‹ (La) bataille littéraire, Volume 1Chapitre 10 sur 38 · IVAN GONTCHAROFF · texte numérisé non relu

IVAN GONTCHAROFF

Oblomoff. — 1877

A la Librairie académique Didier, vient de paraître, sous ce titre: Oblomoff, scènes de la vie russe, un livre très curieux. Cet ouvrage a pour auteur Ivan Gontcharoff, un écrivain de premier ordre, — presque inconnu en France, et qui a obtenu à Saint-Pétersbourg des succès retentissants. 11 a été traduit par Piotre Artamoff, Fauteur de VHistoire d'un boutoUy cette amusante satire du formalisme allemand, où Ton a retrouvé quelque chose de l'humour d'Henri Heine. La traduction a été revue et corrigée, avec les conseils des membres les plus lettrés de la colonie russe, par M. Charles Deulîn, qui Ta fait précéder d'une étude sur Fauteur.

ITTERAIRE

ticulier, que le héros,

;out le long du volume

% chambre à coucher,

à son sofa. Il s'éveille

labille à quatre heures

levant lui, peints d'une

les plus frappants de

Lui-même représente,

tte paresse rêveuse et

i tempérament mosco-

econnus dans ce pornom d' Oblomovisme 8.

désigner cette apathie en que des institutions, consécration pour les après son apparition, des livres classiques. ' iplétée par celle de son une sorte de Scapin t hybride de deux époière, il a gardé un pronille de son barinej la lœurs a élargi sa conet il le calomnie, il lui re à ses dépens. Il se )urru, grossier, mais il ls croire le moins du te d'héroïsme.

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Les scènes entre Oblomoff et Zakhare sont des plus amusantes. En voici une qui donnera une idée de la manière de l'auteur.

Pendant qu'Oblomoff dort ou rêve dans son lit, Zakhare se tient à demi somnolent dans la chambre voisine sur la plate-forme qui surmonte le poêle en faïence. Le maître a reçu la veille de son stnroste, intendant de village, choisi parmi les serfs, une lettre qui lui annonce une diminution dans ses revenus. Il s'est éveillé de mauvaise humeur et, résolu à vaincre son apathie pour s'occuper de ses affaires, il a appelé Zakhare.

Oblomoff, enfoncé dans sa méditation, ne remarqua point Zakhare. Zakhare se tenait devant lui en silence; enfin il toussa.

— Que veux-tu? demanda Elie.

— Mais c*est vous qui m^avez appelé?

— Je t'ai appelé? Pourquoi fai-je appelé ? Je Tai oublié, dit Elie en se détirant. Va un moment chez loi, je tâcherai de me souvenir.

Zakhare sortit, et M. Oblomoflf continua de rester couché et de penser à cette diable de lettre.

Un quart d'heure s'écoula.

— Allons, dit-il, assez du lit; il faut enfin que je me lève... Cependant, si je relisais encore une fois, mais avec attention, la lettre du staroste, je pourrais ensuite me lever. Zakhare !

On entendit le même bruit de pieds,* avec un grognement plus fort. Zakhare entra et Oblomoff se replongea dans sa rêverie. Zakhare attendit à peu près deux minutes,

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Tun air peu bienveillant, regardant son maître de

5; puis il se dirigea vers la porte.

)ù vas-tu donc ? demanda brusquement Elie.

ous ne dites rien ; voulez-vous que je reste là pour

répondit Zakhare d'une voix enrouée, car il n'en

)as d^autre . Il prétendait avoir perdu sa voix natu-

>ar un coup de vent. Un jour quMl chassait à courre

Qpagnie de son vieux maître, le vent s'était engouffré

a gorge. Il se tenait donc au milieu de la chambre

i demi-tour commencé, regardant toujours Oblomoff

vers.

Est-ce que tes jambes sont paralysées, que tu ne peux

là un moment debout? Tu vois, j'ai des soucis ; at-

donc... tu n'es pas encore las d'être couché là dedans?

be-moi la lettre que j'ai reçue hier du staroste. Qu'en

ait?

îuelle lettre? Je n'ai pas vu de lettre, dit Zakhare.

Hais c'est à toi que le facteur Ta remise. Tu sais, cette

si sale.

)ii l'avez-vous fourrée ? Qu'en sais-je,moi ! dit Zakhare,

mi les papiers et les autres objets étalés sur la table.

Tu ne sais jamais rien. Regarde là, dans la corbeille.

t-ce qu'elle ne serait pas tombée derrière le sofa?...

là ce dossier qui n'est pas encore réparé I Que ne

chercher le menuisier ? C'est toi-même qui l'as cassé.

penses à rien !

Je ne l'ai point cassé, répondit Zakhare, il s*est out seul. Il ne pouvait durer toujours. Il fallait bien e cassât une fois.

ne crut pas utile de lui prouver le contraire, ^'as-tu trouvée enfin? demanda- t-il.

3n voici, des lettres...

]e n'est pas cela, tfa foi ! il n'y en a pas d'autres, grogna Zakhare.

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— C'est bien ! va-t-en, dit Elle avec impatience, je vais me lever et je la trouverai bien moi-même.

Zakhare rentra dans son cabinet ; mais à peine avait-il appuyé ses mains pour sauter sur le poêle, qu'il entendit crier vivement:

— Zakhare ! Zakhare !

— Seigneur Dieu, aboya Zakhare, en se dirigeant encore une fois vers la chambre ; quelle existence ! J'aimerais mieux mourir I

— Qu'est-ce qu*il vous faut? dit-il, en tenant la porte de la chambre, et en dirigeant sur OblomofT, en signe de mécontentement, un regard si oblique qu'il ne Tapercevait plus que de la moitié de son œil, et que le maître ne saisissait de sa personne que l'incommensurable favori d'où Ton s'attendait à voir, comme d'un buisson, s'envoler tout à coup deux ou trois oiseaux.

' — Mon mouchoir de poche, vite ! Tu aurais dû deviner toi-même... Tu ne vois rien, remarqua sévèrement Elie.

Zakhare ne manifesta ni déplaisir, ni étonnement particulier à cet ordre et à ce reproche. Il trouvait probablement l'un et l'autre très naturels.

— Qui sait où est le mouchoir de poche ? croassa-t-il en faisant le tour de la chambre et en tàtant chaque chaise, bien qu'il fût visible qu'il n'y avait rien dessus.

— Vous perdez tout, continua- t-il, en omTant la porte du salon pour regarder si le mouchoir n'y était pas.

-^ Où vas-tu? Cherche ici : je n'ai pas mis les pieds là dedans depuis avant-hier. Dépêche -toi donc.

— Où est le mouchoir? Il n'y a pas de mouchoir I disait Zakhare en gesticulant des bras et en promenant son <3eil dans tous les recoins. Mais le voici 1 grogna-t-il d'un air fâché, il est sous vous, en voici un bout. Vous êtes couché dessus et vous me le demandez 1

Et sans attendre de réponse, il se dirigea vers la porte.

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REALISTES ET NATURALISTES 103

que moi. » Et Zakhare probablement se disait : « Allons donc ! tu n'es bon qu'à faire des phrases, des phrases assommantes ; et quant à la poussière et aux toiles d'araignée, tu t'en moques pas mal. »>

— Comprends-lu, dit Elie, que la poussière engendre des mites? II m' arrive même de voir quelquefois sur les murs une punaise.

— Mieux que çà, j'ai des puces, moi, répliqua froidement Zakhare.

— Et tu crois que c'est bien ? mais c'est de la malpropreté.

Zakhare sourit de toute la largeur de sa face. Ce sourire atteignit ses sourcils et ses favoris ; ils s'écartèrent et firent place à une grande tache rouge qui s'étendit jusqu'au front.

— Est-ce ma faute s'il existe des punaises? dit-il avec un étonnement naïf; est-ce moi qui les ai inventées ?

— C'est le résultat de la malpropreté, interrompit Oblonoff. Pour/juoi dis-tu toujours des sottises ?

— Je n'ai pas, non plus, inventé la malpropreté.

— Est-ce que là-bas, chez toi, les souris ne trottent pas toute la nuit ?

— Et les souris non plus, je ne les ai pas inventées. Elles abondent partout, ces petites bêtes : les souris, les chats, les punaises...

— Comment se fait-il que chez les autres |on ne voit ni mites, ni punaises ?

La figure de Zakhare exprima l'incrédulité, ou plutôt la profonde conviction que la chose était impossible.

— J'ai de tout cela, insista-t-il avec opiniâtreté. On ne peut pas surveiller chaque punaise, ni se fourrer chez elle, dans sa fente.

Et il avait l'air de penser : « Peut-on faire un bon somme sans une punaise ? »

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