un de ces objets que les forçats vendent aux visiteurs de leurs tristes demeures :

Le docteur, silencieux, regardait Nicolas Blitz :

— Vous n'ignorez pas, dit-il enfin, quUl m'est défendu de prendre votre argent ; la loi veut que TÉtat hérite de vous.

— Oui, monsieur le docteur.

— N'importe, je le prendrai tout de même ; vous avez eu raison de compter sur moi.

— Merci, monsieur le docteur.

La voix sWaiblissait de plus en plus.

— Si vous pouviez aussi lui faire remettre ça de ma part avec Targent... (Il montra Pétui ébauché.) Si on pouvait lui dire que son père est mort en travaillant pour elle...

— Et qu'il l'aimait, dit le docteur complétant la pensée du forçat, lui suggérant les mots qu'il ne trouvait pas.

Une larme monta lentement jusqu'à la paupière, où elle s'arrêta comme étonnée, la première larme peut-être qui eût jailli de ce cœur endurci.

La sœur s'était approchée. Elle dit un mot au docteur.

— Voulez- vous voir M. Taumônier? demanda celui-ci.

Blitz répondit par un mouvement des épaules sur la signification duquel on ne pouvait se tromper ; puis il ferma les yeux et sœur Saint-Maurice soupira. C'était un pécheur de plus qu'elle voyait mourir dans l'impénitence finale. Tous les malades qu'on lui donnait à soigner étaient ainsi, presque sans exception. Peut-être ces damnés du bagne ne redoutent-ils pas un autre enfer. Dans leur argot sinistre, qui a trouvé pour la guillotine un nom épouvantablement expressif, la veuve^ ils appellent la conscience, dont jamais ils n'ont en effet entendu le langage, la muette.

Sœur Saint-Maurice fit ce qu'elle faisait d'ordinaire : elle se mit à genoux près du lit et demanda au ciel, qu'il ne voulait pas implorer lui-même, la grâce de ce grand coupable.

— Nicolas Blitz, il en sera comme vous l'avez souhaité, dit le docteur en glissant le petit étui dans sa poche avec le reste.

— Seigneur, ayez pitié de lui I murmurait la sœur toujours à genoux.

El le Seigneur eut pitié en effet de Nicolas Blitz.

Il rompit ses chaînes ce jour-là. Un forçat de moins an bagne, une fosse de plus au cimetière. Le père de Kale. s^en alla content.

Le docteur finit par retrouver Katel, la fille du forçat.

Là commence un roman plein de charme dans son ensemble et ses détails ; rien de plus émouvant que le dénouement dont nous ne voulons pas éviter la surprise à nos lecteurs.

ExotiquCy une des trois nouvelles avec la ConversioYiy complète un volume qui sera certainement apprécié par les délicats.

Page 1