‹ La bataille romantique (volume 2)Chapitre 108 sur 146 · Le Rhône et la mer, t. I, p · texte numérisé non relu

Le Rhône et la mer, t. I, p

Il ROMANTISME ET LA TRADITION LATINE. 247

effacer l'œuvre du temps sont des barbares plus redoutables encore '.

Jules de Saint-Félix avait commencé ses études dans sa famille. Le moment venu de les compléter, son père l'envoya au collège royal de Lyon. « Il eut pour condisciples, continue la même note biographique, Jules Janin et le docteur Trousseau. Il fit des études de droit à Paris, mais, en 1826, il quitta l'école pour entrer, comme attaché, au cabinet du ministre de la Maison du roi Charles X. Par ses hautes relations, peut-être aussi par quelques qualités personnelles, Jules de Saint-Félix était appelé à occuper à la cour une fort belle position. Le Roi et les princes le connaissaient personnelle-

1. Voici, à propos de l'amphithéâtre de Ni mes, une reprise. assez heureuse, du morceau de Chateaubriand sur les ruines : •• Le temps qui ne détruit jamais brutalement les antiques monuments, mais qui les renverse par degrés et avec une certaine grâce sauvage qui ressemble à du goût, le temps avait brisé des gradins dans l'amphithéâtre aimois; il avait miné et creuse certaines masses de pierre dans les piliers des portiques, il avait fait crouler des arcs de voûte et ouvert des jours dans les fosses aux lions; par ces crevasses, la lumière entrait et jouait avec des tons surprenants; et puis, le temps, cet admirable artiste, avait jeté au milieu de toutes ces grandes ruines des arbustes, des lierres, des giroflées; de beaux liguiers sauvages croissaient ça et là entre les blocs de travertin.... Ce grand cirque en ruines était comme un musée de marbre jeté au milieu d'un jardin de verdure et de parfums: tout cela avait une grâce indéfinissable; tout cela était coloré, frais, pittoresque, sacré.... Eh bien! les Vandales et les Wisigoths sont sortis un jour du conseil municipal avec leurs ingénieurs, leurs architectes, leurs maçons. 11^ se sont rués dans la ruine auguste; ils ont taille à COUDS de serpe jusqu'au plus petit lierre qui essayait encore de couronner la statue de lîaccbus.... Ils ont tout rebâti, tout plâtré, tout blanchi; ils ont mis des soutiens odieux aux arcs qui s'inclinaient gracieusement vers le sol; il> ont bouché les crevasses des voûtes qui ouvraient

meut et daignaient, dans l'occasion, l'honorer de quelques paroles bienveillantes1.... »

Ses fonctions, pourtant, ne l'occupaient pas tout entier. Quelques semaines avant la révolution de Juillet, paraît un premier volume de vers : Poésies romaine*

La dédicace, à son frère, est charmante do jeunesse insouciante et légère : « Tu es, mon ami. un jeune et joli officier'1, instruit, brave, galant, aimant la guerre, les belles, la «liasse, les chevaux, et de plus, passionné pour les arts, comme l'es! toute tête vraiment méridionale. Ta vie est peut-être déjà une longue suite d'aventures que tu me raconteras, quand nous nous reverrons, quand nous irons encore, par un jour d'été, nous asseoir sous quelque rocher des bords du Rhône, l'eau rapide devant nous, et au loin la campagne brûlante : car DOUS aimons tous deux le grand soleil, un large fleuve et l'horizon sans bornes.... » Pour lui, l'envie d'écrire l'a pris un jour, « comme l'envie vous prend parfois de dire un secrel à quelqu'un »; et, spontanément aussi, ses rêves l'ont entraîné vers le passé.

On comprend sa prédilection pour les siècles de la décadence romaine. Cette antiquité mourante, les pédants n'en ont pas encore fait leur domaine;

uiic échappée limpide sur le ciel du midi.... Et, leur œuvre étant accomplie, ils ont croisé les bras d'orgueil devant la ruine insultée.... » (Ibid., p. 20'J.)

1. Voir sur cette période deux articles de Souvenirs anecdotiquesdans l'Artiste du 1er décembre 1850 et du 1" janvier 1851.

2. Poésies romaines par M. Jules de Saint-Félix. Paris, Delaunay, 1830, in-8°.

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