‹ (La) bataille littéraire, Volume 1Chapitre 27 sur 38 · MO LA BATAILLE UTTERAIRE · texte numérisé non relu

MO LA BATAILLE UTTERAIRE

môme l'étendue du malheur qu'elle soupçomae.

L'entrevue des deux femmes est traitée de main de maître.

— Vous De répouserez pas, dit la marquise à Philippe, on j'eoYoie vos leltres à mon mari.

— Envoyez-les, dit Philippe, il viendra et nie tuera; peu m'importe, car je ne veux plus supporter le poids de votre tyrannie I

Blessée dans ce qu'elle a de plus cher, M"* de Talyas rêve toutes les vengeances. Décidée à en finir, elle veut une explication et propose un matin à Jeanne de l'accompagner dans une promenade.

M*i« de la Roche-Ermel se leva de son banc et parut attendre que la marquise passât devant elle et débarquât la première. — Ah ! mon Dieu ! dit M™° de Talyas, qui s'était levée de son côté et qui jouait avec une rame, passez donc... nous n*en sommes pas à nous faire des politesses.

Jeanne, en entendant celte discourtoise apostrophe, éprouva Télonnement môle de mépris que ressentirait un homme de cœur auquel son adversaire adresserait des injures sur le terrain. Elle laissa voir celte expression dans le pli dédaigneux de ses lèvres. M°»® de Taylas la surprit, et le flot de haine et de colère amoncelé dans son âme déborda. Elle avait joué son amour, son honneur, sa vie... et elle avait tout perdu... Elle sentit le vertige du désespoir et la tentation du crime.

En ce moment même, Jeanne, debout sur Pavant du canot, faisait le geste de poser le pied sur le premier degré de Tescalier ; la marquise, tendant brusquement la rame qu'elle avait saisie, en appuya la palette contre la paroi du rocher et imprima à la barque un violent mouvement de recul.

Jeanne, comme suspendiie entre la rive abrupte et l'eau profonde, eut le vif sentiment du danger et prit un élan désespéré. Son pied atteignit la première marche, mais il glissa sur la pierre humide; elle chancela, essaya de se retenir aux branches légères qui pendaient sur le talus et trouva, en effet, dans ce frêle appui, la force suffisante pour ne pas rebondir en arrière, mais elle tomba le visage en avant, et sa léle porta contre Tangle d'une marche. Par un effort suprême, elle se releva aussitôt et gravit follement Tescalier; puis, se retournant, le front saignant vers M°»« delalyas, qui était dressée dans la barque :

— OhlMadame! dit-elle, Madame I

Et la pauvre fille, après avoir cherché d^un geste éperdu quelque soutien auprès d'elle, s'affaissa lourdement sur le sol.

La marquise s'était rapprochée de la rive avec une précipitation fiévreuse; elle descendit de la barque et escalada les degrés. Ellese trouva alors devant Jeanne, qui avait perdu connaissance ; son visage décoloré était renversé vers le ciel, et quelques gouttes de sang, s'dchappant de son front blessé, coulaient lentement sur ses joues blanches. jyjme (Je Talyas, l'œil hagard, les cheveux dénoués, les narines palpitantes, belle encore, mais de la beauté farouche d'une Euménide, se courba sur elle, la regarda, puis regarda Tabîme ouvert à deux pas de ce corps inerte. — En cet instant, un bruit soudain de feuillages froissés se fit entendre derrière elle ; elle se retourna, c'était Philippe.

A cette brusque apparition, elle eut une minute de complet égarement ; elle avança les mains comme pour repousser Philippe et lui masquer le corps inanimé de Jeanne. — Le jeune homme attacha ses yeux sur elle avec une fixité terrible, ne dit pas un mot et Técarta violemment; puis il se mit à genoux, prit la main de Jeanne, toucha Tarière et respira avec force, comme un homme délivré d'une mortelle appréhension.

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— Jeanne... ma bien-aimée... dit-il en approchant son visage de celui de sa fiancée.. • parlez-moi., je vous en prie.

Il vit ses lèvres béantes se colorer doucement et ses yeux s*entr*ouvrir.

— Jeanne, c'est moi, reprit-il.

Elle le regarda d'abord avec un vague étonnement, puis elle le reconnut et sourit.

— Où souffrez-vous, chère enfant? Vous êtes blessée, dites ?

— Non... rien.,, murmura-t-elle d'une voix faible comme un souffle... presque rien, vraiment... une égratignure au front... Rien de plus... Je vais me lever et marcher.

— Non... pas encore,., attendez ..attendez... Mais, ditesmoi, que s'est-il donc passé?

Et ses yeux se portèrent comme malgré lui vers la marquise.

— Comment cela est-il arrivé?

Les yeux de Jeanne avaient suivi la même direction que ceux de Philippe, et ils s'arrêtèrent avec insistance sur M™® de Talyas qui, debout, immobile, muette, effrayante de pâleur, rajustait d'une main machinale le désordre de ses cheveux.

— Eh bien, dit Jeanne après une pause, j'ai été maladroite en débarquant... j'ai manqué une marche, voilà.

Puis, s'adressant à M"^* de Talyas et lui souriant :

— Pardon, Madame, de la peur que je vous ai faite... Soyez bonne... voyons... donnez- moi la main pour m'aider.

Ces paroles généreuses, ces paroles inespérées, provoquèrent chez la marquise un de ces mouvements soudains, un de ces reflux violents, auxquels la passion est sujette.

— Des femmes comme elle, on peut tout craindre et tout espérer. — Après une minute de surprise confuse, elle s'ap-

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procha de Jeanne à la hàle et la soutint avec des soins attentifs, pendant qu'elle se relevait péniblement. Quand- elle la vit debout, elle lui prit les mains et la regarda dans les yeux ; puis elle Tattira sur son sein et l'y serra longuement en l'embrassant avec une exaltation passionnée. Se tournant vers Philippe stupéfait :

— Elle ment, dit-elle, j*ai voulu la tuer!...

En même temps, elle s'assit à demi défaillante sur un des fragments du rocher qui étaient semés dans les broussailles, enveloppa sa tête dans ses mains et on l'entendit sangloter.

Comme ils rentraient au château, on remit à M"'* de Talyas un télégramme qu'on venait d'apporter pour elle. C'était la réponse de son mari qui lui promettait d'être à la Roche-Ermel le lendemain soir. Elle garda pour elle le contenu véritable de la dépêche; mais elle affecta de s'en montrer très attristée et dit que son mari la rappelait immédiatement à Paris, auprès de leur fils malade. Elle fit aussitôt ses apprêts pour partir le soir même.

Jeanne, légèrement indisposée à la suite de son accident, avait dû prendre le lit. Avant de se mettre en route pour la gare, la marquise pria qu'on la laissât un instant seule avec elle. Elle s'assit près, du lit et garda longtemps, sans parler, la main de Jeanne dans la sienne. Puis, se levant d'un mouvement subit :

— Je vais vous faire mon cadeau de noces, ma chère, dit-elle.

Elle ouvrit son écrin de voyage qu'elle avait posé sur la table en entrant, et en tira Un paquet de lettres qu'elle lui montra avec un triste sourire... Les soirées étaient déjà fraîches et il y avait un assez grand feu dans la chambre. Elle y jeta. les lettres une à une. Puis, revenant à Jeanne,

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