LÉON HENNIQUE
Deux Nouvelles. — 1881
M. Léon Henni que vient de publier à Bruxelles, chez Kistemaeckers, un petit livre intitulé : Deux Nouvelles : et quelles nouvelles, bon Dieu ! L'une, les Funérailles de Francine Cloarec, lugubre au possible ; quant à l'autre, Benjamin Rozes, c'est simplement l'histoire d'un ancien notaire qui ne sait comment détruire son ver solitaire. Cette répugnante aventure est contée sous forme d'Idylle, non sans talent, mais avec tous les détails les plus nauséabonds qu'on puisse imaginer. Qu'on me permette et qu'on m'excuse de citer quelques lignes qui pourront donner idée des autres, de celles que je n'ose même pas me rappeler.
Durant cinq journées, Pédoussault purgea son client.
L'ex-notaire ne quittait plus les cabinets qu'il avait accaparés, se consumait en efforts superflus, s'y adonnait à la douleur furieuse quand on venait le déranger, s'écriant d'une voix rauque et comprimée :
— Il y a quelqu'un !
On l'entendait gémir du grenier. Des morceaux de vers l'abandonnaient, se cassaient péniblement, mais la tête du bothriocéphale résistait à la médication... Les courses continuelles le lassant, sur les conseils de Pédoussault, curieux d'examiner les fragments de ver solitaire, on installa dans ia chambre à coucher une antique chaise percée, reléguée depuis plus de dix ans au fond d'un débarras.
M. Hennique ne gaze rien, nous saurons tout : Elle infecta la maison.
Et la preuve c'est que :
Suzanne avait beau courir dans les corridors, maintenir les odeurs sous un couvercle de sapin commandé exprès, elles s'échappaient néanmoins, s'emparaient des armoires, du linge, promenaient partout leur puanteur tiède, malgré les courants d'air, malgré les branches de lavande que Mme Rozes ne cessait de brûler.
Arrêtons-nous devant ces complaisantes explications et espérons que M. Hennique n'a pas glissé là-dedans quelque histoire d'amour; je plaindrais du fond du coeur les pauvres amoureux. C'est égal, on a beau crier contre la littérature musquée, notre odorat la préférera toujours à l'autre. M. Hennique rend le métier difficile pour les réalistes qui le suivront et je me demande ce qu'ils trouveront pour le dépasser ou seulement pour l'égaler.