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La bataille littéraire

S'il est un auteur dont toute production soit désormais un événement littéraire, c'est sans conteste M. Alphonse Daudet. C'est à la pointe de la plume, par un travail et des progrès incessants, qu'il est arrivé à cette haute situation, prenant place à côté de ceux-là même qui étaient ses maîtres quand il ne les a pas laissés derrière lui. Les rois en exil, qu'il publie chez Dentu, ne sont pas faits pour l'ébranler dans cette position conquise, bien au contraire. Examinons la philosophie du livre et la n I

fable si intéressante qui l'enveloppe; fable qui, si on y regarde bien, si l'on se souvient, est le plus souvent notre navrante chronique contemporaine.

Le principe émis par l'auteur est celui-ci : « Tant que les rois sont sur le trône, ils appartiennent à l'histoire ; dépossédés, rentrés dans le rang, ils deviennent l'affaire du romancier. » Les modèles n'ont pas manqué à M. Daudet, et il a pu travailler d'après nature. Pourtant les principaux personnages sont absolument de fantaisie, comme le royaume d'Illyrie et de Dalmatie, dont il les a faits souverains.

Le roman commence un soir d'été en 1872. Le roi et la reine d'Illyrie, Christian et Frédérique, sont arrivés le matin à Paris, descendus dans un hôtel de la rue de Rivoli, au coin de la rue de Castiglione. La reine secouée par les émotions du voyage, de la fuite, a dormi tout le jour, se réveille vers cinq heures, vient sur le balcon, et dans la splendeur d'un jour d'été parisien, voit les Tuileries en ruines au bout d'un grand jardin tout en joie, ces Tuileries où elle est venue, il y a dix ans, toute jeune mariée, où elle a dansé avec son cousin Maximilien quelque temps avant son départ pour le Mexique !

Dès cette première soirée, dès cette première page on peut voir ce que sera le roman, la lutte entre cette reine vraiment f eine4 et son Christian, un bon

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garçon, coureur, voluptueux, enchanté de ne plus régner, ravi de ces vacances que l'exil lui fait, et qui le premier soir, pendant que sa femme pleure dans les bras de la reine de Palerme, se sauve avec son aide de camp, et tout frétillant, ivre de l'atmosphère parisienne, va passer quelques heures à Mabille.

Dans un chapitre intitulé « la Bohème de l'exil », M. Daudet a étudié l'effet de l'exil sur les âmes les mieux trempées, l'affaissement, la torpeur qui envahit les plus forts ; la reine Frédérique y échappe, grâce à des dévouements chaleureux dont elle est entourée, mais ce qu'elle ne peut éviter, c'est la misère, ce sont les diamants vendus, les pierres de la couronne démontées, portées chez ma tante ! Sa vie devient un long martyre, une humiliation perpétuelle, avec la peur que le roi ne fasse quelque grosse sottise. Elle les lui pardonne toutes, excepté celles qui peuvent atteindre et souiller la couronne, qu'elle veut garder intacte pour l'enfant, le petit comte de Zara.

Pour bien comprendre ce que nous venons de résumer, il faut savoir que la République illyrienne a fait offrir à Christian II, s'il veut renoncer pour lui et pour les siens à ses droits et prétentions, de lui rendre tous ses biens, environ 250 millions. Christian hésite, mais la reine est là. Plutôt men^

dier, mourir, que de ravir à Zara cette couronne qu'il doit porter un jour.

Malheureusement toute une bande d'usuriers, d'agents d'affaires, informés par un valet de chambre du roi, cherchent à le circonvenir, à lui faire faire des dettes, des billets, à l'amener à n'avoir pas d'autres ressources que cette renonciation ; la femme d'un de ces flibustiers Séphora Lévis, dont le roi est amoureux fou, mène la chose et fait si bien que Christian signe, quand la reine prévenue accourt.

Telle est la scène que nous extrayons du livre et dont l'accent est aussi vrai que dramatique.

Et il siçna.

La porte s'ouvrit, la reine parut. Sa présence chez Christian à celte heure était si nouvelle, si imprévue, depuis si longtemps ils vivaient loin l'un de l'autre, que ni le roi en train de parapher son infamie, ni Lebeau qui le surveillait ne se retournèrent au léger bruit. On crut que Boscovich remontait du jardin. Glissante et légère comme une ombre, elle était déjà près de la table, sur les deux complices, quand Lebeau l'aperçut. Elle lui donna un ordre de silence, le doigt aux lèvres, et continuait à avancer, voulant saisir le roi en pleine trahison, éviter les détours, les subterfuges, les dissimulations inutiles; mais le valet brava sa défense par une alarme à la d'Assas : « La reine, sire !... » Furieuse, la Dalmale frappa droit devant elle avec sa paume solide d'écuyere dans ce mufle de bêle méchante; et droite, elle attendit que le misérable eût disparu, pour s'adresser au roi.

— Que vous arrive-t-H donc, ma chère Frédérique, et qui me vaut ?...

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Debout, à demi renversé sur la table qu'il essayait de lui cacher, dans une pose souple que faisait valoir sa veste de foulard bordée de rose, il souriait, les lèvres un peu pâles, mais la voix calme, la parole aisée, avec celle grâce de politesse dont il no se départait jamais vis-à-vis de sa femme et qui mettait entre eux comme des arabesques fleuries et compliquées sur la laque dure d'un écran. D'un mot, d'un geste, elle écarta cette barrière où il s'abritait :

— Oli ! pas de phrases... pas de grimaces... Je sais ce que tu écrivais là !... n'essaye pas de me mentir.

Puis, se rapprochant, dominant de sa taille fière cet abaissement craintif :

— Ecoute, Christian... Et cette familiarité extraordinaire dans sa bouche donnait à ses paroles quelque chose de sérieux, de solennel... Ecoute... tu m'as fait bien souffrir depuis que je suis la femme... Je n'ai rien dit qu'une fois, la première, tu te rappelles... Après, quand j'ai vu que tu ne m'aimais plus, j'ai laissé faire. En n'ignorant rien, par exemple... pas une de les trahisons, de tes folies. Car il faut que tu sois fou vraiment, fou comme Ion père qui s'est épuisé d'amour pour Lola, fou comme ton aïeul Jean mort dans un honteux délire, écumant et râlant des baisers, avec des mots qui faisaient pâlir les. sœurs de garde... Va ! C'est bien le même sang brûlé, la même lave d'enfer qui te dévore. A Raguse, les nuits de sortie, c'est chez la Fœdor qu'on allait te chercher. Je le savais, je savais qu'elle avait quitte son théâtre pour te suivre... Je ne t'ai jamais rien reproché. L'honneur du nom restait sauf... Et quand le roi manquait aux remparts, j'avais soin que sa place ne fût pas vide... Mais à Paris... à Paris...

Jusqu'ici elle avait parlé lentement, froidement, gardant au bout de chaque phrase une intonation de pitié et de gronderic maternelle qu'inspiraient bien les yeux baissés du roi, sa boudeuse mine d'enfant vicieux qu'on sermonne.

Mais ce nom de Paris la mit hors d'elle. Ville sans foi, ville railleuse et maudite, pavés sanglants, toujours levés pour la barricade et l'émeute ! Et quelle rage avaient-ils donc, tous ces pauvres rois tombés, de se réfugier dans cette Sodome ! C'est elle, c'est son air empesté de fusillades et de vices qui achevait les grandes races ; elle qui avait fait perdre à Christian ce que les plus fous de ses ancêtres savaient toujours garder chez eux : le respect et la fierté du blason. Oh ! dès le jour de l'arrivée, dès leur première soirée d'exil, en le voyant si gai, si excité, tandis que tous pleuraient secrètement, Frédérique avait deviné les humiliations et les hontes qu'il allait lui falloir subir... Alors, d'une haleine, sans débrider, avec des mots cinglants qui marbraient de rouge la face blême du royal noceur, la zébraient en coups de cravache, elle lui rappela toutes ses fautes, sa glissade rapide du plaisir au vice et du vice à plat dans le crime :

— Tu m'as trompée, sous mes yeux, dans ma maison... l'adultère à ma table et touchant ma robe... Quand tu en as eu assez, de cette poupée frisée qui ne m'a pas même caché ses larmes, tu es allé au ruisseau, à la boue des rues, y vautrant effrontément ta paresse, nous rapportant tes lendemains d'orgie, tes remords éreintés, toute la souillure de celte vase... Rappelle-toi comme je l'ai vu, trébuchant et bégayant, ce matin où tu as pour la seconde fois perdu le trône. . Que n'as-tu pas fait, Sainte-Mère des anges!... Que n'as-tu pas fait !... tu as trafiqué du sceau royal, vendu des croix, des titres...

Et d'une voix plus basse, comme si elle eût craint que le silence et la nuit pussent l'entendre :

— Tu as volé aussi... tu as volé!... Ces diamants, ces pierres arrachées, c'était toi... Et j'ai laissé soupçonner et partir mon vieux Grœb... 11 fallait bien, le vol étant connu, trouver un faux coupable pour éviter qu'on devinât le vrai... Car c'a été ma préoccupation unique et constante: maintenir le roi debout, intact, tout accepter pour cela, même des

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hontes qui aux yeux du monde finiront bien par me salir moi-même. . . Je m'étais fait un mot d'ordre de combat qui m'excitait, me soutenait, aux heures d'épreuve : Pour la couronne!... Et maintenant tu veux la vendre, cette couronne qui m'a coûté tant d'angoisses et de larmes, tu veux la troquer contre de l'or pour ce masque de juive morte que tu as eu l'impudeur de mettre aujourd'hui devant moi, face à face...

Il écoutait sans rien dire, aplati, rentrant la tête. L'injure à celle qu'il aimait le redressa. Et regardant la reine fixement, avec ses coups de sangle en croix sur la figure, il lui dit, toujours poli mais très ferme :

— Eh bien ! vous vous trompez... La femme dont vous parlez n'est pour rien dans la résolution que j'ai prise... Ce que je fais, c'est pour vous, pour moi, notre repos à tous... Voyons, vous n'êtes pas lasse de cette vie d'expédients, de privations!... Croyez-vous que j'ignore ce qui se passe ici, que je ne souffre pas de vous voir cette meute de fournisseurs, de créanciers sur les talons... L'autre fois, quand cet homme criait dans la cour, je rentrais, je l'ai entendu... Sans Rosen, je l'écrasais sous la roue de mon phaéton. Et vous guettiez son départ derrière le rideau de voire chambre. Beau métier pour une reine ! Nous devons à tout le monde. Ce n'est qu'un cri contre nous. La moitié de vos gens attendent leurs gages... Ce précepteur, voilà dix mois qu'il n'a rien reçu... madame de Silvis se paye de porter majestueusement vos vieilles robes. Et des jours qu'il y a, M. le conseiller préposé aux sceaux de la couronne emprunte à mon valet de chambre de quoi s'acheter du tabac à priser... Vous voyez que je suis au courant... Et vous ne connaissez pas mes dettes. J'en suis criblé... Tout va craquer bientôt. Ça sera du propre. Vous le verrez vendre votre diadème, avec de vieux couverts et des couteaux, sous une porte... Peu à peu, entraîné par sa nature railleuse et les habitudes

de blague de son milieu, il quittait le ton réservé du début, et, de sa petite voix de nez insolente, détaillait des drôleries parmi lesquelles beaucoup devaient être du cru de Sépliora, qui ne perdait jamais l'occasion de démolir à coups moqueurs les derniers scrupules de son amant.

Il ajouta, montrant tout à coup le Slave tortueux et félin : — Remarquez, d'ailleurs, que c'est une plaisanterie, cette signature... On nous rend nos biens, après tout, et je ne me considère nullement comme engagé... Qui sait? Ces millions-là vont peut-être nous aider à reconquérir le trône.

La reine releva la tète impétueusement, le fixa une seconde à le faire loucher, puis haussant les épaules :

Ne te fais donc pas plus vil que tu n'es... Tu sais bien qu'une fois signé... Mais non. La vérité, c'est que la force te manque, c'est que tu désertes ton poste de roi au moment le plus périlleux, quand la nouvelle société, qui ne veut plus ni Dieu ni maître, poursuit de sa haine les représentants du droit divin, fait trembler le ciel sous leurs pas. Le couteau, les bombes, les balles, tout est bon... On trahit, on assassine... En plein cortège de procession ou de fêle, les meilleurs comme les pires, pas un de nous qui ne tressaille quand un homme se détache de la foule... Tout placet recouvre un poignard... En sortant de son palais, qui peut être sûr d'y rentrer?... Et voilà l'heure que tu choisis, toi, pour t'en aller de la bataille...

— Ah ! s'il ne s'agissait que de se battre, dit Christian II vivement,.. Mais lutter comme nous contre le ridicule, la misère, tout le fumier de la vie, sentir qu'on s'y enfonce chaque jour davantage...

Elle eut une flamme d'espoir dans ses yeux.

— Vrai?... tu te battrais?... Alors, écoule... Haletante, elle lui raconta en quelques paroles brèves

l'expédition qu'Élysée et elle préparaient depuis trois mois, envoyant lettres sur lettres, discours, dépêches, le Père

RÉALISTES ET NATURALISTES 9 Alphée toujours en route par les villages et la montagne.

— Non, voyez -vous, ma chère amie, le fanatisme de voire . chapelain et ce gascon à tète brûlée vous égarent... J'ai mes

rapports, moi aussi, et de plus certains que les vôtres... La vérité, c'est qu'en Dalmatie comme ailleurs la monarchie a fait son temps... Ils en ont assez, là!... Ils n'en veulent plus...

— Ah ! je sais bien, moi, le lâche qui n'en veut plus..., dit la reine.

Puis elle sortit précipitamment, laissant Christian très ^étonné que la scène eût tourné si court. Il ramassa bien vite l'acte dans sa poche, prêt à s'en aller, lui aussi, quand Fréclérique revint, cette fois accompagnée du petit prince,

Saisi au milieu du sommeil, habillé en toute hâte, Zara — qui venait de passer des mains de la femme de chambre dans celles de la reine sans qu'un mot fût prononcé — ouvrait de grands yeux sous ses boucles fauves, mais ne questionnait pas, se souvenant confusément, dans sa pelile tèle encore bourdonnante, de réveils semblables pour des fuites précipitées, au milieu de figures pâlies et d'exclamations haletantes. C'est là qu'il avait pris l'habitude de s'abandonner, de so laisser conduire, pourvu que la reine l'appelât de sa voix grave et résolue, qu'il sentit l'enveloppement tendre de ses bras et son épaule toute prête à ses fatigues d'enfant. Elle lui avait dit : « Viens ! » et il venait avec confiance, étonné seulement de tout ce calme auprès d'autres nuits grondantes, couleur de sang, où montaient des flammes, des bruits de canon, des fusillades.

11 vit le roi debout, non pas ce père insouciant et bon, qui parfois le surprenait au lit ou traversait la salle d'étude avec un sourire encourageant, mais une physionomie ennuyée et sévère, qui s'accentua durement à leur entrée. Frédérique, sans dire un mot, entraîna l'enfant jusqu'aux pieds de Chris-

tian II, et s'agenouillant d'un mouvement brusque, le mit debout devant elle, joignit ses petits doigts clans ses deux mains jointes ;

— Le roi ne veut pas m'écouter, il vous écoutera peut-être, Zara... Allons, dites avec moi... c Mon père... »

La voix timide répéta : « Mon père... »

— Mon père, mon roi, je vous conjure... ne dépouillez pas votre enfant, ne lui enlevez pas cette couronne qu'il doit porter un jour... Songez qu'elle n'est pas à vous seul, qu'elle vient de Dieu qui l'a mise, il y a six cents ans, dans la maison d'Illyrie... Dieu veut que je sois roi, mon père... C'est mon héritage, mon bien, vous n'avez pas le droit de me le prendre.

Le petit prince suivait, avec le murmure fervent, les regards d'imploration d'une prière ; mais Christian détournait la tète, haussait les épaules, et furieux, quoique toujours poli, mâchonnait quelques mots entre ses dents... « Exaltation... scène inconvenante... tourner la tète de cet enfant... » Puis il se dégageait et gagnait la porte. D'un bond la reine fut debout, regarda la table vicie du parchemin étalé, et comprenant bien que l'acte infâme était signé, qu'il le tenait, eut un véritable rugissement :

— Christian î ...

H continuait à marcher.

Elle fit un pas, le geste de ramasser sa robe pour une poursuite, puis subitement :

— Eh bien ! soit...

Il s'arrêta, la vit toute droite devant la fenêtre ouverte, le pied sur l'étroit balcon de pierre, d'un bras emportant son fils clans la mort, et de l'autre menaçant le lâche qui fuyait. Toute la lumière nocturne éclairait du dehors cette admirable groupe.

— A roi d'opérette, reine de tragédie ! dit-elle, grave et terrible... Si tu ne brûles pas à l'instant ce que tu viens de signer, avec le serment sur la croix que tu ne recommen-

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ceras jamais plus... ta race est finie, broyée... La femme... l'enfant, là, sur ce perron !...

Et Ton sentait dans ses paroles, dans son beau corps tendu au vide une telle lancée que le roi, terrifié, se précipita pour la retenir :

— Frédérique !...

Au cri de son père, au tressaillement du bras qui le portait, l'enfant — tout entier hors de la fenêtre — crut que c'était fini, qu'on mourait. Il n'eut pas un mot, pas une plainte, puisqu'il partait avec sa mère. Seulement ses petites mains se cramponnèrent au coude la reine, et renversant sa tête d'où s'allongèrent ses cheveux de victime, il ferma ses beaux yeux à l'épouvante de la chute.

Christian ne résista plus... Cette résignation, ce courage d'enfant roi qui, de son futur métier, savait déjà cela : bien mourir !... Son cœur éclatait dans sa poitrine. Il jeta sur la table l'acte froissé qu'il tenait, qu'il tourmentait depuis une minute, et tomba, sanglotant, dans un fauteuil. Frédérique, toujours méfiante, parcourut la pièce de la première ligne à la signature, puis l'approcha d'une bougie, la fit brûler jusqu'à ses doigts, en secoua sur la table les débris noirs, et s'en alla coucher son fils, qui commençait à s'endormir dans son héroïque pose de suicide.

On juge de l'intensité du roman par cette magnifique scène que nous avons été forcé d'écourter.

La reine n'en a pas fini avec ses tribulations ni le roi avec ses tentatives. Un jour Christian part avec quelques gentilshommes pour aller se mettre à la tête d'un mouvement populaire et conquérir son royaume à la pointe de l'épée. Séphora le guette, le prend en route, et, parti pour Prague, le roi se ré-

veille à Fontainebleau, avec la juive. Pendant le temps qu'il y passe avec elle, ses pauvres compagnons se font massacrer là-bas, au cri de : Vive Christian II ! A la suite des désastres, le roi abdique en faveur de son fils.

Cette scène de l'abdication, comme celles de ces existences royales, sont étudiées, on le voit, d'après la vérité même et l'histoire. Nous ne voulons pas donner le dénouement du roman pour laisser quelque surprise à nos lecteurs.

A côté de ces mœurs de haute vie, M. Alphonse Daudet a peint un coin très fidèle aussi de la brocante parisienne, des marchands de curiosités, dé voilé mille supercheries qui feront réfléchir l'amateur, s'il en est capable. Quant aux personnages historiques du livre, ils portent des masques si transparents que tous les Parisiens reconnaîtront le roi de Westphalie aveugle, si touchant avec sa fille, la reine de Galice, le duc de Palerme, le roi et la reine de Palerme. Ils ne figurent, du reste, dans le roman, que comme fond, comme tapisseries, et il est vraisemblable que les criaiileries du Nabab ne recommenceront pas pour les Rois en exil.

Signalons encore tout un amoncellement de types plus ou moins accusés, hommes et femmes; la juive Séphora de la rue Eginhard, son mari Tom Lévis « l'agent des étrangers », la princesse Colette de Rosen et son mari Herbert, attachés à la petite cour

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du roi et de la reine d'Illyrie, et surtout le précepteur Elysée Méraut, fervent royaliste et bohème insensé que toute une génération a connu et vu circuler et applaudir dans les tavernes du quartier, où il prêchait avec une éloquence admirable le principe d'hérédité et ses traditions.

Pour nous résumer, le livre de M. Alphonse Daudet est une de ses maîtresses productions et on y retrouvera toute la vaillance de l'écrivain de race.

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