‹ La bataille littéraire (volume 5)Chapitre 22 sur 49 · LE COFFRET · texte numérisé non relu

LE COFFRET

A ma mère.

Ma mère, pour des jours de deuil et de souci, Garde, dans un tiroir secret de sa commode, Un petit coffre en fer rouillé, de vieille mode, Et ne me l'a fait voir que deux fois jusqu'ici.

Comme un cercueil, la boite est funèbre et massive, Et contient des cheveux de ses parents défunts, Dans des sachets jaunis aux pénétrants parfums, Qu'elle vient quelquefois baiser le soir, pensive !

Quand sont mortes mes sœurs blondes, on Ta rouvert Pour y mettre des pleurs — et des boucles frisées. Hélas ! nous ne gardions d'elles, chaînes brisées, Que ces deux anneaux d'or dans ce coffret de fer.

Et toi, puisque ton front vers le tombeau se penche,

0 mère, quand viendra l'inévitable jour

Où j'irai dans la boîte enfermer à mon tour

Un peu de tes cheveux... que la mèche soit blanche!

N'est-ce pas d'un sentiment exquis, et ces seize vers ne valent-ils pas bien des volumes de prétendues poésies incompréhensibles qui ne varient que de la platitude à la démence.

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