ÉVOLUTIFS, INSTRUMENTISTES
Les Décadents.
Beaucoup de nos confrères de la presse se sont, je l'ai dit plus haut, fort égayés des essais de rénovation de la langue française, prose ou poésie, faits par quelques écrivains de la génération présente. Le rire est une bonne chose; encore faut-il, pour que le lecteur puisse partager notre gaité ou la blâmer, le mettre au courant de ce dont il s'agit. A chacun ses opinions et ses préférences ; mais il ne faut pas forcer la galerie à préjuger. C'est pour cette raison que j'ai voulu consacrer un chapitre à ces novateurs qui, ayant ou non réussi, méritent leur place au soleil littéraire. Malheureusement ce que je fais aujourd'hui ici, je n'ai pu le
faire complètement dans un journal où l'espace est mesuré plus étroitement que dans le livre, et j'ai dû ajouter ou rétablir dans leur ensemble, pour être plus clair, bien des passages qui avaient dû être supprimés de ces revues ou y être écourtés.
Je sais bien, et je le répète, que décadents symbolistes, évolutifs et instrumentistes ne veulent pas être confondus; mais ne pouvant leur consacrer un chapitre particulier à chacun, je suis forcé de les comprendre, comme le fait encore le public, sous ce titre général : les Décadents.
STEPHANE MALLARME
L'après-midi d'un faune. — 1887
Je commencerai cette série par M. Stéphane Mallarmé, désigné généralement comme le maître de l'école des décadents. M. Stéphane Mallarmé est un poète, la chose n'est pas douteuse ; c'est de plus un homme fort instruit à qui l'on doit une excellente traduction des poésies d'Edgard Poë, signalée plus loin. L'après-midi d'un faune est un petit poème, une églogue dont on a beaucoup parlé et dont voici le commencement :