‹ (La) bataille littéraire, Volume 1Chapitre 26 sur 38 · RE · texte numérisé non relu

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mer dans son cœur une affectîon sans bornes.

Ses études terminées à Paris (il vient d'être reçu avocat), Philippe, revenu à Boisvilliers, comprend que rheure de Texplication a sonné. Un soir, trouvant décidément sa cousine sans beauté aucune, malgré ses beaux cheveux noirs, son regard plein de charme, Philippe déclare nettement à son père qu'il n'épousera pas Jeanne et ne pourra jamais se résigner à vivre en province.

On juge de la douleur de M. de BoiSvilliers, mais un père n'a plus de volonté sur un cœur de vingt ans. Avant de renvoyer son fils à Paris, l'objet de ses rêves, le comte tint à lui expliquer que ni lui ni son oncle ne sont , comme il le suppose, deux inutiles.

Voici cette réponse pleine de noblesse et de raison.

Nous sommes deux gentilshommes campagnards, comme vous dites, et nous vivons sans gloire, mais non sans honneur. Nous travaillons à la multiplication du pain et de la viande, et nous donnons à la cavalerie française de solides remontes... C'est déjà quelque chose — mais ce n'est pas tout, mon fils ; il est bon, en ce temps-ci plus que jamais, que des gens comme nous demeurent dans leur pays natal, ville ou campagne, et s'y fassent respecter.

A part les services pratiques qu'ils peuvent rendre autour d'eux, il y a, dans leur présence seule, dans la supériorité de leurs connaissances, dans la dignité de leur vie, dans les grands souvenirs que leur nom réveille, il y a, dis-je, un enseignement, il y a un exemple, il y a une autorité. Ils

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sont comme ces vieux clochers qa'oa aperçoit çà et là, dans les campagnes, qui font rêver le |>assant dans le chemin, le paysan sur sa charrue, et qui rappellent les foules, malgré elles, à de hauts sentiments et à de respectueuses pensées. Non, mon fils, nous ne sommes pas inutiles !..• Ne me dites rien, Philippe, non, pas un mot I Je crois vous comprendre, mais je n'arracherai pas à votre sensibilité, à voire attendrissement un sacrifice que vous regretteriez demain. Suivez la voie que vous avez choisie, suivez-la en homme de bien, et je me consolerai.

Le lendemain matin, Philippe était reparti pour Paris sans avoir revu sa cousine. Qui l'y ramenait? On va le savoir : Philippe était amoureux fou d'une grande comédienne, de Mary Gérald. Philippe, qui se croyait poète, avait composé une tragédie, afin d'avoir un prétexte pour se rapprocher d'elle. La scène de la lecture de la pièce, chez l'actrice, mériterait d'être citée tout entière si l'espace réservé à cette revue le permettait. La pièce est jugée bonne, l'auteur trouvé charmant ; bref, la tragédie va être jouée, et la tragédienne est vite installée avec Philippe dans un délicieux hôtel que celui-ci a loué sans consulter autre chose que son cœur et ses rêves de fortune et de gloire.

On juge de la surprise de M. de Boisvilliers quand il vient à Paris pour embrasser son fils, et» qu'il le trouve logé dans cette demeure relativement somptueuse.

Le vieux gentilhomme repart, la mort dans le

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cœur, convaincu que son fils se déshonore et a

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Ici commence le second chapitre et le plus dramatique des amours de Philippe. M. de Talyas est marié et la marquise est une franche et charmante coquette ; le jeune héros lui plaît et, malgré les révoltes de sa conscience, le trouve fort à son gré. Cette passion, annoncée comme je le fais, est chose brutale ; il faut suivre dans le livre le cours délicat de ces amours dont toutes les phases sont reproduites avec une grande délicatesse de nuances.

Mais le temps a passé, les idées ont changé. Philippe a regardé l'avenir.

Le mariage est décidé, le rêve de toute la vie de Jeanne va s'accomplir.

La marquise a ordonné cette union avec une femme qu'elle croit laide, dépourvue de tout charme ; elle n'en conservera pas moins son amant.

Celui-ci ne fait aucune objection à cette clause honteuse, se réservant de l'éluder par tous les moyens possibles ; il retourne à Boisvilliers.

La marquise, bien que ne se rendant pas compte de ce qui se passe dans le cœur de Philippe, trouve qu'il met bien des lenteurs à établir pour l'avenir des relations nécessaires entre la famille de sa fiancée et la sienne ; la question des toilettes de mariage de la jeune provinciale va lui servir de prétexte ; elle agit de telle façon que c'est Jeanne elle-même qui demande à M"** de Talyas de faire certaines emplettes à Paris; elle lui expédie des

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