M. GUY ROPARTZ
Adagiettos. — 1888
M. Guy Ropartz, à qui nous devons un charmant et juste éloge de Victor Massé, vient de publier, chez Léon Vanier, un recueil de poésies intitulé : Adagiettos, le tout précédé d'un « prélude » de Louis Tiercelin. Adagiettos, j)rélude, tout cela dit bien que nous avons affaire à un écrivain à qui la musique n'est pas antipathique. M. Ropartz, bien qu'il appartienne par ses tendances à la modernité, ne parle pas trop de hantises, de troublances, d'assoifïements, de clamances, de rayonnances, et de tout ce qui rappelle ce vaudeville glorieusement tombé jadis (un triomphe peut-être aujourd'hui)! dans lequel un villageois disait : <f — J'ai souvenance ou plutôt doutance de l'avoir eue en voyance
dans les environnances , » ce qui serait d'un décadent très admissible, surtout si je rappelais qu'il parlait aussi des « pourriturances » qui désignaient vaguement la noblesse du dix-huitième siècle.
Je reviens à M. Ropartz, à qui je trouve un air de famille avec les romantiques d'autrefois, de la bonne époque, de par ses Chevauchées, etc. Qu'on ne croie pas que ce mot romantique soit une critique; j'aime pour ma part le retour de la jeunesse actuelle à cette belle époque, et je ne crois pas aux choses qui vieillissent en art ; rien n'y vaut que la sincérité, et je citerai pour preuve, par exemple, le mot lyre, bien fait pour être traduit en zinc pour motif de pendule, mais qui restera plus jeune que toutes les nouveautés décadentes quand Musset s'en servira.
Il fut un temps où ma jeunesse Sur mes lèvres était sans cesse Prête à chanter comme un oiseau ; Mais j'ai souffert un dur martyre, Et le moins que j'en pourrais dire, Si je l'essayais sur ma lyre, La briserait comme un roseau!
Quelle merveille de par l'émotion, de par la forme, et quel gros livre bien névrosé, plein de calembours sous prétexte de richesse de rimes, pourrait tenir contre le souffle puissant et sincèrement passionné qui a inspiré ces sept vers si dédaigneusement rimes?
Je suis bien loin de dire qu'il ne faille pas rimer, mais je crois qu'avant de se préoccuper de chercher comment on finira un vers, il est nécessaire de savoir ce qu'on mettra dedans.
Je ne veux pas critiquer : Adagiettos, qui renferme des morceaux intéressants ; mais, tout en reconnaissant les qualités de M. Ropartz, j'ai voulu le mettre en garde contre lui-même et lui montrer que je ne le traitais pas comme un poète amateur à qui le compliment suffit.