‹ La bataille littéraire (volume 4)Chapitre 25 sur 78 · PRIEZ POUR EUX · texte numérisé non relu

PRIEZ POUR EUX

A genoux et chapeau bas, j'essayai de prier, quoique ayant depuis fort longtemps désappris la prière, et quand j'eus assez péniblement repris possession de moi-même, une araère réflexion s'empara de mon esprit. Il n'avait pas

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même un lombeau, le moindre coin de terre à lui, ce grand conquérant du verbe ; et c'est dans celui d'un manieur de canons, lequel avait vécu largement en tuanl, tandis qu'il avait à peine subsisté en se luant, qu'il dormait lui Tassembleur de mots ou rêvait peut-être, selon les craintes d'Hamlet, à côté de sa vénérable mère qui l'avait assisté sur la croix idéale oîi la racaille griffonneuse, la lie de la littérature l'avait crucifié, comme Jésus le fut par les ignobles docteurs de Jérusalem sur la fourche du Calvaire ; et m'élevant contre les injures du sort envers lui, je me dis ti-istement que s'il avait été sacrifié par les impuissants de sa génération qui feignirent de ne pas savoir qu'il existait tant qu'il respira, pour le couvrir hypocritement et à la fois sincèrement de fleurs lorsqu'il eût succombé, victime de leurs haines, les nombreux enthousiastes de la mienne et des suivantes, surtout la dernière, créée et façonnée par lui, qui tous ont la bouche remplie de ses vers incomparables et de l'admiration qu'ils leur inspirent ne sont non seulement jamais venus le saluer dans son suprême asile, mais encore que la plupart d'entre eux ne connaissent pas le chemin qui y mène, et même qu'ils ignorent en quel cimetière de Paris est tombée en poussière la cendre de leur fétiche, leur idole, qui me fut et me sera toujours sacrée, lui, le guide de mes premiers pas dans cet art pour lequel je me suis immolé, dans la mesure de mes forces, avec non moins d'opiniâtreté que lui-même. Et puis, sur le point de lui dire au revoir, ou plutôt adieu ! je fus saisi d'un grand frisson et ne sus me défendre de lancer celte parole vengeresse, cet amer défi qui retentit dans l'espace répercuté par je ne sais quels échos aux méchants qui l'avaient si barbarement tenu sous le boisseau : « Malgré vous tous, sataniques homoncules, odieuses larves anonymes pêle-mêle confondues pour l'éternité dans les ténèbres nocturnes, il brûle, il rayonne, il éclaire ; il règne et triomphe aujourd'hui, ce royal et divin flambeau ! »

J'ai voulu citer presque entièrement ce beau morceau qui donne la note juste du grand talent de Cladel, dont les romans pleins de passion et d'éloquence ont fait un des maîtres écrivains de notre époque.

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