M"-" TOLA DORIAN
Poèmes lyriques. — 1888
On a trop parlé des Poèmes lyriques de M^^^ Tola Dorian (chez Marpon et Flammarion) pour que je ne les signale pas spécialement aux lecteurs de cette revue. Rarement j'ai trouvé dans la plume d'une femme, d'une étrangère, une telle énergie, une telle puissance d'impression. Je ne puis que citer une pièce prise au hasard dans le volume, mais par elle on pourra juger de la saveur de l'ouvrage entier :
Nous retrouverons-nous, ô mes amours perdues, Ame étoilée, et vous, ô lèvres de velours, Et vous, sombres désirs, félicités ardues, Irradiation des terrestres amours ?
Nous relrouverons-nous aux lueurs incertaines Que de mourants soleils versent à d'autres deux, Dans le vide et l'horreur, en puisant aux fontaines Des Immortalités leurs flots victorieux?
Nous retrouverons-nous quand notre âme immortelle Dévêtira sa chair et reprendra son vol, Aux portes des clartés, dans la joie éternelle Ou sous les rocs hagards du funèbre Chéol?
Nous retrouverons-nous dans la nature immense, Dans la fange ou la flamme?... écrasés ?... radieux ? — Nous réveillerons-nous d'un rêve de démence, Dans la nuit du néant ou dans les bras des dieux?
Bien d'autres pièces seraient à citer, mais celle-ci me paraît résumer assez bien les belles qualités de l'auteur.