OCTAVE MIRBEAU
L'Abbé Jules. — 1888
Après le Calvaire, M. Octave Mirbeau vient de publier l'Ahhè Jules {OllendovK, éditeur); cette fois l'auteur d'une étude psychologique faite sur l'ensemble de l'âme humaine, d'une étude dont tous ceux qui ont aimé auraient pu fournir les éléments, a réduit son champ d'olîservation et, il faut le dire, s'est surtout préoccupé d'une exception. C'est un monstre qu'il a fait poser devant lui, un être pétri de tout ce qui se repousse dans la nature, qui renferme en lui l'attractif et le répulsif, un fou rempli de sagesse, un chaste hystérique, un assemblage d'étrangetés, un chaos de sentiments qui se détruisent l'un par l'autre, un amas d'horreurs et de beautés.
REALISTES ET NATURALISTES 131
L'écrivain convaincu, ému, émotionnant, se retrouve parfois dans ce livre troublant et dangereux pour qui ne saura pas le lire. Cet Abbé Jules aurait dû naître le jour où Diderot écrivait la Reliyieuse ; ridée mère en remonte au dix-huitième siècle si la forme est d'aujourd'hui et de demain. Je ne puis étendre davantage mes appréciations, car à côté de la page d'une vérité étonnante, d'une élévation de pensée qu'il faut louer, j'en trouve une autre qu'il faut absolument repousser comme gonflée d'exagération, entachée de parti pris. Je le répète, VAbbc Jules est une exception, une monstruosité ; le médecin a eu dans sa clinique une maladie spéciale, inutile à montrer, car jamais on ne peut rencontrer le cas similaire à ce cas-là. Il n'y a rien à en apprendre, il y a beaucoup à en oublier, et le danger serait de généraliser d'après ce sujet exceptionnel. Ce fou de génie, cet abbé relève de M. Charcot, et c'en serait fait de notre civilisation et de son Eglise si dix êtres pareils s'étaient rencontrés dans le clergé.
Je n'ai pas à cacher l'intérêt du livre qui est réel, mais j'ai dû signaler ses tendances au lecteur.